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CA 216, janvier 2012

Editorial

samedi 14 janvier 2012, par Courant Alternatif


En France, les premiers mois de 2012 vont être plombés par l’échéance présidentielle. Les principales forces dites d’opposition feront tout ce qui est en leur pouvoir pour qu’aucun mouvement social, de quelque nature qu’il soit, ne s’exprime dans la rue ou par la grève. Les arguments seront nombreux et, en tout premier lieu, sera réutilisée la « vieille recette » Front national. Tu fais le jeu de la droite et du Front national, camarade, diront les uns. Ça va se jouer sur la sécurité, sur l’ordre et sur les classes moyennes, diront les autres, alors soyons calmes ! La réalité est bien autre. Ils savent qu’une fois élu ils ne seront pas à même de résoudre le moindre problème qui les a amenés au pouvoir. Alors, mieux vaut prendre les devants et tuer dans l’œuf toute velléité de placer le débat sur le terrain des luttes sociales, afin de ne pas se tirer une balle dans le pied au moment de la passation de pouvoir.

Pendant ce temps, le pouvoir en place a le champ libre pour, lui aussi, éradiquer de la plus belle manière les réactions qui s’expriment ici et là. C’est bel et bien une société policière qui s’est installée. C’était dit depuis longtemps, mais cela ressemblait malgré tout à une mise en garde. Maintenant c’est la réalité, le pas décisif a été franchi. L’armée intervient contre les grévistes ; le droit de grève est bafoué à coups de circulaires concernant tel secteur ou tel calendrier ; les tribunaux et les prisons regorgent de prisonniers sociaux, tandis que sans-papiers et autres « métèques » sont traités comme des animaux. La police intervient sans discontinuer contre les squats, contre les Roms, contre les « anarcho-autonomes », toujours au motif de la lutte contre la marginalité et l’insécurité. L’ennemi c’est le pauvre, ce sont les classes dangereuses.
Mais il ne faut pas se tromper. La simple dénonciation de ces faits ne suffira pas à les éradiquer. S’il fut un temps où désigner quelque chose comme totalitaire ou fasciste était parfois d’une certaine efficacité, ce n’est plus le cas maintenant : l’« opinion publique » risque de n’y voir aucun mal !

Ce n’est donc pas sur le terrain de l’idéologie que nous devons marquer quelques points, mais sur celui des luttes. Par exemple contre le nucléaire : « On » a compati envers les « victimes » du séisme, du tsunami et de l’accident nucléaire, certes, mais pas question pour la droite et la gauche institutionnelles de reconsidérer le choix de cette énergie si propre et si moderne, à l’horizon d’une présidentielle qui fait marcher sur des œufs. Concernant la répression qui s’exerce dans tous les domaines, ce n’est pas seulement en la dénonçant comme « mal » ou moralement inacceptable qu’on fera avancer les choses, mais en montrant qu’elle se situe dans la logique implacable des caractéristiques actuelles de la domination capitaliste.

L’année qui vient de s’écouler a été riche d’exemples, sur toute la planète, montrant que la situation n’est pas inéluctable. Les printemps arabes, bien entendu, qui ont démontré que l’émergence du peuple, avec toutes ses contradictions, peut réserver de grandes surprises en laissant l’issue des conflits particulièrement ouverte. Même si pour l’instant ce sont les islamistes, radicaux ou modérés qui semblent en profiter sur le terrain électoral, ce dont se repaissent tous les esprits chagrins et réactionnaires (On vous l’avait bien dit, rien de bon ne peut venir du peuple, surtout arabe !), la comparaison avec l’effondrement des pays du socialisme réel il y a vingt ans ne vaut pas. Cette fois, ce n’est pas par une implosion que le pouvoir en place a fini par sauter, mais par une explosion… populaire ! Né en Tunisie, le mouvement fait tache d’huile – en Syrie, bien entendu, où les massacres perpétrés par le pouvoir en place ne suscitent pas la même intervention occidentale que celle qui a placé au pouvoir un régime fantoche à la place de Kadhafi. Mais Poutine aussi paraît se faire du souci, peut-être à raison ? Et l’« indignation » pourrait bien gagner les points faibles des citadelles capitalistes, et être remplacée par la révolte et la renaissance de projets « utopiques de société ».

Bon, soyons réalistes, rien n’est certain ! Mais rêver un peu et pécher par excès d’optimisme n’est pas chose à négliger en période de « fêtes ». Ne nous contentons pas de demander l’impossible, contribuons à le rendre possible !

OCL-Poitou, le 29 décembre 2011

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