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CA 217, février 2012

Luttes contre les grands projets coûteux,ruineux et destructeurs

mardi 21 février 2012, par Courant Alternatif

Partout en Europe, des grands projets inutiles et coûteux sont imposés aux citoyens. C’est au cours d’un atelier de travail sur ces projets, pendant le Forum social mondial en février 2011 à Dakar, que le mouvement italien NoTav a pris l’initiative (en lutte contre un projet de TGV Lyon-Turin depuis 20 ans) d’organiser le premier forum européen contre les grands travaux inutiles : une délégation de l’ACIPA (contre le projet d’aéroport de Nantes-Notre Dame-des-Landes) a été invitée à y intervenir. Une réunion, en août 2011 a donc réuni les associations opposées à de grands projets d’infrastructures en France, Italie, Irlande (Mayo), Espagne et Allemagne (Stuttgart).


Les 300 participants ont constaté que dans tous ces pays, des projets de LGV, d’infrastructures ferroviaires, d’autoroutes, d’aéroports, de plateformes pétrolières et de gazoducs sont planifiés sans réelle concertation avec la population. Ces projets servent en premier lieu les intérêts de quelques banques et grandes entreprises privées ainsi que des politiciens. Ce faisant, des milliards d’euros sont gaspillés au détriment d’investissements utiles pour la population. Souvent l’environnement est irrévocablement saccagé, le patrimoine détruit, des exploitations agricoles détruites, des particuliers expropriés, des histoires de vie piétinées.
Partout, des citoyens ont la volonté de s’engager, de proposer des solutions alternatives en particulier en améliorant l’existant, mais on ne leur reconnaît pas ce droit démocratique. Leurs manifestations et leurs actions de résistance sont souvent criminalisées (gaz lacrymogène et violence contre les opposants, arrestations, procès en série, etc.) pour les intimider et les discréditer aux yeux de l’opinion [1]. Mais cela n’affaiblit pas pour autant leur détermination et leur mobilisation.

A l’issue de cette rencontre, les participants ont pris une série de décisions :
• se doter d’outils et de moyens communs (site internet et vidéos sur les différentes actions et manifestations : il faut lire écouter et relayer ces informations) pour la convergence de leurs actions
• la reconduction annuelle de ce forum européen qui se déroulera en juillet 2012 à Notre Dame des Landes dans la perspective d’une participation au Forum Social Mondial de Tunis en 2013.
• les bases d’une organisation de la 2ème journée européenne contre les grands projets inutiles avaient été posées. Le 10 décembre 2011 de grandes manifestations à Toulon et Bayonne contre les lignes LGV se sont déroulées.

Un mois avant, les diverses associations exprimant leur nécessaire solidarité, étaient présentes à Paris pour l’arrivée de la Tracto-vélo, avec les opposants à l’aéroport de Notre dame des Landes.
Les interventions des différentes associations engagées dans la lutte ont montré des convergences sur leurs situations :
• enquête d’utilité publique bafouée
• projet monté sur des mensonges, mis à jour par des études contradictoires indépendantes
• coût démesuré et souvent sous estimé, et non réactualisé
• ampleur des opérations de répressions police armée justice

A Paris la représentante du mouvement No Tan a rappelé que le projet avait été modifié à plusieurs reprises (remettant en cause comme à Notre Dame des Landes la validité de l’enquête d’utilité publique), que le collectif (1500 citoyens) s’était organisé pour acheter des terrains (val de Suse) pour en empêcher l’expropriation, que le 13 juin 2010 ils avaient été expulsés par des bulldozers et l’armée, qu’après la zone avait été délimitée par des hautes clôtures barbelés, mais qu’en octobre 2010 ils avaient réussi à mobiliser 15 000 personnes pour les couper.
Ils demandent que cet argent public (24 milliards d’euro selon les dernières estimations, projet qui alourdira la dette de la France et de l’Italie) soit mis sur les nombreuses régénérations/requalification des voies ferrées existantes au bénéfice de TOUS plutôt que pour un projet pharaonique aux bénéfices d’une poignée de « clients » qui de plus fait doublon avec les lignes ferroviaires existantes.

Le collectif NoTav Savoie rappelle que la mobilisation dans le Val de Suse est toujours vive et rappelle les actions du 8 décembre 2011, c’est à dire une manifestation en 2 cortèges différents avec le blocage de l’autoroute du Fréjus pendant 14 heures et l’attaque des grilles du chantier. Les No Tav italiens ont également bloqué la nationale et le TGV le 11 décembre.
Le collectif rappelle que le lieu où doit se faire la descenderie de la Maddalena est toujours propriété des « no tav » et est à l’endroit même du présidio de la Claréa, présidio qui ressemble à une maison traditionnelle du Val de Suse : une baïta. Donc le chantier n’est pas commencé. Cette baïta est visible sur toutes les vidéos évoquant la journée du 8 décembre. Pour l’instant, le terrain entourant l’ancien musée et la cave viticole n’est pas un chantier mais un fortin militaire. La seule activité est la construction d’enceintes pour renforcer le fortin ; action qui relève plus du génie militaire que du génie civil.

Les luttes ne pourront réussir qu’avec des mobilisations fortes sur le terrain, même s’il faut utiliser tous les recours juridiques.

La très grande vitesse en aquitaine ou ailleurs [2]

Le 23 janvier 2010 une déclaration commune dite Charte d’Hendaye avait été élaborée par des associations et mouvements de différents états qui lutent contre la construction de LGV et de lignes dédiées fret rapide à grande capacité. L’opposition voulait dépasser le cadre local pour devenir européen.
En France, les luttes contre les LGV sont multiples et des manifestations importantes se sont déroulées ces dernières années et récemment le 10 décembre 2011 à Bayonne et à Toulon, et d’autres dans de petites villes comme Chaptelat (contre la LGV Poitiers-Limoges).

Les projets de lignes à grande vitesse, sous l’argumentation de gain de temps aboutissent à des situations déraisonnables. La situation des trains en France c’est un peu comme si Air France investissait à tour de bras dans un super Concorde, en arrêtant toute maintenance sur ses services existants. De fait, l’absence d’entretien du réseau ferré (La SNCF sous-traite ce travail à RFF [3]) couplé au développement irresponsable de lignes nouvelles est une véritable machine infernale : Plus on fait de la grande vitesse plus on fait de dettes.
Les lignes à grande vitesse ne sont pas rentables : ainsi RFF, aidé en cela par l’état français demande-t-il aux collectivités locales et à des partenaires privés (l’une des grandes entreprises française de BTP, Vinci, Eiffage ou Bouygues) de les aider (on retrouve Vinci dans le projet de Notre Dame des Landes). Par exemple la ligne Tours-Bordeaux (près de 8 milliards d’euros) est financée pour 71% à fonds perdus par les collectivités locales, l’état et RFF (entreprise publique) et pour seulement 29% par Vinci, qui récupère pour autant 100% des recettes d’une concession exclusive d’exploitation de 40 ans et dont les dettes sont de surplus garanties par l’état français. Évidemment pour Vinci c’est le jackpot.

Actuellement de nombreuses luttes sont menées contre les LGV en France et en Espagne, en Italie : TGV Lyon-Turin, LGV PACA (Marseille-Nice), LGV aquitaine (Bordeaux-Irun) LGV Bordeaux-Toulouse [4], LGV (Poitiers-Limoges),….. et l’Y basque. Ces luttes peuvent infléchir les décisions et faire arrêter les projets.
Ces aménagements vont entrainer la disparition d’exploitations agricoles, de forêts cultivés, l’expropriation de nombreux habitants, les nuisances sonores, une fabuleuse consommation d’énergie, coller des dettes financières pour les contribuables pour un demi siècle, et assurer de nouvelles rentes financières de très longs termes à des concessionnaires privés. Il est important que ces projets ne voient pas le jour [5].

Pour exemple la somme astronomique de 7.8 milliards prévue pour le LGV Tours-Bordeaux, toute petite partie de ce que l’état français veut dépenser dans ces nouvelles LGV, représente….la rénovation de 3900 km de voies ferrées ; ou encore l’acquisition de 866 trains TER ; ou encore la construction de 260 lycées aux normes environnementales les plus élevées ou de 16 hôpitaux totalement équipés. Plutôt que de faire gagner d’un quart d’heure à une heure, pour des hommes d’affaire (ou des touristes une à deux fois par an), ne vaudrait-il pas mieux consacrer l’argent à améliorer le sort des transports des milliers de salariés qui tous les jours ont une à deux heures pour aller à leur travail dans les grandes villes.

La déclaration de la Charte d’Hendaye se terminait par :
"La construction des LGV s’inscrit dans une recherche perpétuelle de création de grandes infrastructures (autoroutes, agrandissement des aéroports, super ports…) et est au contraire à la notion de développement durable. Nous contestions l’expansion aberrante des transports déchainée par le capitalisme globalisé qui ne permet pas un développement local uniforme, mais au contraire favorise la concentration anormale des trafics et des productions et la délocalisation sauvage".

Après la Charte d’Hendaye fédérant les luttes contre les LGV, le Forum contre les grands projets inutiles, on peut citer l’initiative récente des associations et collectifs qui luttent contre les grands travaux d’infrastructure en GUIPZCOA (une des provinces de la communauté autonome du pays basque) :

" Nous, mouvements sociaux et collectifs qui travaillons depuis des années contre différents projets et plans agressifs d’infrastructure et en faveur d’un modèle de développement qui respecte la nature et les conditions de vie de la population, présentons cette motion pour qu’elle soit débattue en Conseil municipal. Nous nous sommes unis pour impulser une dynamique d’information, de réflexion, de débat et de mobilisation qui culminera avec une manifestation commune le 4 février 2012 à Donostia (Saint Sébastien) pour que soient paralysés les grands travaux d’infrastructure en Gipuzkoa

Cette initiative est née pour exiger la paralysie des grands chantiers et pour réclamer la nécessité d’un changement de modèle face à la féroce campagne de pressions politiques et médiatiques en faveur de toutes sortes d’infrastructures à forts impacts écologique, économique et social (TGV, incinérateur, port extérieur de Pasaia, plateforme logistique de Oiartzun-Lezo-Gaintxurizketa, Metro de Donosti, agrandissement de l’aéroport de Hondarrabia, macro prison de Zubieta, etc..) lancées ces derniers mois en Gipuzkoa.

Aussi lançons-nous un appel à la mobilisation sociale en soulignant l’importance d’exercer aujourd’hui la pression populaire indispensable pour paralyser les macro projets qui affectent et pénalisent notre territoire et pour ouvrir une période de réflexion en faveur d’un changement du modèle de développement. Nous considérons comme fondamental d’engager le débat social, qui n’a jamais été mené, afin d’entreprendre un profond changement du modèle de développement actuel, dans la mesure où nous sommes conscients que ces infrastructures contestées non seulement nous affectent les uns les autres isolément mais que leur ensemble forme un modèle de développement qui doit être remis en cause."
"Face à cette situation, la responsabilité qui nous incombe en tant qu’organismes populaires est d’agir avec indépendance et détermination pour paralyser ces projets. Dans tous les cas ce serait une erreur de croire que les réponses sont toutes dans les institutions, alors que les succès, si finalement ils se concrétisent, seront selon nous fondamentalement le fruit de la prise de conscience et de l’effort de la population. Aussi devons-nous persister dans la lutte pour la paralysie des grandes infrastructures et des projets destructeurs, en nous impliquant dans la nécessaire transformation du modèle de développement et dans la défense essentielle de la terre pour aboutir à un changement social véritable."

Joël , Saint-Nazaire, le 26/01/12

P.-S.

Rappel :
en juillet 2012 à Notre-Dame-des-Landes deuxième forum européen contre les grands travaux inutiles, ruineux et dévastateurs

Notes

[1Relire l’article sur Notre-Dame-des-Landes dans Courant alternatif de janvier 2012

[2En s’appuyant entre autres sur la lecture de Des rails de la déraison, de Pierre Recarte et François Tellier, éd. Nuvi, mai 2011

[3Réseau Ferré de France séparé de la SNCF depuis 1997 a sous traité sa fonction de gestionnaire du réseau à la SNCF et se consacre à la réalisation de lignes nouvelles en développant des projets avec des prévisions complètement fantaisiste, et non validé par La SNCF.

[4Le copil comité de pilotage comme il fallait s’y attendre a validé le tracé de ces deux dernières lignes le 9 janvier

[5Il est aisé de comprendre que l’impact environnemental est sans commune mesure avec la construction d’autoroute, que c’est un passage en force, en ligne droite, une énorme balafre dégradant irréversiblement des paysages y compris dans des régions hautement touristiques.

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