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CA 351 juin 2025

Les effets dévastateurs de l’IA aujourd’hui

samedi 7 juin 2025, par Courant Alternatif

Actuellement deux discours, apparemment opposés, dominent sur l’Intelligence Artificielle : 1/ on nous fait miroiter les IA comme capables de résoudre demain tous les problèmes actuels (écologiques, climatiques, économiques, …) ; 2/ on nous annonce l’apocalypse par la prise de pouvoir des IA et la fin de l’humanité.
Ces deux discours dominants sont paradoxalement produits par les mêmes personnes, les dirigeants des grandes entreprises de l’IA. Leur objectif : nous focaliser sur un futur, tantôt idyllique, tantôt effrayant, afin de nous interdire une pensée critique du présent et des dégâts actuels générés par les IA [1].
Ceci dit, nous discuterons dans cet article non du futur mais du présent de l’IA et les conséquences humaines et géopolitiques qu’elles provoquent aujourd’hui : le saccage de l’environnement, une exploitation forcenée de l’humain, la concurrence impérialiste et une évolution politique du capitalisme contemporain peut-être majeure. Chaque domaine discuté mériterait de longs développements, nous proposons plutôt une synthèse pour tenter une vue plus panoramique des enjeux réels derrière l’IA [2].


Cet article fait partie de la suite du dossier sur l’informatisation du monde, paru dans le numéro 349 d’avril 2025 de Courant Alternatif, et notamment le premier article sur l’IA.

Introduction

L’IA est dominée dans le monde occidental par 7 trusts, appelés « les 7 magnifiques » par le monde de la finance car ils ont une capitalisation incroyablement supérieure à toute autre entreprise (tous secteurs confondus)… bref les 7 les plus « pourris » : Apple, Microsoft, Amazon, Meta, Google, Tesla, Nvidia. En Chine aussi il y a des acteurs dominants comme Alibaba, même s’ils sont souvent oubliés dans la presse française. Le capitalisme mise sur le développement de l’IA pour relancer son économie de profit et avec des buts de domination politique très clairs. L’IA est une industrie de la rentabilité capitaliste : réduire les coûts, développer de nouveaux marchés, générer de nouveaux monopoles… avec donc des investissements gigantesques qui pourraient n’être qu’une bulle spéculative qui exploserait prochainement.
S’associe à ce développement, tout un discours « éthique » pour, parait-il, cadrer l’IA. Cette éthique est néolibérale et n’est en rien un frein au développement de l’IA comme outil d’exploitation et d’oppression. Par exemple, le cadre éthique de l’IA en Europe, vanté par nos médias, a été ouvertement rédigé en grande partie par ces entreprises via des « exceptions » sur les contraintes imposées… autorisant en fait à peu près tout.
Le capitalisme nous a déjà dépouillé de notre travail en nous prolétarisant, le développement technoscientifique cherche à nous dépouiller de notre pensée (notre cognition) sous prétexte de simplifier nos vies via le numérique et les réseaux sociaux (entre autres). A cette fin, les entreprises de la tech [3] utilisent toutes les données produites sur le numérique (mails, SMS, requêtes sur internet, … mais aussi les bases de données littéraires, académiques, …) et ceci le plus souvent de façon complètement illégale. Comme l’IA est dominée par 7 trusts ayant un pouvoir économique sur les États, ces entreprises s’imposent politiquement et se permettent tout sans contrainte.   

Au-delà de l’exploitation de la force de travail, les impacts environnementaux comprennent ceux liés à l’extraction des matières premières, la fabrication, la distribution et la fin de vie des équipements. Cela entraîne une surconsommation d’eau, d’électricité, l’épuisement des matériaux, la pollution des sols, …. En plus de cet immense gâchis, l’accès stratégique à ces ressources nourrit des conflits meurtriers, comme en République Démocratique du Congo [4]. Ce développement de l’IA est en symbiose avec une évolution politique du capitalisme dont Trump est la figure la plus exemplaire, générant des tensions impérialistes croissantes.

Exploitation humaine

L’IA nous vante un travail automatisé, nous libérant de tâches ingrates. La réalité est tout autre. Il y a en permanence entre 150 millions et 450 millions de personnes, soit entre 4,4% et 12,5% de la main-d’œuvre mondiale, qui travaillent tous les jours pour apprendre aux IA à ne pas produire des réponses moralement inacceptables ou pour corriger des erreurs de réponse. Ce travail est payé à la tâche, souvent effectué dans des pays du « Sud », et donc très mal payé. Par exemple, les réseaux sociaux censurent les images moralement inacceptables (viol, meurtre, pédophilie, …). Pour construire les algorithmes à même de reconnaître de telles images, il faut en passer par l’humain. Les pays pauvres servent alors de poubelle pour l’IA, leur demandant des tâches qui ne seraient pas acceptables dans le monde occidental. La situation la plus caractéristique sont ces employé·es au Kenya exposé·es 8 heures par jour à de telles images ou des textes insupportables pour 2 dollars par jour [5]. D’autres personnes ont pour tâche d’indiquer avec leur souris où se trouvent piétons, véhicules et feux rouges sur plusieurs milliers d’images pour « apprendre » aux algorithmes des futures voitures autonomes à conduire sans assistance humaine… pour 0,01 euros par image traitée à Madagascar par exemple. En Finlande, ce sont les détenu·es qui font ce boulot.

L’IA, c’est aussi l’exploitation des minerais stratégiques comme le lithium, le cuivre, le zinc, l’or et le cobalt dans des pays comme le Zimbabwe, la République Démocratique du Congo, la Zambie, l’Afrique du Sud, la Bolivie, le Chili et l’Argentine. Les conditions de travail sont parmi les pires : travail épuisant et très accidentogène fait par des adultes et enfants, avec des risques sanitaires très importants pour l’environnement. En RDC, au moins 40 000 enfants (parfois dès 4 ans) y travaillent 14h par jour dans des conditions périlleuses pour un revenu dérisoire.

L’intelligence artificielle, c’est donc avant tout du travail humain et le fantasme de tout automatiser fait vite plouf : Amazon a essayé de remplacer par des caméras les caissières ; pour moins de 200 magasins, il fallait un millier de travailleurs et de travailleuses indien·nes chargé·es d’en assurer la fiabilité. Les voitures autonomes nécessitent une supervision humaine à distance, évaluée à 1,5 humain par véhicule autonome.
Bref, l’IA c’est de l’exploitation de centaines de millions de personnes, dont 1,5 millions dans les entrepôts logistiques d’Amazon. Pour exploiter, il faut interdire toute contestation. Au sein des entreprises de l’IA, comme dans beaucoup d’autres secteurs, c’est la répression contre toute implantation syndicale. Amazon a par exemple décidé de fermer tous ses entrepôts au Québec (janvier 2025) parce qu’il y avait la menace de création d’un syndicat. Les autres entreprises de la tech ne sont pas en reste car la syndicalisation y est quasiment interdite. Derrière l’IA, ce sont donc des entreprises bien capitalistes avec toute la brutalité qui va avec.

Exploitation des ressources

Les serveurs des centres de données (« data-centers ») sont remplacés en moyenne tous les deux ou trois ans. L’IA nécessite donc énormément de matières premières en amont, notamment de terres rares… facteurs essentiels des guerres en Afrique pour le contrôle de ces ressources car beaucoup d’entre elles sont encore inexploitées dans ce continent - à la différence d’autres régions du monde. Le Groenland est subitement apparu comme lui aussi très convoité, la fonte de la glace rend accessible des ressources minières inexploitées, notamment en terres rares.
L’extraction des métaux nécessaires à l’IA est particulièrement énergivore et polluante, avec l’utilisation d’acide et d’eau qui, par ruissellement de ces métaux très pathogènes, entraîne une pollution dramatique des nappes phréatiques et des rivières pour les populations locales et dont découle un grand nombre de pathologies.
Par ailleurs, les composants électroniques contiennent des produits toxiques comme de l’arsenic, du mercure, … qui sont rejetés dans la nature lors du traitement des déchets issus de l’IA, polluant les zones habitées autour. Concrètement, la population vivant autour du plus grand centre de déchets d’Amérique du Nord (au Québec) a, selon une étude épidémiologique, une espérance de vie inférieure de cinq ans, d’importants retards de croissance chez les nouveau-nés, 45% de maladies pulmonaires en plus, dont les cancers.

Au-delà des matières premières, l’IA c’est aussi de l’électricité. Déjà, la consommation énergétique des mines utilise beaucoup d’électricité (machine à broyer, pompage, …), sans compter le transport de leurs minerais. La consommation énergétique des centres de données de l’IA est inconnue, nous n’avons que des estimations. Facebook indique, par exemple, que ses modèles derrière son moteur de recherche sont ré entraînés toutes les heures ; soit l’empreinte carbone annuelle en gros de 500 000 français·es. L’Agence Internationale de l’Énergie estime qu’à l’échelle mondiale en 2026, l’industrie de l’IA consommera à elle seule autant d’électricité que le Japon - la 4ème économie mondiale. Au Texas et en Californie, ce type d’installation totalise déjà plus de 10% de la consommation globale. En Irlande, c’est 20%. En France, 10% de l’électricité est déjà consommée par le numérique aujourd’hui.   Si on se base sur les promesses d’investissements dans de gigantesques centres de données récemment annoncées aux USA, en Europe ou en Chine, il faudrait une quantité quasi inépuisable d’énergie électrique.
Il faut produire beaucoup d’électricité… et donc le nucléaire apparaît aux yeux des dirigeants de la tech comme une porte de sortie face à l’impasse énergétique vers laquelle l’intelligence artificielle nous conduit. Microsoft a ainsi annoncé récemment la relance de l’unité 1 de la centrale de Three Mile Island - site où avait eu lieu en 1979 un accident nucléaire ayant mis un coup d’arrêt au développement de cette technologie aux États-Unis. Aujourd’hui, de nombreux acteurs de l’IA disent étudier l’installation des mini-réacteurs (« SMR », technologie qui ne fonctionne toujours pas) à côté de leurs principaux centres de recherche et investissent dans la fusion nucléaire (toujours au stade de promesse depuis des décennies).

L’IA, c’est aussi de l’eau car il faut refroidir les centres de données. Un des plus gros data-centers en fonctionnement est celui de l’agence de renseignement états-unienne, la NSA, qui s’étend sur plus de 100 000 mètres carrés dans l’Utah, une terre particulièrement exposée à la sécheresse. Il avale à lui tout seul 60% de la consommation de l’eau de l’État. Il a besoin chaque mois de 90 millions de litres d’eau, soit 35 fois la piscine olympique de Paris 2024. En 2027 on estime à entre 4,2 et 6,6 milliards de m³ d’eau pour faire marcher les IA et refroidir les serveurs, presque les besoins en eau du Danemark, ou la moitié de ceux du Royaume Uni. Une telle consommation va empirer les pénuries et exacerber les problèmes d’accès à l’eau.

Impact géopolitique

Les États-Unis ont depuis quelques années déclenché la guerre technologique avec la Chine et la « bataille de l’IA » ne fait que commencer. Biden avait empêché la Chine d’avoir accès aux micro-puces fabriquées par Nvidia (puces les plus puissantes qui alimentent les systèmes d’intelligence artificielle) et aux machines de lithographie ultraviolette – deux technologies essentielles pour la fabrication de semi-conducteurs. Cependant, les sanctions états-uniennes n’ont pas empêché la Chine d’avancer dans la guerre technologique contre les États-Unis. Récemment, l’entreprise chinoise DeepSeek a mis à jour un modèle très perfectionné d’intelligence artificielle grâce à des semi-conducteurs moins puissants… et ceci pour un coût annoncé nettement moins chers que pour ChatGPT. D’autres IA chinoises émergent en concurrence des IA américaines et révèlent la concurrence effrénée actuelle. Ainsi, Macron, via son « Sommet pour l’action sur l’Intelligence Artificielle », a voulu marquer les esprits avec des centaines de milliards d’euros de promesse d’investissement en France.
Surtout, la Chine n’a pas cessé de monter en puissance dans la course technologique qui l’oppose aujourd’hui aux États-Unis. La Chine est au 1er rang mondial en matière de publications scientifiques, notamment en intelligence artificielle, et de dépôt de brevets. Mais la Chine n’a pas la compétence technologique actuellement de produire des semi-conducteurs aussi performants que… ceux produits à Taïwan et dont bénéficient les trusts états-uniens, d’où en partie les visées de la Chine sur Taïwan. Trump impose depuis peu un blocus plus important pour l’exportation en Chine de certaines puces et devrait réussir à ce qu’une partie de la production de ces puces soit effectuée aux USA et non plus uniquement à Taïwan. Par contre, la Chine a un quasi-monopole actuellement sur 30 des 50 métaux critiques nécessaires à l’IA : lithium, cuivre, métaux rares indispensables, … La Chine a, en réponse à la guerre économique lancée par Trump, bloqué l’exportation d’un certain nombre de ces matières rares. Ceci explique les récentes visées impérialistes des États-Unis pour le Canada, le Groenland… ou l’Ukraine [6].

La politique actuelle de Trump, et la guerre commerciale associée, s’inscrit donc dans une confrontation avec la Chine pour, entre autres, le contrôle technologique, celui des minerais et des terres rares ainsi que des moyens de communication (comme le canal de Panama). La volonté de nouvelles conquêtes états-uniennes oblige les États européens à trouver des stratégies nouvelles, avec des tensions croissantes, et donc une politique de réarmement forcenée. L’impérialisme n’a jamais cessé, mais il prend une forme plus brutale par la volonté affichée de conquérir par la force de nouveaux territoires, et devient donc plus conflictuel. Cela pourrait se généraliser et en ligne de mire le chaos et la guerre. Par conséquent, l’IA connaît depuis quelque temps une utilisation accélérée à des fins militaires. Cela se fait par le rapprochement des géants de la tech et des États pour l’émergence de systèmes d’armes autonomes, capables de fonctionner sans avoir besoin de l’humain : les « robots tueurs », drones, navires automatisés, … (là, en revanche, pas de filtres moraux pour ces IA).

Capitalisme libertarien

Le gouvernement états-unien est clairement le gouvernement des milliardaires. Si la bourgeoisie a toujours dominé l’appareil d’État, la différence est que ce sont des milliardaires qui sont à des fonctions-clés du gouvernement états-unien aujourd’hui    - 14 actuellement dont E. Musk est la figure emblématique. Si Trump a été soutenu par toutes les grandes entreprises de la tech, ce n’est pas par hasard. La vision libertarienne et autoritaire de Trump rentre en phase avec les projets économiques et politiques de ces trusts. Masculiniste, raciste, promoteur d’un capitalisme débridé, ce courant offre un débouché à la crise dans laquelle le capitalisme est enlisé depuis plusieurs décennies. Le courant libertarien d’extrême droite progresse partout dans le monde, popularisé par tous les médias possédés par ces trusts (majorité des journaux et des applications numériques). L’objectif est de pouvoir agir et prospérer sans entrave, pas même celle d’un État pourtant initialement garant des intérêts à long terme de la bourgeoisie : supprimer toute législation environnementale, abandonner le salaire minimum, tordre le cou à la protection sociale, etc.
Les entreprises de la tech ont une vision prédatrice de nos vies pour s’imposer politiquement et économiquement. Elles utilisent les données produites par les utilisateurs du numérique pour nous formater, dicter nos comportements dans le but d’optimiser leurs profits et nous canaliser politiquement. C’est le capitalisme de la surveillance permanente. Il y a une tendance d’une mise sous tutelle de l’État par ce secteur car, au-delà du contrôle de l’État et de ses données, cela offre un marché important aux entreprises de l’IA via la gestion administrative par IA en remplacement des fonctionnaires (comme aux USA actuellement où des milliers de personnes sont licenciées).

Cette technocratie politique revêt l’habit de la « science » pour créer une alliance de l’IA et de l’État qui permet ainsi de générer un contrôle permanent sur la population, créant pour certain·es une nouvelle forme de totalitarisme. Dès aujourd’hui, on peut voir ce que veut dire « IA + État » : un décret trumpiste prévoit l’utilisation de l’intelligence artificielle pour exclure des projets de recherche, ceux contenant les mots (devenus interdits) : antiracisme, racisme, altruisme, préjugés, DEI (diversité, équité et inclusion), diversité, divers, biais de confirmation, équité, égalitarisme, féminisme, genre, identité de genre, inclusion, inclusif, inclusivité, injustice, intersectionnalité, privilège, identité raciale, sexualité, stéréotypes, pronoms, transgenre, égalité, ALT (alternatif).

Cela dit, si les trusts de la tech mènent la danse, cela ne va pas sans contradiction. Logiquement, des secteurs capitalistes ne veulent pas laisser ces nouveaux milliardaires préempter toutes les positions, toutes les ressources, tout le pouvoir à leurs seuls profits d’autant plus que la tech ne représente qu’une partie réduite de l’économie en termes de production, d’emploi, d’activité. Les secteurs agricole, minier, industriel, des services ont pris l’habitude de travailler avec l’État, de détourner ses moyens à leur profit. Remettre en cause des pans entiers de l’État, désorganiser le système, c’est prendre le risque de tout déséquilibrer.

Conclusion

Le capitalisme mené par l’IA cherche à renouveler le taux de profit des capitalistes en réduisant une fraction de la main-d’œuvre (travail dit intellectuel), en rationalisant/optimisant la prise de décision, et enfin au niveau de la consommation, en ouvrant de nouveaux marchés. C’est en quelque sorte proche de ce que le taylorisme avait fait avec « l’organisation scientifique du travail », qui a d’abord été imposée aux ouvriers, avant d’être adaptée aux employés et aux cadres sous la forme du « management ». Dans les deux cas, il s’agit de contrôler de près l’intensité du travail. L’IA est une nouvelle forme extrême de l’exploitation capitaliste, basée sur une exploitation elle aussi extrême des ressources naturelles.
Comme chaque avancée de ce type (révolution technologique), elle s’accompagne d’une nouvelle dépossession des savoirs et savoir-faire (ici de façon précoce, puisque l’IA est déjà massivement utilisée par les élèves et étudiant·es pour éviter d’apprendre et surtout de réfléchir par eux/elles-mêmes), d’une dégradation encore plus avancée du lien social, et d’une propagande servant à détruire la culture et le bon sens, sous prétexte que la même technologie permet de détecter plus efficacement un début de cancer ou des signaux d’un prochain séisme.
Pour ce faire, la « démocratie » bourgeoise est superflue pour l’idéal d’un monde où tout est régulé automatiquement par des algorithmes : nous ne devons être que des masses passives, réagissant à des stimuli numériques pour travailler et consommer, surveillées et sans pensée critique possible. Pour ce faire, il faut fabriquer un consentement généralisé s’appuyant à la fois sur l’impossibilité d’échapper à l’IA et la sidération paralysante que l’IA produit pour nous faire croire que le futur serait déjà plié.
Les annonces d’investissements actuels ressemblent à une fuite en avant : 500 milliards de dollars aux USA, 150 Milliards d’euros en France, de même en Chine, essentiellement pour des centres de données gigantesques nécessaires à l’IA ; sans parler par exemple du projet du plus grand câble au monde (50 000 km) lancé par Meta … Et ceci, sans savoir si ces investissements se transformeront en profits et donc s’ils ne déboucheront pas sur une crise classique du capitalisme, ou tout simplement sur une crise financière partant de la bulle spéculative actuelle des actions de ces entreprises d’IA. Sans parler de crises guerrières issues des tensions impérialistes (avec la croissance importante des budgets d’armement). C’est donc un capitalisme autoritaire mais aussi de turbulence que nous promet l’IA.

Nous ne sommes pas désarmé·es et pouvons être le vecteur de cette turbulence. On peut bien sûr commencer par boycotter au maximum tout ce qui touche à l’IA, mais c’est un peu comme pisser sous sa douche pour combattre le réchauffement climatique : c’est structurellement qu’il faudrait attaquer l’IA. Il faut en premier prétendre avoir une autonomie critique, populariser la catastrophe générée par l’IA (humaine, environnementale, politique, guerrière, …), participer à sa contestation. Surtout, l’IA, c’est avant tout du travail humain, et donc de potentielles révoltes associées. Car les gens n’acceptent pas spontanément leurs nouvelles conditions de travail absurdes (employé humain du tertiaire, chargé de « lisser » les textes produits par la machine), ou carrément des ignominies (machines chargées du soin et de l’éducation des enfants, de l’administration de la solidarité, etc).  C’est nous, les prolétaires, qui subissons mais surtout qui faisons fonctionner l’IA, pas les dirigeants de la tech, et donc charge à nous de collectivement la détruire par le sabotage, la grève, et surtout l’expropriation de tous ces parasites.

RV

Notes
[1] Le livre récent de Thibault Prévost « Les prophètes de l’IA – Pourquoi la Silicon Valley nous vend l’apocalypse », édité chez LUX, discute efficacement de cela.
[2] Désolé pour l’absence de références dans l’article, mais il y en a beaucoup trop pour pouvoir les mettre.
[3] Nous utiliserons ce terme pour désigner d’une façon générique les entreprises qui développent leurs profits sur la base des nouvelles technologies numériques, entre autres l’IA.
[4] Voir CA 345 : « Barbarie numérique. L’exploitation criminelle des métaux technologiques au Congo (RDC) »
[5] Le documentaire « Les sacrifiés de l’IA », en accès libre sur France TV, rapporte les conditions de travail et les dégâts psychologiques sur ces travailleurs/travailleuses invisibilisé·es de l’IA.
[6] Les États-Unis demandaient le contrôle de 50% des minerais ukrainiens sans garantir une protection militaire, d’où le refus de Zelensky en février 2025. Pour obliger l’Ukraine a accepté, Musk aurait menacé à cette date de priver l’Ukraine de son réseau de satellites Starlink absolument nécessaire pour l’armée ukrainienne aujourd’hui. A l’heure où est rédigé cet article, un accord semble toutefois émerger sur la gestion des matières rares ukrainiennes au bénéfice des USA.

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