jeudi 4 juin 2026, par
Une grande enquête interdisciplinaire a eu lieu, à Bordeaux et à Paris. Ces travailleurs sont sur le pont plus de 63 heures par semaine, de six à sept jours sur sept, pour un revenu très inférieur au seuil de pauvreté. Dans le secteur de la livraison de repas, le fonctionnement des plateformes numériques repose sur des algorithmes de mise en relation restaurants/clients/livreurs, de tarification et de déconnexion qui leur permettent de piloter une vaste main-d’œuvre statutairement indépendante. Quant aux livreurs, leur statut d’auto-entrepreneur les place en dehors du cadre réglementaire de la santé et de la sécurité au travail applicable aux salarié·e·s. Leur situation s’apparente à un retour du travail à la tâche.
Les livreurs sont quasi exclusivement des hommes (98,9%), immigrés (97,8%) et relativement jeunes, leur âge médian est de 30 ans. Leur niveau de diplôme est en revanche hétérogène. La plupart sont arrivés récemment en France (depuis 2020 en médiane) et sont principalement originaires d’Afrique de l’Ouest, d’Asie du Sud et d’Afrique du Nord. Près des deux tiers sont sans papiers. La majorité ne dispose pas d’un logement personnel. Près d’un livreur sur deux à Paris et plus d’un sur trois à Bordeaux (36,7%) déclarent avoir passé au moins une journée entière sans manger, par manque d’argent, au cours des douze derniers mois. Les trois quarts des livreurs travaillent sous le compte d’une tierce personne, une proportion atteignant 81% à Paris.
Les livreurs perçoivent en moyenne 1 480 euros bruts par mois, soit 880 euros nets une fois déduits l’ensemble des frais liés à l’activité (incluant les dépenses d’équipement et de carburant, les frais d’assurance, les impôts et, pour les trois quarts d’entre eux, le coût de location du compte qui s’élève en moyenne à 528 euros mensuels et absorbe à lui seul plus d’un tiers du revenu brut). Le taux horaire brut moyen s’établit à 5,83 euros, soit bien en deçà du smic horaire (11,88 euros, au moment de l’enquête). Ce tableau d’ensemble dessine le portrait d’une population de « working poor », contrainte à une intensité de travail extrême pour dégager un revenu net qui reste très inférieur au seuil de pauvreté (fixé à 1 288 euros nets par mois pour une personne seule).
Le management par l’algorithme a un effet extrêmement négatif pour leur santé. Il soumet les travailleurs à une pression permanente. Les notifications incessantes, les évaluations automatisées basées notamment sur les retours clients, qui ne tiennent pas compte des réalités de terrain, et la peur de la désactivation du compte créent un état d’hyper-vigilance. Par exemple, le livreur ne peut pas vérifier les conditions de conditionnement des marchandises empaquetées dans un sac fermé par le restaurateur. Or, celui-ci peut se déverser durant le transport, causant le mécontentement du client. À cela s’ajoute le fait que les livreurs n’ont pas d’informations claires sur la façon dont les notes et commentaires laissés par les clients après chaque livraison vont influer sur d’éventuelles sanctions. L’impossibilité d’anticiper les revenus ou lesdites sanctions engendre des sentiments permanents d’impuissance et d’insécurité économique. Pour maximiser leurs gains, les livreurs choisissent de réduire leurs temps de pause ou d’augmenter leurs cadences de travail, espérant ainsi être mieux évalués. Plus du quart des livreurs en Île-de-France ont subi un accident de la route.
L’utilisation de plus en plus étendue de l’IA dans le management fait courir le même type de risque à tous les travailleurs. La pression de la performance constante, sans possibilité de déconnexion, crée un climat d’anxiété permanente et les expose à un stress chronique. Les décisions automatisées (affectation des tâches, évaluations) réduisent leur marge de manœuvre et entraînent une perte d’autonomie. Le recours à l’intelligence artificielle facilite également la fragmentation des contrats (micro-tâches, statuts hybrides), limitant l’accès aux protections sociales et menant à une précarisation des statuts. Enfin, l’absence d’interactions humaines et de collectifs de travail aggrave la solitude et le sentiment d’insécurité, aboutissant à leur isolement et à une déshumanisation du milieu professionnel. Si, actuellement, les travailleurs des plateformes sont les principaux concernés par cette situation, ces pratiques pourraient bientôt s’étendre à de nombreux secteurs d’activité et types d’emploi.
Sources :- Marwân-al-Qays Bousmah, Annabel Desgrées du Loû), Anne Gosselin, Flore Gubert, Kevin Poperl, « Livreurs des plateformes : une enquête inédite lève le voile sur leur extrême précarité », The Conversation, 1 avril 2026- Dina Attia, Thomas Bayeux, « Livreurs à domicile : comment le « management algorithmique » dégrade la santé des travailleurs », The Conversation, 1 avril 2026.
Pour en savoir plus : « Santé et conditions de vie et de travail des livreurs des plateformes numériques en France : rapport de l’enquête SANTE-COURSE », accessible gratuitement sur internet
Le taux d’emploi, pourcentage de personnes ayant un emploi même très partiel ou de très courte durée, a très légèrement augmenté, de 0,3 point de pourcentage. Le taux d’emploi des jeunes s’est stabilisé et celui des seniors a augmenté. Il n’y a plus que 5 points d’écart entre le taux d’emploi des hommes et celui des femmes (30 en 1975). Pour la troisième année consécutive, la part cumulée des emplois à durée limitée (CDD, intérim) dans l’emploi total recule. Elle s’établit désormais à 9,4%. En 2025, la pratique du télétravail concerne 19,7% des salarié·e·s, quasiment un sur cinq, une part en hausse de 1,5 point par rapport à 2024. La part de personnes en emploi à temps partiel augmente de nouveau, de 0,2 point sur l’année (17,7% en 2025). Le sous-emploi reste quasi stable, à 4,4%. Le sous-emploi, ce sont les personnes qui travaillent à temps partiel alors qu’elles souhaiteraient travailler plus. Le taux de chômage au sens du BIT augmente de 0,3 point en 2025 : il s’établit en moyenne à 7,7%. Le taux de chômage au sens du BIT, c’est lorsqu’on considère les personnes qui ne travaillent pas (moins d’une heure dans la semaine) et qui cherchent du travail (au moins une démarche dans le mois).
C’est donc un chiffre indépendant de la situation vis-à -vis de Pôle Emploi. Le halo du chômage est de 4,5%. Ce sont les personnes qui ne remplissent pas les critères pour être considérées comme chômeuses, mais qui cherchent néanmoins du travail. La hausse tendancielle du niveau moyen de qualification des emplois se poursuit. En 2025, les cadres représentent 23,8% des personnes en emploi. Depuis 2019, la part des cadres dans l’emploi dépasse celle des ouvriers, qui diminue de nouveau en 2025 (-0,4 point, à 17,5%). Les femmes continuent d’occuper des emplois moins qualifiés que les hommes (alors que, rappelons le, elles sont maintenant plus diplômées).
Source : INSEE, « Le chômage repart à la hausse, le taux d’activité à son plus haut depuis 50 ans », INSEE première n°2096, mars 2026