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CA 326 Janvier 2023

Lithium vous avez dit indépendance et quoi encore ! - Collectif de résistance : Stopmines03

jeudi 12 janvier 2023, par Courant Alternatif

Sous le prétexte du changement climatique et de l’indépendance de la France, l’extraction du lithium fait couler beaucoup d’encre. La voiture électrique nouveau cheval de Troie de l’industrie capitaliste, comme en son temps « le tout électrique », nous vend, pour notre bien cela va de soi, l’ouverture de mines écologiques, la géothermie profonde acceptable et autres réacteurs atomiques nouvelle génération.


Préambule :

Cet article n’a nullement la prétention d’être expert en process miniers, ni exhaustif et encore moins littéraire, seulement informatif. Les informations ont été recueillies dans la presse locale et nationale, sur des sites d’associations environnementales ou de promoteurs impliqués dans les projets miniers et plus particulièrement de lithium, ainsi que du rapport du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) et autre ordonnance et nouveau code minier.   

Projets prévus d’extraction du lithium en France.

Deux procédés envisagés en métropole : Extraction de minerais ou extraction de saumure géothermale.

Extraction de minerais :
EMILI jolie, pas vraiment, EMILI (Exploitation de MIca Lithinifère par Imerys) c’est le nom donné au projet de mine de lithium prévu, en carrière souterraine, sur la commune d’Echassières (Allier 03), par le groupe IMERIS qui exploite depuis plusieurs années, sur une emprise de 33 hectares, une mine à ciel ouvert pour l’extraction de Kaolin, entre 20 000 t et 30 000 t à l’année, pour un effectif de 20 salariés. L’exploitation de la mine souterraine sera gérée par IRMA (Initiative for Responsible Mining Assurance), non cela ne fait pas partie de la cristal vision, mais est un standard international en cours de création visant à réduire de moitié les rejets toxiques et minimiser la consommation de l’eau, c’est du moins ce qu’assure IMERIS dans sa communication et pour faire baver le chaland, la création de 1000 emplois directs ou indirects. (Voir encadré 1).
D’autres projets sont prévus dans le massif central et à l’ouest du massif de Millevaches. (Voir la carte BRGM). Les massifs armoricains (Tréguennec) et bien d’autres endroits encore (voir encadré 2).

Extraction de saumure géothermale :
Les PER (Permis Exclusifs de Recherches) en géothermie profonde se multiplient en Auvergne (Voir la carte). Selon le nouveau code minier, a été ajouté au PER la possibilité du dépôt d’un seul dossier de titre minier et d’autorisation environnementale comprendre ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), dans le cas où sur le site de la mine une telle installation est nécessaire. De plus, il autorise au titre de recherches ou d’exploitations de gîtes géothermiques et de substance de mine contenues dans les fluides colporteurs de ces gîtes, autrement dit selon l’ordonnance du 13 avril 2022 : « Cette disposition doit notamment faciliter l’instruction des projets de valorisation des eaux géothermales par extraction des sels de lithium, substance nécessaire au développement de la mobilité électrique. » Alors qu’avant cette modification, les PER ne pouvaient utiliser ces eaux très chaudes que pour le chauffage et/ou la fabrication de l’électricité. Autre changement le seuil de 150 °Celsius pour la fabrication de l’électricité est remplacé par 20 MW de puissance primaire, ce qui ouvre la voie à une exploitation plus étendue des gisements géothermaux.
Il n’y a pas que le massif central qui est sur la sellette, l’Alsace a déjà sur son territoire plusieurs centrales géothermiques fournissant chauffage et électricité. Avec le nouveau code minier donnant la possibilité de projet conjoint chauffage/électricité/lithium, au moins 3 projets sont en cours d’être déposés en Alsace et autant en Allemagne. Le groupe ERMET (1) et IFPEN (Institut Français du Pétrole Energies Nouvelles) sont à l’origine du projet EuGeLi (European Geothermal Lithium Brine) qui en laboratoire a produit les premiers kilogrammes de carbonate de lithium issus des eaux géothermales du bassin Rhénan.
L’entreprise Fonroche géothermie spécialiste des forages profonds (jusqu’à - 5000 m), a pratiqué des explorations en Alsace, mais aussi en Ardèche, en Drôme, dans l’Allier, le Puy de Dôme, le Cantal, les Pyrénées-Atlantiques, le Gard, les Bouches du Rhône, coïncidence ou pas des séismes de 3.1 (Strasbourg), 3.7 (Riom), 3.8 (Pau) et jusqu’à 5.4 (Montélimar) sur l’échelle de Richter se sont produits. Ils pourraient être dus à la technologie utilisée, la fracturation des roches par injection sous hautes pressions d’eau mélangé à des matières chimiques.       

Le 24 octobre 2022 était annoncé en grande pompe l’ouverture, pour 2027/2028, d’une mine de lithium à échassières 03, devant produire 34 000 t d’hydroxyde de lithium par an sur une période 25 ans. Equivalent à 700 000 batteries par an, pour les voitures électriques.
Alors que l’étude préliminaire du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) évalue le potentiel en lithium à 320 000 t en prenant comme base de calcul 0.5 % par tonne de minerai excavé. IMERIS après sa campagne de sondage sur une partie du site estime quant à lui, que le gisement serait plutôt de 1 000 000 t de lithium et entre 0,9 à 1 % par tonne de minerai extrait. Cela correspondant entre 111 et 100 millions de tonnes de minerai, quid des rebuts, surtout l’uranium, le thorium et le plomb qui ne sont pas négligeables dans les granits de Beauvoir ?
Toujours selon IMERIS, l’exploitation souterraine se ferait entre 75 à 350 m de profondeur, une usine de concassage à proximité de la mine et une usine de raffinage dans un rayon de 100 km. Les engins de chantier utilisés seraient électriques (bonjour l’autonomie !), la première mouture sera transportée par canalisation vers la gare la plus proche pour un transfert par train vers l’usine de raffinage.
IMERIS estime que le coût d’extraction serait entre 7 et 9 €/kg hors investissement initial (estimé à 1 milliard €, dont une partie d’argent public), pour une vente à 70 €/kg selon les cours du marché de novembre 2022.
Le site de Beauvoir (mine de kaolin) fait partie d’un massif forestier de plus de 2 000 ha dont la forêt des colettes est intégrée (Hêtraie de renommée européenne) d’une superficie d’un peu moins de 800 ha et classée NATURA 2000.

Vers l’indépendance de la France, rien n’est moins sûr.

Prétendre à l’indépendance de la France en nous faisant miroiter la construction de batteries lithium-ion sur l’hexagone pour les voitures électriques n’est pas très probant, voire fait partie d’un enfumage. Le lithium, entre 7 et 40 kg sont nécessaires selon les modèles de voitures, n’est qu’une infime partie des composés, puisque le nickel, le cobalt, l’aluminium, le cuivre, le graphite, pour ne citer que les principaux métaux et minéraux, sont aussi indispensables à leur fabrication.
Le nickel dont une partie des réserves mondiales se trouve en Nouvelle-Calédonie, ce qui peut expliquer pourquoi l’Etat français traîne des pieds sur l’autodétermination du peuple Kanak.
Le cobalt est en grande partie extrait des mines situées en RDC (République Démocratique du Congo), avec une forte dépendance aux capitaux chinois. L’instabilité de la RDC est due en partie à la guerre que se mènent les grandes puissances pour l’hégémonie de leurs économies.
La bauxite principal minerai pour la production d’aluminium est extraite, par ordre d’importance, en Australie, en chine, au Brésil, en Inde et en Guinée. La fabrication d’aluminium métallique se fait en Chine, suivie de loin par la Russie et le Canada.
Le cuivre se trouve partout, mais est exploité principalement au Chili, aux Etats-Unis, en Indonésie et au Pérou.
Le graphite naturel, dont les principaux exportateurs sont la Chine, l’inde, le Brésil, la Turquie et la Corée du Nord.
Vient s’ajouter à tout ceci, la loi du marché sur les matières premières et les énergies, où le plus offrant remporte la mise en vertus de la libre concurrence et non faussée des profits capitalistes. Que vaut la misère du monde face à cette classe bourgeoise profiteuse du travail d’autrui. Prenons comme exemple les deux groupes français impliqués dans l’extraction du lithium.
Iméris tout d’abord, son capital est détenu en majorité par Belgian sécurities BV (fond de placement sur les matières premières) comme son nom ne l’indique pas ce groupe est hollandais, dont la provenance des capitaux, comme tout fond de placement, est multiple.
Eramet (1), dont l’histoire est bien détaillée sur wikipédia, où nous voyons apparaître des noms comme Bolloré, BRGM, Elf Aquitaine, AREVA, etc. Où 35% du capital est détenu entres autres par des groupes états-uniens, norvégien et des provinces calédoniennes.
Selon le code minier, ces deux multinationales « françaises », sont propriétaires des produits de l’extraction, Alors vous nous dites indépendance de la France, Eh ben, nous avons raison d’en douter !    

Les pompiers pyromanes.

Lors des manifestations « climat », le slogan redondant « changeons le système, pas le climat », me semble peu précis. Lorsque nous voulons changer quelques choses, il est impératif de définir ce que nous entendons par changer « le système ». Dans les différents rapports du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) il est écrit que le réchauffement climatique est dû aux activités humaines, mais là encore ils manquent de précisions. Est-ce tous les humains qui y contribuent ? La réponse est non ! Selon les classes sociales et le lieu d’habitation sur la planète, la responsabilité n’est pas la même. Le réchauffement climatique n’est pas dû aux activités humaines puisque celles-ci existent depuis la nuit des temps, mais à l’exploitation de la force de travail et des ressources de toutes natures par la bourgeoisie détentrice du capital et des moyens de production dont le seul objectif est l’augmentation sans fin de leurs profits. Qui a pour nom le capitalisme.
Ce sont ces mêmes capitalistes qui nous expliquent, comme en 1973 que pour sortir du tout pétrole nous devions choisir le tout électrique, option les centrales atomiques, qui d’une pierre deux coups, impliquaient une société centralisée avec un renforcement de l’Etat policier, mais aussi la fabrication du plutonium nécessaire à la bombe atomique. Aujourd’hui, ce serait la voiture électrique la meilleure solution contre le réchauffement climatique, ils nous prennent vraiment pour des teubés ! La fabrication d’une voiture électrique est plus émettrice de CO² que lors de la fabrication d’une voiture thermique, celle-ci polluant pour l’essentiel lors de son fonctionnement, il faudra attendre les 100 000 km au compteur pour que la voiture électrique arrive au qualitatif de véhicule « écologique ». Mais n’oublions pas que, que ce soit la voiture électrique ou la thermique, elles émettent autant de particules fines lors des freinages avec l’usure des pneus ou des routes. Et rebelote, relance des centrales vertement atomiques, mais en plus la prolifération des éoliennes et du photovoltaïque avec une pincée de bio charbon, de biogaz, bio pétrole, bon tout cela pour dire que nous ne sommes pas sortis du merdier mortifère capitaliste.

Extrait du rapport du BRGM
Tous les résultats de cette étude sont désormais diffusés sur le site MineralInfo pour faciliter leur utilisation. L’analyse et l’évaluation du potentiel par la méthode de prédictivité Cell-Based Association montre que celui-ci est élevé. Le Massif central apparait clairement comme le domaine le plus prospectif pour l’exploration minière, notamment ses parties ouest, nord, centre et est. Le sud du Massif Armoricain et les massifs varisques isolés de la Montagne Noire, des Maures-Tanneron et des Vosges et les massifs cristallins externes des Alpes apparaissent également très favorables.
En prospection tactique, les cibles recommandées sont l’évaluation du potentiel du dyke de Richemont et du granite de Montebras. En prospection stratégique, il est suggéré prioritairement des recherches de granites à métaux rares, dans les districts de Beauvoir, de Montebras, de Richemont et de Tréguennec et à la prospection de nouvelles zones, prioritairement, le triangle Montebras – massif de Montmarault – Beauvoir, le nord de la Margeride et le flanc ouest du massif de Millevaches.

Mais revenons à ce qui est bio pour le climat, toutes ces technologies nous mènent à un extractivisme décomplexé, après l’avoir externalisé vers les pays du « tiers-monde », il fait son retour dans nos contrées. La fuite en avant pour l’adaptation au changement climatique, au lieu de modérer les ardeurs capitalistes, ne font qu’augmenter les sources du réchauffement, si certaines ou certains en doutaient encore, la crise du covid 19 nous a montré que l’arrêt de la production mondiale allait de pair avec l’arrêt de la pollution atmosphérique, que ce soit le CO², la vapeur d’eau ou bien le méthane, gaz qui procèdent au réchauffement climatique. Prétendre que verdir la production capitaliste serait la solution, est dans le meilleur des cas une anomalie et dans le pis une forfaiture. Jamais un pompier pyromane n’arrête de lui-même, outre le plaisir qu’il en tire, c’est la prime d’intervention qui le guide. Tout comme le capitaliste tire de la misère du monde, ses profits.   

Indépendance oui, mais de nos vies !

Les guerres impérialistes, qu’elles soient économiques ou militaires, partout dans le monde n’ont qu’un seul but, l’accaparement des matières premières et énergétiques nécessaires à l’accumulation du capital. La bourgeoisie et ses suppôts vendent à qui veut l’entendre que ces guerres sont faites pour défendre nos « valeurs démocratiques ». Le patriarcat sévit sur l’ensemble de la planète, avec comme corollaire l’assujettissement d’une moitié du genre humain vis-à-vis de l’autre moitié.
Où est le rapport avec l’indépendance sur nos vies ? Comme noté plus haut au sujet du « système », nous devons nommer ce qui entrave nos indépendances. La soumission et l’exploitation se retrouvent à la fois dans le capitalisme et le patriarcat, ce qui empêche l’avènement d’une véritable société libre et égalitaire. C’est ce postulat que nous devons avoir en tête lorsque collectivement nous nous opposons aux méfaits du capitalisme.
Et pour le lithium source de cet article que faisons-nous, comme nous venons de le voir, son exploitation projetée ne vient pas de nulle part, mais fait partie d’une conception de société que nous ne voulons plus. Cette opposition locale doit se fédérer avec les collectifs créés ou à venir. Comme disait l’autre « tout seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ».     

Moi - Moulins décembre 2022

Note :
1 – Groupe détenu par la Famille Duval (originaire d’Auvergne) avec + 37 % et l’Etat français à + 28 %. (Voir fr.wikipedia.org/wiki/Eramet).         

Création d’un collectif de résistance au projet

Dans de nombreuses communes de l’Allier proches de l’actuelle mine de kaolin du site de Beauvoir à Echassières, se sont tenues en Novembre 2022 des réunions dites d’information, initiées par les maires et la société minière Imerys, dans le but d’expliquer comment le lithium présent sous nos pieds allait être industriellement extrait pour alimenter en batteries les futurs véhicules électriques et en argent les portefeuilles des entrepreneurs concernés.

Les batteries au lithium ne supportent pas la chaleur... (AFP)

Les salles étaient souvent combles (jusque 200 personnes), de riverains déjà conquis, d’inquiets aussi, de militants locaux des causes anti-industrielles, écologiques et politiques, des médias régionaux ou nationaux…
Las, comme attendu par les plus aguerris, et au grand dam des citoyens présents, les communicants miniers sont venus expliquer pendant des heures, question après question, qu’ils n’avaient aucune réponse aux inquiétudes avancées, concernant l’eau, la pollution, les moyens, les trajets, la méthode industrielle, les emplois... A deux ans d’un extraordinaire et juteux massacre en règle il est visiblement trop tôt encore pour savoir (où faire savoir). Tout au plus aura t-on retenu que nous aurons à composer ici avec une extraction respectueuse, un traitement vertueux de la matière digne du projet éco-responsable des batteries électriques, rechargeables par du nucléaire décarboné et vert.
Depuis, une cinquantaine de personnes se sont réunies pour acter en premier de la création d’un collectif de résistance au projet. Étaient présents entre autres des militants de structures identiques et expérimentées du centre de la France ou de l’international, des défenseurs du Bois des Colettes tout proche, bref tout plein de gens et d’associations prêtes à en découdre.
Stopmines03 est né (contactstopmines03@gmail.com), avec la volonté exprimée de tout mettre en branle pour entraver ou stopper un processus bien avancé pourtant. A suivre...

Alex - Moulins

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