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Éditorial de CA 343

Si les élections pouvaient changer quelque chose,
il y aurait longtemps que la bourgeoisie les aurait interdites

lundi 7 octobre 2024, par Courant Alternatif


Vous vous attendez certainement à lire un édito pessimiste, pleurnichard, dans cette période douloureuse, catastrophique au niveau hexagonal … voire planétaire.

Bien sûr, par exemple, il y a eu des reculs, des régressions importantes dans les contestations de la gestion de l’Etat français. Un retour à l’institutionnel et son impasse dévoilée ces dernières semaines sentent tout de même la fin d’une période et cela peut être enthousiasment si un mouvement social naît progressivement débarrassé du passé avec ses fausses solutions économiques de relance keynésienne par la consommation nostalgique des Trente Glorieuses, politiques avec ses recherches de leaders charismatiques, de guides suprêmes où le peuple délègue son pouvoir sans avoir même une once de contrôle des mesures décidées par cette classe politicienne au pouvoir.

Revenons très brièvement ce que nous venons de vivre en France ces dernières semaines au niveau politicien. Le « dictateur » Macron a voulu se servir de la montée électorale de l’extrême droite pour ré-assoire son pouvoir en perte de vitesse, au service du système capitaliste. Rappelons qu’un autre grand politicien, Mitterrand, l’avait fait dans les années 80 sans dissoudre l’assemblée, pour se faire réélire en 1988… Coup réussi mais nous étions dans une autre période.

Là, Macron, a partiellement raté son coup. Pour l’instant, il n’a gardé son trône que grâce à un front républicain antifasciste qui par nature est avant tout défensif n’ayant pour projet que la défense de la démocratie bourgeoise représentative.

Il faut rappeler ici que nous comprenons les choix individuels des électeurs qui par peur du RN se sont rendu aux urnes pour voter, selon l’offre : LFI, PCF, écolo, PS, Renaissance, … LR ! Par contre, nous dénonçons les structures politiques proches de nous idéologiquement qui ont appelé clairement à voter pour la Gauche réunie pour l’occasion. Cette démocratie parlementaire était pourtant de plus en plus remise en cause avec une recherche par exemple dans le mouvement social d’ampleur en France (Les « gilets jaunes) d’un autre type de démocratie plus directe et aussi une montée de l’abstention qui était devenu un fait politique. Quel recul !
A noter tout de même que malgré le matraquage médiatique de toutes les structures politiciennes aspirantes à la gestion de l’Etat au service du capitalisme, malgré la peur engendrée par la montée de l’extrême droite, un tiers des inscrit.e.s s’est encore abstenu à ce carnaval ! C’est d’ailleurs légèrement plus qu’en 1997 qui avait vu la victoire de la gauche plurielle !

Aujourd’hui, l’échec du Nouveau Front Populaire nous laisse sans perspective si nous nous enfermons dans l’espoir que seule la « gauche » au pouvoir peut changer les choses. On a l’impression d’être revenu dans les années 70 avec le « programme commun de gouvernement » du PS et du PCF.

Ne nous enfermons pas dans ce jeu politicien. La seule chose qui pourrait nous sauver de cette impasse, ce sont des luttes sociales dont nous ne connaissons toujours pas le mode d’emploi afin qu’elles démarrent. Notons déjà que des mobilisations importantes dans la rue rendent l’extrême droite aphone. Mais cela ne suffit pas car il faut que ces luttes de masse soient gagnantes sur le terrain social au sens large et débouchent sur de véritables avancées. « En dépit de mobilisations parfois très importantes, souvent soutenues par l’opinion publique comme on dit, aucun mouvement de contestation, depuis les manifestations unitaires contre le Contrat première embauche (CPE) du printemps 2006, n’a réussi à faire reculer durablement un gouvernement de droite ou de gauche désireux d’imposer ses réformes néo-libérales. Cela vaut également pour les « Gilets jaunes ». Pas de victoire sociale, nationale et significative depuis dix-huit ans même si des résistances locales ont réussi à faire céder élus municipaux et/ou régionaux, et différents patrons petits ou grands. » (extrait du blog d’O. Le Cour Grandmaison, sur Médiapart en date du 11 juillet 2024).

Les victoires font reculer la résignation, elles fabriquent de la confiance, elles montrent que lutter vaut la peine. Inversement, les défaites successives génèrent du défaitisme, du fatalisme, du ressentiment.
Seulement voilà, on le sait : les luttes sociales de masse ne se commandent pas. Par contre, le ralliement de certains syndicats, collectifs de lutte, associations ou même mouvements se revendiquant de l’anti-capitalisme au Nouveau Front Populaire est alarmant. Il va exactement dans le sens contraire de ce qu’il faut faire.

Malgré tout, il y a un espoir ! Ce gouvernement Barnier, sous tutelle du RN, devrait prendre des mesures réactionnaires, de droite dure … et là des réactions de masse peuvent apparaître et redonner espoir. Si le NPF avait obtenu le siège de Premier ministre, nous aurions eu l’obligation d’éviter toute surenchère à son programme social-démocrate bon teint. Les exemples dans l’Histoire ne manquent pas ! La politicaillerie institutionnelle n’offre que peu de surprises !

Nous verrons bien ce qui nous attend dans les prochaines semaines, dans les prochains mois mais des surprises peuvent arriver. Si bonnes surprises il y a, soyons sûr qu’elles ne sortiront pas des institutions républicaines mais des mobilisations d’un mouvement social.

Sur le terrain des luttes et des résistances en cours, il y a bien des combats à mener et beaucoup de solidarités à apporter. Nous pensons d’abord aux kanaks qui survivent comme ils peuvent du colonialisme de notre Etat-Nation. Rappelons ici que leur combat pour l’indépendance n’a pas encore été victorieux alors que la gauche a été au pouvoir 20 ans au total depuis 1981 !

Un autre combat nous tient à cœur et nous mobilise comme jamais, c’est celui du peuple palestinien qui subit un génocide de l’Etat sioniste. Vous pourrez lire dans ce numéro un article « un Etat, 2 Etats ? » qui se termine par : « Il est fondamental d’imposer le fait que toute négociation doive se faire sur la base du droit international et uniquement sur cette base. Ce droit signifie clairement la fin de l’État juif et du sionisme. » Nous avons une arme « Boycott, Désinvestissement, Sanction » !

REIMS le 23/9/24

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