Aux rencontres de l’OCL de cet été, une discussion était organisée, à partir de la présentation de la brochure « Souffler sur les braises » sur les révoltes suite à la mort de Nahel, à Nanterre l’été dernier.
Cette brochure donne la parole à 5 personnes qui vivent à Hérouville, une banlieue de Caen, et ont participé aux nuits enflammées de leur quartier. Certaines personnes étaient connues de longue date, ou croisées dans les Gilets Jaunes (GJ) ou les luttes plus récentes, d’autres étaient des inconnues avant cette rencontre. L’envie était de se solidariser et défaire la distance entre les mouvements révolutionnaires et ces révoltes.
Nahel, un jeune de 17 ans, a été tué par un policier à Nanterre le 27 juin 2023, dès le lendemain des émeutes éclatent à Nanterre, puis le surlendemain partout en France. La comparaison avec 2005 ne semble pas pertinente aux auteurs de la brochure, car à l’époque la révolte a été circonscrite aux banlieues des grandes villes et surtout en région parisienne. En 2023, des émeutes éclatent dans des petites villes de 4/5000 habitants, où des commissariats sont attaqués à coup de cocktails Molotov, des bureaux de tabac pillés, des voitures cramées. Une révolte généralisée qui dure 5/6 nuits, avec attaques des flics à coup de mortier, dégradation de bâtiments publics ou de banques, pillages de magasins, avec souvent redistribution à la population, comme cela s’est passé à Caen dans 3 quartiers populaires.
Le ministère de l’intérieur comptabilise 23 878 feux, 12 000 véhicules incendiés, 2 500 bâtiments publics dégradés dont 273 locaux de police et gendarmerie, 105 mairies, 168 écoles. Le Medef parle d’un milliard d’euro de déficit pour les entreprises suite aux dégradations. Par comparaison pendant le mouvement contre la réforme des retraites qui a duré plusieurs semaines, il y a eu 299 attaques contre institutions publiques. Cela montre le degré d’intensité de ces quelques nuits de révoltes et partout en France.
En effet ce n’est pas la première fois qu’un jeune est descendu par la police et les réactions sont rarement d’une telle ampleur. On note au moins 3 éléments qui peuvent expliquer ces émeutes. D’abord, un effet de saturation dû à l’augmentation des blessés ou tués par balle depuis les lois de 2017 qui donnent plus de possibilité aux flics de tirer, ensuite la Vidéo très choquante de la mort de Nahel qui a tourné hyper vite sur les réseaux sociaux et pour finir des références au film Athéna (1), « on fait comme Athéna ! » criaient les émeutiers.
L’organisation se faisait par petits groupes avec des jeunes de 13/14 ans, les grands venaient les soutenir. Ils les déposaient aussi en voiture dans d’autre endroits de la ville, pour que ce soit plus rapide. Les interviewés ont 20/25 et sont clairement dans les plus âgés. Pour l’anecdote, deux copains de 50 ans qui voulait participer se sont fait alpaguer et fouiller par les jeunes, qui ne les connaissaient pas et les soupçonnaient d’être des flics. Toute une solidarité du quartier s’est mise en place, avec les grands frères, les familles qui signalaient où étaient les flics et laissaient les portes des immeubles ouvertes pour que les jeunes puissent se mettre à l’abri. Des liens entre les quartiers qui d’ordinaire s’opposent, ont permis de débuter tous à la même heure et ainsi disperser les flics, mais aussi d’échanger des infos sur les flics et pour les mortiers. Les mortiers sont ramenés de Pologne et d’Allemagne par des go-fast comme le deal, et distribués ensuite sur les différents quartiers.
Dès le départ un appel circule : « on ne touche pas les véhicules des gens, mais des trucs publics ». Les cibles étaient les caméras de surveillance, les lampadaires pour éviter de se faire repérer, les écoles, les mairies, les compagnies de bus et de trams, les centres commerciaux en bordure des quartiers, les bureaux de tabac (436 en France), les magasins de sports, les banques. A Hérouville les flics n’étaient pas assez nombreux, une trentaine, et ne pouvaient tenir que la place centrale, où il y a les commerces, un théâtre, et aussi une place de marché. A un moment donné, les flics se barrent en disant aux jeunes, « de toute façon vous cramez votre quartier, on s’en fout ». Dès qu’ils sont partis les jeunes s’attaquent à la banque et réussissent à y rentrer. Les flics reviennent aussitôt et chargent, pas question de les laisser toucher aux banques.
A Hérouville, comme partout la répression a fait énormément de blessés par tir de flashball et grenades de désencerclement, il y a eu au moins 3 interpellations. C’était la première fois que le GIGN était présent, ainsi que beaucoup de drones. En France, on compte 1 300 interpellations, suivies de 762 condamnations à une peine ferme, en moyenne de 8 mois d’incarcération. Le GIGN et parfois le RAID sont intervenus partout en France et les drones ont été très utilisés. Des couvre feux ont été instaurés, à Caen les bus et trams arrêtaient leur service à partir de 19h et les stations services fermaient également à 19h.
Les Gilets Jaunes de Caen étaient pour beaucoup, des gens des quartiers populaires. De ce mouvement, il reste à Hérouville des collectifs informels, par exemple un jardin au pied des tours ou il y a des apéros, de la récup de bouffe et de la solidarité. Depuis les émeutes 4 caméras plantées en haut des tours, surveillent le jardin en permanence.
Il y eu des tentatives de militants de faire des jonctions de manière plus ou moins maladroites. Une manif a été appelée en centre ville, beaucoup de gens des quartiers sont venus. Les personnes qui appelaient à la manif ont pris la tête du cortège avec des slogans un peu vénères : « on va tout péter, on va faire nos courses ». En disant on va faire nos courses, ils annoncent on va faire du pillage et en fait ils ne le font pas. Les gens des quartiers qui eux font des pillages depuis plusieurs nuits sont dégoûtés et annoncent qu’ils ne reviendront plus. A la manif suivante, il n’y aura que 50 personnes. On ne leur a pas laisser la tête du cortège, ni les mégaphones, et en plus 4 personnes se sont faites interpellées, ils l’ont eu un peu amer. Ils se sentent plus vulnérables en centre ville et ne connaissent pas d’endroits où se planquer contrairement au quartier. Les organisations de gauche ont organisé une manif de solidarité en septembre à Caen. Elle part du seul quartier populaire où il ne s’est rien passé fin juin, pur hasard ?
Si cela n’a duré que quelques nuits et si certains endroits n’ont pas été attaqués, c’est sans doute pour ne pas gêner le business. C’est une réalité des quartiers auxquelles les luttes se confrontent. C’est également dû au manque de mortiers qui servaient à tenir à distance les keufs, et aussi bien sûr à cause de la répression. Des personnes sont mortes pendant ces émeutes, notamment une à Marseille d’un tir de flashball à bout portant.
On a tout intérêt à se rapprocher des personnes qui se sont révoltées parce qu’ils sont chouettes, même s’il y a plein de contradictions.
A Reims, ville de 220 000 habitants, sur un quartier -30 000 habitants, revenus moyens 890 euros, 37 % de chômeurs chez les moins de 25 ans, 27 % de familles monoparentales, quartier prioritaire de la ville- il existe une petite tradition d’émeute, notamment lors de l’acquittement d’une boulangère du FN qui avait tué un jeune qui lui avait volé des croissants. Ce sont les images qu’on voit au début du film « La haine ». L’an dernier, il a eu 2 jours d’émeutes, avec des participants hyper jeunes et des adultes qui les suivaient, sans être masqués, et éventuellement régulaient, les empêchant d’attaquer certains lieux, comme par exemple La Poste où ils touchent leur RSA. Un magasin a été visé, mais pas celui tenus par les tchétchènes, ni le tabac des Kabyles où les darons jouent au PMU. Le commissariat qui est vide la nuit a été attaqué mais pas l’école nationale de police, ni la caserne de CRS proches du quartier. Les contacts se faisaient par boucles Snapchat ou Instagram, déjà crées au lycée ou ailleurs. Les pillages sont anecdotiques du coca, du Yop, des bonbons et le lendemain matin les mamans venaient faire le plein des courses nécessaires à la survie, puis plus tard c’est l’alcool qui a été piqué. L’office d’HLM a été attaqué, on ne sait pas par qui, mais assurément pas par les mômes. La police est restée très discrète, pas de gros affrontements tant que cela restait dans le quartier. Par contre, des barrages ont été dressés dans le centre ville, pour empêcher les gens de s’y rendre.
Dans le 93, les émeutes ont été moins importantes qu’en 2005. Des choses sont étonnantes. A Bobigny par exemple, les pillages c’étaient plutôt les courses de leur maman. Rosny 2, le plus gros centre commercial du 93, aurait été pillé par des jeunes de zones pavillonnaires. Les darons qui protègent certains bâtiments, cela existaient déjà en 2005, mais c’était plus organisé en 2023. Au Blanc-Mesnil des mères de famille ont fait des repas devant la piscine municipale pour la protéger. Tout cramait autour, mais le lycée général, qui a une façade vitrée et aurait été une cible facile, n’a pas été touché, le lycée pro oui. La marche blanche pour la mort de Nahel au centre ville de Nanterre a attiré une foule impressionnante, très calme et familiale. Cela a dégénéré à l’approche de la préfecture, sûrement par provocation des nombreux policiers, pour empêcher la prise de parole de la famille de Nahel.
Mantes la Jolie, 40 000 habitants, est connue parce que c’est là que les 151 lycéens ont été forcés de rester à genoux, les mains sur la tête, alors qu’ils bloquaient leur lycée pour s’opposer à la réforme du baccalauréat et à parcoursup, mais aussi en soutien aux Gilets Jaunes. Il y a eu peu de solidarité pour ces lycéens, malgré le collectif de défense des jeunes du Mantois qui s’est créé à cette occasion, 150 personnes aux manifs, essentiellement la gauche et l’extrême gauche. La situation était identique en juin, juste une manif de 30 personnes appelée par Solidaires où il y avait le double de flics. Une tentative de créer une solidarité syndicale, en expliquant que les émeutiers ne sortent pas nulle part, qu’ils sont de notre classe, les enfants de nos amis, de nos collègues, est restée très minoritaire. Sur la possibilité de s’investir, même chose qu’à Caen quand on dépasse les 30 ans, cela laisse un malaise. Il reste très peu de forces politiques dans les quartiers. Le MIB (2) ou le collectif contre la double peine qui pouvaient, à leur époque, faire le lien entre les forces politiques et les habitants des quartiers populaires, n’existent plus.
A Toulouse, on s’est vite rendu compte que les quartiers étaient déjà structurés en équipe, et qu’il n’existait pas d’endroit où les rejoindre, au contraire des GJ ou on pouvait rejoindre un rond point. Donc, on a voulu faire des trucs publics et rejoignables, avec l’idée d’étendre la lutte, la sortir du ghetto, multiplier les offensives, cela a aboutit à une manif de 400 militants complètement encadrée par les flics. On aurait mieux fait de faire des choses de notre coté, bloquer des trucs. Il faut arrêter de se poser la question de l’extérieur ou même de la solidarité, mais plutôt celle de comment on se met en lutte et pas comment on soutient. Il est certes plus facile de faire de l’anti répression que de s’impliquer.
Il existait des accords avec les dealers pour ne pas commencer les émeutes trop tôt, pour qu’ils puissent vendre. On a aussi vu des rondes de gens de quartiers pour surveiller leurs bagnoles.
Dans le 92 à Chatenay Malabry, la butte Rouge est une cité 100 % HLM très importante, avec des projets de réhabilitation, destruction, privatisation. Il n’y a pas eu d’émeutes en 2005, mais là, la mairie annexe a brûlé et le tramway -élément important de la gentrification pour faire venir des gens plus fortunés sur la ville- a été endommagé. Dans les années 1970, il y avait des tas d’associations, la Fasti, le Gisti (3)…, une MJC gérée par les habitants et le Parti Communiste. Maintenant il n’y a plus rien, l’opposition c’est 20 personnes dans ville de 35000 habitants. Il n’y a pas de vie politique, mais du clientélisme avec la gentrification et le plan urbanistique ou tout le monde se gave. Quand on a créé un collectif pour résister aux reconstructions sur le quartier de la butte rouge, on n’a pas pu avoir de salle, où au dernier moment. Les affiches étaient décrochées le jour même. Les gens craignent qu’on ne leur donne pas de logement ou qu’on les expulse, donc ils résistent peu. Et les maires vont avoir encore plus de pouvoir pour l’attribution des logements sociaux. Les associations sont hyper légalistes. Pour acheter la paix sociale, toutes les communautés ont leur salle et des subventions. Ces 40 ans de dépolitisation des quartiers, expliquent pourquoi ça pète. En 2005 on a gagné quoi, un commissariat au centre du quartier.
Dans Gilets Jaunes les femmes étaient très présentes et cela a duré plus d’un an avec beaucoup de discussions. Qu’en est-il dans ces émeutes ? Pour certain-es c’est une révolte spontanée de colère par des personnes qui ont l’habitude d’occuper la rue, qui s’y trouvent légitimes. Pour d’autres, les filles sont moins présentes que les mecs dans les émeutes, mais ce n’est pas différent de ce qui se passe ailleurs. Les mecs ont un sentiment de colère important, car ce sont eux qui se font toujours arrêter et emmerder par la police.
Il y a eu des femmes jeunes et plus âgées dans les manifs. A Hérouville des femmes et des enfants se promenaient dans le quartier pour surveiller les flics et protéger de loin.
A Rennes des gamines discutaient de comment faire des cocktails Molotov avec des tampons. Elles participaient au pillage des magasins. Les émeutiers étaient assez jeunes, et il existe une répression à l’intérieur de la famille. Qui laisse sortir ses filles la nuit ? Et ce n’est pas la même chose que de dire que la rue était interdite aux filles.
On voit que le Sénat s’attendait à une révolte, grâce à la surveillance des réseaux sociaux, mais pas qui, où et comment. On trouve plein d’informations interessantes sur la Mission d’information du Sénat. Elle note au moins un incident dans 330 villes, dont des villes qui n’ont jamais vu ce genre d’émeutes comme Vierzon. A Montargis les gens sont allés détruire le centre ville. Ceux qui sont condamnés, sont des primo délinquants d’une moyenne d’age de 14 ans, le plus jeune a 12 ans pour une condamnation ferme.
A Reims, il y a eu des condamnations en comparution immédiate et sans doute des interdictions de territoire pour un partie des inculpés qu’on n’a plus revus sur le quartier. Il n’y a pas eu de solidarité de la gauche ou de l’extrême-gauche, pas de suivi des procès. Les habitants du quartier ont été punis collectivement, pas de transport en commun pendant 6 semaines, la réfection des abris bus a pris plus de 4 mois. Le maire de Reims a proposé de sanctionner les parents des émeutiers en les privant de logements sociaux et d’allocations familiales.
Tous les habitants du 93 ont subi des punitions collectives : plus de bus sur tout le département à partir de 21h puis 19h. Les festivités normalement présentes pendant l’été ont été annulées, notamment le 14 juillet.
Ces émeutes ont été un peu mieux perçues que celles de 2005, car il existait une colère globale après les manifs sur les retraites et Sainte Soline, qui peut aider à mieux comprendre ce mouvement.
Pour qu’il y ait une jonction, il faut des forces, hors le mouvement révolutionnaire n’existe plus. La première phase serait de créer du lien, mais assez peu de militants habitent ces quartiers populaires.
Avec les gilets jaunes, il n’y a pas eu besoin des organisations révolutionnaires pour créer ces liens, cela s’est fait assez naturellement sur les ronds points.
Il y avait une explosion sociale avec un discours et des revendications chez les GJ. Un mouvement assez politique et porteur de projets, qui a mis momentanément en difficulté les rouages de l’état et a réussi a décroché 7 milliards alors que les caisses de l’état étaient soi-disant vides. La plupart des partis et organisation syndicales ont refusé d’analyser les GJ comme une révolte politique.
Participer à une émeute fait partie de la culture des jeunes de quartier. Ils y défendent leur territoires, c’est une colère exprimée en actes. Les jeunes disent « il n’y a pas de slogans, on agit c’est tout », pourtant ce n’est pas juste de la colère, le message est clair, un mec se fait buter, il faut réagir pour que le prochain ne soit pas moi. Et on en a marre d’être victimes de cette police de plus en plus raciste.
Les quartiers populaires sont plus souvent stigmatisés, notamment pendant le Covid, et plus récemment pour apologie du terrorisme à cause du soutien à la Palestine et au moment des Jeux Olympiques, il y a eu beaucoup de répression, de perquisitions et d’assignations à résidence.
Mais les habitant-es des quartiers populaires participent aussi aux luttes, notamment dans les mobilisations pour la Palestine, il y a beaucoup de gens des quartiers et peu d’organisations politiques.
Si la gauche avait fait voter les immigrés comme elle l’avait promis en 81, les politiciens se soucieraient plus des habitants de banlieues. Pendant la grève chez Talbot en juin et juillet 1982, en plus des revendications salariales et d’amélioration des conditions de travail, les ouvriers spécialisés d’origine immigrée se sont battus pour leurs libertés syndicales. Le gouvernement Mauroy (socialiste), les a dénoncés comme étant manipulés par des islamistes, pour discréditer leurs luttes et revendications.
Depuis les islamistes ont pris beaucoup de place, et les dealers régulent l’économie et réglementent les quartiers, c’est un des rouages du système.
Les cibles aussi étaient claires dans le 93 toutes les entreprises de la zone franche ont cramé. Beaucoup d’institutions publiques et de banques ont été attaquées. Et si l’école crame c’est peut-être parce qu’il pleut dans les salles de classes. L’école est aussi un des lieux de discrimination sociale et de reproduction de l’idéologie dominante. Et elle sert aussi de garderie, pour remettre les parents au boulot, comme on l’a vu pendant le Covid.
Ces évènements ont fortement marqué les personnes et les esprits. Il y a eu des discussions entre les jeunes et les autres habitants dans beaucoup de quartiers après les émeutes.
C’est une continuité avec les autres mouvements. Toutes les actions que se soient écolo, émeutes, GJ, anti retraite, se nourrissent les unes les autres. Une richesse se crée, et il en reste quelque chose, il s’additionne avec ce qui s’est passé avant. Par exemple les manifs après gilets jaunes se sont calquées, ont pris la même forme que celle des GJ.
Pour l’instant ces différents mouvements ne se regardent pas vraiment, ils restent très séparés. C’est notre boulot de créer les liens. On aurait pu les aider sur la question de la répression, c’était une occasion d’apporter un point de vue politique clair en se solidarisant et en disant qu’on a raison de se révolter, que l’émeute est légitime.
Les Gilets Jaunes ne sont pas joints aux manifs de soutien, sans doute à cause du traumatisme dû à l’énorme répression policière encore en cours. Il y a encore des procès et les familles sont affectées par les blessés. Ils ne se mettent pas en avant, même si certains sont encore dans les mouvements. C’est une occasion manquée, les gens ne sont pas sortis, ils ont laissé les gamins tout seuls.
Les médias font le tempo et portent un discours. On le voit dans la différence de traitement avec les émeutes des agriculteurs qui sont allés jusqu’à Paris.
Il manque une autre composante, quelque chose de plus fort que l’émeute. La forme a plu, être où ne sont pas les flics, mais c’est difficile de continuer quand le gouvernement envoie des chars contre les émeutiers.
On n’est pas juste solidaire, mais on se bat pour changer le monde pour nous aussi, là où on est. C’était compliqué de mobiliser même dans les orgas syndicales.
Il y avait des appels à aller au tribunal où les jeunes passaient en comparution immédiate, mais ils étaient bien gardés. De plus la majorité étaient convoqués au tribunal pour enfant, donc sans public. A Bobigny, il fallait savoir dans quelle salle avait lieu le procès pour pouvoir rentrer, et les greffiers étant aussi en grève, il n’y avait aucune indication de salle. Pourtant il y a eu beaucoup plus de monde aux procès qu’en 2005.
Certains groupe anti répression passent plus de temps à composer avec la gauche et sont passé à coté des émeutes. Néanmoins une caisse anti répression et antiraciste s’est créée.
Sur le rapport à l’image, on n’arrête pas de dire qu’il ne faut pas filmer pendant les manifs ou autre, alors qu’on voit que le mouvement commence grâce à la vidéo de la mort de Nahel et que peut-être sans cette vidéo choquante, rien n’aurait eu lieu. Est-ce que les vidéos ne peuvent pas servir d’archivage de ce qui s’est passé, scènes de pillages, d’attaque de flics, la liesse… ? Pour ne pas oublier.
Odile
Notes
1- voir encadré
2- Mouvement de l’immigration et des Banlieues
3- FASTI Fédération des ASTI- Associations de Solidarité avec Tous les Immigrés.
GISTI Groupe d’information et de soutien des Immigrés
Le film Athéna
Athéna est un film français sorti sur Netflix en 2022 et réalisé par Romain Gavras. Petit fils de tirailleur algérien, Abdel est un jeune lieutenant de l’armée française, engagé au Mali. Il rentre suite à la mort de son plus jeune frère Idir, apparemment décédé des suites d’une bavure policière. Abdel retrouve sa famille déchirée, entre le désir de vengeance de son petit frère Karim et le business en péril de son grand frère dealer Moktar, il essaye de calmer les tensions. Minute après minute, la cité Athena plonge dans le chaos, puis la situation dégénère en guerre civile partout en France... La fin du film révèle qu’un petit groupe d’extrême droite a mis en scène la fausse bavure policière qui a coûté la vie à Idir.