CA 345 décembre 2024
jeudi 5 décembre 2024, par
En 2019, l’effondrement des banques plongeait le Liban dans une crise financière, rapidement doublée d’une crise politique portée par les mouvements anti-corruption. Ces révoltes sources d’espoir ont été asphyxiées par la crise du Covid, l’explosion du port de Beyrouth et l’incapacité pour le pays de se détacher de son fonctionnement confessionnel. C’est dans un contexte de difficultés économiques, sociales et sanitaires, sans gouvernement depuis octobre 2022 que la guerre avec Israël précédemment terminée en août 2006, va reprendre. Nous tenterons ici de rappeler les étapes principales de ce conflit, intriqué dans celui de la Palestine voisine, ainsi que certains de ses enjeux régionaux.
Suite à l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023 du Hamas palestinien visant à terroriser l’occupant israélien, la réponse de l’état d’Israël a été sans merci : bombardement quotidien de la bande de Gaza, aides humanitaires empêchées, en un an c’est plus de 40 000 palestiniens qui ont été tuées.
De l’autre côté de la Palestine, dès le 8 octobre, le Hezbollah (1) a massé ses troupes le long de la ligne bleue (cf encart 1) afin de désengorger le front sur Gaza. Il a également tenté de fragiliser le dôme de fer (2) avec l’envoi régulier de missiles sur le territoire Israélien. L’Iran et le Hezbollah appliquant une guerre dite de « basse intensité » afin de ne pas risquer l’escalade. Mais, si les pertes infligées ont été minimes, les effets n’ont pas été nuls : les corps d’élite israéliens ont été réquisitionnés sur la frontière avec le Liban et inquiets du sort de leur ressortissants et de leurs colons, au moins 60 000 israéliens ont été évacuées loin de la ligne bleue. De l’autre côté, ce sont 100 000 libanais qui partent se réfugier au Nord du pays.
S’en suivent alors des mois de provocations côté israélien : échanges de tirs, de bombardements, d’incendies mais surtout assassinat méthodique de l’ensemble des cadres dirigeants du Hamas, du Hezbollah, de la « résistance islamique » iranienne et même du Fatah. Où qu’ils soient, Iran, Damas, Beyrouth, Rafah, camp de réfugiés (il n’y aura pas de souveraineté d’état qui tienne), ces chefs militaires (intégristes et réactionnaires à des degrés divers) seront abattus. Cette série d’attentats ciblés qui décime toute une génération de résistants islamistes nés dans les années 60, impressionne par les compétences technologiques de reconnaissance faciale et biométrique mises en jeu. Les drones ciblent parfois un seul occupant d’une voiture ou un appartement au milieu de quartiers d’immeubles surpeuplés. Pour les libanais cette séries d’attentats réveille le souvenir des guerres passées et des sombres périodes d’assassinats d’hommes politiques.
Il est clair que les services de renseignement israéliens se préparaient depuis des années. Le point d’orgue de leur travail d’infiltration aura lieu les 17 et 19 septembre 2024 avec l’explosion simultanée à travers tout le Liban de bipeurs et talkies-walkies du Hezbollah préalablement piégés au PETN. Le décompte des victimes des autorités libanaises fait état de 42 morts et plus de 3400 blessés dont 500 ont définitivement perdu la vue et des dizaines ont eu la main arrachée. Des plaintes ont été déposées par le Liban auprès de différentes instances internationales. En effet, le Hezbollah est aussi un parti politique qui possède de nombreuses infrastructures au Liban comme des écoles ou des hôpitaux, ainsi cette attaque a touché indifféremment militaires et civils. Qualifiable de terroriste, c’est elle qui annonce un tournant dans la guerre : Israël ne va plus cibler, mais, comme annoncé par son ministre de la Défense, Yoav Gallant, « ramener le Liban à l’âge de pierre ».
A partir du 23 septembre 2024, les bombardements intensifs commencent, pour cette seule journée 500 personnes ont été tuées et par la suite la plupart des villages et quartiers chiites du Liban seront complètement rasés. En plus des 3400 morts et des 14 500 blessés, en détruisant les infrastructures, les bombardements posent des problèmes d’approvisionnement en eaux potables dans le Sud du pays et l’OMS indique que sur les 207 structures médicales de la zone de conflit, 100 ont été rendues hors d’usage.
Après les bombardements du sud Liban et de la capitale, Israël a entrepris de s’en prendre à l’approvisionnement en armes du Hezbollah (géré par l’unité dite 4400) en provenance de l’Iran et transitant par la Syrie. C’est donc tout l’est du Liban, la vallée de la Beqaa, qui a reçu des ordres d’évacuation via les réseaux sociaux. Quatre heures après, les bombardements ont commencé sur les dépôts de carburants de Douris comme sur Baalbek inscrite au patrimoine de l’unesco.
C’est lors d’un bombardement intensif de Beyrouth, le 27 septembre 2024, qu’Israël a pu atteindre la tête du Hezbollah. Hassan Nasrallah, le stratège militaire et religieux du mouvement chiite extrémiste, très charismatique voire carrément messianique puisque prétendument descendant du prophète, est mort. C’est sous son règne débuté en 1992, que le Hezbollah a acquis sa réputation de résistant au sionisme, sa puissance et son arsenal militaire en se rapprochant de l’Iran. Sa mort qui aura nécessité de pulvériser un quartier avec plus de 80 tonnes d’explosifs et assassiner par la même occasion 300 civiles aura donc ébranlé la communauté chiite tout comme l’ensemble des libanais.
Après s’être débarrassé du commandement militaire du Hezbollah et avoir méthodiquement rasé ses infrastructures et ses fiefs stratégiques (jusqu’en Syrie), le 1er octobre 2024, Israël s’est lancée dans l’invasion terrestre (pudiquement nommée « incursion limitée »), via les villages du Sud et de l’Est de toute obédience confondue. Objectif de guerre mis en avant par les israéliens, investir le Sud Liban jusqu’au fleuve Litani, zone qu’ils occupaient de 1982 à 2000. Ce sont ces terres agricoles libanaises de 850 km² qui sont concernées par la résolution 1701 (encart 1) jamais respectée depuis 18 ans. A ce stade, c’en est trop, la communauté internationale, Amos Hochstein envoyé spécial des Etats-Unis en tête, s’accorde sur l’importance de faire respecter cette résolution et des casques bleus supplémentaires sont déployés le long de la ligne bleue.
Résolution 1701 :
La ligne bleue, établie en 2000, n’est pas officiellement une frontière mais une « ligne de retrait » fixée par l’ONU et surveillée par la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, la FINUL (créé en 1978). Censées être temporaires d’ici le retour de la paix, Finul et ligne bleue, restent toujours au cœur de l’actualité. D’autant plus depuis la résolution 1701 de l’ONU adoptée à l’unanimité le 11 août 2006 et prévoyant les conditions de la fin de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah. Avec cette résolution, les deux parties s’engageaient via un cessez le feu à mettre fin à leurs attaques et à respecter la souveraineté du gouvernement libanais. Une zone de 30 km entre Israël et le fleuve Litani devait être vidée par les deux belligérants. La résolution concerne donc aussi bien l’armée israélienne que la branche armée du Hezbollah soutenue par l’Iran. L’objectif est de protéger les civils et les infrastructures libanaises, que le gouvernement libanais et son armée puisse reprendre la main sur le pays et évidemment de faire respecter le droit international. Objectif impossible à tenir, aucune des deux parties n’ayant jamais vraiment respecté cette résolution, l’arbitre Finul compte les irrégularités. En vérité, Israël survole en permanence son voisin et multiplie les attentats ciblés. Quant au Hezbollah, il n’a jamais évacué le Sud Liban où son poids militaire n’a cessé de se renforcer : la petite milice de guérilleros de 1982, est aujourd’hui une armée forte de 100 000 hommes (chiffres du Hezbollah) dont l’armement « léger » fourni par l’Iran surpasse celui de nombreuses armées étatiques… notamment celle du Liban !
Il semble difficile de croire que l’objectif d’Israël n’est que de repousser le Hezbollah derrière le fleuve Litani en annexant le Sud Liban (bien que ses besoins en eaux sont avérés). Avec l’appui militaire des Etats-Unis, une guerre longue vient de démarrer dont la visée dépasse le Hezbollah. En ligne de mire, affaiblir l’Iran et son programme nucléaire et déstabiliser ainsi tout le Moyen-Orient. Cela évidemment quoi qu’il en coûte en pertes humaines civiles libanaises.
La guerre peut durer côté Hezbollah-Iran. En effet, si les cadres des partis religieux et/ou résistants sont éliminés un à un, ils sont également remplacés les uns après les autres. Ainsi Nasrallah a été remplacé par Naim Qassem qui a immédiatement annoncé vouloir poursuivre la stratégie de son prédécesseur. Quant aux attaques contre Israël elles sont menées sans relâche et depuis l’ensemble de la région : attaque de drones (même contre la base américaine Victoria) par la résistance islamique d’Irak, incendies déclenchés par les bombardements Houthi du Yemen, guerilla au sud Liban et tirs de roquettes par le Hezbollah libanais, attaque depuis Teheran sur Tel Aviv le 1er octobre... Ainsi, Israël est maintenu en état d’alerte permanent et ne peut tout intercepter. Il y a tout de même des victimes (70 soldats et 45 civils) et des destructions ... jusqu’à la chambre à coucher de Netanyahou touchée par un missile guidé du Hezbollah le 19 octobre 24. Si l’Iran hésite à se lancer dans une guerre ouverte car focalisé sur les sanctions de l’occident, sa nucléarisation et les soulèvements populaires internes, le régime des mollahs peut finir céder à la pression israélienne.
Du côté Israélien, rien n’indique un dénouement. En effet, comme le fait remarquer un article publié le 2 octobre sur le site marxiste « sinistra classe rivoluzione », les intérêts personnels du dirigeant d’extrême droite Netanyahou rejoignent les intérêts d’un pays colonisateur Israël et de sa classe dirigeante sioniste, lesquels rejoignent les intérêts d’une grande puissance impérialiste les Etats-Unis.
La survie politique de Netanyahou est compromise, il fait face à la grogne de sa population par exemple sur la réforme de la justice l’an passé ou plus récemment avec les heurts déclenchés par le licenciement de son ministre de la défense Gallant. De plus, convoqué le 2 décembre dans le cadre d’un procès pour corruption, fraude et abus de confiance, si la guerre s’arrête, fini le statut de chef de guerre, c’est la prison assurée.
L’état d’Israël n’entrevoit actuellement comme possibilité d’existence que la guerre permanente par ses visées expansionnistes sionistes en Palestine comme au Sud Liban. Cette fuite en avant, fait perdre toute mesure au pays, même la libération des otages du 7 octobre n’est plus une priorité.
Enfin, les Etats-Unis perdent en influence dans la région : battus en Irak, défaits en Afghanistan, ils n’ont pas particulièrement pu peser sur les révolutions arabes, la Russie a posté un allié dans la région (Assad en Syrie durant la guerre civile), la Chine leur vole même le rôle de médiateur régional (entre Iran et Arabie saoudite ou entre Fatah et Hamas). Bref, les Etats-Unis semblent bien n’avoir plus qu’un seul ami au Moyen-Orient qu’ils peuvent financer et armer sans fin. C’est pourquoi, début d’année, selon le BBC News du 8 février 2024, ils ont voté 14,1 milliards de dollars pour « assistance en matière de sécurité » à Israël et après l’attaques aux bipeurs piégés, une autre aide militaire de 8,7 milliards de dollars (selon reuters du 26 septembre). Ils ont même mobilisé des troupes supplémentaires dans la région et juste avant les élections du 5 novembre, Biden a décidé de fournir plusieurs batteries THAAD, des missiles antibalistiques et les artilleurs qui vont avec.
Les villes et les quartiers chiites ont été rasés et pour tous, le quotidien est bouleversé par l’arrivée des réfugiés (encart 2), cela attise les tensions entre communautés. En faisant payer les attaques du Hezbollah à l’ensemble de la population libanaise, Israël cherche à instiller la peur et aggraver les tensions inter-religieuses. Le nombre toujours croissant de réfugiés risque de relancer les violences sectaires dans ce pays où 17 confessions co-existent. Les tensions sont également « ethniques » puisque le Liban compte 500 000 réfugiés Palestiniens et 2 millions de réfugiés Syriens (pour 6 millions de libanais). Extrêmement nombreux, vivants toujours dans des camps (la plupart espèrent un retour sur leur terre), soumis à des lois spécifiques, ils sont difficilement absorbés par le pays. D’autant plus que les rapports avec les résistants palestiniens n’ont pas toujours été tendre au cours de l’histoire du Liban. Enfin, depuis la faillite du pays, une dernière source de tension est apparue entre les classes moyennes et les classes sociales les plus pauvres.
Les réfugiés : objectif principal de guerre ?
Une des principales conséquences directes de cette guerre pour les libanais est liée au nombre impressionnant de déplacés. Selon les autorités libanaises et l’UNHCR (agence de l’ONU pour les réfugiés), « plus de 25 % du pays a reçu un ordre d’évacuation militaire israélien ». Amnesty international a dénoncé ces ordres d’évacuation conçus pour semer la panique auprès de la population civile laquelle ne représente en aucun cas un objectif militaire légitime. Il y a aujourd’hui 1,5 millions de libanais déplacés, principalement des chiites, premiers à avoir été ciblés par Israël. L’évacuation de villes sans intérêt militaire et même pas situées dans la zone revendiquée à l’annexion, comme par exemple la ville de Baalbek siège de vestiges archéologique romains, a en fait un intérêt politique pour Israël. En augmentant le nombre de réfugiés sur les routes du Liban c’est un moyen de pression sur le Hezbollah. 1,5 millions de réfugiés cela représente 1/5 e de la population du Liban, qu’il faut pouvoir gérer. Déplacement sous les bombardements, hébergements (actuellement les écoles et universités sont réquisitionnées), fourniture de produits de première nécessité et de soins. C’est l’épuisement des libanais qui est visé.
Les répercutions se font sentir sur les pays voisins également. Si quelques dizaines de milliers de libanais sont partis se réfugier en Irak, c’est 400 000 personnes qui ont passé la frontière syrienne. 70 % d’entre eux sont des réfugiés syriens qui avaient fui la guerre de 2011 le reste sont des libanais. Les ONG alertent sur la situation extrêmement préoccupante sachant que la population syrienne vit déjà dans un contexte de crise humanitaire.
Les libanais qui ont en mémoire la guerre de 2006 remarquent que cette dernière n’avait duré qu’un mois alors qu’aujourd’hui le conflit s’éternise. Pour le moment, la population libanaise fait bloc, elle reste unie malgré les tentatives de division et fait preuve d’une grande solidarité avec les blessés et les réfugiés (mise à disposition d’hébergement, distribution de repas, dons de sang etc). Évidemment dans un pays confessionnel, chaque communauté religieuse organise son assistance, mais comme il est clair qu’Israël vise l’ensemble de la population civile et que le gouvernement libanais est inexistant, il faut bien se débrouiller et le plus collectivement possible.
Certainement que des suspicions existent mais globalement l’effet est plutôt un renforcement de la solidarité notamment chez les plus jeunes. Non seulement ils n’ont pas le souvenir des rancœurs de la guerre civile (1975/1990) mais surtout ce sont principalement eux qui étaient descendus dans les rues en 2019 contre la classe dominante corrompue et l’organisation confessionnelle de la société.
A la lecture des témoignages et interviews de ces jeunes, on ne peut s’empêcher de remarquer que ce qu’ils opposent au sectarisme religieux c’est une sorte de patriotisme, une appartenance nationale. Cela s’entend en ces temps de guerre, mais en tant que communistes, on espère toujours que si les libanais se débarrassent de leur système confessionnel ce soit pour verser dans une solidarité entre les peuples et les travailleurs plutôt qu’un nationalisme. Quoiqu’il en soit pour le moment, on ne peut que saluer la solidarité réelle avec les déplacés, l’assistance de la diaspora et souhaiter que l’espoir et la détermination des libanais ne soit pas récupérés par des religieux de tous poils ou sous ingérences étrangères (Iran, Arabie Saoudite…). Les libanais ont conscience qu’il faudra, encore une fois malheureusement, reconstruire leur pays, espérons que cela pourra se faire aussi sans leurs classes dominantes corrompues !
Les journalistes au Liban sont comme en Palestine des cibles privilégiées par Israël, 12 membres de la presse ont déjà été tués, dont trois, le 26 octobre par une frappe contre un campement de journalistes. Les autorités libanaises ont déposé une plainte au conseil de sécurité de l’ONU. En parallèle, les journalistes israéliens se doivent maintenant non seulement de répandre la propagande coloniale mais également de participer à l’effort de guerre comme on l’a vu avec Dany Kushmaro mis en scène par canal 12 pour dynamiter lui-même un village du Sud Liban (voir la vidéo du Parisien disponible sur Youtube).
Toujours dans le but de cacher ses crimes, Israël s’en prend aux observateurs de l’ONU : il n’en veut pas à Gaza et il n’en veut pas non plus au Liban. Ainsi, une dizaine d’attaques « directes et apparemment intentionnelles » de l’armée israélienne contre la Finul ont été dénombrées : démolition au bulldozer d’une tour d’observation, 2 casques bleus blessés le 10 octobre, chars israéliens entrés sur une base le 13 octobre, 5 casques bleus blessés le 7 novembre à Sidone etc. Le 13 octobre Netanyahou a tout bonnement demandé à la Finul de dégager de la ligne bleue (pour leur sécurité évidemment). L’Orient le Jour avance que ces attaques sont préméditées afin de se débarrasser des témoins gênants des violentes offensives au Liban.
Les media occidentaux, dont certains ont pratiqué une propagande pro-israélienne depuis plus d’un an, sous-estimant les massacres des gazaouis, montrent tout à coup une grande émotion pour les attaques de la Finul (ou pire lorsque 2 gendarmes français sont bousculés !). Celles-ci sont évidemment condamnables mais on se demande ce qui pouvait laisser penser qu’Israël respecterait les casques bleus plus que le droit international ? Nous parlons d’un pays dirigé par un homme menacé de mandat d’arrêt par la cour pénale internationale. Nous parlons d’une armée dont il a été confirmée par Amnesty international et Human Rights Watchs qu’elle avait utilisé du phosphore blanc (3) dans les bombardements au sud du Liban dans au moins 17 municipalités dont la ville de Dhaya depuis octobre 2023. Nous parlons d’un pays où le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a été déclaré persona non grata. Il semble donc ubuesque de s’étonner des assauts d’Israël contre les casque bleus après l’impunité dont Nétanyahou a pu bénéficier. La remarque vaut également pour la communauté internationale, dont les dirigeants ont assez unanimement repris le terme de « crime de guerre », alors que la plupart d’entre eux ont eu tellement de mal à condamner les massacres de Palestiniens.
Le traitement médiatique et les déclarations traduisent ici un deux poids deux mesures révoltant. On invoque un droit de défense pour justifier des massacres de population en Palestine et concernant le Liban, on entend que la guerre y est faite pour le bien des libanais qui pourront se débarrasser du Hezbollah. Par quel tour de passe-passe, des milliers de morts, des millions de déplacés, des villes rasées, une instabilité qui durera des décennies deviennent bénéfiques alors que quelques militaires de la FINUL blessés deviennent des crimes de guerre « irresponsables, inacceptables et injustifiables » ?
Face à la situation catastrophique, les ONG demandant un cessez-le feu inconditionnel. Avec 1/4 de la population déplacée l’ONU a estimé à 400 millions de dollars l’aide humanitaire nécessaire au Liban pour gérer ses réfugiés. Dans ce contexte, le 24 octobre, s’est tenue, la « conférence internationale de soutien au peuple et à la souveraineté du Liban » à Paris. Elle a rassemblé 80 pays environ, Israël et Iran n’en faisaient pas partie et le représentant des USA a été excusé.
Si on était cynique on dirait que 80 pays se sont réunis pour se persuader les uns les autres qu’ils ont les mains liées et que seuls les Etats-Unis peuvent résoudre la situation et influencer Netanyahou. Face à leur impuissance pour stopper le conflit, chacun a alors sorti son carnet de chèque pour les aides humanitaires. Bilan de ce grand gala de charité annoncé par Jean-Noël Barrot notre ministre de l’extérieur : « le défi a été relevé » avec 800 millions de dollars d’aides humanitaire et 200 millions d’aides militaires. Sur France Inter, Pierre Haski remarquait qu’évidemment les aides humanitaires sont indispensables à la reconstruction du Liban mais que ce qui va avoir un coût c’est aussi le renforcement des capacités militaires de l’état libanais et c’est bien cela que sous-entend le terme de « souveraineté » mentionnée dans le titre de la conférence.
En parallèle, le 11 novembre les dirigeants des 57 pays membre de la ligue arabe et de l’organisation pour la coopération islamique se sont réunis à Riyad, unis comme un seul homme… même Mohammed Bin Salman a qualifié l’Iran de « république sœur » ! En est ressorti une déclaration appelant de ses vœux « une paix juste » par le retrait d’Israël des territoires occupés depuis 1967 (Cisjordanie, Jérusalem Est et le Golan en Syrie) et condamnant « fermement » le « génocide dans la bande de Gaza ». Sur ces points ils n’ont pas tort, l’origine du conflit reste l’injustice commise contre le peuple palestinien. Maintenant... pour la mise en place d’une paix juste pour les opprimés de la région, une grande partie des régimes réactionnaires de ces 57 pays devront certainement aussi être renversés !
Finalement, eux aussi s’en remettent aux Etats-Unis, le vice président iranien Mohammad Reza Aref ayant déclaré : « le monde attend que la future administration Trump mette fin à la guerre dans la bande de Gaza et au Liban ».
Le ministre de la défense israélien, Israël Katz, a immédiatement répondu qu’« il n’y aura pas de cessez le feu, ni de pause au Liban » […] « jusqu’à ce que les objectifs de guerre ne soient atteints. ». Pour Katz, l’objectif est certainement la création du grand Israël, en Palestine comme au Liban (on rappelle que c’est lui qui avait proposé la création d’une île artificielle en mer pour y mettre les palestiniens). Dernièrement, après la réélection de Donald Trump, fervent soutien à Israël, le nouveau ministre de l’extérieur Gideon Saar a pu parler de « progrès » pour le cessez le feu au Liban.
A suivre. Un cessez-le-feu est toujours souhaitable pour les populations civiles, mais, une paix négociée avec l’appui de Trump sera assurément en faveur d’Israël et non des palestiniens ou des libanais. Et donc temporaire tant que l’oppression du peuple palestinien n’aura pas cessée.
Elsa
17 novembre 2024
Notes
(1) mouvement chiite créé au Liban dans les années 80 pour combattre l’envahisseur Israélien et soutenir la résistance palestinienne. Devenu depuis avec l’appui de l’Iran une puissance politique et militaire, sa branche armée est reconnue comme terroriste.
(2) système de défense aérienne mobile israélien qui intercepte les roquettes et missiles depuis 2010.
(3) Incendiaire et générant d’épaisses fumée le phosphore blancs entraîne des lésions respiratoires, des défaillances organiques et de graves brûlures allant jusqu’à la nécrose. Son utilisation est ainsi illégale dans les zones résidentielles et est réglementée par le protocole III de la convention sur certaines armes classiques (CCAC) … auquel Israël n’a pas adhéré.