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CA 347 février 2025

Sainte-Soline et Bélâbre :
des hauts et des bas

vendredi 21 février 2025, par Courant Alternatif


Derrière les prétextes avancés par le pouvoir pour rejeter des projets, ce sont des stratégies de luttes différentes qui se cachent derrière ce que nous considérons comme une victoire ou comme une défaite.

Le haut c’est la décision de justice concernant les bassines près de Sainte-Soline dans la Vienne. Le 18 décembre 2024, la Cour administrative d’appel de Bordeaux a jugé que quatre réserves d’eau, dont celle de Sainte-Soline, étaient illégales au prétexte qu’elles menaçaient la survie de l’outarde canepetière, une espèce protégée.

Le bas c’est à Bélâbre, dans l’Indre voisine, l’enterrement du projet de centre d’accueil pour demandeurs d’asile. Les difficultés financières de l’association en charge du projet ont contraint le maire de la commune à jeter l’éponge.

A Sainte-Soline on se souvient que c’est une mobilisation sans précédent de plusieurs dizaines de milliers de personnes qui s’était développée depuis quelques années contre l’accaparement de l’eau par les industriels de l’agrobusiness et qui avait culminé avec les manifestations et les affrontements du 29 d’octobre 2022 et du 25 mars 2023, à l’initiative des collectifs Bassines non merci et des Soulèvements de la terre.

A Bélâbre, c’est l’extrême droite du RN aux zemmouriens qui s’était mobilisée à plusieurs reprises « contre la venue sur la Commune d’« étrangers mettant en danger nos femmes et nos enfants  ». Face aux quelques dizaines de fachos cornaqués par un vieux copain de Bardella, Pierre Gentillet, ce ne furent guère plus de manifestants qui vinrent soutenir le projet du maire et crier « le fascisme ne passera pas  ».

Bien entendu, l’ampleur de ces deux projets n’est pas la même. Il est pourtant impossible de ne pas remarquer que les stratégies de luttes, pour ce qui concerne celles que nous soutenons, n’ont pas été les mêmes et n’ont pas donné les mêmes résultats.

Concernant les bassines autour de Sainte-Soline, la protection de l’outarde a été un prétexte avancé par les juges pour ne pas donner l’impression de céder aux arguments sur l’eau et aux critiques de l’agrobusiness avancés par les antibassines et surtout de céder à la force d’une mobilisation risquant de faire tache d’huile, dans un contexte où les probassines se sont révélés, de leur côté, incapables de mobiliser sur le terrain.

A Bélâbre, les difficultés financières évoquées pour arrêter le projet n’ont été qu’un prétexte, entre autres préfectoral, pour ne pas avouer que la pression de l’extrême droite avait été déterminante face à un bien pâle et modéré soutien aux demandeurs d’asile. La mobilisation et la communication (le maire de Bélâbre le reconnaît  !) contre les opposants au projet ne furent pas appuyées par des initiatives spectaculaires bousculant l’ordre ultralégaliste d’associations humanitaires qui misaient en premier lieu sur le juridique. L’extrême gauche, certes pas en grande forme, n’a pas non plus jugé bon de faire de ce conflit un abcès de fixation allant au-delà de la traditionnelle dénonciation d’un fascisme jugé illégal, pour tenter de redynamiser une expression antiraciste et de soutien aux immigrés plutôt en berne dans la région.

A une époque que d’aucuns jugent morose (on a vu à quel point la rentrée sociale – lire Courant alternatif de novembre – avait été encore plus exsangue cette année que la précédente), force est de reconnaître que c’est sur le terrain des luttes appelées à tort écologistes (1) que la contestation de l’ordre établi marque quelques points et reste vivante et visible. Malgré les critiques émises, et qui doivent l’être, la stratégie des Soulèvement de la terre s’est avérée pour l’instant payante en permettant de maintenir un niveau d’inventivité, d’impertinence, d’affrontement, de risque même, nécessaire pour que l’anticapitalisme, qui pourtant est diffus dans la société française, comme le désir de communisme (dans une bien moindre mesure  !) ne se résument pas à des geigneries moralistes aboutissant à devoir choisir un jour entre la peste et le choléra.

Ce qui a été raté à Bélâbre n’est pas pour autant réussi totalement et définitivement dans le Poitou  : si trois bassines ne peuvent plus légalement être remplies, celle de Sainte-Soline qui l’est à moitié peut encore bénéficier d’un déclassement « protection  » concernant l’outarde. A nous de jouer.

jpd

Note
1 - Je préfère les appeler luttes de territoire en ce qu’elles recouvrent non un simple rapport entre humains et nature mais aussi les antagonismes et les intérêts divergents entre les humains eux-mêmes pour ce qui concerne l’utilisation de leur environnement. Les partis écologistes ont tendance à considérer que « nous sommes tous dans le même bateau  » face à la dégradation de cet environnement, riches comme pauvres, exploiteurs comme exploités. Ce n’est pas notre point de vue.

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