CA 347 février 2025
samedi 1er mars 2025, par
L’entreprise de grande distribution Auchan a annoncé la suppression de 2 389 emplois en France (784 postes seraient supprimés au sein de ses sièges, 915 postes dans des magasins, 224 postes concernant l’activité de livraison directe à domicile que le groupe souhaite arrêter et 466 postes dans une dizaine de points de vente non rentable) sur les 54 000 personnes qu’il emploie en France. Auchan va aussi créer 334 postes, ce qui fait une perte nette de 2 055 postes. L’enseigne annonce vouloir fermer une dizaine de ses établissements dans le pays. Trois hypermarchés (Clermont-Ferrand Nord, Bar-le-Duc et Woippy), trois entrepôts dédiés à la livraison à domicile, un supermarché (Aurillac) et six magasins d’ultra-proximité seront cédés ou fermés. Les services centraux (basés autour de Lille, à Croix et à Villeneuve-d’Ascq) seront concernés au premier plan dans les fonctions support.
En France, Auchan est le cinquième distributeur avec un peu plus de 9 % du marché, loin du quatuor de tête composé de E.Leclerc (24,1 %), Carrefour (21,4 %), les Mousquetaires/Intermarché (17,4 %) et la Coopérative U (12,2 %), selon l’institut Kantar. Auchan s’est récemment allié avec ses concurrents Intermarché et Casino pour mutualiser les achats des denrées ensuite vendues dans les rayons de leurs magasins, pour une durée inhabituellement longue de dix ans. Cette mutualisation a suscité l’inquiétude des organisations syndicales, de même que l’objectif annoncé de réduire la surface commerciale d’environ un tiers des hypermarchés Auchan « dans tous ses pays européens », soit à terme une « réduction moyenne de 25 % des surfaces de vente ».
Propriété de la famille Mulliez, l’enseigne Decathlon, également dans le giron de la richissime famille nordiste, va verser à son actionnaire un milliard d’euros de dividendes en 2024. Alors qu’en juin 2024, 400 millions d’euros avaient déjà été prélevés. Les syndicats du groupe ont annoncé en effet une grève générale le 7 décembre 2024 partout en France. « Pas d’argent pour les négociations seniors, la mutuelle ou les négociations annuelles obligatoires » mais, dans le même temps, « les actionnaires familiaux ponctionnent un milliard d’euros de dividendes » au titre de 2024. Parmi les plus grandes fortunes de France, la famille Mulliez est à la tête d’une galaxie d’enseignes comme Decathlon, Auchan, Leroy Merlin, Jules, Kiabi, Flunch, Boulanger ou Norauto.
Leroy Merlin a procédé à une rupture conventionnelle collective ces derniers mois dans son siège de Lezennes, dans la banlieue lilloise, entraînant le départ de 130 collaborateurs. Comptant environ 30 000 collaborateurs et 144 magasins en France selon son site, Leroy Merlin appartient à la galaxie Mulliez.
L’enseigne de bricolage Castorama prévoit un plan de départs volontaires qui pourra concerner jusqu’à 100 salariés de son siège, près de Lille, soit un sur sept. "La rupture conventionnelle collective s’applique uniquement aux salariés volontaires du siège de l’enseigne. Aucun collaborateur des magasins n’est concerné". Enseigne du groupe britannique Kingfisher, Castorama compte au total plus de 11 000 salarié.es et 95 magasins en France.
Depuis le rachat des supermarchés Cora par le groupe Carrefour, les salariés de l’enseigne se mobilisent pour réclamer une équité salariale et de meilleures conditions de travail. L’enseigne est à ce stade une filiale. Cela implique que les salariés de l’ancien Cora devenu Carrefour ne bénéficient pas des avantages de l’enseigne Carrefour. Ils se sont rassemblés à Metz, comme dans d’autres villes de France, le 6 décembre pour protester contre leurs conditions de travail et pour une équité salariale.
Le groupe Bonduelle, basé à Villeneuve d’Ascq, va fermer une usine d’ensachage de salades, menaçant 159 emplois. à Saint-Mihiel, dans la Meuse, où 159 emplois vont être supprimés. Le groupe Bonduelle compte trois usines dans les Hauts-de-France, à Renescure, Estrée et Vaulx-Vraucourt, employant 1 440 personnes. Il est présent dans près de 100 pays, avec 11 000 emplois. Les produits sont cultivés sur 70 000 hectares par 2 000 agriculteurs partenaires. Pour les syndicats, le PSE n’est "pas rassurant" pour l’avenir des autres branches. "Nous sommes les premiers, mais pensons que nous ne sommes pas les derniers", alerte Stéphane Gemter, élu CFDT, salarié du site de la Meuse depuis 26 ans. "On ne sait pas si, après la salade, ce ne sera pas les conserves et surgelés", s’inquiète Philippe Stoffaes, cégétiste, salarié à l’usine de conserve de Renescure, dans le Nord. "Il y a de fortes présomptions que ça continue chez Bonduelle", abonde Emilie Pommierbuffat, secrétaire fédérale en charge de la branche conserve à la CFDT. Pour les syndicats, mobilisés le 22 novembre 2024, ce plan social est de mauvais augure pour l’avenir de l’entreprise.
En Isère, plusieurs entreprises de chimie sont implantées au sud de Grenoble. L’une d’elle, Vencorex, qui possède deux sites en Isère, est en redressement judiciaire depuis début septembre 2024 et bloquée par les salariés depuis fin octobre. 450 emplois sont menacés, ainsi que ceux des usines aux alentours. C’est le cas de l’usine voisine Arkema. Ils sont en grève depuis le 4 décembre, et toute la partie sud de leur usine est à l’arrêt : c’est celle qui produit le chlore et emploie entre 120 et 150 personnes.Vencorex reçoit et traite le sel dans la plateforme chimique de Pont-de-Claix pour l’envoyer ensuite à Arkema sur la plateforme de Jarrie. Le sel vient directement, par un pipeline, de la mine de Hauterives, dans la Drôme, à 82 kilomètres de là, c’est cet électrolyte qui sert à fabriquer le chlore.
Un sursis a été obtenu par les salariés de Vencorex. Le tribunal de commerce de Lyon prolonge la période d’observation liée au redressement judiciaire de l’entreprise, acté le 10 septembre dernier. Une prochaine audience aura lieu le 6 mars prochain. En attendant, sauf audience supplémentaire convoquée plus tôt, il ne peut y avoir de licenciement des salariés. La seule offre de reprise déposée est celle du chinois Wuanhua : c’est le concurrent de Vencorex, qui a considérablement affaibli l’entreprise en vendant ses produits 30 % moins cher sur le marché des isocyanates. Cette offre de reprise, la seule malgré de nombreuses visites, sauverait seulement 25 emplois sur 450, et un seul atelier de Vencorex. Le 19 décembre lors du CSE, le chinois Wanhua doit faire une offre améliorée de reprise de l’atelier Tolonate de Vencorex au Pont-de-Claix, la reprise de 50 salariés au lieu de 25 et l’investissement de 10 millions d’euros au lieu d’un million.
PPG Seigneurie de Genlis est une usine spécialisée dans la peinture pour les crépis de façades de maisons et les peintures intérieures et extérieures. La société Seigneurie a été créée en 1963 à Genlis et rachetée par l’Américain PPG en 2008. Une procédure est engagée pour un Plan de Sauvegarde de l’emploi. Une procédure longue qui va durer au moins trois mois, ce qui veut dire que les salariés sauront ce qui va se passer pour eux en février ou mars prochain, même si la menace de fermeture est bien réelle et prévue pour 2027 à Genlis. Mais pour cela, il faudra que le plan soit jugé viable par la Dreets, la direction régionale de l’emploi et la solidarité. 200 emplois sont en jeu. Le groupe américain PPG propose un emploi aux salariés sur ses autres sites situés dans le Nord et dans la Somme. Leurs employés soutiennent d’ailleurs l’action de leurs collègues de Genlis en organisant aussi des débrayages dans leurs usines.
L’État est soupçonné d’avoir versé des aides considérées comme illégales entre 2005 et 2019 à Fret SNCF pour combler son déficit, pour environ 5 milliards d’euros. Or, le fret ferroviaire est ouvert à la concurrence depuis 2006 en France et les aides doivent bénéficier à l’ensemble du secteur, selon la réglementation européenne. L’entreprise leader du fret ferroviaire en France va disparaître le 1er janvier pour renaître sous la forme de deux sociétés distinctes : Hexafret pour le transport de marchandise et Technis pour la maintenance des locomotives. La disparition de Fret SNCF au profit d’Hexafret et Technis, débouche sur la suppression de 500 emplois, soit 10 % des effectifs. Il n’y a aucun licenciement, ont promis la SNCF et le gouvernement : l’ensemble des cheminots concernés sont transférés dans d’autres entreprises du groupe. Sur les 4 500 salariés conservés, 10 % vont chez Technis et le reste chez Hexafret. Au final, Fret SNCF a dû abandonner 23 flux de marchandises parmi les plus rentables à la concurrence - des opérateurs belges, allemands et français - soit 20 % de son chiffre d’affaires et 30 % de ses trafics. Cette opération a été réalisée au premier semestre 2024. Une troisième étape interviendra fin 2025-début 2026, avec l’ouverture du capital de Rail Logistics Europe (pôle du groupe SNCF regroupant toutes les activités de fret et de logistique ferroviaires) au privé. RLE revendique être le 1er pôle de logistique ferroviaire en France, le 2e en Europe et compte 9 535 salariés dans 10 pays. La part de marchandises transportées en train est faible en France (11% en 2023) par rapport à la moyenne européenne (17 %). Le fret ferroviaire a enregistré un recul plus marqué en France en 2023 (-17 % de marchandises transportées) par rapport à ses voisins européens.
L’Unsa ainsi que la CFDT-Cheminots se sont félicitées de l’obtention d’un accord social pour les salariés de Fret SNCF, transférés dans les filiales Hexafret et Technis en janvier. Selon l’UNSA-Ferroviaire, tous les cheminots concernés bénéficieront des mêmes accords collectifs que ceux en vigueur au sein du groupe SNCF ». Une garantie qui ne vaut cependant que pour trente-six mois. La CFDT-Cheminots assure que le temps de travail des cheminots transférés sera maintenu « pendant vingt-quatre mois ». Le syndicat met aussi en avant la « sécurisation de l’emploi » pour les agents statutaires et contractuels qui rejoindront ces deux filiales. Si Sud Rail se félicite du « moratoire social obtenu à Fret SNCF durant trois ans », le syndicat, au même titre que la CGT-Cheminots, souhaite aussi un moratoire sur le démantèlement de Fret SNCF.
Depuis le 1er janvier 2002, l’organisation des transports ferroviaires régionaux (appelés à tort TER qui est une marque commerciale de SNCF Voyageurs) relève de la compétence de l’ensemble des conseils régionaux. Ils signent une convention avec la SNCF sur les trajets à mettre en place, le nombre de liaisons, les tarifs, le niveau de qualité du service à offrir. Depuis le 25 décembre 2023, les régions ne peuvent plus passer comme avant des contrats de gré à gré avec la SNCF pour encadrer leur activité de trains régionaux. La règle des appels d’offres devient obligatoire, soit dès 2023, soit au plus tard en 2033, au choix des collectivités.
Les Hauts-de-France ont souhaité mettre en concurrence les entreprises ferroviaires désirant exploiter, à partir de 2025, le réseau régional. La région a exprimé, à de nombreuses reprises, son insatisfaction sur la qualité du service assuré par la SNCF dans le cadre du TER Hauts-de-France. Elle a donc divisé son réseau en trois lots : l’étoile d’Amiens (liaisons de et vers Abbeville, Albert, Saint-Quentin, Laon, Compiègne, Creil, Rouen, auxquelles s’ajoutent les axes Beauvais– Abancourt– Le Tréport - Mers et Creil – Beauvais), celle de Saint-Pol-sur-Ternoise (relations vers Étaples, Béthune et Arras) et un lot de « dessertes parisiennes » (regroupant les liaisons Calais– Amiens– Paris, Beauvais – Paris et Saint-Quentin– Compiègne– Paris). En janvier 2023, le cabinet du président de la région, Xavier Bertrand, annonce qu’il propose au conseil régional d’attribuer l’étoile d’Amiens à SNCF Voyageurs, préférée à Transdev, pour neuf ans à partir du 15 décembre 2024. Une filiale privée (appelée SNCF Voyageurs Étoile d’Amiens) va gérer les dessertes concernées. Les dessertes parisiennes doivent être ouvertes à la concurrence en 2027, puis les liaisons desservant Lille-Flandres et le littoral en 2028. Toutefois, ces dernières utilisent 40 rames qu’il faudrait désamianter (alors qu’elles ont déjà été rénovées) ou remplacer par du matériel neuf (ce qui coûterait un milliard d’euros) avant cette échéance, car, dans le cas contraire, le règlement européen REACH empêcherait le transfert desdites rames à un nouvel exploitant.
L’Unsa et la CFDT-Cheminots ont validé un accord social concernant les cheminots transférés dans des filiales TER. Alors que les premiers cheminots de la SNCF vont être transférés dans des filiales nouvellement créées là où le marché est ouvert à la concurrence, la direction du groupe ferroviaire s’est engagée à maintenir les droits pendant 24 mois, au lieu de 15 jusqu’à présent. La sécurisation de l’emploi, c’est-à-dire l’impossibilité d’être licencié, a également été obtenue pour tous les salariés, y compris contractuels - jusqu’ici seuls les salariés avec statut, supprimé en 2020, y avaient droit. Fin novembre, un accord sur des hausses de salaires moyennes de 2,2% en 2025 légèrement supérieur à l’inflation, a également été signé par la CFDT et l’Unsa. La grève du 19 novembre, présentée comme un « ultimatum » avant le mouvement reconductible de décembre, a peu mobilisé à la SNCF où seul un cheminot sur quatre a effectivement cessé le travail d’après la CGT. Celle prévue pendant la période des fêtes a été inexistante.