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CA 347 février 2025

Répit pour l’outarde et l’eau dans le Poitou,
Déméter, à quoi tu sers ?,
IA et nucléaire :
vertement écolo

samedi 1er mars 2025, par Courant Alternatif


Répit pour l'outarde et l'eau dans le Poitou

Depuis quelques semaines, les membres de l’Association pour la Protection, l’Information et l’Étude de l’Eau et de son Environnement (APIEEE) de Chizé dans les Deux-Sèvres doivent être contents.
Dès 2013 - à une époque où pas un rebelle ne s’y intéressait - elle a été avec les France Nature Environnement (FNE) locales à l’origine de la contestation contre la religion des « réserves de substitution » qui ne s’appelaient pas encore mégabassines dans le Poitou.
Cette association a été - comme les autres - largement invisibilisée suite au saut des léninistes du bocage sur la lutte à Sainte-Soline.
Elle n’a pas participé à l’organisation de la manif d’octobre 2022, mais a rappelé publiquement son soutien au mouvement anti-bassines et a dénoncé la répression.
Ni une, ni deux : « Le 25 novembre 2022, la Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (DRAJES)... » (1) suspend la subvention attribuée à l’association pour des actions éducatives en milieu scolaire, avec effet rétroactif au 29 octobre (date de la manifestation).
En février 2023, la préfecture des Deux-Sèvres l’informe « de son exclusion du Comité Ressource en eau, des conférences départementales de l’eau et de tous les groupes de travail techniques consacrés à la gestion de la ressource en eau dans le département... ».
Bref un application rapide et efficace de la « loi séparatisme » et du « Contrat d’Engagement Républicain » que doivent signer toutes les associations bénéficiant d’un financement public.
La tricardisée APIEEE doit être même plus que contente, heureuse car avec une dizaine d’associations de protection de la nature, elle vient de faire déclarer provisoirement illégales par la cour administrative d’appel de Bordeaux, 4 bassines dont celle de Sainte-Soline. (cf. article "Des hauts et des bas", dans ce numéro) Ces « réserves de substitution » menacent la survie de l’outarde canepetière, une espèce en voie de disparition vivant dans les plaines et les steppes. (2)
Cette petite claque contre les mauvaises odeurs émanant de la Préfecture et de la Coop de l’eau 79, est une bonne nouvelle et, Julien Le Guet porte-parole de « Bassines, non merci », y voit la confirmation « ...qu’il faut adopter une diversité de tactiques… On espère que ça retiendra d’autres porteurs de projet de s’y mettre ailleurs en France. » (3)
Cependant, il ne s’agit que d’un fragile répit. Les bassines sont suspendues et non annulées et, si une autorisation de destruction d’espèce protégée est accordée, l’outarde ira se faire voir ailleurs. Elle pourra toujours émigrer dans les steppes d’Arabie où elle pourra remplacer - en vrai travailleuse sans papiers - une de ses cousines qui y est férocement chassée par les potentats locaux du capitalisme fossile.
Les juges administratifs ont aussi , dans leur bonté autorisé les agro-assoiffeurs à pomper l’eau actuellement stockée à Sainte-Soline (faut pas gaspiller, quand même), sans toutefois les autoriser à la remplir à nouveau. À voir...
De plus, le jugement limité aux espèces protégées ne prend toujours pas en compte la détérioration de la qualité et de la quantité de l’eau pourtant amplement documentées et qui sont au coeur de la contestation et des revendications (À bouère, à bouère !) des agro-assoiffeurs.

Barrage de Caussade : l'éternel retour

CA a été un des rares journaux militants à aborder le scandale absolu qu’est ce barrage construit illégalement par les fachos de la Coordination Rurale qui tiennent la Chambre d’Agriculture du Lot- et-Garonne.
Depuis 6 ans, le barrage est là malgré les arrêtés préfectoraux pour sa suppression et la remise en état du site, les menaces d’astreintes financières et la condamnation en 2022 du président de la Chambre d’agriculture, Bousquet-Cassagne…
C’est rebelote en décembre 2024 avec la Préf’ qui dégaine un nouvel arrêté reprenant les mêmes arguments et menaces.
Bref, une agitation rituelle qui fait bien rigoler Bousquet-Cassagne qui menace le préfet de « guerre civile, je pèse mes mots » (4) et désole la juriste de FNE car « L’État prend un arrêté tout seul dans son coin, qui ne sera pas respecté, tout comme les précédents, fait des préconisations que les agriculteurs ne suivront pas, menace de faire payer des astreintes alors que les précédentes n’ont pas été demandées. »
Du grand art bureaucratico-politique : l’État donne l’illusion de l’action et tente de se couvrir, la CR roule les mécaniques car elle ne risque rien, et tout continue comme avant.
Quant aux locaux, à la faune et à la flore, qu’ils continuent de tirer la langue. Et, si le barrage pourri de malfaçons craque, c’est qui qui va déguster ?

Déméter, à quoi tu sers ?

Vertement Écolo avait traité en décembre 2024 du grand retour de la gendarmesque cellule Déméter contre le soi-disant « agribashing ».
L’association Aria a réussi à obtenir de 10 préfectures du Grand Ouest le bilan des actions de la cellule. C’est nib, que dalle, nada ! Pas de réunions de l’observatoire dédié, non plus. No comment à la gendarmerie nationale et le député LR Xavier Breton - auteur d’un rapport en janvier 2021 sur les actes odieux commis contre les chasseurs, agriculteurs et éleveurs par les écolos - est lui aussi aux abonnés absents. Tout ça pour ça, direz-vous.
Finalement Déméter semble être, d’une part, une opération étatique de calino-thérapie et de promotion électorale pour la FNSEA et, d’autre part, une stratégie sournoise d’insécurisation, de surveillance, de tracasseries et d’intimidation des opposants à l’agriculture industrielle. Ça pourra toujours servir aux bleus et à l’État pour le futur du flicage des populations qui s’agitent dans les périphéries.

IA, IA…IA qu'à, faut kon nucléarise

Énoncé :
Sachant qu’une requête sur un moteur de recherche classique suivie d’une visite sur un site émet (selon les méthodes de calcul) de 7 à 20 grammes de CO2 (5),
Sachant qu’un moteur de recherche « dopé » à l’IA générative (6) consommerait 30 fois plus d’énergie qu’un moteur de recherche classique,
Sachant que « les centres de données, les cryptomonnaies et l’intelligence artificielle représentent presque 2 % de la consommation électrique mondiale en 2022, soit une consommation électrique de 460 TWh. En comparaison, la consommation électrique française s’est élevée à 445 TWh en 2023 » (7),
Sachant que Micro$oft pour continuer à tenir sa position dominante et à se développer doit imposer ChatGPT dans son moteur de recherche Bing, son navigateur Edge, sa suite Office et toutes les applications et usages possibles,
Sachant que l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), une agence de l’ONU, lobby suprême des nucléocrates, a déclaré que le nucléaire était une énergie décarbonée permettant « la transition vers une énergie propre » (8),
Sachant que Micro$oft doit, pour des raisons légales et financières, diminuer son impact carbone qui a explosé avec la récente et massive utilisation des IA (plus 29,1 % en 2023 par rapport à 2022),
Question :
Comment Micro$oft compte-t-il s’en tirer au meilleur prix sur un marché ultra-concurrentiel sans casser sa tirelire de crédits carbone ni mettre en péril les dividendes des actionnaires ?
Réponse :
Well, well, la solution est bête comme chou : acheter un réacteur nucléaire !
Où ? Aux États-Unis et très précisément à Three Mile Island, centrale mondialement connue pour un super accident nucléaire survenu en 1979. Celui-ci a entrainé la fusion partielle du cœur d’un réacteur et a aussi signé la fin du programme nucléaire américain (les assureurs privés ayant décidé de se retirer du marché du nucléaire : trop pas rentable et coûteux).
Redémarrée en 1985 malgré l’opposition des populations locales, la centrale, déficitaire, a été mise à l’arrêt en 2019. Grâce à Micro$oft elle pourrait rédemarrer ne 2028. Et encore merci pour cette solution sexy pour les actionnaires, l’emploi local et conforme aux objectifs de décarbonation radio-active des industries et services.
On brûle d’impatience, d’autant que quelques autres projets –data center d’Amazon à côté de la centrale nucléaire de Susquehanna en Pennsylvanie, celui d’Oracle alimenté par trois petits réacteurs modulaires privés –    comme les nuisances de la monstrueuse ferme de minage de bitcoins installée à Grantbury (Texas) : « coupures d’électricité,… pertes d’audition et autres troubles liés au bourdonnement des machines ») (9)- augurent d’un avenir de pollutions radieuses pour les états-uniens.
Heureusement, ils ne sont pas les seuls car Elon Trump retrouve les bons vieux réflexes de la vieille mais efficace diplomatie au gourdin (10).
L’homme orange, agent orange de la destruction capitaliste, se déchaîne  : je veux et j’exige le Canada, le Groenland, le canal de Panama, pour accéder à bas prix à l’uranium et aux métaux stratégiques destinés à alimenter l’ogre techno-capitaliste US, à assurer la sécurité des voies de communication navales correspondantes et à chasser russes, chinois et européens de ce qui est dû à la grande Amérique.
Notre futur proche avec Donald Musk risque donc d’être joyeusement impérialiste, militariste, terroriste et pollué pour mieux servir le capitalisme digital protéiforme, celui du nucléaire, des mines, de l’énergie.... et la volonté de puissance criminelle des dirigeants.

Plastiques dans les prés, fleurissent, fleurissent… plastiques dans les prés, c'est la fin de l'été…

Les déchets plastiques, sous-produits durables du capitalisme pétrolier sont partout.
Leur présence dans deux des trois éléments du biotope (ce sont les supports physico-chimiques indispensables à la vie sur Terre) est largement documentée et médiatisée.
On les retrouve donc dans toutes les eaux salées (en surface avec le « continent de plastique » de la mer des Sargasses et au fond des océans et ses bouillies de plastiques) comme douces (sauvages ou captées) et dans l’air que nous respirons.
Mécaniquement, par ingestion et respiration, ils colonisent toutes les espèces vivantes sous forme de micro-plastiques (de 5 mm à quelques centaines de nanomètres) avec leurs conséquences sanitaires et écologiques multiples. Dommage pour les moules, huitres, goélands, rats, ours, veaux, vaches, cochons, couvées et humains (quoique, pour eux, c’est un retour à l’envoyeur).
Mais assez étrangement, le troisième élément du biotope, le sol, semblait échapper à la malédiction de la grande pollution plastique planétaire.
Heureusement, la parution du récent rapport de l’ADEME (11) – ADEME, que veulent supprimer les agro-empoisonneurs et les politiciens qui tentent de se maintenir au pouvoir – répare cet oubli fâcheux et le sol rejoint le lot commun de l’empoisonnement global.
La présence des déchets plastiques « est quasiment systématique » (75 % des échantillons étudiés) dans l’ensemble des surfaces cultivées : prairies, vignes, cultures et vergers. Les forêts en contiennent aussi mais moins. Il s’agit principalement de polyéthylènes et 70 % de ces particules mesurent moins de 2 mm.
Dans ce désastre discret, les déchets    organiques issus des villes et de l’agriculture jouent un rôle extrêmement important. Les « boues de stations d’épuration, des déchets verts, divers composts dont ceux issus de tri mécano-biologique (TMB) des ordures ménagères résiduelles, divers digestats et des effluents d’élevages et agricoles » polluent massivement les sols.
Parmi ceux-ci, les déchets TBM sont les plus polluants car, en France, à l’inverse d’autres pays « le TMB y a initialement été développé pour produire du compost » (12) et, comme les performances de tri de ces usines sont très très médiocres, le résultat est ébouriffant.
On retrouve à nouveau le système infernal du capitalisme du Poubellocène : production massive de déchets polluants qu’il faut éliminer sous peine de crever sous leur accumulation. Mais comme tout cela coûte cher, il est plus économique de les mettre sous le tapis.
Le tapis c’est le sol et le sol idéal c’est le sol des terres agricoles gavées aux engrais et qui sont censées nous nourrir.
On met donc au point des techniques, outils, filières et législations permettant d’utiliser cette nouvelle manne.
Triple bénéf : les collectivités se débarrassent de leurs déchets, le monde agricole réduit ses coûts de production (moins de recours aux engrais chimiques et apport de fertilisants organiques à très bas prix) et tout le monde se félicite de ces pratiques toujours plus vertes et vertueuses.
Problème : ces fertilisants contenant plastiques, pesticides, engrais, résidus de médicaments, microbes pathogènes polluent les sols et cette pollution se retrouve tranquillou dans les productions végétales et animales dont nous nous repaissons.

Il reste quand même que la négligence envers le sort des sols (trop souvent réduits aux terres agricoles, celles qui rapportent) interroge.
Les sols sont inconsciemment dévalorisés et méprisés : « le sol est opaque, on ne voit pas à travers » (13) à la différence de l’air et de l’eau, il est « sale dans la culture occidentale moderne… parce qu’on y enterre les excréments, les déchets… les morts ». Il « souille » chaussures et vêtements. Si le paradis est dans les cieux, l’enfer est sous terre… Nous marchons dessus depuis tellement de temps qu’il en devient invisible (domination inconsciente en plus ?). Et « la plupart du temps en langue courante, le mot désigne surtout une surface : on dit « posé sur le sol, tombé au sol ».
Pourtant le sol existe en trois dimensions, (et même quatre avec le temps) comme ses deux autres compères et la vie ne peut exister sur cette planète que par les interactions permanentes entre les trois éléments du biotope, entre eux et avec l’ensemble du vivant (la biocénose).

Freux et Eugene the Jeep

Notes
1 – Après son soutien au mouvement anti-bassines, une association de protection de l’eau en Nouvelle-Aquitaine est ostracisée et perd sa subvention. Fiche n°134. Coalition pour les libertés associatives. 2022-2023
2 – Contentieux des bassines dans le bassin de la Sèvre Niortaise-Mignon : quatre réserves, dont celle de Sainte-Soline, sont illégales en l’absence de dérogation. Décision de justice de la Cour administrative d’appel de Bordeaux du 18 décembre 2024
3 – Mégabassines : la justice offre une « bouffée d’oxygène » aux opposants. Sylvain Lapoix. Reporterre. 11/12/2024
4 – Comment ne pas légaliser un barrage illégal. Professeur Canardeau. Le Canard Enchaîné. 31/12/2024
5 – Quel est l’impact énergétique d’une recherche internet ? Bibliothèques de Genève. Octobre 2024. Attention : il ne s’agit que d’estimations car il faudrait mieux connaître le mode et le périmètre de calcul utilisés.
6 – Ou plutôt une Hi Han (désolé si c’est méprisant pour les ânes) car rien n’est plus stupide que cet « algorithme d’apprentissage automatique » qui, comme l’écrit Laure Soulier, « Malgré sa performance… n’est ni comparable ni équivalent à l’intelligence l’humaine : au détriment de la vérité ce qu’(il) vise, c’est la vraisemblance. Le programme perpétue les biais et les erreurs du jeu de données sur lequel il a été entrainé. »
7 – IA générative : la consommation énergétique explose. Anne-Laure Ligozat, Alex De Vries. Polytechnique insights. 13/11/2024
8 – Qu’est-ce que la transition vers une énergie propre et quelle place y occupe l’électronucléaire ? Nicole Jawerth. AIEA. 09/2020
9 – Les technosolutionnistes, ces idéologues qui veulent sauver la planète tout en la détruisant. Lorraine Redaud. Charlie Hebdo, n°1677. 11/09/2024
10 – Diplomatie menée par Théodore Roosevelt, président des États-Unis au début du 20ème siècle : prise de contrôle du canal de Panama en y créant un État fantoche, guerre hispano-américaine à Cuba avec mise sous tutelle, implantation de bases navales...
11 – Microplastiques : En France sur 33 échantillons, 3/4 des sols analysés contaminés. Communiqué de l’ADEME. 09/01/2025
12 – La fausse bonne idée : le Tri-Mécano-Biologique .
13 – Extraits du passionnant et exigeant livre de Marc-André Selosse « L’origine du monde Une histoire naturelle du sol à l’intention de ceux qui le piétinent », paru en 2021 chez Actes Sud

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