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CA 347 février 2025

Combien gagne un agriculteur ?,
les travailleurs informels du recyclage
et autres brèves de l’économie

samedi 1er mars 2025, par Courant Alternatif


Combien gagne un agriculteur ?

C’est intentionnellement que j’utilise le mot « agriculteur » et non « paysan ». Il s’agit en effet des chiffres issus de la comptabilité nationale, qui considère les fermes comme des exploitations agricoles, c’est-à-dire des entreprises. Le solde disponible moyen, qui doit servir à rémunérer l’agriculteur et à investir, était de 21400 euros en 2020, soit 1783 euros par mois. Pour avoir une idée du revenu que ça leur laisse, il faudrait aussi connaître le montant des investissements nécessaires, qui doit en être déduit. Mais surtout, c’est une moyenne, et les revenus des agriculteurs et agricultrices sont particulièrement dispersés, surtout dans la viticulture et le maraîchage (c’est dans ces deux domaines qu’on trouve à la fois les plus riches et les plus pauvres).
Attention, comme l’INSEE considère les agriculteurs et agricultrices comme des chef·fes d’entreprise, certains frais sont déduits pour calculer leur revenu. Un·e salarié·e qui achète une voiture pour aller au boulot, c’est son affaire, ça ne change pas le montant de son salaire. Un·e chef·fe d’entreprise, donc un agriculteur ou une agricultrice, qui achète une voiture pour le boulot, c’est déduit de son bénéfice déclaré. Ça complique passablement les comparaisons.
Selon les années, les subventions représentent entre la moitié et le tiers de la valeur ajoutée. La valeur ajoutée, c’est la différence entre les ventes et les consommations intermédiaires, autrement dit les achats (fuel, engrais, semences…), c’est donc la richesse créée par l’exploitation agricole. Il faut encore retirer les impôts, les loyers et les éventuelles charges de personnel ainsi que les amortissements et les charges financières pour arriver à un excédent (ou une perte). Les subventions représentent donc une part très importante du revenu moyen des agriculteurs et agricultrices.
Mais si on veut connaître le niveau de vie des agriculteurs et agricultrices, il faut tenir compte de l’ensemble de la famille (de sa taille) et surtout des revenus complémentaires. En effet, les bénéfices agricoles représentent en moyenne seulement un tiers du revenu disponible des ménages agricoles. 30% des agriculteurs et agricultrices exercent en plus une activité salariée. Au final, les bénéfices agricoles représentent moins de la moitié du revenu quelle que soit la tranche de revenu considérée. Les moins riches vivent surtout du revenu de leurs autres activités, pour les 10% les plus riches, ce sont les revenus du patrimoine qui dépassent leur revenu agricole.
En 2020, le niveau de vie médian des personnes vivant dans un ménage agricole (22800 euros) était proche de celui de la population dans son ensemble (22400 euros). Attention, ce n’est plus une moyenne, c’est une médiane : la moitié gagne moins, la moitié gagne plus. C’est plus réaliste que la moyenne. Le taux de pauvreté des personnes vivant dans un ménage agricole atteignait 16,2%, contre 14,4% pour l’ensemble de la population. A l’opposé, les 10% des agriculteurs les plus riches sont en moyenne plus riches que les 10% de la population la plus riche.
Source : Blog de l’INSEE, Etienne Apers, Felix Paquier, Isabelle Robert-Bovée, Vincent Marcus, Combien gagne un agriculteur ?, 12 décembre 2024

Derrière le recyclage, les travailleurs informels

Le recyclage des plastiques et la gestion des déchets touchent en réalité des millions de personnes en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique. Il s’agit des travailleurs qui récupèrent, réutilisent ou revendent les plastiques, les textiles, l’aluminium et d’autres matériaux précieux issus des déchets. Ils ne sont pas reconnus officiellement et sont généralement tournés en dérision dans les discours politiques des villes et des États. Les réglementations environnementales aggravent souvent leur précarité en accélérant la privatisation du traitement des déchets. Un groupe de ramasseurs de déchets a essayé de profiter de l’ouverture des négociations pour le traité mondial sur la pollution des déchets plastiques (qui ont été un échec) pour plaider en faveur de la reconnaissance de leur travail.
La plupart des politiques d’économie circulaire et de recyclage inclusif reposent sur des mécanismes de marché, partant du principe que la création de marchés pour les déchets incitera les acteurs du marché à récupérer efficacement les déchets et à les convertir en ressources. Pour remplir leurs obligations, les marques peuvent alors s’engager à acheter des plastiques recyclés et à financer la collecte des déchets en achetant des crédits plastique. Ces mécanismes fondés sur le marché aggravent les inégalités existantes en matière d’accès au marché. Les efforts visant à donner la priorité à la traçabilité et à la transparence – dans le but d’améliorer l’efficacité du marché et le respect de la réglementation – désavantagent les travailleurs informels. Ces derniers ne disposent pas des ressources et des capacités techniques nécessaires pour adopter des systèmes de suivi complexes basés sur les SIG (Systèmes d’Informations Géographiques) ou la blockchain (technologie numérique de stockage et de transmission d’informations sans autorité centrale), et se retrouvent exclus des processus formalisés. Les start-up financées par le capital-risque et les grandes entreprises s’emparent alors du secteur du recyclage. Evidemment, ce ne sont pas les salarié·es très diplômé·es de ces start-up qui trient les déchets. Mais celles-ci ont le monopole de l’accès au marché, imposant leurs conditions aux travailleurs réels du recyclage. Les systèmes actuels de production et de consommation du plastique déplacent donc la charge des déchets sur des communautés autochtones ou ethniques marginalisées, créant ainsi des zones sacrifiées. Ce sont les zones complètement polluées qui accueillent les déchets, et dans lesquelles vivent les travailleurs et travailleuses informel·les de ce secteur.
Source : 1er décembre 2024, Les ramasseurs de déchets, grands perdants du récit dominant sur la pollution plastique, Manisha Anantharaman,

La précarité du travail a été multipliée par deux en 40 ans

On appelle travail précaire toutes les formes de CDD, qui passent aussi par l’interim et les contrats d’apprentissage, par opposition au travail en CDI. 7% des emplois étaient en contrat précaire au début des années 80, pour 16% en 2023. En fait leur proportion a augmenté très vite du début des années 80 à l’an 2000, puis continué à progresser mais moins vite, et s’est stabilisée depuis environ 2020 (avec bien sûr un creux pendant le COVID). Bien sûr, c’est une moyenne. Les plus concerné·es par les contrats précaires sont les peu diplômé·es et les jeunes. Chez les moins de 25 ans, le taux de précarité est passé de 19 % des salarié·es en 1982 à 49 % dès 1999. Il a depuis dépassé les 50 % pour atteindre même 59 % en 2016. Il a légèrement baissé à partir de 2017 et se situe désormais à 56 %. Cette évolution s’explique en partie par l’expansion de l’apprentissage. Les femmes restent légèrement plus précaires que les hommes (16,6 % contre 15,2%), mais l’écart entre les deux sexes s’est beaucoup resserré. Il faut noter que la diminution du chômage n’a visiblement pas entraîné une reprise des CDI.
Source : Observatoire des inégalités, 8 novembre 2024

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