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CA 348 mars 2025

Elections aux chambres d’agriculture :
Victoire des syndicats productivistes
et pro megabassine

lundi 10 mars 2025, par Courant Alternatif

Au mois de janvier, les agricultrices et agriculteurs étaient appelés à voter pour élire leurs représentants aux chambres d’agriculture.


Les chambres d’agriculture, sorte de monstre omniprésent dans le monde agricole, sont des organismes semi-publics au budget conséquent. Sous la tutelle de l’Etat et gérées par des élus, elles sont tout autant le relais des orientations politiques du gouvernement et en capacité d’initier leur propre cap politique sous différents prismes : conseils techniques, accompagnement à l’installation, essais techniques, envois d’informations, rédactions d’articles dans la presse agricole etc.
Ce sont plus de 3000 élus et 8500 salarié.e.s qui, pour la plupart, endossent avec complaisance, le rôle de chien de garde de la mafia agricole. Tapant sur les doigts de celles et ceux qui refusent d’entrer dans le moule de l’agriculture intensive et conventionnelle.

Une abstention massive

Les actions artificielles d ’ « agriculteurs en colère » de la fin d’année dernière tenues à bout de bras par le noyau dur des cadres syndicaux, mais puissamment relayées par les médias bourgeois, n’auront pas suffit à mobiliser les paysan.ne.s. En effet, cet ersatz de campagne électorale aura conduit à une participation se situant autour de 50% voir bien en deça dans certains départements.

Haute-Garonne : les « ultra de l'A64 » remportent les élections

L’association les « ultra de l’A64 », référence aux agriculteurs en lutte en janvier 2024 qui bloquèrent l’A64 durant plusieurs jours, réussit donc à éjecter la FNSEA. Reste à voir maintenant, comment ces néophytes du pouvoir vont appréhender leur mandat. Déjà, leur main tendue à la FNSEA puis leurs propos adoucis donnant des gages de respectabilité auprès des organisations professionnelles s’avèrent être très certainement les prémices d’une allégeance au puissant cartel agro-industriel. Mais quelques élus mercenaires émousseront – ils les espoirs de celles et ceux qui ont balayé la FNSEA dans la rue et dans les urnes ?

Forte progression de la CR (Coordination rurale), syndicat pro mega-bassine anti-écolo d'extrême droite.

Ce syndicat franchouillard soutenu par le RN double son score et remporte la majorité dans 14 départements contre 3 en 2019. Elle rafle la majorité dans des départements du Centre-Val de Loire, en Nouvelle Aquitaine, Occitanie et gagne dans les Ardennes, département de la région Grand Est.
Issue d’une scission de la FNSEA au début des année 1990, c’est avant tout dans sa posture, adepte des actions coup de poing médiatiques, qu’elle se distingue de ses anciens amis de la FNSEA.
Elle a réussi à capter la colère de certains agriculteurs pris en étau dans l’agriculture intensive. Broyés dans une spirale infernale « agrandissement-sur-investissement-endettement », certains agriculteurs sont totalement exaspérés et au bord du gouffre.

La FNSEA affaiblie

Chantre de l’agriculture « moderne » productiviste ayant justement envoyé beaucoup de monde dans cette spirale infernale, la FNSEA n’en finit pas de vanter et oeuvrer pour une agriculture intensive, industrielle et chimique. Aujourd’hui, avec leurs alliés JA, ils espèrent jeter le monde agricole dans les affres d’une horrible « AgTch », agriculture 4.0, bardée de drones, robots, capteurs GPS, le tout gérés par l’intelligence artificielle.
L’alliance FNSEA-JA (fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles – Jeunes Agriculteurs) perd 15 chambres d’agriculture mais reste tout de même maître de 80% d’entre elles.
La cogestion FNSEA – Etat français reste toujours de mise mais une brèche s’est ouverte.

Le MODEF, très peu représenté, en légère hausse

Le MODEF (mouvement de défense des exploitants familiaux) présentait une quinzaine de listes dans certains départements de Nouvelle Aquitaine, Occitanie, PACA ainsi que dans les départements du Puy de Dôme et de Guadeloupe. Proche du PCF et issu d’une scission avec la FNSEA dans les années 1950, il maintient son faible score électoral franchissant malgré tout difficilement la barre des 5%. A noter que le MODEF garde la majorité en Guadeloupe qu’il présidait déjà.

La Confédération Paysanne augmente légèrement son score par rapport à 2019 et gagne les départements de l’Ardèche, de la Corse et de la Guyane.

Les chambres d’agriculture d’Ardèche, de Corse et de Guyane seront dirigés par la Conf. Celle de Mayotte, unique chambre d’agriculture gagnée aux élections de 2019 sera également conservée par la Confédération paysanne au moins jusqu’au report des élections d’ici 1 an suite à la très violente tempête que le peuple mahorais vient de subir.
Il n’en fallait pas moins pour que les dirigeants nationaux de la Conf et leurs lieutenants fédéraux propagent un discours aux allures de satisfecit glorieux dans les campagnes. Emprunts de langue de bois et d’oeillères organisationnelles, les bureaucrates hors sol de la Conf savourent benoîtement les quelques strapontins gagnés permettant notamment le maintien de ses permanents grâce à la légère hausse de ses futurs subventions versées par l’Etat. Celles-ci étant proportionnelles aux nombres de voix recueillies aux élections professionnelles.
Depuis quelques années, l’orientation syndicale de la Conf prend un virage corporatiste assumé. En effet, les dirigeants de la Conf expliquent à qui veut bien l’entendre qu’il est urgent de se débarrasser de l’étiquette altermondialiste faisant peur, selon eux, à une partie des agriculteurs qu’ils veulent conquérir. La propagande et les actions du syndicat sont désormais fléchées vers les thématiques essentiellement agricoles et dissociées des luttes collectives initiées par le mouvements social.
Heureusement cette fuite en avant réformiste n’efface pas la vigueur et la détermination du réseau militant qui gravite autour de la Conf.

Derrière un tableau sombre, une lueur d'espoir scintille toujours

Certes la FNSEA a perdu quelques plumes à l’issu de ces élections. Mais pas tant que ça, et au profit de la CR... Tableau peu reluisant...

Si la lecture des résultats électoraux nous permette une meilleure compréhension du rapport de force entre syndicats agricoles, ils mettent aussi en lumière qu’une majorité de paysannes et paysans n’ont voté ni pour les listes FNSEA-JA, ni pour celles de la CR.
Parmi cette frange paysanne, soyons certains qu’ils et elles sont encore nombreux à garder en ligne de mire l’idée que l’agro-industrie, c’est la promesse d’un monde toujours plus mortifère, mettant en péril la santé de tous, dégradant toujours plus la fertilité des sols. Quelques sièges de plus ou de moins pour tel ou tel syndicat ne viendront jamais à bout de l’agro-industrie qu’il faudra abattre en commençant, pourquoi pas, par faire voler en éclat la cogestion.

Thomas -Quimper-

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