CA 348 mars 2025
vendredi 14 mars 2025, par
Le « conclave » lancé par le premier ministre a mis l’examen de la loi promulgué en 2023 sur les retraites à son ordre du jour ; la secrétaire de la CGT a annoncé une nouvelle « mobilisation » sur la réforme des retraites. Au-delà de l’actualité ce texte tente de dresser un bilan de l’échec de la mobilisation précédente de 2023 et d’aller à la racine du problème. (25 janvier 2025)
Le calcul de la pension de retraite renvoie aux années de salariat (’’vie active’’) c’est à dire à l’exploitation des hommes, des femmes et celle de la nature avec l’amoncellement des dommages (notamment sur le corps et le psychisme des humains) et sur la relation entre l’humanité et le monde non humain. La racine du salariat et des retraites est à situer du côté de la dépossession de la production des conditions de vie et du côté de la subordination au capital.
En scindant la retraite des conditions concrètes du salariat, en l’enfermant trop souvent dans le domaine juridique et/ou technique voire économique, le mouvement n’a pas produit une conscience historique de classe antagoniste au capitalisme sur le monde. Cette conscience permet de saisir la genèse de l’état présent des choses et sa possible abolition.Qu’est-ce qu’une vie digne d’être vécue ?
Comme d’autres luttes défensives cette lutte en est venue à la défense du statu quo.
La défaite du mouvement de contestation de la réforme des retraites ne vient pas de la promulgation de la loi (vote par défaut au moyen de l’article 49-3 de la constitution française de 1958). Sa véritable défaite – en dépit d’une importante « mobilisation » sociale – vient que ce mouvement a été pensé avec les catégories du capital : travail – salaire – retraite – équilibre des comptes – pénibilité – années de cotisation, sans parler de la fameuse’’décote ’’ passée sous silence sur-sanctionnant le manque d’années de cotisations pour parvenir au ’’taux plein’’.
Autrement dit, le mouvement n’a pas remis en cause le salariat, la division du travail, la hiérarchie des salaires et des pensions (y aurait-il une hiérarchie des besoins selon les classes et « catégories sociales » ?)
Le mouvement n’a pas opéré de réflexion sur les conditions de travail et leurs impacts sur la santé, sur l’espérance et la qualité de vie, sur l’inutilité de certaines productions ou de la dangerosité d’autres, sur des productions résultant de conditions extrêmes pour la fourniture de matières premières (par exemple, le cas de l’industrie du numérique qui utilise l’Afrique pour les matières premières avec des conditions de travail particulièrement dangereuses et en recourant au travail des enfants).
Le mouvement n’a pas davantage posé la nécessaire rotation dans l’accomplissement de certaines tâches qui pourraient s’avérer incompressibles.
La ligne de défense des « acquis » fait l’impasse de l’analyse des conditions dans lesquelles certains statuts ou « avantages sociaux »furent obtenus. Par exemple, cela concerne la part occultée de l’intégration d’une fraction du prolétariat dans le système capitaliste par les stratégies Etat-Capital à un moment donné de l’Histoire , en particulier à la Libération (nationalisations). C’est l’époque au cours de laquelle la CGT et le PCF enjoignent le prolétariat à « retrousser ses manches » et à « gagner la bataille de la production ».
Mais il faut revenir quelques années en arrière. En 1914, déjà, le mouvement ouvrier s’engage massivement dans la guerre. Capital et État s’imbriquent étroitement pour la guerre, pour sa production dans toutes ses dimensions.
Après la deuxième guerre mondiale, le compromis fordiste renforce la machine État-Capital ; il limite le rôle du syndicalisme à des revendications de salaires et de droits pour les travailleurs. Les questions du contenu de la production et plus généralement du travail et celle de sa finalité ont été laissées à la machine État-Capital.
Dans ce compromis, le capital impose l’intensification des conditions de travail : développement de la catégorie des Ouvriers spécialisés (OS) ; c’est dans cette catégorie que furent massivement employés les travailleurs immigrés et les travailleuses. C’est le temps des bidonvilles et des cités d’urgence qui durèrent et des foyers . Le secteur pétrolier impose sa politique des transports par la route avec le développement de l’industrie automobile.. L’idéologie dominante appelle cette période, par ailleurs riche en guerres coloniales, les « trente glorieuses ».
Dans le même temps, depuis les années 1960, s’est développé ce que d’aucuns appellent la classe d’encadrement ou la classe moyenne salariée. Cette classe reçoit un sur-salaire pour être attachée au capital ; sa tâche est d’organiser les rapports sociaux d’exploitation..Cette classe refuse de poser la question de la finalité de la production, celle du travail de manière générale. C’est elle qui généralement impose ses choix dans les luttes inter-classicistes des dernières années.
Dans le milieu syndical, l’Etat n’a pas été analysé dans son imbrication avec le capital qui est trans-étatique (mondial). L’État français multiple les mesures pour rendre attractif aux investissements ou à l’implantation de multinationales sur le territoire français : politique coercitive concernant les demandeurs d’emploi, et de façon générale législation sociale défavorable aux salariés (disciplinarisation de la main d’oeuvre) sans parler des mesures fiscales et autres aménagements pour les investisseurs.
L’État français ne peut être séparé du système-monde avec sa hiérarchie, avec la domination exercée par les USA depuis la fin de la seconde guerre mondiale – accords de Bretton-Woods ( 1944) créant le Fonds monétaire International et la Banque mondiale, plan Marshall (1947)- et exercée de façon unilatérale par les USA dans le monde depuis l’effondrement de l’URSS, sans omettre les multiples interventions US dans le monde depuis 1945.
La domination des USA a été contestée déjà à différents moments en particulier par le mouvement des non-alignés à Bandoeng en 1955), par la conférence de la Tricontinentale (conférence de solidarité des peuples d’ Asie d’Afrique et d’Amérique latine) en 1966, à La Havane,
Actuellement, le maintien de l’OTAN, instrument états-unien de la ’’lutte contre le communisme’’, et son extension à l’est de l’Europe, la domination des USA par le biais du dollar (entre autres) ont entraîné la formation des BRICKS. Les fondateurs - Brésil, Russie, Inde, Chine, et Union Sud Africaine - prônent un monde multipolaire.
Quelle place la lutte de classes prendra-t-elle ?
Lucien
Pour aller plus loin
Bruno Astarian Robert Ferro
Le ménage à trois de la lutte des classes
Classe moyenne salariée, prolétariat et capital
(L’Asymétrie 2019)Maurizio Lazzarato
Le capital déteste tout le monde Fascisme ou révolution
Éditions Amsterdam (2019)Intolérable du présent. L’urgence de la révolution
Minorités et classe
Eterotopia (2022)