CA 349 avril 2025
mercredi 30 avril 2025, par
C’est un projet qui fait couler beaucoup d’encre : le groupe Carnivor, via sa filiale T’Rhéa, cherche à implanter un centre d’engraissement intensif de plus de 2000 bovins sur la commune de Peyrilhac, à 25 minutes au Nord-Ouest de Limoges. On est bien loin de l’image d’Épinal de nos vaches limousines pâturant des prairies verdoyantes.
Alors qu’une première enquête publique a eu lieu au printemps 2024 (12000 contributions à 99,5% contre), le commissaire-enquêteur avait émis un avis défavorable sur ce projet de ferme-usine XXL (3100 bêtes). Depuis la société a redéposé un dossier modifié auprès de la préfecture, annonçant un projet à 2120 bêtes... mais avec des infrastructures identiques : mêmes bâtiments, même réserve en eau pour l’abreuvement du bétail, même capacité de stockage pour l’alimentation des animaux. Personne n’est dupe : le projet est toujours dimensionné pour 3100 animaux !
Un projet 0% paysan, une industrialisation à marche forcée de l’élevage limousin
Malgré ce projet remanié, les interrogations et oppositions se multiplient : le 13 novembre dernier, sept experts de la MRAE (Mission régionale de l’Autorité Environnementale) l’ont analysé et ont pointé de grosses faiblesses concernant le plan d’épandage du fumier (10 000 tonnes par an), le suivi de la qualité des eaux ou encore l’absence de bilan quantifié des émissions de gaz à effet de serre.
Une enquête complémentaire a eu lieu du 10 au 24 février 2025, suscitant une nouvelle levée de bouclier avec 4600 contributions à 99% contre la ferme-usine. Parmi les arguments les plus récurrents dans les contributions, l’industrialisation de l’agriculture est clairement dénoncée. Nombreux sont ceux qui regrettent l’abandon de l’élevage limousin extensif.
Le projet du groupe toulonnais Carnivor, est vécu comme un accaparement, la mainmise d’une firme sur l’élevage bovin aux détriments de l’agriculture de fermes et de futures installations de paysannes et paysans, comme le souligne la Confédération Paysanne 87. Beaucoup dénoncent par ailleurs les conditions d’élevage et la concentration d’animaux sur un seul site (aspect sanitaire), ainsi que l’impact sur la ressource en eau et le plan de gestion des effluents. Les communes concernées (Peyrilhac, Nieul, Veyrac et Saint-Gence) avaient déjà toutes émis un avis défavorable au projet par délibération des conseils municipaux, pointant du doigt un modèle agro-industriel hors-sol et les impacts environnementaux associés, le développement d’une agriculture sans paysans et un projet ne répondant pas aux attentes de la population (production dédiée à l’export et non à l’autonomie alimentaire du territoire).
La balle désormais entre les mains du Préfet
Malgré une série d’avis défavorable, le nouveau commissaire-enquêteur a donné un avis favorable au projet à l’issue de l’enquête publique complémentaire. Ce faisant, il s’assoit sur les nombreux avis négatifs exprimés par les riverains, les propriétaires de terre concernés, les associations, la Confédération Paysanne et les communes.
Le Préfet devra donc trancher d’ici le 25 mai prochain entre les intérêts privés du groupe agro-industriel Carnivor et l’intérêt général. Groupe Carnivor qui cherche à se faire passer pour un sauveur de l’agriculture limousine alors qu’il vend de la viande étrangère dans ses magasins du Sud de la France depuis plus de 25 ans.
L’intérêt général, c’est l’installation de paysannes et paysans pour nourrir les habitants de Limoges et de la Haute-Vienne. C’est aussi la défense du cadre de vie des habitants et la préservation de la nature.
En cas d’avis favorable du Préfet, un collectif d’associations (Terre de Liens Limousin, Les Amis de la Terre, LPO Limousin, Saint-Junien Environnement, FNE Limousin), et des riverains envisagent un recours contentieux devant le tribunal administratif de Limoges.
Un militant