CA 349 avril 2025
samedi 3 mai 2025, par
Le patrimoine immobilier en France
En 2017, le patrimoine immobilier brut moyen atteignait 194000 euros, mais sa répartition était inégale : 10% des ménages possèdent 44% de la valeur totale du patrimoine hexagonal, concentrée dans les grandes villes. Les biens immobiliers constituaient près des 2/3 (62%) du patrimoine brut (dettes non retirées) de l’ensemble des ménages en 2021. Donc le prix de l’immobilier a une influence très importante sur la valeur du patrimoine. La hausse du prix de l’immmobilier (entre 2000 et 2018, le prix du logement ancien a plus que doublé) joue dans deux sens : le patrimoine des propriétaires s’élève, mais il devient plus difficile de devenir propriétaire. 61,2% des ménages sont propriétaires d’au moins un logement, proportion stable depuis dix ans, mais la plupart des ménages appartenant aux 30 % des ménages ayant le patrimoine total le plus faible n’en possèdent pas ou peu. Sans surprise, plus on est riche, plus on dispose de patrimoine, dans des proportions qui aggravent les inégalités de revenus. Et qui les aggrave encore plus si on considère que lorsqu’on est propriétaire, on ne paye pas de loyer, ce qui compte beaucoup dans le pouvoir d’achat à revenu égal. Toujours sans aucune surprise, plus on est vieux, plus on a de chances d’être propriétaire de logement(s), et ça diminue à partir de l’âge de 70 ans (transmission du patrimoine aux enfants). C’est à partir de 40 ans qu’on commence à avoir une résidence secondaire. Enfin, il faut noter que la taxe foncière (qui a forcément pas mal augmenté depuis la suppression de la taxe d’habitation) est un impôt très nettement régressif : plus on est riche, moins on paye (proportionnellement à la valeur du logement). Les ménages ayant le patrimoine immobilier le plus faible payent environ 0,6% de sa valeur, les 1% les plus riches en patrimoine payent en moyenne 0,18%. Ceci vient en partie du fait que les propriétés les plus riches sont aussi les plus sous-estimées dans les valeurs cadastrales, qui servent de base à la taxe foncière. Enfin, la taxe foncière pèse souvent plus lourdement dans les zones peu peuplées.
Pour résumer, plus de 60% des ménages en France sont propriétaires de leur logement, ce qui a forcément des implications en termes politiques. Le patrimoine immobilier est cependant très concentré puisque les 10% les plus riches en possèdent plus de 40%. La taxe foncière est un impôt régressif : elle est favorable aux plus riches.
Source :I.N.S.E.E., Mathias André, Olivier Meslin, Le bonheur est dans le prix :Estimation du patrimoine immobilier brut des ménages sur données administratives exhaustives, Documents de travail n°2025-04, février 2025.
Accaparement du territoire
La loi « Climat et résilience » prévoit de diminuer de moitié la consommation d’espace entre 2022 et 2031 par rapport à la décennie précédente. Consommation d’espace est le synonyme en langage administratif de destruction d’espaces naturels, agricoles ou forestiers. Or, entre début 2012 et fin 2021, plus de 227000 hectares (0,4% du territoire national) ont été consommés en France hors Mayotte. L’espace urbanisé a ainsi augmenté de 6,3%. Le développement de l’habitat représente à lui seul 63% de ces changements d’usage, et l’activité économique 23%. Les infrastructures (routes et chemin de fer) représentent quant à elles 7% de la consommation nouvelle d’espace. Cette « consommation » (destruction) est mesurée par les changements d’usage cadastraux, ce qui donc ne dit rien sur la qualité des terrains en question, ni avant ni après. En Ile de France, l’activité économique est responsable de 44% de cette destruction, plus que le logement. L’Ile de France est suivie par les Hauts de France (34% des destructions pour l’activité économique), le Grand Est (28%) et le Centre Val de Loire (27%). Après une baisse au début des années 2010, la destruction annuelle de territoires au profit de l’activité économique s’est stabilisée à partir de 2015, entre 4700 et 5500 hectares par an, soit à peu près la moitié de la superficie de Paris. La destruction d’espaces naturels par le secteur industriel représente 29% de l’ensemble de la destruction d’espaces pour l’activité économique entre 2012 et 2021 (pour 13% de l’emploi salarié). Les bureaux et services publics (la moitié de l’emploi salarié) ont consommé une part équivalente (28%).
Source : En dix ans, les bureaux et services publics ont consommé autant d’espace naturel, agricole ou forestier que l’industrie, INSEE Première n°2039, février 2025
Quelques chiffres sur la « subversion migratoire »
On estime l’immigration à 10,7% de la population en France, à comparer aux 15% de la population états-unienne et 16% de la population suédoise. Si on ne retient que la population étrangère (une partie de l’immigration est de nationalité française), on tombe à 8,2% de la population. Les immigré·es européen·nes, celleux qui ne dérangent pas nos ministres donc, représentent 3,5% de la population (eh oui, une partie importante de l’immigration en France est européenne). Il nous reste une population d’origine non européenne de 6% environ. Il y a environ 300000 arrivées par an, 1/3 d’étudiant·es, 1/3 de rapprochement familial et 1/3 d’immigration de travail et réfugié·s. Mais beaucoup d’immigré·es repartent (notamment les étudiant·es). Si on retire les départs, on tombe à un accroissement d’environ 180000 par an. Effectivement, les arrivées ont augmenté ces dernières années. Il y a eu 160000 demandes d’asile en 2023. Le taux moyen d’attribution du statut est de 40% (60000 personnes ont obtenu un statut de réfugié la même année). On estime les sans-papiers à 700000 (d’après l’Aide Médicale d’État), et il y a eu 30000 régularisations en 2023, à comparer aux 900000 annoncées par l’Espagne… Dans l’ensemble, les personnes qui arrivent illégalement en Europe n’étaient que 355000 personnes en 2023. Cela ne représente que 0,07% de la population européenne. Et pour l’essentiel, ce n’est pas en France qu’elles arrivent (ni qu’elles souhaitent arriver : les migrant·es dans la région de Calais visent l’Angleterre par exemple).
Source : La « submersion migratoire » ne correspond à aucune réalité scientifique, Tania Racho, Paris Saclay, The Conversation, février 2025