CA 350 mai 2025
samedi 10 mai 2025, par
La seconde manifestation contre la construction de mégabassines qui s’est déroulée à Sainte-Soline le 25 mars 2023 a rassemblé 30 000 personnes, mais elle a été violemment réprimée par les forces de l’ordre : plus de 200 personnes ont été blessées par un véritable mitraillage de grenades. La répression s’est poursuivie avec des arrestations arbitraires et des procès contre des militant-e-s. Dans le même temps, les plaintes déposées concernant quatre blessé-e-s graves sont restées sans réponse. La lutte contre les mégabassines a néanmoins continué, et plusieurs d’entre elles, telle celle de Sainte-Soline, ont été déclarées illégales.
Les mobilisations qui ont eu lieu depuis « Sainte-Soline 2 » ont montré que la répression n’avait pas arrêté le mouvement antibassines. On peut considérer comme des réussites le « convoi de l’eau » – à vélo de Sainte-Soline à Paris – coorganisé par les Soulèvements de la Terre (SDLT), Bassines non merci ! (BNM) et la Confédération paysanne pendant l’été 2023 ; ou le « village de l’eau » à Melle, une initiative de BNM soutenue par une centaine d’organisations dont les SDLT (voir l’encadré), et les manifestations de Migné-Auxances et de La Rochelle, pendant l’été 2024.
Les « commémor’actions » auxquelles appelait BNM pour les « 2 ans de Sainte-Soline », le 25 mars 2025, ont rassemblé plusieurs centaines de personnes à Poitiers, Rennes et Melle, tandis que des actions plus symboliques se déroulaient ailleurs.
A Melle, le cortège s’est rendu à la gendarmerie pour, en hommage aux victimes de la police ce jour-là, y déposer aux pieds des gendarmes postés devant le bâtiment 200 bougies formant les mots « No bassaran ». A Poitiers, le cortège est allé devant la caserne pour diverses interventions ciblant les politiques d’accaparement des ressources, productrices de guerres et destructrices des écosystèmes. A Rennes, le rassemblement s’est tenu devant la caserne Marguerite, où se trouvent le commandement régional de la gendarmerie et l’inspection générale de la gendarmerie de Bretagne, en charge de l’enquête sur les violences policières et sur le blocage des secours à Sainte-Soline. 200 bougies symbolisant les 200 blessés ont également été déposées là.
On constate que, pour le 2e anniversaire de « Sainte-Soline », les SDLT ont laissé le devant de la scène à BNM. Les SDLT ont, il est vrai, été menacés de dissolution pour avoir appelé à cette manifestation, et deux de leurs porte-parole, Joan Monga et Nicolas Garrigues, ainsi que Julien Le Guet de BNM 79 (1), ont été condamnés à des peines comprises entre 6 et 12 mois d’emprisonnement avec sursis, le 17 janvier 2024. Joan Monga a de nouveau été poursuivi en justice avec Léna Lazare, une autre porte-parole des SDLT, sous le prétexte inédit de ne pas s’être présentée à une convocation devant la commission d’enquête parlementaire sur les « violences survenues à Sainte-Soline ». Tous deux ont été relaxés le 17 janvier 2025, mais ces pressions judiciaires successives ont pu inciter les SDLT à axer leur « saison 8 » sur d’autres luttes et à mettre l’accent sur leur aspect ludique. Du 28 au 30 mars, les SDLT ont ainsi coorganisé avec le collectif Stop Micro un colloque international à Grenoble et une « manif festive » contre l’accaparement des ressources par les industries du numérique et la « vie connectée » (voir dans ce numéro de CA).
La dénonciation de la répression policière est aussi passée par des prises de parole de victimes ou de leurs proches ainsi que de collectifs qui luttent pour la défense de l’eau. Un communiqué commun aux parents de Serge et à Mickaël, Olivier et Alix a été lu dans ces trois villes. Intitulé « Nous ne laisserons pas le silence recouvrir les violences policières de Sainte-Soline », il rappelle que le procureur de la République n’a toujours pas donné suite aux plaintes déposées peu après « Sainte-Soline 2 », notamment pour tentative de meurtre et pour entrave volontaire à l’arrivée des secours – alors qu’il a lancé début avril 2023 des expertises sur les « circonstances des blessures les plus graves occasionnées par les forces de l’ordre » lors de cette manifestation et que leurs conclusions lui ont été remises en décembre 2024.
L’objectif des « commémor’actions » était également de fêter des avancées dans la lutte contre les mégabassines et dans le débat sur la gestion de l’eau en France. Certains projets ont été annulés par les tribunaux ; la construction de quatre bassines, dont celle de Sainte-Soline, a été suspendue.
Il faut pourtant relativiser ces « victoires » : la bassine de Sainte-Soline n’a pas été déclarée illégale pour le gaspillage de l’eau qu’elle entraîne, mais pour la menace sur la biodiversité qu’elle représente. De plus, le camp des probassines – auquel appartient le gouvernement – tente des contre-attaques. On sait d’ores et déjà que les projets de Sainte-Soline et de Saint-Sauvant pourraient être relancés par des dérogations ; le préfet de la Vienne a validé six projets sur le bassin de la Clouère et veut multiplier les bassines qu’il juge « acceptables »…
Conscient de ces réalités, BNM a conclu son bilan « On a tout fêté » concernant les « commémor’actions » par : « Nous appelons donc à poursuivre et intensifier la lutte, à multiplier les actions de tous genres contre l’avancée des projets, à renforcer les liens entre les mouvements à tous les niveaux, à exiger un moratoire sur les bassines et à porter, ensemble, une gestion de l’eau partagée et un modèle agricole respectueux des ressources et du vivant. »
OCL-Poitou
Note
1. Celui-ci vient d’être relaxé en appel pour défaut de preuve, concernant un tag fait lors d’un rassemblement devant la gendarmerie de Niort, le 1er mai 2023, et que le colonel Vestieu lui imputait : « Pour Serge et les 200 blessés de Sainte-Soline : Dubée, Vestieu, Darmanin en prison ».