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CA 350 mai 2025

"On n’est pas nos parents",
sur les grèves de PSA Aulnay

Présentation du film-documentaire

mardi 27 mai 2025, par Courant Alternatif

C’est l’histoire de deux grèves à l’usine automobile de PSA-Aulnay-sous-Bois, en région parisienne. Deux grèves mises en miroir, celle de 1982 qui est la première de l’usine et aussi la première grande grève des OS (ouvriers spécialisés) immigrés qui travaillent à la chaîne de montage ; et celle de 2013 qui est la dernière grève de l’usine puisque celle-ci ferme et supprime 3 000 emplois directs et plusieurs autres milliers « indirects » chez les sous-traitants. Pour les habitant-es du département de Seine-Saint-Denis (93), c’est la disparition du premier employeur privé dans un territoire déjà marqué par la précarité. Mais loin d’être misérabiliste, ce documentaire parle de lutte et de dignité ouvrière. Le réalisateur Matteo Severi et les co-autrices Madeleine Guediguian et Sarah Cousin ont été parties prenantes de cette lutte, les ouvriers leur ont ouvert les portes de l’usine et de leur histoire qu’ils se sont chargés de nous transmettre par ce film. Voici une interview de Matteo et Madeleine, merci à eux d’avoir répondu à nos questions. 


Pouvez-vous vous présenter ? Pourquoi avez-vous fait ce documentaire ?  

Nous sommes un collectif d’auteurs et de techniciens, professionnels du cinéma ou pas, qui avons créé l’association Méga Bits Par Seconde (MBPS). On auto-produit ce film depuis 10 ans, ce qui nous permet d’avoir la main sur tout : l’écriture, la réalisation, mais aussi la diffusion. C’est primordial de raconter des luttes comme celle-là qui n’a pas sa place sur les médias classiques. Notre collectif est né de la grève de PSA-Aulnay même si on se connaissait d’avant. À l’origine, nous étions animateurs d’une émission radio sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 FM) mais aussi et surtout militants. On s’était politisés lycéens au moment du CPE et des révoltes de banlieue en 2005-2006 et on s’est tous retrouvés à la fac pendant les mouvements contre la LRU en 2007. Nous avions déjà un lien avec les ouvriers de PSA-Aulnay avant leur grève, on avait déjà fait des émissions à la radio ensemble. Quand la grève a commencé, ils nous ont naturellement fait rentrer dans l’usine. Nous étions partie-prenante de leur lutte à l’usine, mais aussi à la radio car chaque semaine les ouvriers prenaient la parole dans notre émission « Au fond près du radiateur ». Un lien de confiance et de complicité est né.

Quelles sont les intentions de votre film ?

Dès le début, nous avons été frappés par la force de la mémoire ouvrière qu’il y avait dans l’usine d’Aulnay. Un héritage fort était lié à l’usine, incarné d’abord par des anciens qui ont vécu la grève de 1982, mais aussi par les plus jeunes engagés dans celle de 2013, qui se revendiquent de cette histoire. Avec la fermeture de l’usine, cette mémoire allait disparaître. On voulait participer à la préserver de l’oubli et à la raconter au plus grand nombre.

Aussi en tant que militants, ça nous a paru important de raconter ce qui s’est passé dans les années 1981-1983, les grandes grèves de l’automobile qui ont marqué cette époque, mais aussi initié un cycle politique dans lequel nous sommes encore. Dans le film, les images de l’usine sont mises en regard avec les archives du début des années Mitterrand. En 1981, il y avait un réel espoir avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, dans la société mais aussi dans les luttes. Juste après la victoire présidentielle, il y a eu une flambée de luttes en particulier dans l’industrie automobile, chez les OS immigrés. La gauche au départ soutient ces mouvements en 1982. Mais en février-mars 1983, le discours change car c’est la pause (définitive) des réformes socialisantes et Pierre Mauroy annonce le tournant de la rigueur. Les socialistes ne vont finalement pas « changer la vie » mais plutôt s’adapter au libéralisme qui se mondialise de plus en plus. Mais sur le terrain, des luttes sont encore dynamiques et le pouvoir décide de s’en dissocier en ethnicisant et confessionnalisant les grévistes. Ce sont les déclarations de Pierre Mauroy (Premier Ministre) et Gaston Defferre (Ministre de l’Intérieur) qui parlent « d’agitation religieuse », et de « grèves saintes » à Talbot. Les socialistes sont là pour accompagner le capitalisme, ils ont donc essayé de diviser la classe ouvrière pour la désarmer. Le rappeler empêche de se prendre les pieds dans le tapis de l’essentialisation – duquel on n’a parfois du mal à se séparer car c’est inscrit dans la rhétorique du pouvoir de la social-démocratie. Quand les licenciements commencent, les socialistes mettent en place « l’aide au retour » au pays pour les travailleurs immigrés, du fait qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Ils préparent le terrain pour le Front National qui fera des bons scores électoraux les années suivantes, en 1984-1985. 

Aujourd’hui, nous ne sommes pas sortis de cette rhétorique politique avec une dissociation entre les travailleurs et les immigrés. Or c’est tout le contraire, la classe ouvrière et l’immigration, c’est la même histoire, elle n’est pas disjointe. On peut citer pour l’occasion Abdelmalek Sayad dans son livre La double absence, Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré : « Malin qui pourra départager, dans la conjonction que réalise l’immigration des colonisés entre le fait colonial [...] et la dimension sociale de la condition ouvrière dont les travailleurs immigrés sont une des composantes nouvelles. »

Enfin, on a voulu travailler sur la représentation de la classe ouvrière en essayant d’être au plus près de la réalité. Nous avons toutes et tous des images et des représentations du monde des travailleurs mais nous sommes allés nous y frotter et la réalité n’est pas totalement celle qu’on pensait. Pareil pour les représentations autour de l’immigration – qui rappelons-le est liée à la question ouvrière – il y a le mythe des immigrés qui rasent les murs en arrivant en France. En vrai, c’est tout le contraire, ils étaient dans la lutte. Avec ce film, on a cherché à retranscrire le réel du point de vue des ouvriers. 

Pouvez-vous revenir précisément sur les deux grèves miroir du film, celle de 1982 et celle de 2013 à Aulnay ?  

En 1982, c’est la première grève des OS qui réclament deux choses : 400 francs d’augmentation et la liberté syndicale. Cette dernière revendication est importante car à PSA (alliance Peugeot-Citroen) les pratiques patronales les plus crasses existent encore avec le syndicat CSL - Confédération des Syndicats Libres, anciennement appelée CFT – qui est aussi une milice à la solde des patrons qui réprime l’existence de toute autre organisation syndicale. La CGT est clandestine. 1982, c’est le surgissement de ce syndicat. La grève dure 5 semaines mais pas dans l’usine qui est gardée par la CSL. Les grévistes se retrouvent sur le parking de l’entreprise, la production est bloquée par des milliers d’ouvriers, et des affrontements ont lieu avec la CSL qui a notamment utilisé des hélicoptères pour survoler le piquet de grève et balancer des boulons. Pour 1982, on parlera d’un mouvement pour la dignité avec des personnes immigrées qui se constituent comme sujet politique alors qu’elles sont exclues ailleurs car ce sont des personnes isolées qui vivent en foyer, qui ne peuvent pas voter, etc. Quand tu es immigré, tu n’as pas d’existence politique mais si tu n’en as pas, tu te fais massacrer au travail. La grève est une victoire. Ils obtiennent les 400 fr d’augmentation, les élections syndicales deviennent libres et permettent la création d’une section CGT (syndicat qui encadrait tout le mouvement) ainsi que des droits à la formation et des espoirs d’évolution dans l’entreprise. Plus largement, cette grève et les autres dans le secteur automobile, permettent l’adoption de la loi Auroux sur les libertés syndicales avec l’obligation de création des CHSCT, des CE, etc. 

On évoque rapidement la grève de 1984 dans le film. L’ambiance est toute autre. Le gouvernement ne soutient plus les grévistes et le patronat souhaite se venger des victoires précédentes. À PSA-Aulnay, il y a 800 licenciements surtout chez les immigrés et les syndiqués. La jeune section CGT est décapitée. Entre 1984 et 2005, il n’y a plus de grèves à PSA Aulnay.

En 2013, c’est un combat existentiel contre la fermeture de l’usine. La grève va durer 5 mois, aujourd’hui encore c’est la grève la plus longue dans l’automobile qui mobilise environ 500 personnes sur 3 000 salariés au total, mais attention il n’y a plus que 1 500 ouvriers. On voit bien dans le film toute cette armée de cadres, accompagnée d’huissiers à la solde du patron, qui guettent le moindre écart des grévistes pour lancer des mesures disciplinaires. À partir de 2 mois de lutte, la grève devient aussi un mouvement de solidarité autour d’une dizaine de grévistes qui se font licencier pour faits de grève. Face à l’inéluctabilité de la fermeture de l’usine, l’objectif est de réclamer une bonne prime de départ et la réintégration des grévistes licenciés. Une caisse de grève est mise en place et permet de tenir - on peut voir son fonctionnement extraordinaire dans le documentaire. Dernière chose importante, ce n’est pas une intersyndicale qui organise la lutte mais un comité de grève qui, dès le début, met de côté les étiquettes syndicales et permet à tout le monde de prendre sa place dans la grève. 

Est-ce pertinent de comparer ces deux grèves ? Pourquoi ?  

On vient de le dire, les deux grèves ne sont pas identiques. L’une est offensive et verticale dans le sens où elle est encadrée par les syndicats, l’autre est défensive mais horizontale avec le comité de grève et des assemblées générales quotidiennes. Mais dans les deux cas, ça parle de dignité ouvrière avec des personnes syndiquées ou non syndiquées qui se bougent et réussissent à bloquer la chaîne ! Mettre en résonance ces deux moments, c’est montrer la même fierté et force de récupérer à ton entreprise ce qu’elle t’enlève tous les jours… tu deviens un acteur politique, un collectif avec une parole, tu crées un rapport de force.
 
Le titre qu’on a choisi « On n’est pas nos parents » est aussi là pour rappeler des différences. En 2013, les grévistes ne sont plus des primo-arrivants. Ils sont nés en France, ils ont un CDI, un parcours scolaire. Ce n’est donc pas la même trajectoire et pourtant, ils sont aux mêmes endroits que les anciens, à vivre les mêmes choses. PSA et le système capitaliste sont là pour te rappeler et t’assigner une seule place, celle d’ouvrier. 

Plus largement, quel portrait pouvez-vous faire de la condition ouvrière dans les usines automobiles, de son évolution, en région parisienne mais aussi ailleurs ?  

Nous connaissons surtout ce qui s’est passé à Aulnay au début des années 1980 mais globalement il y a un essor important de la conflictualité de classe à cette période. En quelques mois, une quinzaine de sites industriels sont bloqués partout en France avec des revendications similaires : augmentation salariale, reconnaissance des immigrés et égalité de traitement notamment dans les qualifications, liberté syndicale. Puis à partir de 1984, c’est le retour de bâton avec des licenciements et le discours anti-immigrés / islamisme qui commence à se faire entendre (voir plus haut)

À la fin des années 1980, il y a un nouveau sursaut avec des grèves qui commencent à Sochaux et Mulhouse pour réclamer les 1 500 francs de salaire mensuel et qui se généralisent sur tout le territoire. L’automobile est un secteur particulier et central du capitalisme. Tu es en contact direct avec l’exploitation et l’extorsion de la plus-value. La chaîne est un rapport brutal et sans pitié.

Dans les années 1990, les patrons réorganisent le travail et tout est fait pour casser les solidarités. C’est la mise en place du toyotisme qui casse la culture d’atelier. Les postes deviennent tournants, l’espace de production est réorganisé et les travailleurs n’ont plus l’opportunité de discuter, de former un groupe. De plus, chacun est responsable de ce qu’il fait, c’est le principe de l’auto-contrôle, de l’auto-surveillance. Le management devient à la mode et veut faire disparaître la frontière entre les chefs et les ouvriers. Chez PSA, c’est la mise en place de « cercles de qualité » où on te demande de critiquer le travail du voisin et d’approuver la suppression de son poste. C’est aussi la période où le travail en intérim explose, les gens sont de passage. Il y a aussi la sous-traitance qui divise et éparpille les différents ateliers qui étaient avant rassemblés au même endroit. Enfin, la condition ouvrière et le travail manuel sont dénigrés en particulier par l’Éducation Nationale, les écoles techniques perdent leurs qualifications, tous les élèves doivent aller dans le général. Dans ce climat ambiant, il y a des petites résistances mais ça reste morne plaine.

Les luttes reprennent au tournant des années 2000, comme par exemple à PSA Aulnay en 2005 et 2007 où des grèves éclatent et les débrayages vont être de plus en plus réguliers. Mais ce sont des grèves plus défensives contre la fermeture d’usines ou contre les accords de compétitivité qui poussent les ouvriers à travailler gratuitement les samedis par exemple. C’est la fin du travail de nuit qui était un espace encore préservé de la pression des chefs et qui permet de gagner un peu plus. Tout ça sur fond de chantage à la fermeture et à la délocalisation. 

La transmission de la lutte des classes est au centre du film, comment fonctionne-t-elle ? À l’époque et aujourd’hui ?  

Comme nous venons de le voir, tout a été fait pour casser la culture ouvrière. Mais la réalité sociale est plus forte que tout. C’est d’abord et surtout, une histoire orale ! Pour la mémoire de la grève de 1982, l’ensemble des ouvriers de PSA-Aulnay étaient au courant car les témoins étaient encore là dans l’usine et dans la grève, même s’il n’en restait plus beaucoup du fait d’un turn-over important. Ils n’étaient plus que 5 « survivants » impliqués dans le syndicalisme et la lutte. La transmission se construit au départ avec des gestes de solidarité du quotidien, au travail ou en dehors. Les gens vivent ensemble, tissent des liens aussi de voisinage, de camaraderie. C’est ensuite que viennent les luttes qui sont des moments privilégiés de transmission. Quand on fait grève, on tient les piquets, on manifeste, bien sûr, mais on mange ensemble aussi, on joue aux cartes, on danse, on chante, on se raconte les histoires des anciens... et ainsi se transmet l’histoire ouvrière, et plus largement du territoire. On est loin des livres d’analyses sociologiques ou politiques. Pas besoin car c’est vécu dans le travail et ses galères. 

Avec ce documentaire, on transmet à notre manière cette histoire qu’on nous a racontée, aussi du fait qu’on était partie prenante de la lutte. On a aussi amené d’autres références qu’on a lu pour le coup notamment sur la période du début des années 1980. Dans le film, il y a un moment où les ouvriers choisissent de projeter des images de la grève de 1982 avec l’aide de soutiens extérieurs. C’est un moment de fête même si tout le monde connaît déjà l’histoire.

C’est enfin les médias de lutte qui sont dépositaires de cette mémoire ouvrière. Dans le film, on privilégie ces sources : il y a les images du film « Haya » qui a été tourné par Claude Blanchet, un militant communiste d’Aulnay-sous-Bois qui va sur place en 1982 avec sa caméra ; mais aussi les sujets de l’agence IM’média, qui ont documenté les luttes de l’immigration à l’époque. Quand il y a un mouvement social, il y a toujours des traces qui sont produites par les protagonistes ou leur entourage, des photographies, des poèmes, des chansons, etc. Tout ça existe, il faut juste les rechercher et c’est beaucoup plus riche et précieux que les archives INA. Cette histoire ouvrière, on doit la faire nous-mêmes sinon personne d’autre le fera. Nous aussi on a fait partie de cette histoire de production de traces. En 2013, nous étions des jeunes de 23 ans qui n’avions pas l’idée de faire un film documentaire. Nous étions des témoins et des acteurs à qui les ouvriers ont fait confiance et qui nous ont ouvert à leur monde.

L’automobile est un pilier de la production capitaliste et elle structure nos paysages et la société dans son ensemble. En cela, la région parisienne et le Nord de la France ont été profondément marqués par ce secteur. Quelles sont, selon vous, les grandes conséquences de la présence de ces entreprises, puis de leur déclin ou de leur départ sur le territoire, la population, le travail ?

L’usine d’Aulnay est construite après 1968 pour remplacer l’usine historique de Citroën, quai de Javel dans le 15eme arrondissement de Paris. C’était une volonté politique de transférer les lieux de production vers la périphérie et ainsi éviter la contagion de la grève et des luttes comme cela s’était passé en mai 1968. Aulnay-sous-Bois, comme son nom l’évoque, c’était la campagne au début des années 1970. La Cité des 3000 a été construite pour les ouvriers de l’usine Citroën puis PSA, des ouvriers que les patrons sont allés chercher à l’étranger pour une bonne partie. Une ville s’est donc construite avec ses sociabilités que l’on aperçoit dans le film. En 2013, quand on annonce la fermeture de l’usine, c’est 3 000 emplois qui vont disparaître mais aussi toute la sous-traitance ce qui au final impacte environ 10 000 personnes dans le 93. La Seine-Saint-Denis est le département le plus pauvre de France métropolitaine, or PSA-Aulnay était le premier employeur privé du département. Sa fermeture – effective en 2015 - a eu un impact terrible : les commerces de proximité ferment à l’image du centre commercial « le Galion » qui était un haut-lieu d’Aulnay, dont le déclin avait commencé avec les premiers licenciements chez Citroën dans les années 1980 ; la précarité monte en flèche ; la pression et les violences policières suivent. 

Au final, c’est le fonctionnement « normal » du capitalisme extractiviste. Une entreprise arrive, elle structure le territoire pour répondre à ses besoins, elle épuise les ressources et finalement elle part ailleurs pour trouver de meilleures rentabilités. La région est alors laissée en plan, essorée, sinistrée. On peut utiliser aussi l’image d’une bulle, chère à la finance, on en crée une, les capitaux la gonflent puis c’est l’explosion et ils se barrent. Pour information, au même moment de la fermeture de PSA-Aulnay, une usine PSA ouvre ses chaînes au Maroc. L’espace laissé et déserté peut être récupéré ensuite par le capitalisme urbain. Aujourd’hui, avec le projet du Grand Paris, des spéculateurs immobiliers font la bonne affaire et une partie d’Aulnay-sous-Bois se gentrifie. La ville bourgeoise s’étend faisant disparaître la ville ouvrière. Le centre commercial du Galion a été détruit. 

Douze ans après, comment ça se passe pour les protagonistes du film ?

Trois quarts des grévistes ont quitté PSA, c’était d’ailleurs dans l’accord de fin de conflit, le groupe s’est empressé de se séparer des éléments les plus contestataires. Un tiers environ des ouvriers n’ont pas retrouvé de travail, il faut dire que pour un ouvrier c’est compliqué de réintégrer le marché du travail à 50 piges. Ceux qui y sont encore, ont dû déménager. Certains sont allés sur d’autres sites PSA comme à Poissy par exemple. D’autres vont bosser dans la logistique, le commerce, les services en général. Ils se retrouvent très isolés. La fermeture de l’usine a amené son lot de drames : séparations, misère, dépression, suicide. Bref, il n’y a pas de trajectoire type, c’est plutôt un éclatement de la communauté de lutte qui s’était constituée au cours des années à Aulnay. L’usine était à la fois un lieu d’exploitation mais aussi un point de convergence et de résistance possible avec des milliers de personnes. Dans l’usine au moins, tu pouvais résister. Seuls, c’est plus compliqué. 

Mais les anciens grévistes ont pour la plupart gardé un « état d’esprit ». Le noyau dur de quelques dizaines de personnes a fait toutes les autres luttes depuis : la Loi Travail, les Gilets Jaunes, la réforme des Retraites, la Palestine… on se recroise régulièrement dans les manifs ! Il y a aussi des engagements dans le quartier. Très peu abandonnent et ils continuent à faire chier les patrons et la chefferie. Actuellement, il y a une grève à l’usine de Poissy. On retrouve dedans des anciens de PSA-Aulnay, notamment ceux qui sont partis dans le syndicat Sud-Industrie. Enfin chaque année, il y a un barbecue qui rassemble les « anciens d’Aulnay », chacun se donne des nouvelles. La fête de Lutte Ouvrière – très impliquée dans la grève de 2013 – est aussi un lieu de rencontre et de transmission de cette colère ouvrière qui reste tenace et vivace. En novembre dernier, on a projeté le film devant les anciens grévistes, ça s’est très bien passé, c’était un bon moment d’échanges même sur les dissensions dans le mouvement, car il y en a eu et c’est important de ne pas les occulter même si dans la culture de lutte on essaie souvent de mettre ça sous le tapis. 

Tout ça donne envie de vous inviter pour projeter le film et discuter. Comment faire ?  

Nous sommes en train d’organiser une tournée. On doit tout faire nous-mêmes comme nous sommes en auto-production. On a très envie de partager le film, d’avoir des échanges via des discussions publiques et politiques, avec deux objectifs : ramener des ouvriers sur les écrans de cinéma et ramener le monde ouvrier au cinéma. On a aussi une démarche d’éducation et d’histoire populaire, le film c’est aussi une manière de se réapproprier notre passé et les luttes de nos aînés. Nous sommes actuellement à la recherche de lieux pour accueillir le film ! Des cinémas, des lieux alternatifs, des médiathèques, etc. Le film ne parle pas que de luttes sociales dans l’automobile, et peut s’adresser à un public large. Le travail à la chaîne et ses logiques, c’est partout dans le monde du travail, et beaucoup d’endroits en France peuvent se reconnaître dans l’histoire d’Aulnay-sous-Bois. N’hésitez pas à nous contacter, et parlez-en autour de vous ! 

Pour contacter l’association MBPS, par mail :
megabitparseconde chez gmail.com
sur instagram : @mbpsasso

 

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