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CA 352 été 2025

Sans-papiers, foyers, mineurs isolés :
les luttes de l’immigration en France

Introduction au dossier immigration

dimanche 6 juillet 2025, par Courant Alternatif


Un vent nauséabond souffle du côté du pouvoir. C’est la course à l’échalote à qui tapera le plus fort sur l’immigration. À l’heure où nous écrivons ces lignes, c’est Retailleau qui semble tenir la corde, avec ses rafles de grande ampleur (et de sinistre mémoire) dans les gares, ses soupçons de « frère musulman » sur ceux qui se sont assimilés, son amour des OQTF et de leur exécution, sa énième circulaire pour rendre la régularisation encore plus compliquée… Il est couvert par un premier ministre qui a repris à son compte l’expression d’extrême-droite de « submersion migratoire ». La « gauche », elle, reste relativement silencieuse sur le sujet. Mais nous ne pouvons pas oublier le rôle du PS dans les années 80 dans la désignation des immigré·es comme une charge et un corps étranger à la société. Le tout sur fond d’une soupe tout aussi nauséabonde servie par les grands medias.

Dans les périodes autoritaires, le racisme et la xénophobie ont toujours été privilégiés par le pouvoir pour détourner la colère et comme moyen de division. En France, ce racisme et cette xénophobie ont toujours eu des relents coloniaux : une partie non négligeable de l’immigration vient de nos ex-colonies dont l’État français n’a toujours pas digéré la perte. Cette politique anti-immigré·es n’a pas qu’une fonction idéologique de division et de bouc émissaire. Réprimer l’immigration, c’est mettre une partie d’entre nous en position d’être obligé·es d’accepter des conditions de salaire et de travail inacceptables (voir les témoignages de sans papiers dans ce dossier), et ainsi peser sur l’ensemble de nos acquis sociaux. Refuser le versement de leur pension aux retraité·es immigré·es (il faut maintenant résider plus de 6 mois par an en France pour toucher sa retraite), c’est attaquer un droit social à ses racines mêmes. La retraite est assise sur nos cotisations, c’est un droit acquis par nos luttes, la soumettre à une condition de nationalité et de résidence, c’est s’attaquer à l’essence même de notre protection sociale, c’est la promesse d’un démantèlement futur : si on la refuse à certain·es cotisant·es, pourquoi ne pas la refuser à d’autres ensuite ?

En fait, les immigré·es, la bourgeoisie (1), droite et extrême droite confondues, les préfère sans-papiers, à disposition pour être corvéables à merci. Retailleau sait bien qu’annoncer à l’avance de grandes rafles dans les gares n’est d’aucune efficacité en terme de chasse aux sans papiers. Pour faire du chiffre, mieux vaut les arrêter à la sortie des foyers ou dans les bus de banlieue au petit matin, quand ils et elles partent travailler… Par contre, ça permet de maintenir une ambiance de peur et de terreur, et le véritable but est médiatique. Présenter les immigré·es et leurs descendant·es comme un danger, c’est aussi faciliter la criminalisation de la solidarité.

Bien sûr, le dossier que vous allez lire ne fait pas le tour de la question. Il aurait fallu au minimum un numéro spécial. Il aurait fallu parler des CRA, ces prisons où on est enfermé sans jugement et sans contrôle judiciaire pour une durée de plus en plus longue, et d’où les associations sont de plus en plus exclues. Il aurait fallu parler des familles séparées par cette politique de déportation. Il aurait fallu parler du cimetière qu’est devenue la Méditerranée, que devient la Manche, de la traversée du désert… En 2024, au moins 8 938 personnes sont mortes sur les routes migratoires dans le monde, selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Donc en réalité bien plus, car toutes les morts ne sont pas recensées. Il aurait fallu parler de l’Europe qui externalise la surveillance des frontières en payant grassement les milices lybiennes, la Tunisie, le Maroc… Il aurait fallu parler du rôle meurtrier de Frontex, dont l’ex-directeur est un candidat du Rassemblement National. Nous nous sommes volontairement centré·es sur l’immigration et n’avons donc pas abordé le sujet de ses enfants, très souvent français·es mais toujours discriminé·es.

Le soutien aux luttes de l’immigration est un soutien à nous-mêmes. L’anti-racisme est souvent présenté comme une action humanitaire. Certes, l’humanité est une des choses qui nous sépare des politiques mortifères du capital. Mais même lorsqu’on a l’impression dérisoire de ne se battre que pour les papiers ou le logement d’un·e tel·le ou d’un·e tel·le, ceci relève un peu du même ordre que l’action syndicale, qui ne se résume pas aux grèves et aux journées d’action, mais passe aussi par la défense de situations individuelles. Ce n’est certes pas ce qui nous passionne le plus dans la résistance quotidienne au travail, mais c’est une nécessité pour l’action.

Nous n’avons rien à gagner à la concurrence entre exploité·es qu’attisent les partis et les medias de la bourgeoisie. Les attaques contre l’immigration, le racisme d’ampleur, non pas populaire mais d’abord institutionnel et médiatique, sont au centre des attaques contre nos acquis sociaux, contre notre classe. Les lois anti-immigration que la propagande raciste facilite précarisent une partie des exploité·es, les exclut de nos droits et de nos acquis sociaux. Ce faisant, ce sont nos droits et nos acquis qui sont fragilisés. C’est la notion même d’égalité qui recule. C’est pourquoi, en ces temps mauvais, l’immigration reste un sujet central.

CJ Ile de France

Note
(1) Enfin, sa fraction dominante. Un certain nombre de petits patrons en manque de main d’oeuvre qualifiée sont favorables à la régularisation.

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