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CA 352

Français Immigrès :
MÊMES PATRONS ! MÊMES COMBATS !

dossier immigration

mardi 15 juillet 2025, par Courant Alternatif


Les récentes luttes des travailleurs sans papiers de « Chronopost » avec une coopération entre les délégués des luttes , le CTSPV (Collectif des Travailleurs Sans Papiers de Vitry), SUD PTT 94 et SOLIDAIRES 94 méritent que l’on s’y attarde. En réalité depuis 2019, il y a eu 2 grèves « Chronopost » avec un piquet devant l’agence Chronopost d’Alfortville (94) [1]

Première grève en 2019

Le 11 juin 2019 au petit matin, les salariés sans-papiers grévistes de Chronopost, accompagnés de soutiens, envahissaient le parking de l’agence d’Alfortville. Pendant deux semaines, ces travailleurs sans-papiers ont occupé jour et nuit et sans le moindre abri ce parking, sous l’œil de la police, harcelés par les chefaillons, vigiles et maîtres-chiens aux ordres de La Poste. Dès le 11 juin l’occupation s’établissait aussi devant les portes de l’agence Chronopost d’Alfortville, à l’extérieur de celle-ci, sous des tentes, avec plus d’une centaine de travailleurs sans-papiers d’autres entreprises venus soutenir leurs camarades installés sur le parking. Après 15 jours d’occupation, Chronopost obtenait l’évacuation du parking par une ordonnance du TGI de Créteil, mais le juge déboutait les patrons de leur demande d’expulsion du camp établi devant le site de l’agence. En conséquence les travailleurs sans-papiers de Chronopost occupant le parking rejoignaient le piquet devant l’agence : celui-ci pouvait s’installer dans la durée avec le soutien du CTSPV, de SUD-PTT et de l’Union syndicale Solidaires (tant au niveau départemental que national). Le président PCF du Conseil départemental du Val de Marne, le député PS de la circonscription, le maire PS d’Alfortville ainsi que la députée FI et les sénatrices PCF et Générations, des partis (en plus des partis cités au travers de leurs élus ; PRCF, LO, NPA, UCL…) et des associations locales ont apporté leur soutien à une occupation qui allait durer plus de 7 mois.

Un sacré défi à relever que de faire vivre pendant 220 jours cette occupation : des tentes pour seuls abris, de jour comme de nuit, sans eau courante, dans la canicule en été puis, à mesure qu’approchait l’hiver, dans le froid, la pluie et la boue. C’est grâce au courage et à la force des camarades sans-papiers – affrontant le risque permanent d’expulsion du territoire, la haine et la morgue patronales, les conditions éprouvantes de l’occupation – qu’un grand mouvement de solidarité, organisé par SUD-PTT, Solidaires et le CTSPV s’est déclaré, secondé par des habitants et associations du quartier et des environs. Il a été ainsi possible d’approvisionner quotidiennement le camp en eau, nourriture, produits d’hygiène, tentes, bâches et charbon contre le froid. Cet effort logistique, cette organisation matérielle de la lutte et cette présence tous les jours sur le piquet d’Alfortville de soutiens ont mobilisé au premier chef les syndicalistes de Solidaires 94.Ce soutien militant très exigeant, au vu des forces de Solidaires dans le Val-de-Marne, a accompagné l’auto-organisation permanente de leur lutte par les sans-papiers qui géraient la vie quotidienne d’un camp regroupant souvent 150 à 200 personnes, organisant – dans le cadre du CTSPV – les autres travailleurs sans-papiers venus les rejoindre et déposant leurs dossiers, prenaient en AG les décisions sur la conduite de leur lutte, désignaient leurs porte-paroles, organisaient le service d’ordre et l’animation des manifestations etc.

L’occupation du site, regroupant en permanence ces travailleurs dans un cadre collectif, bien que menée dans des conditions physiques difficiles pour ces camarades, a joué un rôle déterminant pour la cohésion du groupe et l’organisation de nombreuses actions tout au long de ces 31 semaines :

  • manifs devant la direction de La Poste à Créteil, aux sièges nationaux respectifs de Chronopost, de la Banque Postale et du Groupe La Poste à Paris ;
  • envahissement de Mission Intérim à Corbeil-Essonnes, manifs au siège national de Derichebourg à Paris ainsi que sur des entreprises (hors Chronopost - Derichebourg - Mission Intérim) employant des travailleurs sans-papiers venus soutenir leurs camarades de Chronopost sur le piquet d’Alfortville ;
  • – manifestations à Alfortville et Créteil, rassemblements devant l’inspection du travail à Créteil, le Ministère du travail à Paris, la préfecture à Créteil ;
  • Co-organisation d’un meeting à la Bourse du travail à Paris, dans le cadre de la Marche des Solidarités, regroupant plusieurs centaines de travailleurs sans-papiers d’Île-de-France ; soutien régulier aux femmes de ménage en lutte à l’Hôtel Ibis Batignolles ; présence à la Fête de l’Huma, à la marche « Justice pour Adama » à Beaumont sur Oise et aux manifs/AG contre la casse des retraites (les travailleurs sans-papiers sont d’abord des travailleurs) à Créteil, Ivry-sur-Seine, Paris…

La régularisation comme étape de la lutte

7 mois de mobilisation ont permis d’imposer à la préfecture la régularisation des 27 « Chronopost » et le dépôt collectif pour examen de 129 dossiers de travailleurs « hors Chronopost ». Les discussions avec la Préfecture ont été interrompues par le confinement. Elles ont repris en mai, mais sur des bases moins favorables que celles des engagements pris en janvier. 46 (sur 129) régularisations « hors Chronopost » ont été obtenues. C’est un autre acquis historique de cette lutte : que des travailleurs hors de l’entreprise ciblée soient aussi régularisés. C’est la conception solidaire de la lutte qui a permis ces régularisations.

Seconde grève de pratiquement 3 ans

Le 31 octobre 2024 , le piquet de grève installé devant l’agence Chronopost d’Alfortville a été évacué sans publication préalable.
« Ce jour 31 octobre 2024, 10h00, le piquet Chronopost d’Alfortville est en voie d’évacuation par les forces de police, sur commandement de la préfète intérimaire du Val-de-Marne. Le piquet de grève avait été initié le 7 décembre 2021. Aujourd’hui, nous terminions la troisième année et le 35e mois d’occupation. 1059 jours de lutte de travailleurs sans-papiers dans le froid, la pluie, la canicule parfois, pour réclamer un titre de séjour. Seuls 32 dossiers ont pu être déposés en juillet 2023. 15 cartes obtenues et 17 demandes renvoyées au droit commun, c’est-à-dire à la maltraitance ordinaire. La préfecture a toujours refusé de prendre d’autres dossiers, même ceux qui rentraient à l’évidence dans les critères [2], renvoyant là aussi au droit commun : délai incommensurable pour avoir un rendez-vous, la plupart du temps demandes échouées et instruction interminable. Ce jour, à 8h00 du matin, sans aucun délai de prévenance, la police a bouclé le quartier. A l’heure où nous écrivons ce communiqué, elle procède à l’enlèvement abri par abri à l’aide de pinces qui saisissent l’ensemble des constructions, y compris avec les affaires à l’intérieur, et les met en benne. » Communiqué CTSPV -SOLIDAIRES – SUD PTT
Rappelons aux esprits chagrin que le « piquet » est, à ce jour, toujours actif. Une manifestation a lieu une fois par semaine soit devant la préfecture de Créteil (94) , soit ailleurs en Ile de France (Paris, 93, 92).

Quelques précisions et clarifications.

Il y a bien eu grève des salariés intérimaires de Chronopost dans les 2 cas. En aussi la participation active d’autres travailleurs sans papiers (dit « hors Chrono ») , surtout pendant les manifs dans la journée et sur le piquet le soir. Piquet qui pouvait compter sur 200 personnes dormant sur place. Evidement ces soutiens n’étaient pas en grève, mais pouvaient soutenir la lutte. Dans les deux combats il y a eu un dépôt collectif des dossiers de demandes de régularisation des « Chronopost » et des « hors Chronopost ». La seconde grève s’inscrivait dans les mêmes mouvements dans le 92 (RSI à Nanterre), et DPD dans l’Essonne). Si dans l’Essonne, il y a bien eu soutien syndical de SUD PTT 91, dans les Hauts de Seine, les soutiens des structures syndicales (Solidaires, Sud Ptt) étaient extérieurs au département. A l’origine un quatrième piquet était prévu dans le 93. Faute de réponse syndicale aux demandes du CTSPV, il n’a pas eu lieu.

Au-delà des résultats concrets non négligeables, il y a plusieurs éléments d’analyses à retenir. Les plus précaires ont réussi à s’autoorganiser , à conserver la direction de la lutte au travers d’un collectif (CTSPV) et avec le soutien sans faille de syndicalistes de Solidaires et Sud Ptt. Les journalistes étant toujours surpris quand ils passaient sur le site du piquet, d’être immédiatement dirigés par les syndicalistes vers les délégués du piquet. Les piquets de grève ont aussi permis de faire la tournée de certains patrons pour obtenir des papiers nécessaires à la régularisation ou de récupérer des salaires en retard. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est aussi comme cela que ce construit pied à pied des liens de confiance et de solidarité.

Nous faisons partie de la classe ouvrière française

 [3]

Ces membres de la classe ouvrière ont été présents dans toutes les manifestations contre la contre-réforme des retraites. Dans l’esprit des délégués de la lutte et des syndicalistes qui soutiennent activement, cette lutte est d’abord une lutte de notre classe sociale contre la bourgeoise qui nous opprime.

Cette auto-organisation de précaires parmi les précaires, salariat éclaté confronté à une multitude de patrons, à la sous-traitance en cascade , donne des indications aux syndicalistes, bien plus pertinentes qu’une hypothétique recomposition syndicale ou/et d’incessantes batailles d’appareils « hors sol ».
Bien entendu aujourd’hui, comme toujours, la question reste de comment reconstruire un rapport de force plus favorable pour faire aboutir d’autres conquêtes ouvrières.

IS

Notes

[1Sur le site de l’OCL, https://oclibertaire.lautre.net/spi... vous trouvez beaucoup d’éléments. Y compris concernant les luttes DPD et RSI.

[2Critères relevant à ce moment-là de la défunte Circulaire Valls…

[3Déclaration d’un délégué lors d’une émission radio

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