samedi 13 septembre 2025, par
Voir en ligne : La Mouette enragée
Annoncée de longue date, la journée du 10 septembre laissait entrevoir, une fois n’est pas coutume, une rentrée sociale à la hauteur de l’annonce. Débattue et préparée en maints endroits, l’initiative laissait néanmoins planer quelques doutes sur l’orientation à donner au slogan : « Bloquer tout ! » Le jour venu, le geste s’est joint à la parole avec plus ou moins de succès et d’hésitation, aux côtés d’autres formes plus classiques d’interventions comme la traditionnelle manifestation. A cette heure, il est encore tôt pour en déduire les suites…
Nul n’ignorait qu’il serait difficile de se relever de la défaite endurée en 2023. La responsabilité en revient, pour une part, à la stratégie déroulée par une bureaucratie « intersyndicale » en rangs serrés derrière la CFDT. Échec cuisant, s’il en est, survenu dans le prolongement de la répression du mouvement des Gilets Jaunes et qui a laissé les mains libres à la bourgeoisie pour intensifier sa politique. Depuis lors, le climat ambiant concourt, certes, à la résignation, mais nourrit en retour une colère et un ressentiment grandissants auxquels il devient pressant de trouver une expression libératrice. A défaut de quoi, ce sont les démagogues et politiciens de tous poils qui exploitent à l’envi le marasme actuel qui tireront les marrons du feu. A sa manière, l’appel « Bloquons tout ! » entérine ce constat et tente d’y répondre en proposant une perspective émancipatrice.
De ce que nous en voyons, la mobilisation ne déborde pas, ou alors timidement encore, les cercles militants. La revendication à « Bloquer tout ! », indique empiriquement la voie à suivre [1], mais laisse sur le côté celles et ceux qui pressentent à raison qu’il faudra un peu plus que le volontarisme et le savoir faire de quelques-uns pour y parvenir… Voilà sans doute la raison pour laquelle de nombreux travailleurs attendent la date du 18 septembre pour se mobiliser. Même perdante, la stratégie de « l’intersyndicale » demeure pour beaucoup un cadre rassurant. Les appareils ne s’y trompent pas et les petites manœuvres ont d’ores et déjà commencé [2]…
Il n’y a pourtant aucune fatalité à ce que les bureaucraties adoubées par l’État reprennent une fois encore la main sur la mobilisation. Pour éviter cela, il y a des contacts à établir et des débats de fond à nourrir collectivement bien au-delà des catalogues d’actions établis dans des AG souvent plus formelles qu’autre chose…
Il n’y eut aucune surprise d’aucune sorte, ni bonne, ni mauvaise. Aucun blocage digne de ce nom n’a été mis en œuvre, pour la simple raison qu’un blocage s’organise, exige de la logistique et un certain nombre d’acteurs. Au petit matin à Capécure, quelques grévistes de la Stef (logistique) étaient sortis de la boîte, mais comme ils l’ont déploré eux-mêmes, ils n’étaient : « pas assez nombreux pour faire quelque chose »… Ce sont donc quelque 150 personnes, essentiellement des militants de la gauche et quelques lycéens qui se sont réunis devant la sous-préfecture à partir de 9h30. Une bonne partie d’entre-eux ont ensuite rejoint l’hôpital en déambulant librement dans les rues de la ville. Là-bas, la CGT organisait un piquet à l’accueil et une AG s’est tenue en fin de matinée pour décider des actions à venir…
Cette journée du 10 septembre a posé un jalon, il reste à en mesurer l’écho auprès des exploités qui n’étaient pas mobilisés à ce jour. D’eux, dépend exclusivement la tournure que prendra la lutte dans les semaines à venir, si lutte il y a …
Boulogne-sur-mer, le 10/09/2025.
[1] Il faut questionner sur le fond cette notion de « blocage », qu’on a pris l’habitude dans certains milieux de brandir tel un fétiche. La grève, elle aussi, et ses modalités sont à ré-interroger plus qu’à mettre au rancard, comme certains idéologues du blocage l’affirment un peu rapidement…
[2] A Calais, la CGT appelait à un rassemblement à 10 heures devant la mairie alors que depuis plusieurs semaines déjà, le média alternatif « Calais La Sociale » annonçait la tenue d’une assemblée populaire au même moment au Parc St Pierre (plus de détails sur le site de la mouette.