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EDITO CA 356

Mort aux vaches et au champ d’honneur !

dimanche 4 janvier 2026, par Courant Alternatif


En attendant sa sortie de l’imprimerie vous trouverez ci-dessous l’éditorial qui introduit Courant Alternatif de janvier, accompagné de la Une et du sommaire

Mort aux vaches

et au champ d'honneur !

Pour ce mois de janvier 2026 Courant Alternatif aborde bon nombre des aberrations de ce monde capitaliste dont nous souhaitons tant précipiter la fin.

La course à la guerre marque la période actuelle, ainsi que l’illustre l’article sur la réorientation de la production guerrière chez Renault (p. 27). On veut nous préparer à mourir au champ d’honneur et l’idéologie ambiante, associée à des formes politiques de plus en plus réactionnaires, le favorise.

Cette idéologie s’appuie entre autres sur le nationalisme et le racisme pour diviser le prolétariat, ainsi que nous le rappelle le texte Capitalisme, immigration et xénophobie (p. 33). Cette idéologie dominante génère aussi un individualisme et surtout la brutalisation des rapports sociaux pour contribuer à un fascisme d’ambiance analysés dans ce numéro (p. 30).

Outre les aspects idéologiques, la forme étatique connaît des modifications qu’analyse le livre de Qinn Slobodian, Le capitalisme de l’apocalypse (p. 31). Surtout, le monde actuel et les violences guerrières sont le fait des enjeux impérialistes, comme pour le Sahara Occidental où la France vient de capituler une nouvelle fois devant les États-Unis d’Amériques. (p. 34)

Cette violence politique se vit dans nos chairs comme l’illustrent à la fois le procès de l’Affaire du 15 Juin à Limoges (p. 21) et la connivence de l’appareil judiciaire avec les forces de répression pour les violences commises à Sainte-Soline, pour lesquelles nous proposons une contre-enquête fondée sur le dossier classé sans suite par le Parquet (p. 18). Au sujet de la répression étatique, la rubrique Big Brother continue de nous en montrer tout l’étendue.

La violence de la bourgeoisie et sa domination sur nos vies se révèlent par ailleurs dans la pollution généralisée que nous subissons, et qui se caractérise aussi par une fonction politique trop souvent occultée (p. 23).

Bien sur, les opprimé·es se dotent d’outils organisationnels pour résister, et nous rapportons le débat de la Commission Journal de Brest sur Syndicat et syndicalisme (p. 8) pour en discuter toutes les limites et pièges. Bref, 2026 émerge dans un cadre social et politique peu réjouissant.

Pourtant la lutte de classe se révèle par des affrontements, certains médiatisés comme la lutte du monde paysan contre l’abattage des vaches. Occasion de faire un dossier sur ce sujet (p. 10) avec les points de vue d’un paysan et d’un vétérinaire anarchistes. Occasion aussi de dénoncer les fermes usines et parler des luttes associées (p.15). Car la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) renvoie à différentes dimensions du capitalisme : l’émergence de nouveaux virus est conséquente des modifications climatiques, de la pression sur l’environnement et de la forme industrielle de l’élevage. Les décisions d’abattage de troupeaux entiers, sous le prétexte de la raison scientifique, répond à des impératifs de rentabilité pour l’agro-industrie. Nous sommes donc complètement solidaire du monde paysan en lutte pour une autre forme de production agricole.

Des luttes existent aussi dans le monde salarial, peu médiatisées elles. Nous commençons donc ce numéro par la Grève sauvage à Acelor Dunkerque (p. 4) qui montre que le prolétariat en France résiste, même si l’ampleur des grèves n’équivaut pas à celles que connaissent l’Italie ou la Belgique (voir Insubordination salariale p. 6), grèves ici encore très peu médiatisées.

Cependant, s’il y a des luttes que nous rapportons, ce numéro de Courant Alternatif ressemble à bien des numéros récents : dénonciation de l’aberration du système social actuel mais peu de luttes concrètes auxquelles nous participons. Pire, la montée à la guerre, le nationalisme ambiant, la répression de toute contestation radicale du capitalisme, semblent nous réduire à des spectateurs/spectatrices d’un monde qui s’enfonce dans la barbarie.

Abordons donc 2026 avec un peu de recul. Bien des générations de militant·es ont traversé des périodes où l’idéal révolutionnaire apparaissait absolument impossible et déconnecté du réel.

Pierre Kropotkine écrivait : « On dit souvent que les anarchistes vivent dans un monde de rêves à venir, et ne voient pas les choses qui se passent aujourd’hui. Nous ne les voyons que trop bien, et sous leurs vraies couleurs, et c’est ce qui nous fait porter la hache de guerre dans la forêt des préjugés qui nous assaillent. » . Rosa Luxembourg affirmait pour sa part « Avant qu’une révolution arrive, elle est perçue comme impossible ; après cela, elle est considérée comme inévitable » . Faire référence à des militant·es d’il y a plus d’un siècle ne permet pas d’affirmer que nous gagnerons à court ou moyen terme, mais comme ces dernièr·es, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à tenter de comprendre et à nous battre sans relâche… et on verra bien la suite.

Surtout, comme le disait toujours Rosa Luxembourg, « Il faut travailler et faire ce que l’on peut, et pour le reste, tout prendre avec légèreté et bonne humeur. On ne se rend pas la vie meilleure en étant amer ». Nous n’avons pas décidé du monde dans lequel nous vivons, par contre nous avons décidé de le combattre. Nous continuerons donc en 2026 à affirmer notre idéal communiste libertaire sur des bases matérialistes (voir « Qui sommes nous » p. 20). Nous continuerons à le faire sans amertume : restons léger et de bonne humeur, laissons le pessimisme pour des jours meilleurs.

Et à défaut de pouvoir mettre à mort concrètement l’infamie capitaliste et ses valets, commençons par le plaisir de reprendre le vieux slogan du mouvement ouvrier contre les forces de répression : ce « Mort aux vaches » que le poète surréaliste et révolutionnaire internationaliste Benjamin Péret avait complété d’un « et au champ d’honneur » pour dénoncer dans le même temps l’esprit guerrier et patriotard.

OCL Finistère
26/12/2025

SOMMAIRE Courant Alternatif n° 356 janvier 2026

3 ✔ Edito : « Mort aux vaches et au champ d’honneur »

Luttes des classes
4 ✔ Grèves spontanées à Arcelor Dunkerque sur fond d’une restructuration sans fin
8 ✔ Syndicat et syndicalisme

Dossier : Luttes conte l’agro-industrie
10 ✔ FNSEA – ETAT FRANCAIS : La co-gestion, c’est l’abattage !
13 ✔ Ce n’est pas les vaches qu’il faut abattre mais le virus Capitaliste et son vecteur, l’Etat !
14 ✔ Fermes-Usines : la résistible ascension de l’agro-alimentaire ?

Répression
18 ✔ Sainte-Soline : « Le procureur clôt l’enquête ? On la rouvre ! »
21 ✔ Limoges : Procès de l’Affaire du 15-Juin

Environnement
23 ✔ Pourquoi la pollution est d’abord un gros problème d’égalité (et non un petit souci d’écolo saoulant) ?

Militarisation générale
27 ✔ Course aux armements : Que vient faire Renault dans cette galère ?

L’air du temps
30 ✔ La brutalisation inhérente aux rapports sociaux capitalistes, vivier du fascisme
31 ✔ La démocratie c’est la peste, vive la zone. Sur le livre de Qinn Slobodian, Le capitalisme de l’apocalypse

Immigration
33 ✔ Capitalisme, immigration et xénophobie

Rubriques :
6 ✔ Insubordination salariale
16 ✔ Big Brother
20 ✔ Qui sommes nous ?
22 ✔ Brève de l’éco : Sécu, Internet, contre-budget du R.N.
36 ✔ Poésie : Benjamin Péret, Épitaphe pour un monument aux morts de la guerre

International
35 ✔ Sahara Occidental, un conflit oublié

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