CA 357 février 2026
lundi 9 février 2026, par
Les 19 et 20 mars 2026 à Limoges, deux personnes sont convoquées devant la justice, à la suite d’une enquête menée avec les moyens de l’ « antiterrorisme », pour répondre des accusations d’« association de malfaiteurs » et « dégradations de biens par moyens dangereux pour les personnes ». Les faits incriminés sont des sabotages par incendie (véhicules Enedis et antennes-relais), réalisés en opposition au déploiement du compteur Linky et de la 5G, en février 2020 et janvier 2021.
Je dis que c’est vous juges, vous gouvernement, qui vous rendez coupables d’un usage abusif et illicite des mots trahison et insoumission, lorsque vous les appliquez dans la situation actuelle.
Maurice Blanchot, Interrogatoire avec le juge (1960).
En vérité, s’il en est une, le sujet pour ainsi dire objectif à l’origine de tels faits, c’est bien ce monde lui-même.
C’est la destruction du vivant par un mode de production industriel dont les multinationales boursouflées de bénéfices ne sont que les incarnations les plus spectaculaires, et les plus avancées… vers l’abîme ;
c’est un modèle consumériste toujours plus prompte à dévorer une quantité inimaginable d’énergie, une prédation et un pillage que les écosystèmes ne sont déjà plus en capacité de supporter ;
c’est une débauche d’infrastructures technologiques (et nucléaires) qui enferment l’espace et l’existence dans une immense cage d’acier surchauffée d’ondes : du déploiement invasif de la 5G au très intrusif compteur Linky en passant par la prolifération d’antennes-relais, de lignes à très haute tension (THT), de data centers, de satellites… ;
c’est le silence mafieux dont les États recouvrent les désordres écologiques et désastres sanitaires qu’un tel amas d’ordure et de ferraille n’en finit plus d’infliger aux paysages démantelés que nous habitons, aux populations animales en voie d’extinction que nous côtoyons, aux communautés humaines que nous nous efforçons encore et toujours d’incarner ;
c’est un pouvoir bien moins enclin à sauver des vies dès lors qu’il s’agit de condamner à l’étouffement la moindre flammèche de révolte un tant soit peu susceptible d’enrayer les champs électro-magnétiques du contrôle qu’il exerce – et des capitaux en circulation qu’il protège. Quelle perspective peu enviable en effet que le puçage du citoyen-consommateur, traçable et corvéable à merci !
À cet égard, est-il vraiment besoin de préciser qu’agir envers et contre ce monde par des pratiques autoritaires et coercitives, de surcroît sans prendre soin des personnes qui le subissent à des degrés divers, fait partie du problème, pas de la solution ; car c’est précisément par le ravage et la domination que se maintient l’emprise technologique d’un ordre qui fait mourir là où il prétend faire vivre.
Le sujet objectif à l’origine de ces faits, c’est la démence algorithmique d’un environnement hyperconnecté (voitures, smartphones, cafetières…) ; c’est une dépendance massive à de nouveaux fétiches toujours plus lucratifs (pour les entreprises et les actionnaires, pas pour la main d’œuvre exploitée, souvent juvénile, qui participe au processus international de leur fabrication) ; c’est l’extrême vulnérabilité d’une forme de vie constamment soumise à la phobie pathologique de la panne – sans parler de la démagogie sinueuse qui entoure l’injustice supposée des « zones blanches », alors qu’il s’agit là du dernier refuge encore vivable pour celles et ceux qui développent une (saine) intolérance aux rayonnements.
L’auteur.e de ces faits, c’est celui ou celle dont le cynisme argue de la nécessité vitale pour les plus fragiles d’avoir du réseau, alors que c’est en raison même de la dématérialisation généralisée de l’existence qu’ils sont malades d’ennui, d’isolement, d’oubli ; alors que c’est justement de la décomposition programmée de toutes les formes sensibles de sociabilité dont ils meurent ;
c’est celui ou celle dont le chantage à la fibre, au flux et au débit, prend pour otage le « bien-être » de ses semblables, alors que la solitude à laquelle l’abandon et la relégation condamnent – entre autres – les plus âgé.es d’entre nous, n’est que la marque infâme d’une civilisation passablement désincarnée. Quant aux enfants, n’est-ce pas porter atteinte à leur intégrité que de les asservir depuis l’École aux engrenages numériques de la domestication, en attendant Parcoursup et France Travail ?
Répétons-le, il n’est pas d’incendies d’antennes, pas de véhicules carbonisés, pas de faits qui ne soient indépendants de ce monde, sis aux casernes, aux ministères, aux sièges sociaux du capital.
S’il est un fait à nier, c’est donc bien celui de toute appartenance à cette bande organisée de fossoyeurs, association de malfaiteurs toujours en vue de la préparation d’un crime industriel, technologique et nucléaire, portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la vie sur Terre.
Toutes et tous au procès de Limoges, les 19 et 20 mars 2026.
Gamal Oya
Note
(1) Pour contacter le comité de soutien, constitué dans la foulée des arrestations du 15 juin 2021 : comite15juin@riseup.net.