CA 357 février 2026
vendredi 13 février 2026, par
Nous suivons régulièrement dans ce journal les actions de ce collectif qui s’est créé en 2023, en réponse et en solidarité avec l’appel lancé par des syndicats palestiniens pour bloquer la machine de guerre israélienne qui s’est mise en branle après les massacres du 7 octobre. Les militant-es s’inscrivent dans une campagne internationaliste en lien avec les travailleurs ou les transporteurs d’armes ou de matériel pouvant servir à faire des armes. C’est cette dernière catégorie qui concerne la France car officiellement le pays ne vend pas d’armes toute faites à l’état hébreu. Mais le 2eme vendeur d’armes au monde derrière les États-Unis sait mettre son savoir-faire au service du complexe militaro-industriel israélien.
Depuis le 9 novembre dernier, Stop Arming Israel met à disposition sur son site (1) une liste mise à jour des entreprises qui ont des liens avec la guerre à Gaza et en Cisjordanie. 44 entreprises ont ainsi été répertoriées comme participantes indirectes au génocide qui se passe là bas. En plus de ce guide des entreprises françaises d’armement complices d’Israël, le collectif a créé une cartographie où on retrouve l’emplacement précis de 277 lieux où la production de ces engins se fait. Il y en a sur tout le territoire donc forcément pas très loin de chez vous. A partir de cette recension, vous retrouverez sur leur site tout un kit militant pour organiser des tractages et des rassemblements devant les entreprises. Voilà une bonne manière d’être au plus près de la réalité matérielle de ce commerce de mort. Parmi les entreprises récemment visées, on peut citer une usine Caterpillar près de Grenoble qui construit des pièces pour les bulldozers D9, pièce maîtresse dans l’effacement méthodique du territoire des palestiniens (2). Toujours à Grenoble, des employés de la société STMicro - qui fabrique des puces microprocesseurs qu’on retrouve partout dans les armes « chirurgicales » - se sont mis en grève.
Dans l’idéal, Stop Arming Israel souhaite instiller des grèves, des blocages et des refus de production dans les entreprises concernées. Les militant-es s’inscrivent du côté des travailleurs contre leurs patrons. Ils échangent avec des individus mais aussi des syndicats surtout au niveau local et des collectifs comme AFPS, BDS. En décembre dernier, il y a eu la mobilisation victorieuse autour de l’entreprise Sermat, une PME d’une quarantaine de salariés à Nanterre (92). Après un travail d’enquête des militant-es, ils ont découvert que l’entreprise fournissait des pièces utiles pour la fabrication des drones Hermès 900 qui bombardent les palestiniens. Une campagne de tractage est organisée à l’embauche à 6h30. Les ouvriers sont réceptifs, discutent. Le collectif décide d’envoyer une lettre aux patrons et une mobilisation interorga se construit avec l’AFPS mais aussi des syndicats (CGT, Sud, FO). Une réunion publique est organisée et face à la pression d’une manifestation, le PDG sort du bois et annonce par un communiqué très officiel que Sermat met fin à sa collaboration avec la société israélienne Elbit System. Une bataille de gagnée mais il reste encore du boulot. N’hésitez pas à rejoindre ou créer des collectifs locaux autour de cette initiative. Les retours de terrain sont très positifs sur l’accueil des travailleurs, beaucoup ne sont pas au courant des détails de ce qu’ils produisent. Après, des contradictions existent et sont inhérentes à toute lutte. Ainsi, un travail de discussion est à faire avec les syndicats de l’armement qui avaient une tradition « pacifiste » qu’ils perdent de plus en plus et qui aussi continuent d’appeler au maintien de la production. Face à l’impuissance qui peut nous prendre face au génocide, Stop Arming Israel propose une prise directe au réel (3).
La 10 décembre dernier, un blocage a eu lieu devant l’entreprise Aubert & Duval à Firminy près de Saint-Etienne. 18 tonnes de tubes de canon pour obusiers 155 mm devaient être acheminés vers le port du Havre pour être livrés au vendeur d’armes israélien Elbit Systems. Le blocage organisé par BDS a tenu jusque 13h et les dockers du port du Havre ont pris le relais en avertissant leur direction qu’ils refusaient de prendre en charge la cargaison. Bientôt, du 2 au 8 février 2026, Stop Arming Israel France appelle à une semaine nationale d’action contre le commerce d’armement avec Israël, en solidarité avec le peuple palestinien et avec les militant-es par delà les frontières qui subissent la répression pour avoir dénoncé ce commerce de mort.
Margat, janvier 2026