vendredi 6 mars 2026, par
Nous avons reçu de nos camarades de l’Union communiste libertaire un appel à la création d’un « front antifasciste large et unitaire ». Nous le publions, accompagné de notre réponse qui explique pourquoi nous ne serons pas signataires de cette initiative.
Dans la soirée du jeudi 12 février à Lyon, Quentin Deranque, militant fasciste, a été hospitalisé dans un état grave avant de décéder deux jours plus tard. L’extrême droite a immédiatement lancé une campagne de communication pour imposer sa version des faits, bien que de nombreuses zones d’ombre restent à éclaircir quant au déroulé des évènements. Nous, organisations politiques de gauche, tenons à réintégrer cette mort dans son contexte lyonnais et national.
À Lyon, l’extrême droite a perpétré plus d’une centaine d’agressions depuis 2010. Sont visé⋅es les personnes racisées, LGBTI, les syndicalistes, ou quiconque arbore des symboles de gauche. Les menaces et attaques prolifèrent aussi bien contre les militant⋅es que contre les locaux ou les événements publics. Dans leur salle de combat « La Traboule », les fascistes s’entraînent à se battre, à tuer et à mourir pour leur cause. Tout militantisme syndical, associatif ou politique de gauche expose désormais à un danger physique.
En France, les statistiques le montrent sans aucune nuance : c’est l’extrême droite qui commet plus de 90 % des meurtres politiques. Elle a déjà tué 59 personnes depuis 1986. Noyés de la Deule, Brahim Bouraam, Clément Méric, Federico Aramburù, Mahamadou Cissé, Djamel Bendjaballah, Rochdi Lakhsassi, militant⋅es kurdes de la rue d’Enghien, Hichem Miraoui, Ismaël Aali le 6 janvier dernier... La liste est trop longue, et les minutes de silence trop rares pour les victimes du racisme et de l’extrême droite.
Dans ce contexte, les associations, syndicats, partis politiques, habitant⋅es et commerçant⋅es de Lyon et d’ailleurs se mobilisent depuis des années pour alerter sur l’augmentation de ces violences. Dans ce contexte, des militant⋅es de tous horizons ont construit des structures d’autodéfense populaire et de masse face au nazisme, au fascisme, au nationalisme, au suprémacisme blanc, au royalisme, à l’antisémitisme, et à toute la nébuleuse des idéologies les plus réactionnaires.
Nous assumons la nécessité de cette autodéfense.Nous appelons à la constitution d’un front antifasciste large et unitaire, présent dans la rue pour défendre nos revendications féministes le 8 mars et nos revendications antiracistes les 14 et 21 mars.
Face aux fascistes : front unitaire ! Pas un pas en arrière !Signatures :
- Union communiste libertaire
Chers camarades,
Nous avons bien reçu la proposition de signer votre « bref communiqué unitaire ».
Or comme nous le disions dans notre communiqué du 23 février, « C’est dans le cadre des luttes sociales que pourra se généraliser la riposte non pas antifasciste, mais anticapitaliste contre la bourgeoisie, et que l’on pourra se débarrasser de la bête immonde, qui n’est qu’un des visages de la barbarie capitaliste. », il nous parait inutile et inefficace de faire un front avec des forces qui soutiennent le système capitaliste et qui, pour certaines utilisent l’antifascisme à des fins de règlements de compte politiciens.
Un front n’est pas une alliance conjoncturelle contre des commandos ni une simple solidarité contre la répression, ce serait actuellement une stratégie qui déboucherait inexorablement vers l’électoralisme. Il est impensable pour nous, pour vous non plus sans doute, d’appeler à barrer le fascisme par les urnes. Ce serait un front républicain et non un front de classe.
Par ailleurs résumer la situation actuelle sous le vocable « montée du fascisme » nous paraît un signe de notre incapacité à comprendre les nouvelles formes de domination mises en place et à les combattre efficacement, et qui sont sans doute aussi terribles que le fut le fascisme.
Des discussions et des recherches communes sur ces questions nous paraîtraient plus utiles que des « appels » qui résonnent un peu dans le vide. De plus, ne nous considérant pas comme une avant-garde nous sommes le plus souvent réticents à « appeler », mais c’est une autre question.
Nous sommes toujours disponibles pour discuter sereinement, y compris publiquement, de ces questions.
Nous ne signerons donc pas ce communiqué. Nous vous adressons par ailleurs celui que l’OCL a publié le 23 février dernier.
Organisation communiste Libertaire