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CA 358 mars 2026

Polémiques sur les émeutes en Nouvelle-Calédonie

samedi 14 mars 2026, par Courant Alternatif

Le 29 janvier, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH [1]) a dénoncé, dans son rapport sur l’explosion sociale qu’a connue l’archipel en mai 2024, « une répression violente, souvent disproportionnée, à l’encontre des Kanak », et elle a souligné de nombreux dysfonctionnements dans la gestion de cette « crise ». La LDH - Nouvelle-Calédonie a violemment contesté cette analyse, l’estimant « biaisée et partiale ». Après quoi, c’est la LDH-France qui s’est dissociée de la LDH-NC, à raison puisque le discours de celle-ci ne la distingue pas des anti-indépendantistes les plus virulents.


Dans la conclusion de son étude, la CNCDH a adressé à l’Etat une série de recommandations. Notamment de désengorger le Camp-Est, la prison surpeuplée de Nouméa. Mais il est peu probable qu’elle soit entendue : la ministre des Outre-Mer Moutchou a annoncé mi-novembre 2025 l’abandon, faute d’argent, d’un « doux rêve qui s’éloigne (sic !) » : la construction d’une nouvelle prison prévue par l’« accord de Bougival ».

Acte I : le rapport de la CNCDH

L’avis de la commission, rapporté par Pierre Tartakowsky (président d’honneur de la LDH-France), liste un certain nombre de points « problématiques » :
La répression policière et judiciaire des émeutes a été très forte – jusqu’à 6 000 policiers et gendarmes déployés sur un territoire de 264 000 habitants ; 2 528 personnes placées en garde à vue et plus de 500 déférées. De plus, « ces mesures ont concerné quasi exclusivement la population kanak [alors] que, parallèlement, les milices armées loyalistes, largement médiatisées et impliquées dans des actes de violence, n’ont, à ce jour, fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire connue ».
L’arrivée massive de nouveaux détenus au Camp-Est y a provoqué « des mouvements de protestation, voire des mutineries » (2). « Un prisonnier a trouvé la mort lors de ces événements ; d’après 13 codétenus, il aurait succombé aux coups des forces de sécurité. »
Les détenus qui ont été transférés dans l’Hexagone pour faire de la place au Camp-Est (3) sont aujourd’hui parfois dans des situations difficiles puisque certains sont libérés là, « à 17 000 kilomètres de leur domicile, sans vêtements d’hiver et sans billet de retour ».
Après les émeutes, la province Sud a supprimé certaines aides sociales « plus particulièrement [pour] les populations kanak, et au vu de certaines déclarations d’élus locaux (…) avec une volonté de sanctionner collectivement une partie de la population ».

Acte II : le communiqué de la LDH-NC

Le 3 février, la LDH-NC a incendié la CNCDH dans un communiqué très relayé par les anti-indépendantistes sur les réseaux sociaux et dans les médias. En se concentrant sur les violences imputées aux forces de l’ordre, la CNCDH passerait sous silence « l’insécurité, les barrages, les menaces et la paralysie économique auxquels ont été confrontés des milliers de Calédoniens au quotidien ». Elle aurait fait un réquisitoire politique à charge contre l’Etat ; ignoré dans son enquête une partie de la population directement touchée par les violences. Elle relativiserait une « stratégie de terreur » organisée par des groupes indépendantistes « radicalisés » et reposant sur « l’embrigadement de jeunes en errance, parfois fortement alcoolisés, et sur le rejet assumé du dialogue issu de l’accord de Nouméa ». Par leurs « exactions », les émeutiers auraient bafoué les droits fondamentaux de la population (tels la liberté de circuler ou l’accès aux soins) et « plongé de nombreuses familles dans une précarité durable avec des milliers d’emplois perdus ».
La LDH-NC a aussi jugé l’intervention des forces de l’ordre globalement « justifiée et proportionnée », face à l’« insurrection ». Elle a qualifié de « fantasmes » les récits évoquant des « milices armées » là où il n’y aurait eu que de pacifiques comités de vigilance citoyens. Elle a affirmé que les procédures judiciaires engagées avaient respecté la présomption d’innocence, et justifié la délocalisation de certaines affaires en métropole par l’état des infrastructures pénitentiaires locales et le risque sécuritaire.

Depuis le 20 juillet 2024, les gendarmes bloquaient Saint-Louis par des dispositifs fixes qui obligeaient ses habitant-e-s à circuler à pied. Ces dispositifs sont juste devenus mobiles le 6 janvier 2026.

Acte III : la mise au point de la LDH-France

Cette lecture des événements a fait réagir la LDH-France. Sa présidente, Nathalie Tehio, a précisé que si la LDH-NC avait été une de ses sections locales lorsque l’archipel relevait du droit commun, elle était indépendante depuis l’accord de Nouméa.
Des divergences entre les deux LDH étaient déjà apparues quand les forces de l’ordre avaient installé des « verrous » de part et d’autre de Saint-Louis, dans la banlieue de Nouméa ; puis quand l’Etat avait interdit tout rassemblement et suspendu TikTok. La LDH-France avait engagé des recours contre cette dernière mesure pour atteinte à la liberté d’expression et au droit à l’information ; la LDH-NC avait refusé de s’y associer, jugeant prioritaire le rétablissement de l’ordre public.
Pour Nathalie Tehio, il est « logique » que des gens aient participé à la protection de leurs quartiers étant donné les « défaillances de l’Etat », mais inadmissible que le procureur de la République n’ait pas ouvert une enquête alors que des vidéos montraient les « milices armées qui circulaient dans Nouméa à l’encontre des Kanak ». Elle considère que cet « ensemble de choses (…) ne se passerait pas si [l’archipel] n’était pas une colonie » : « les mécanismes de contrôle démocratique y sont plus fragiles qu’ailleurs ».
Créée en 1978, la LDH-NC a été au diapason de la LDH-France jusqu’aux « événements » des années 80, où elle s’est mise en sommeil pour se protéger des menaces qui la visaient. Mais depuis une dizaine d’années elle est minée par des crises internes, et son bureau a récemment décidé d’arrêter seul les prises de position publiques. Son communiqué du 3 février a suscité des départs et l’apparition d’un Collectif pour les droits humains de Kanaky - Nouvelle-Calédonie. Et ce CDH-KNC a « salué » le rapport de la CNCDH, le jugeant « lucide et documenté sur la gestion de la crise insurrectionnelle de 2024 et sur les atteintes graves aux droits fondamentaux qui en ont résulté ».

Vanina

Notes
1. Accréditée auprès des Nations unies, cette institution comprend des représentant-e-s d’associations et des personnalités qui n’ont rien de dangereux gauchistes.
2. La CNCDH attribue donc ces mutineries à l’aggravation des conditions de détention, et non à une solidarité des détenus envers les émeutiers.
3. L’un d’eux, Frédéric Grochain, est décédé le 6 février à la prison de Varennes-le-Grand – voir le communiqué de Solidarité Kanaky.

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