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Édito 362

mercredi 8 juillet 2026, par Courant Alternatif


La bourgeoisie n’a pas trente-six solutions pour tenter de perpétuer à l’infini un système dont elle est l’unique bénéficiaire et qui est basé sur l’exploitation du travail humain. En France et ailleurs, elle recourt principalement à deux recettes :

  • Pour ne pas laisser s’agrandir les failles que sont les « conquis » par le prolétariat, elle s’emploie à les refermer dès que l’occasion s’en présente. C’est le sens de toutes les déréglementations mises en œuvre ces dernières années à l’échelle internationale.
  • Pour reprendre l’offensive, elle mène une politique répressive de plus en plus active vis-à-vis de toutes les contestations – avec comme armes la police, l’institution judiciaire, l’armée, la censure… Dans la rue, dans l’entreprise, les chiens sont lâchés !

Mais cette politique répressive ne peut bien sûr fonctionner sans la propagande qui va avec : la bourgeoisie doit donc aussi imposer son discours idéologique. Or, moins est forte la résistance contre elle, plus sa tâche est aisée.
Ces dernières années, des retournements d’opinion assez frappants sur des sujets très divers l’ont montré. Deux exemples :

• Au cours de la décennie 1950, le choix du « tout-électrique » fait par les gouvernants avait rendu sacro-saint le chauffage électrique dans des logements de carton construits à la hâte. Quelques décennies plus tard, ce « tout-électrique » avait été largement critiqué au nom des nécessaires « économies d’énergie » ; et le nucléaire, très énergivore, était devenu moins populaire du fait de catastrophes successives.
Mais, récemment, le scepticisme que suscitaient l’électricité et le nucléaire s’est dissipé sous l’effet des mensongères campagnes étatiques ou partidaires vantant le nucléaire comme l’« énergie propre » par excellence, et l’électricité comme la solution miracle censée résoudre des questions prétendument nouvelles : un contexte guerrier et un réchauffement climatique savamment mis en scène par les nucléocrates.
Participent à cette entreprise de désinformation des écologistes qui visent avant tout à satisfaire leurs ambitions gouvernementales en dissociant l’écologie du combat contre un système pourtant grandement responsable de la situation géopolitique, économique, sociale… et climatique. Il est, certes, plus payant électoralement de réclamer des climatiseurs pour tous et toutes que de dénoncer l’exploitation de la grande majorité des hommes et des femmes par une minorité d’hommes et de femmes…
Mais ces mensongères campagnes étatiques ou partidaires portent leurs fruits : si l’achat d’une voiture électrique suscite encore bien des réticences du fait de son coût, le choix de l’électricité et du nucléaire n’est plus guère contesté ; et si les mesures gouvernementales prises pour généraliser la voiture électrique (en particulier l’obligation de remplacer des véhicules en état de marche) suscitent un certain mécontentement, celui-ci sert avant tout l’extrême droite.

• Les courants politiques qui brillaient depuis plus d’un siècle par leur antisémitisme se sont fait les plus farouches défenseurs d’Israël. En effet, pour eux, l’Etat sioniste a au moins l’avantage de « casser de l’Arabe » – pratique à laquelle eux-mêmes n’ont jamais dédaigné de se livrer.
De plus, tandis que s’opérait le spectaculaire changement d’attitude de ces antisémites à l’égard d’Israël, ce sont des personnes critiquant et luttant contre les politiques impérialistes et colonialistes menées par cet Etat et par d’autres qui ont été publiquement désignées comme antisémites, voire poursuivies devant les tribunaux.
Or, si la destruction systématique de Gaza et la famine organisée de sa population ont suscité une indignation dans le monde entier, il n’y a eu que dans quelques pays (comme le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie) des mobilisations à la mesure de cette indignation. De même, la solidarité envers les anti-impérialistes et anticolonialistes en butte à la répression et la dénonciation des manœuvres visant à dénaturer le combat contre le sionisme (en l’amalgamant à l’antisémitisme, pour le plus grand bonheur des vrais antisémites) sont restées très faibles.

L’arme constamment utilisée par les tenants du capitalisme contre les prolétaires est la peur.
Même si vous n’êtes pas du genre à avoir peur, en entendant seriner à longueur de journée, par tous les canaux de communication, que vous avez peur, vous pouvez finir par le croire. Peur des immigrés, des Noirs, des violeurs, des assassins, des pédophiles, etc. Vous n’êtes plus en sécurité, vous ressasse-t-on, mais ne vous inquiétez pas : l’Etat est là pour y remédier.
La gauche joue bien sûr à ce jeu du Big Brother qui peut rapporter des voix, mais une partie de l’extrême gauche également car elle y trouve une occasion de se constituer un petit matelas d’affidés.
Pour notre part, nous refusons ce jeu qui conduit à pleurnicher pour obtenir l’assistance des pouvoirs publics, et nous préférons lire dans la société autre chose que la sempiternelle passivité dont on nous rebat les oreilles.
On note ces dernières semaines en France une augmentation des grèves : à la SNCF, dans tous les secteurs hospitaliers, dans les transports urbains, dans la fonction publique, dans l’Education nationale… Mais aussi dans les secteurs de la nouvelle classe ouvrière : chez Decathlon, dans des labos d’analyse, dans le télétravail (comme le Bon Coin), dans le social et le médical, dans le culturel (comme les Machines de Nantes), dans les jeux vidéo Ubisoft, au musée du Louvre – et même dans le secteur bancaire (Crédit agricole).
Alors, laissons le pessimisme pour des jours meilleurs et essayons d’élargir les brèches dans l’ordre établi !

OCL Poitou

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