UN MANUEL BIENVENU POUR RESISTER A LA MILITARISATION
jeudi 27 août 2026, par
Pierre Douillard-Lefèvre, victime à 16 ans d’un tir de LBD lors d’une manifestation à Nantes en 2007, a voulu mener une enquête sur cette arme de guerre, nouvellement à l’époque aux mains des policiers. Puis, constatant que la frontière s’effaçait entre opération de police et opération de guerre, il a analysé de près comment l’armement et la guerre font jeu commun avec le développement du capitalisme et le renforcement de l’autoritarisme des Etats.
Maudite soit la guerre paraissait en septembre 2025, avec très peu d’écho médiatique à l’époque ; deux mois plus tard, le gouvernement mettait en ligne un « Guide de survie », prétendant « préparer » la population aux crises climatiques, sanitaires et aux menaces de guerre. Comme si ces « crises » et la guerre étaient des aléas, indépendants de la politique des dirigeants.
Face à la montée d’une offensive généralisée de la propagande militariste, Maudite soit la guerre se présente comme un manuel de résistance qui se veut le plus accessible possible. Son objectif est de donner des éléments propres à « réarmer » les résistances face aux propos et actions bellicistes.
Ce livre n’a pas pour ambition de réinventer un nouveau logiciel antimilitariste
L’auteur constate que les dynamiques collectives antimilitaristes se sont considérablement affaiblies depuis les années 90 : les manifestations contre la guerre en Irak, les actions contre le service obligatoire, la lutte contre le camp militaire du Larzac, la critique des vendeurs d’armes mobilisaient jadis des millions de personnes en France et dans le reste du monde. Aussi trouve-t-il urgent de participer à la reconstruction d’un antimilitarisme large et populaire.
Dans son livre, il s’appuie sur des données historiques tant l’antimilitarisme est riche de l’héritage des mouvements internationalistes socialistes, communistes et anarchistes. Il s’appuie aussi sur le présent, analysant ce qui contribue à la militarisation actuelle du pouvoir et de la société. Il contre les idées reçues en s’attaquant aux slogans utilisés par le pouvoir. Par exemple, cet appel de Macron, chef de guerre, au « réarmement de la France », alors qu’il n’y a jamais eu de désarmement, que la France, puissance nucléaire, est aussi le deuxième exportateur d’armes au monde, que le budget consacré aux dépenses militaires atteint des sommes vertigineuses…
Le manuel peut se lire dans le désordre, les chapitres sont courts et bien marqués. La lecture est facilitée par un sens des formules qui donnent une conclusion claire aux démonstrations.
« La France, fille aînée de l’armée » est imprégnée, au travers de l’histoire, d’un militarisme obsessionnel. « La guerre, processus de violence extrême de masse, disciplinée et institutionnalisée », est le fruit d’un pouvoir centralisé, d’un Etat.
« La guerre et le fascisme » vont de pair. Un réseau fasciste profite des conflits pour se structurer avec l’objectif affiché d’imposer des régimes autoritaires.
« La guerre, le travail et le capital » sont liés. Les guerres ont pour objectif l’accumulation insatiable de biens et de richesses. Destruction et reconstruction sont tout autant lucratifs.
« La guerre est écocidaire » : accaparant des terres, des ressources, détruisant des écosystèmes entiers.
Elle s’accompagne d’une « propagande massive » pour fabriquer du consentement au militarisme. Le formatage des jeunes se fait dès l’école, avec des « classes défense et sécurité globale » visant à « créer l’esprit de défense », et offrant le débouché d’un service militaire « volontaire ».
La guerre est source et utilisatrice de « nouvelles technologies », avec une surenchère d’innovations sans limites. « Un affontement entre Etats n’est rien d’autre que deux appareils industriels et technologiques jetés l’un contre l’autre, avec de la chair humaine au milieu. »
La guerre est un pilier du patriarcat. « Les femmes sont les premières victimes du militarisme et des guerres » (viols de masse systématiques) … mais elles sont aussi en première ligne des mobilisations contre les guerres et les armées.
L’auteur questionne : « A bas toutes les armées ? » dans un paragraphe intitulé « Haïr la guerre sans baisser les armes »… Il distingue antimilitarisme et pacifisme, « armée » et « peuple en armes », et marque la différence entre la guerre et l’autodéfense. La priorité, conclut-il, est de se battre aussi fortement et massivement que possible pour empêcher que la militarisation se répande et que la guerre n’advienne.
A la fin de l’ouvrage, des pistes de débats et d’actions sont présentées
L’auteur évoque des exemples de luttes puissantes et victorieuses dans plusieurs pays contre la guerre, dès la fin du XIXe siècle, et d’autres plus récentes. Puis il propose des pistes concrètes actuelles pour faire face à la vague kaki et pour créer ou renforcer des dynamiques antimilitaristes : dénoncer, comme avec le collectif Stop Arming Israel, les firmes d’armement et leurs sous-traitants, nombreux sur tout l’Hexagone ; faire des sabotages ; freiner la production d’armes par des grèves (cf. salariés de STMicroelectronics près de Grenoble) ; bloquer des chargements et expéditions vers Israël comme à Marseille, Gênes, Barcelone ; soutenir les déserteurs ; détourner la propagande de l’armée pour la ridiculiser ; intervenir contre la présence des militaires dans les écoles et dans les « forums des métiers »… Le livre se termine par un appel à rejoindre le mouvement Guerre à la guerre (GAG), coalition d’organisations antiracistes, écologistes, anticolonialistes et autonomes, présent dans plusieurs pays européens et qui a mobilisé plusieurs milliers de personnes contre le salon de l’armement du Bourget en juin 2025.
Dommage cependant qu’il ne soit pas fait référence à d’autres collectifs comme la Coordination régionale antiarmement et militarisme (CRAAM), basée en Auvergne-Rhône-Alpes, qui mène des campagnes d’information et met en lien les diverses initiatives antimilitaristes de la région.
Kris, le 9 juin