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BB 170

mai 2007

jeudi 10 mai 2007, par OCL St Nazaire

euro-police - forteresse Europe - ADN - surveiller la police / Cop watching - vidéo-surveillance - centre éducatif fermé - Tous coupables - contrôle social


La police européenne se construit


En mai 2005, a été signé par sept Etats européens (Belgique, Allemagne, France, Luxembourg, Pays-Bas, Autriche et Espagne), ratifié depuis par 9 autres pays membres de l’Union européenne, le traité de Prüm. Ce traité permet aux services de police d’accéder aux bases de données des empreintes digitales et génétiques, ainsi qu’aux fichiers de plaques d’immatriculation, des autres signataires.
Cette coopération policière touche aussi le franchissement des frontières, sans autorisation préalable, par les fonctionnaires de police en cas de « situation d’urgence », la création de patrouilles mixtes, de gardes armés à bord d’aéronefs et l’attribution de compétences de puissance publique nationale à des policiers étrangers, ou encore la transmission d’informations personnelles sur des personnes suspectées de terrorisme, ou susceptibles d’actes de violence à l’occasion de « manifestations de masse », « dans le domaine sportif ou en rapport avec des réunions du Conseil européen ».
Le 15 février 2007, a été signé un accord politique entre les ministres de l’intérieur sur la mise en réseau des bases de données policières et la transposition des dispositions essentielles du traité de Prüm dans le cadre juridique de l’Union européenne.
Dans ce cadre, la Commission européenne vient de proposer de créer une base de données centralisée d’empreintes digitales … avant, très certainement, de mettre sur pied la même chose en ce qui concernent les empreintes génétiques.
A noter que le croisement des bases de données ADN allemandes et autrichiennes a commencé en décembre 2006.

Aux frontières de l’Europe forteresse …


L’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’U.E. (Frontex) va pouvoir mener à bien sa mission de lutte contre l’immigration clandestine au large des côtes européennes. 17 Etats ont en effet promis à cette agence de lui fournir les équipements nécessaires pour qu’elle puisse lancer des opérations au plus vite. Au total, 19 avions, 24 hélicoptères, 107 bateaux, ainsi que du matériel technique tel que des lampes infrarouges, des détecteurs de faux documents …ont ainsi été promis. La France et l’Italie ont été les plus généreux.

Une répression apparemment ciblée peut en cacher une autre.


Une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende condamne désormais quiconque diffusera sur le Web des images d’agression ou d’actes de violence. C’est un article de la loi sur la prévention de la délinquance récemment adoptée. Apparemment cette répression vise les individus qui pratiquent le « happy slaping » : agression violente de n’importe qui pour filmer et balancer la séquence de tabassage sur internet. Mais qui a pensé que cet article de loi pouvait peut-être aussi viser des vidéastes amateurs qui diffuseraient sur le net des images de violences policières ?

Surveillons ceux qui nous répriment
Après les violences policières filmées à Rouen, un appel vient d’être lancé : « servons-nous de caméras vidéos, d’appareils photos numériques pour nous protéger des violences policières, des abus de pouvoir que nous subissons au quotidien et éventuellement bien sûr pour témoigner des rafles de Sarkozy contre les sans papiers, contre les expulsions locatives, contre les expulsions de squats. »
Cette pratique est née aux USA où dans les années 90 des habitants des quartiers pauvres à Los Angeles et à Cincinatti filmèrent la police. « The copwatch movement » était né et existe toujours aujourd’hui.

A peine ouverts, déjà fermés !


Le directeur d’un centre éducatif fermé, situé à Champfromier dans l’Ain, a été mis en examen pour violences sur mineurs et placé sous contrôle judiciaire. Ce centre, qui accueillait des groupes de six adolescents pour des sessions de 5 mois, a été fermé le temps de l’enquête.
C’est le deuxième centre éducatif fermé après celui de Lusigny dans l’Allier qui ne fonctionne plus. Rappelons que la propagande étatique répète que ces centres sont des alternatives à l’incarcération pour des mineurs récidivistes encadrés par des éducateurs, des psychologues ou des enseignants pour des durées de 6 mois maximum alors qu’ils sont en train de prouver leur dangerosité dès leur ouverture.

Refus ADN : Une relaxe qui peut en amener d’autres


Une jeune femme, Camille, était poursuivie par le tribunal correctionnel de Maçon pour avoir refusé de donner son empreinte génétique, un prélèvement qui avait été demandé dans le cadre d’une recherche de consommation de cannabis. Le procureur avait requis une amende de 400 euros. Finalement ce tribunal a accordé la relaxe à Camille. Par ce procès du 21 mars, nous avons appris que la consommation de cannabis était du ressort du code de la santé publique, et non du code pénal, et du coup ne peut faire l’objet d’un prélèvement d’ADN. A populariser…

Un collectif Refus ADN à Paris

Il aura pour objet de faire connaître la réalité du fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), les raisons de le refuser et de soutenir les personnes qui refusent ce prélèvement notamment Jean Yves Hubert dont le procès en appel approche pour son deuxième refus de prélèvement dans le cadre du délit continu. Pour rejoindre ce collectif : refusadn@free.fr

Tous coupables

Après la parution en 2001 du livre « Vos papiers ! Que faire face à la police ? » et suite à la plainte déposée par Daniel Vaillant, dernier ministre de l’intérieur de la gauche plurielle (plainte évidemment relayée ensuite par Sarkozy), ont été condamnés le 18 janvier 2007 :

  • Le dessinateur Placid, à 500 euros d’amende, pour « injures publiques envers une administration publique, en l’occurrence la police nationale », pour avoir dessiné un policier, aux traits jugés porcins, en couverture de l’ouvrage.
  • L’auteur du texte, Clément Schouler, magistrat, membre du syndicat de la magistrature, à 800 euros d’amende pour « diffamation publique envers une administration publique, en l’occurrence la police nationale », pour avoir écrit cette phrase dans l’introduction : « Les contrôles d’identités au faciés, bien que prohibés par la loi, sont non seulement monnaie courante, mais se multiplient »
  • L’éditeur, Michel Sitbon (« L’Esprit frappeur »), à 1000 euros d’amende pour complicité avec Placid dans le délit d’injure, et complicité avec Clément Schouler dans le délit de diffamation.
    Ce procès et ces condamnations ont eu lieu dans l’indifférence quasi totale de la presse et des défenseurs de sa liberté, plus occupés par le très médiatisé procès de Charlie-Hebdo dans l’affaire des caricatures.
    Suite à cette condamnation, un livre-soutien « Tous coupables » est publié par un collectif de 32 éditeurs. Il regroupe 300 auteurs (dessinateurs, photographes, artistes,...) et est disponible en librairie pour la modique somme de 16 euros sous le label « Les Cochons Enragés ». Ce livre prend le relais du blog de soutien : http://touscochons.blogspot.com/ créé début février. Les illustrations de cette rubrique en sont extraits.

Fiché-e-s, filmé-e-s, fliqué-e-s... Souriez vous êtes rémois-es.


Les rémois(es) sont des cobayes. C’est du moins ce que laissent penser les dernières expériences auxquelles la population de Reims a été soumise : fichage ADN des étudiants de classes préparatoires (Roosevelt, Clemenceau...), mise en place du fichage Base élèves dans les primaires, machines à voter électroniques, + vidéo surveillance à Croix Rouge.
Notre ville devient le lieu d’expérimentation tout azimut d’une politique sécuritaire au service d’un nouvel ordre local. Ce déploiement sécuritaire accompagne les importants changements opérés depuis quelques années dans notre agglomération par l’arrivée du TGV Est, comme par exemple la modification profonde du quartier de l’avenue de Laon et son corollaire la spéculation immobilière. Cependant le sécuritaire reste dévoué à un seul objectif un contrôle social maximal. Mais la nouveauté c’est l’apparition de la technologie et de la science qui sous couvert d’événementiel et de progrès transforment les objectifs du contrôle social (développer une surveillance généralisée et favoriser l’intériorisation des normes) en véritables outils de gestion du cheptel humain.

Expérimentation et banalisation...


Site pilote (pour le fichage à Vitry), expérimentation, enquête nationale (pour les relevés ADN dans les lycées et les facs)... le vocabulaire employé relève de l’exceptionnel, de la promotion même comme si les expériences menées étaient un événement et que les populations associées devaient plutôt, que d’avoir des doutes ou bien des critiques, se réjouir d’être les sujets dociles de ces essais. Mais paradoxalement cette rareté renforce la banalisation, en effet par l’émerveillement devant la nouveauté on évacue tout examen sérieux de ces pratiques et on permet à celles-ci de se dérouler tranquillement sans aucune forme de résistance. Mieux ceux qui critiquent peuvent ainsi être taxés d’archaïques, d’entrave à la bonne logique du progrès, de technophobes, empêchant toute analyse de ces nouvelles formes de contrôle. Ainsi la science devient spectacle et nous assistons entre fascination et soumission à son déroulement un peu comme ces badauds contemplant les records de vitesse du TGV ou le décollage des avions, un peu comme ces braves américains regardaient les explosions atomiques dans le désert du Nevada acceptant du même coup leurs contaminations radioactives.

L’alliance du fichage et de la technologie...

La technologie devient ainsi un instrument parfait pour le pouvoir, par exemple la vidéo surveillance (une première série de 36 caméras est prévue pour la fin de l’année à Reims) est un bon moyen de saisir les techniques du pouvoir. Il ne s’agit pas seulement de protéger les personnes contre les agressions ; il s’agit de faire intégrer des comportements normalisés et respectueux des règles officielles de la société. Les caméras permettent la surveillance des marginaux, SDF ou autres, ainsi le centre ville en proie à la présence de « zonards » pourra être nettoyé de ces empêcheurs de consommer en rond. Couplé à un arrêt anti-mendicité elle remplit sa mission si elle n’interdit pas les comportements déviants elle les met sous surveillance et permet une intervention des forces de l’ordre dès qu’il semble à l’auteur caché qu’elle dépasse la limite de ce qui semblent être tolérable. On est bien dans une vision totalitaire de la société, l’œil du pouvoir invisible est susceptible d’être partout et chacun se doit d’être son propre flic, de se discipliner sous peine d’être repéré. Discontinue dans son action la surveillance est permanente dans ses effets.
Le fichage est également partie-prenante de cette démarche totalitaire. Le fichage facilite la gestion (c’est l’argument invoqué par ses promoteurs) mais son aspect génétique permet son in-falsifiabilité et transforme chacun en un suspect potentiel et pousse à la surveillance généralisée. La preuve génétique devient la preuve ultime, incontestable, que le suspect ne peut contester, il est donc plus prudent de se soumettre plutôt que se révolter car on court toujours le risque d’être retrouvé. Si l’on additionne tous les éléments avec par exemple la loi sur la « prévention » de la délinquance, le maire, à travers le conseil des droits et des devoirs de la famille devient un véritable petit shérif au service d’un ordre local dont l’objectif est un contrôle social généralisé.

...pour un contrôle social maximal.


Toute société pour être viable a besoin d’édicter des règles et des principes qui permettent son fonctionnement, mais comme la société capitaliste est une société d’exploitation et d’injustices, elle a besoin d’une adhésion minimale pour pouvoir fonctionner et se reproduire. C’est là qu’intervient le contrôle social, il est le plus visible dans ses aspects policiers mais sa diffusion lente dans les esprits et les corps grâce au nouveaux moyens techniques dont il dispose lui assure une réussite maximale. L’informatique et la génétique permettent l’interconnexion des fichiers, l’urbanisme et l’architecture édifient une ville cloisonnée, sectorisée où la surveillance est facilitée. L’action sociale intervient également dans ce processus en assumant une double fonction maintenir les pauvres dans une situation de dépendance tout en les rendant dépendant de cette aide. Les classes dangereuses sont ainsi disciplinées et leur capacité de révolte dégonflée. L’école, quant à elle, poursuit son rôle dans l’apprentissage des normes mais elle devient le lieu d’expérimentation.

Le pouvoir, celui de l’État comme à un échelon inférieur la municipalité, aiguise ses armes pour nous faire accepter son ordre de gré ou de force si durs que soit les moyens de le contrer il y a urgence à résister !!!

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