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Autour de Pierre Clastres

samedi 7 novembre 2009

Colloque consacré à Pierre Clastres
18, 19, 20 novembre Paris.- Palais de l’Unesco, Paris

À une époque où les États s’orientent vers la constitution de mégamachines supraétatiques, nous ne pouvons manquer d’être concernés par une pensée qui a conçu une révolution copernicienne ayant pour objet principal l’État. La nouvelle anthropologie politique de Pierre Clastres révolutionne notre manière de penser l’État et au-delà l’institution politique du social.

Trois réquisits :
1/. au lieu de penser, à l’exemple de Hegel, l’histoire comme celle des États, P. Clastres effectue un virage radical en abandonnant la thèse des sociétés sans État, et en faisant graviter les sociétés à État autour des sociétés sauvages ou sociétés contre l’État, de telle sorte que s’ouvre un espace d’intelligibilité inédit qui renouvelle l’intelligence du politique.
2/. Désormais il importe de comprendre les sociétés à État à partir des sociétés contre l’État, et non l’inverse. De ce nouveau paysage résulte une universalisation du politique, puisque chacune de ces formes de société correspond à une forme distincte d’institution politique du social.
3/. Il s’ensuit d’une part qu’il ne peut y avoir société humaine sans politique, de l’autre que l’État, dans cette perspective, est ramené au rang de forme régionale et historiquement déterminée du politique. En outre P. Clastres substitue à l’opposition classique une nouvelle distinction entre sociétés à pouvoir coercitif et sociétés à pouvoir non coercitif.

Cette nouvelle anthropologie politique intéresse au premier chef les ethnologues, mais tout autant les préhistoriens, les historiens, les sociologues, les philosophes et les théoriciens du politique. Les uns et les autres, « Après Clastres » ont pour tâche de prendre la mesure des bouleversements que son œuvre apporte. Citons en un et non des moindres : pour ceux qui continuent à penser l’émancipation, la société émancipée ne saurait être conçue comme une disparition du politique, comme si le politique devait laisser la place à la spontanéité du social, mais comme une institution politique du social, telle que le pouvoir non coercitif soit un pouvoir avec les hommes et non sur les hommes. Ainsi centré, ce colloque se donnera pour ambition de parcourir les voies nouvelles ouvertes par P. Clastres dans une œuvre qui apporte un autre regard pour penser à nouveaux frais la question politique et la condition de la liberté.

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à propos de
Pierre Clastres, né en 1934 et décédé accidentellement en 1977, était un anthropologue et ethnologue français. Il est notamment connu pour ses travaux d’anthropologie politique, ses convictions et son engagement anti-autoritaires et sa monographie des indiens Guayaki du Paraguay.

La société contre l’État

Dans son œuvre la plus connue, La société contre l’État, Clastres critique à la fois les notions évolutionnistes qui voudraient que l’État organisé soit la finalité de toute société et rousseauiste de l’innocence naturelle de l’homme. Ce faisant, il expulse paradoxalement l’État de la place centrale qu’il occupait alors en anthropologie politique pour recentrer la problématique de son apparition autour de la notion de pouvoir coercitif.
La connaissance de cette notion de pouvoir est innée dans toute société, ce qui explique cette tendance naturelle de l’homme à préserver son autonomie vis à vis de celui-ci. Les sociétés sont donc perçues comme étant des structures faites d’un réseau de normes complexes qui empêchent activement l’expansion d’un pouvoir despotique et autoritaire.
En opposition, l’État est alors cette constellation législative émanant d’un pouvoir hiérarchique qu’elle légitime, tout particulièrement dans ces sociétés qui ont échoué à maintenir en place des mécanismes naturels qui l’empêchent de prendre cette forme. Il oppose ainsi les grandes civilisations andines aux petites unités politiques formées par les chefferies amazoniennes dont l’ensemble du corps social se met continuellement en branle pour empêcher le chef de transformer son prestige en pouvoir.

On retiendra sa thèse principale  : les sociétés dites "primitives" ne sont pas des sociétés qui n’auraient pas encore découvert le pouvoir et l’État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que l’État n’apparaisse.
Dans Archéologie de la violence, Clastres s’oppose ainsi aux interprétations structuralistes et marxistes de la guerre dans les sociétés amazoniennes. Selon lui, la guerre entre tribus est une façon de repousser la fusion politique, et donc empêcher la menace d’une délégation de pouvoir menant aux dérives intrinsèquement liées à la trop grande taille d’une société.

Les sociétés "primitives" refusent la différenciation économique et politique en interdisant le surplus matériel et l’inégalité sociale.

« L’histoire des peuples sans histoire, c’est [...] l’histoire de leur lutte contre l’État. », La société contre l’État.

Voir en ligne : Programme des journées :

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