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Ierissos : descente de police, arrestation de deux villageois, poste de police saccagé...

12 avril 2013, 16:53

Mercredi 10 avril. Ce matin, à 3h15 de la nuit, des unités de la police ont fait irruption dans le village de Ierissos. Les policiers, parmi lesquels des membres des forces spéciales de la police anti-terroriste, accompagnés d’un procureur, se sont dirigés vers les domiciles de deux habitants, ont pénétré à l’intérieur après avoir brisé les portes, se sont emparé des deux villageois et les ont emmenés. Les arrestations se sont faites assez violemment, devant les enfants. Un policier a même dit à un enfant de 13 ans : « Regarde-le bien maintenant, parce que tu seras adulte avant le revoir ».

Poste de police saccagé

Aussitôt, les habitants du village sont sortis dans la rue et se sont immédiatement rassemblés. Puis, vers 4 heures du matin, ils se sont dirigés vers le poste de police du bourg, vide à ce moment-là. Ils ont forcé les portes, saccagé le local, vidé tout ce qui se trouvait à l’intérieur (mobilier, ordinateurs…) et y ont mis le feu. Seul a été sauvé des flammes, un pistolet mitrailleur trouvé en évidence dans le poste de police.
Alors que la police s’éloignait avec les arrêtés, les habitants ont dressé des barricades de pneus à la sortie du village. A la mi-journée, toutes les entrées du village sont fermées.
Pour les habitants en colère, et les avocats, rien ne justifiait ces arrestations en plein milieu de la nuit et la destruction des portes des habitations.

« Village gaulois »
La police a fait savoir qu’ils avaient été arrêtés pour être présenté devant le procureur dans le cadre de la procédure accusatoire sur l’attaque incendiaire contre les installations du chantier de la mine de la société Eldorado Gold, dans la forêt de Skouries. D’après l’AFP, le ministre de l’"Ordre public et de la Protection du Citoyen" (Intérieur), Nikos Dentias a expliqué sur Skaï que l’heure de l’arrestation avait été choisie pour éviter des troubles dans le village, où de violents affrontements avaient opposé en mars police et habitants lors d’une précédente intervention policière.
Il a déclaré sur une autre radio que « si nous avions mis à exécution le mandat d’arrêt plus tard, ça aurait été un massacre », en critiquant les habitants de Ierissos : « Nous sommes confrontés à l’opposition d’une partie de la communauté locale qui veut imposer sa propre loi et fonctionner comme un village gaulois, ce n’est pas possible ».

Façon de reconnaitre, que si les habitants sont des « Gaulois », alors les forces de police sont les légions de Jules César, des forces d’occupation… Ces déclarations ont provoqué de nombreuses réactions, notamment sur Internet, avec des dessins représentant le village comme dans la fameuse bande dessinée.
Il a souligné que les deux suspects étaient poursuivis pour de « lourds crimes », dont la « constitution d’une organisation criminelle, tentative d’homicide et usage d’explosifs ».

L’un des avocats des personnes poursuivies a démenti ces allégations en disant que les personnes étaient disponibles à toute convocation et qu’ils n’ont rien reçu.

Les écoles de Ierissos sont restées fermées pour la journée. A partir de 9h, un rassemblement était organisé devant le tribunal de Polygyros dont dépend la zone de Ierissos (canton d’Aristote). La mère de l’un des deux arrêtés a déclaré : « La guerre civile commence en Chalcidique ». Moment de tension quand un habitant du village a reconnu parmi un des policiers anti-émeutes qui, lors d’une précédente manifestation contre le projet de mine, l’avait agressé, frappé et piétiné.

Le Commandement général de la police grecque a fait savoir que, suite aux dégâts occasionnés par les villageois au poste de police de la localité, le département de la police de Ierissos était suspendu et rattaché à celui de Polygyros (à 38 km).

Dans la journée, les manifestants apprenaient que les deux arrêtés avaient été emmenés à au tribunal de Thessalonique (100 kilomètres à l’ouest). Une manifestation est immédiatement appelée dans la grande ville du nord de la Grèce.
La manifestation est arrivée devant le tribunal vers 14h où le rassemblement s’est poursuivi jusqu’en fin d’après-midi. Les deux arrêtés, âgés de 44 et 33 ans, ont été placé en détention jusqu’à dimanche 14 avril, date où ils seront confrontés au procureur.

A la suite des arrestations de ce matin, le président du conseil local de la ville de Ierissos a annoncé sa démission.

Témoignage d’une habitante de Ierissos

Témoignage de Maria Kadoglou, une militante anti-mine qui vit à Ierissos

Je connais les deux hommes qui ont été arrêtés mercredi matin. Ils sont bien sûr contre l’expansion de la mine d’or, mais ils ne sont pas pour autant les militants les plus radicaux. Comme beaucoup, ils avaient été interrogés par la police lors des débordements de février sans opposer la moindre résistance. Par conséquent, l’intervention disproportionnée de la police, digne des films d’action d’Hollywood, a choqué tout le monde ici. Ces hommes étaient tranquillement en train de dormir chez eux avec leur famille. Ce comportement s’apparente à une démonstration de force destinée à nous intimider.

Quand la nouvelle s’est répandue en ville, vers 4 heures du matin, les habitants ont décidé de se rassembler sur la place principale. Certains d’entre eux se sont dirigés vers le commissariat qui était vide - car les policiers ne travaillent pas la nuit [la brigade d’intervention venait d’une ville voisine, NDLR] - et se sont mis à tout saccager, mettant le feu aux meubles et aux ordinateurs.

“Les habitants ont dressé des barricades pour empêcher la police de revenir”

Dans la matinée, j’ai rejoint le groupe de manifestants. Nous nous sommes rendus au poste de police le plus proche, là où nous pensions que les deux hommes étaient détenus. Une fois sur place, nous avons appris qu’ils avaient été emmenés au palais de justice de Thessalonique. Du coup, nous sommes allés là-bas pour manifester jusqu’à ce qu’on nous dise qu’ils se trouvaient en réalité au commissariat central de Thessalonique. Bref, on s’est bien fait balader.

Pendant ce temps, à Ierissos, les habitants ont dressé des barricades sur les deux routes qui bordent la ville pour empêcher la police de revenir. Ces obstacles n’ont pas encore été retirés et resteront en place jusqu’au procès qui est prévu dimanche prochain.

Nous nous méfions de la police depuis l’incendie criminel de la mine en février dernier. Dans les jours qui ont suivi l’attaque, Ierissos grouillait de policiers. Plusieurs dizaines de personnes ont été interrogées et des échantillons ADN ont été prélevés sur eux alors que rien ne les accusait. Mi-mars, ils avaient obtenu le renfort de la police anti-émeute et anti-terroriste. Fusils automatiques en main, ils allaient de maison en maison à la recherche de suspects. Il s’agit d’une très petite ville, les gens ne sont pas habitués à pareille agitation et se sont mis en colère. La police a riposté en lançant de grandes quantités de gaz lacrymogènes, à proximité d’une école où il y avait classe !

“Notre lutte reflète beaucoup de problèmes dont souffre le pays : corruption des hommes politiques, destruction de l’environnement, difficultés économiques...”

Nous protestons contre l’expansion de la mine depuis des années, mais le récent coup de force de la police nous a apporté un courant de sympathie de toute la Grèce. Notre lutte reflète beaucoup de problèmes dont souffre le pays : corruption des politiques, destruction de l’environnement, difficultés économiques... La mine a été cédée à l’époque pour rien du tout par Christos Pachtas, l’ancien adjoint du ministre des Finances qui a quitté le gouvernement après avoir été soupçonné de corruption [il est aujourd’hui le maire d’une petite ville située près du site minier, NDLR]. Le gouvernement avait prévu de récupérer de l’argent grâce à l’impôt sur les sociétés, mais tout le monde sait à quel point l’État grec est incompétent dès qu’il s’agit de récolter une quelconque taxe.

Au niveau environnemental, l’expansion de la mine serait une catastrophe. Des experts indépendants ont mené diverses études qui tendent à prouver que les réserves d’eau souterraines finiraient par s’épuiser et qu’une partie de la très ancienne forêt Skouries serait sacrifié. La plupart des gens ici vivent de l’agriculture et du tourisme, des secteurs que la réactivation de la mine mettrait en danger [La région est très prisée des touristes russes et de ceux originaires des pays voisins des Balkans, NDLR]. Les propriétaires de la mine répètent à l’envi qu’ils vont créer plein de nouveaux emplois mais ils oublient de mentionner ceux qui vont disparaître.

Comme tous les Grecs, nous en avons marre. Le gouvernement sucre les emplois, les salaires, les pensions… Mais ils ne nous prendront pas tout, nous garderons notre terre.

source : ici

Conflit direct avec la compagnie minière.
Un pêcheur, habitant Ierissos, a été frappé par des camionneurs alors qu’il se trouvait dans la localité de Megali Panagia pour vendre son poisson. Il a été emmené à un centre de soins d’urgence. En sortant du centre de santé, il est allé porter plainte pour agression. Il semblerait que celui qui l’a agressé soit un membre de la famille d’un ouvrier de Hellas Gold. Les ouvriers de la société minière se sont rassemblés devant le commissariat de Arnea, petite ville située à 30 km de Ierissos, très certainement à l’appel de la direction. Ils agiraient pour « protéger » le commissariat... ou peut-être plutôt pour faire retirer la plainte ?

Deux salariés de la Hellas Gold ont annoncé qu’ils donnaient leur démission pour protester contre la politique de l’entreprise et les affrontements permanents provoqués par la police.

Lundi dernier, des affrontements avaient opposés des habitants et des travailleurs de la Hellas Gold, la police est intervenue pour protéger les ouvriers et disperser les habitants.

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