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Crosse en l’air

lundi 2 novembre 2015, par admi2

Une déclaration collective sur la crise migratoire par le ‟Diktyo Spartakos” (‟Réseau Spartacus”), une organisation anticapitaliste, internationaliste et antimilitariste présente à l’intérieur de l’armée grecque depuis 1992, et signée par les soldats du contingent de 50 unités différentes.


Déclaration de soldats du contingent de 38 unités de l’armée grecque :

« Nous ne participerons pas à la guerre contre les migrants,
nous ne réprimerons pas les luttes sociales »

Publié le 15 octobre 2015

.... Chairs déchirées par les barbelés, enfants noyés sur les plages, personnes affamées dans les rues et les squares, foules de gens qui implorent pour leurs papiers...

Avant qu’elles ne fassent les gros titres de la presse écrite et des journaux TV, beaucoup d’entre nous ont vu et vécu ces scènes honteuses sur la rivière Evros et dans les îles, où nous ont été envoyés pour faire notre service militaire obligatoire de l’absurde à la fois comme esclaves travailleurs et chair à canon.
Ces scènes nous ont choqués et monopolisent nos discussions. Mais nous ne voulons pas qu’elles deviennent la routine. De même que nous ne nous sommes pas habitués et n’avons pas accepté les mémorandums de la Troïka, ainsi que toutes les politiques antipopulaires, les interventions impérialistes et leurs sales guerres, nous n’accepterons pas et ne nous habituerons pas à la situation terrible des réfugiés. C’est également la situation terrible de notre peuple, de notre propre monde, le monde du travail indépendamment de la nationalité, de la religion, du genre !

La soi-disant ‟montée des flux migratoires” est, en réalité, un exil, une fuite de la guerre et un déplacement contraint. Ce n’est pas un phénomène naturel. Les responsables existent. C’est leur crise capitaliste. Pour la surmonter, ils abolissent nos droits, nous conduisent à la faim, à l’indigence, au chômage, faisant de la migration une nécessité. Les responsables sont les Etats-Unis, l’OTAN, l’UE, la Chine et la Russie. Ils imposent leurs intérêts économiques en utilisant la terreur et la mort, en maintenant et en ressuscitant de nouveaux alliés et ennemis, qui alimentent l’intégrisme religieux. Ce sont aussi les puissances impérialistes régionales (Turquie, Israël, Grèce, gouvernements arabes) qui exacerbent les antagonismes dans la région.

Ce sont ceux qui parlent de la déliquescence des Etats et de peuples inférieurs, ceux qui traitent les gens comme des déchets et mènent des opérations de ratissage, transforment des régions entières en décharges humaines et en entrepôts pour l’exploitation le plus brutale ! Il n’y a qu’un seul ennemi de la bourgeoisie et de ses gouvernements : les travailleurs, qu’ils se battent pour leurs droits ou se déplacent sans papiers, même si ce sont les interventions militaires capitalistes qui ont conduit à leur déracinement. Mais même alors, les réfugiés ne décident pas où ils vont : les flux migratoires sont canalisés vers les camps de concentration des temps modernes, les ‟hot spots” (‟points chauds”) (2) pour sélectionner les travailleurs qui seront exploités ! Bien sûr, quand ils ne seront plus nécessaires ou quand ils relèveront la tête, les capitalistes et leurs gouvernements pourront se débarrasser d’eux sous bonne escorte...

L’Etat grec et l’armée font partie du problème et non de sa solution. Le gouvernement SYRIZA-ANEL poursuit sa Guerre contre le Terrorisme, participe aux projets impérialistes, combat les ‟menaces asymétriques” (immigrés, mouvements sociaux…), en jouant sur la fausse distinction entre les ‟bons” réfugiés de guerre et les ‟mauvais” migrants économiques. Les Forces armées nous appellent, nous, les soldats enrôlés aux côtés des mercenaires professionnels et des gradés, à faire la guerre contre l’‟ennemi intérieur”, comme lors des récentes manœuvres Parmenionas-2015 (3) ! Dans ce cycle de mort-exploitation-oppression, les ‟ennemis” Grèce et Turquie patrouillent conjointement dans la mer Egée, et savent coopérer en harmonie ! En outre, la ligne de front de l’UE commence à partir de Gibraltar et se termine dans la mer Égée, avec Frontex (4) dans un rôle décisif.

Un sous-marin grec va participer à la flotte européenne qui opère dans les eaux territoriales libyennes. À la 16ème Division sur l’Evros, nous sommes en état d’alerte contre les migrants en provenance d’Adrianopolis [Edirne en turc]. On nous a ordonné de faire des exercices de répression des foules, comme lorsque dans l’île de Kos après les événements dramatiques de Kalymnos le gouverneur a déclaré la loi martiale et demandé l’aide de l’armée contre les migrants affamés-assoiffés-emprisonnés. Nous montons la garde et surveillons cette clôture meurtrière qui est la vraie raison de toutes les noyades dans la mer Egée.

Nous ne combattrons pas, nous ne réprimerons pas, nous ne traquerons pas les migrants !

Nous, soldats en lutte, sommes contre tout cela.
Contre leurs crimes passés et présents.
Nous appelons à un mouvement de masse, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’armée :
- Pour bloquer par tous les moyens Frontex, l’OTAN, l’armée européenne, tant que les actions des Forces armées dans ce massacre continueront. Nous ne participerons pas à des patrouilles d’arrestation.
- Pour aider à démolir les clôtures et non en créer de nouvelles. Qu’aucun soldat ne monte sur des navires pour des missions internationales.

Les navires, sous-marins et les avions doivent retourner à leurs bases. Aucune participation à leur ravitaillement.

Nous refusons de convertir l’armée grecque en un appareil répressif, que ce soit contre les migrants ou les mouvements sociaux. Nous n’accepterons pas le replâtrage des structures sociales avec du ‟travail bénévole”. Pour nous, la ‟menace asymétrique”, c’est la guerre qu’ont lancé contre nous les gouvernements et les intérêts qu’ils soutiennent.

Nous demandons à nos collègues à montrer non seulement de la pitié et de la compassion, mais de prendre en considération nos intérêts de classe communs. Ce sont les mêmes institutions bourgeoises, les mêmes politiques bourgeoises, les mêmes gouvernements bourgeois qui détruisent jusqu’à nos rêves.

Ce que vivent aujourd’hui les réfugiés, les persécutions constantes de la part des mécanismes totalitaires de toute sorte, leur lutte pour la dignité et la survie, leur tragique présent, est pour beaucoup d’entre nous le cauchemar d’un présent et d’un futur que nous ne devons pas avoir à vivre : c’est l’État du totalitarisme parlementaire en collaboration avec les nazis de l’Aube dorée.
Nous avons conscience que les prochaines révoltes verront ceux d’en bas s’unir ensemble ou entrer en conflit les uns contre les autres.

Aujourd’hui, il n’existe pas de meilleure forme de solidarité concrète et de plus grand service rendu à nous-mêmes que d’attaquer le problème à sa racine.

Nous faisons partie d’un mouvement ouvrier et anti-guerre moderne qui ne peut exister que dans une perspective de classe, anticapitaliste et internationaliste.
Résistance, rupture et rejet total du gouvernement, de ses mécanismes impérialistes, et du monde bourgeois de l’oppression.

Réseau des soldats libres ‟Spartacus”
(Commission de solidarité active/ Tel Epic. 6932 955437)

Signé par des conscrits de 50 unités :

[Le texte original a été signé par des soldats du contingent appartenant à 38 unités de l’armée grecque]

547ème Bataillon aéroporté de Rethymnon Sparta Keem, 616ème bataillon d’infanterie, KETTH d’ Avlona, 535 MK/TP 31ème Brigade, Patras KETCH, Mesologgi KEN 2/39 SP, 526 MK/TP, 124 PVE Tripolis, 29ème Brigade d’infanterie caserne du Cpt. Paraschos, ASDYS, 221 EMA Plati Evros, compagnie d’administration 401ème hôpital militaire, Thèbes KEPV, 16ème TYP, KEMCH de Nauplie, Caserne Chatzipenti d’ Evros, 211è MK/TO, 95ème LATETH, 116è AM d’Araxos, 3ème Bataillon de l’école de cuisine-Dept. approvisionnement de Gythion, 647ème MK/TP de Litochoro, 50ème PEA/AP, Cie d’administration SDB Karaiskakis, 219ème KICHNE de Didymoteicho, 173ème MEAP d’Orestiada, 516ème MK/TP, 424ème SN de Thessalonique, Camp Vogiatzis Feres d’Evros, 642ème TP, Camp Mpoyga, 32ème MPP PN , KEN de Kalamata, 643ème TE de Chios, 123ème PTE, 618ème M/K TO Plati, 296ème M/K TE, 93ème KAAY d’Agios Andreas, 93ème TYETH de Lesvos, 503ème TP, 95ème TYETH, 22ème EMA de Petrohori, 25ème EMA Petrochori, B EANETH, 107ème A/K MMP PEP de Didymoticho, 305ème SPTCH, 3ème EAN d’Alexandroupolis, 107ème Camp Chatzipenti Koufovouno, 523 Mavrodentri Kozani Evros.

Traduit par MP pour OCLibertaire
Source en italien : atenecalling.org
Texte original : http://diktiospartakos.blogspot.it/2015/10/38.html

___

Notes :

Ces notes d’information sont en grande partie fournies par des camarades internationalistes de Grèce.

(1) Cela signifie non seulement faire le sale boulot de l’UE pour empêcher l’entrée des migrants mais aussi attaquer les travailleurs grecs. Selon la source suivante www.efsyn.gr les conscrits du 523e bataillon d’infanterie ont reçu l’ordre de se joindre à un exercice militaire secret à Kozani, le mercredi 14 octobre, avec des soldats professionnels pour « reprendre l’usine AEVAL abandonnée (qui sert à fabriquer de l’engrais industriel) qui avait été reprises par des fauteurs de troubles » (Commandant adjoint du camp). Les soi-disant « fauteurs de troubles » n’avaient occupé leur propre usine en faillite que dans une tentative désespérée pour la conserver en l’état et donc leurs emplois et pour empêcher les patrons de vendre les actifs. En bref, l’armée a effectué la défense des rapports de propriété capitalistes contre la classe ouvrière. Rien de nouveau là-dedans et rien de nouveau pour ce gouvernement capitaliste de gauche employant la force ultime pour défendre les droits de propriété. Cette répression de la classe ouvrière n’est pas nouvelle, il y a beaucoup d’exemples de 2008 et 2011. Voir, par exemple, http://eagainst.com/.

(2) Le premier de ces centres d’enregistrement de réfugiés ‟hot spot” a été installé sur l’île de Lesbos il y a seulement quelques jours. Les réfugiés doivent faire la queue, sans doute pendant des jours, pour que leurs empreintes digitales soient enregistrées comme des criminels avant d’obtenir une audience préliminaire d’asile qui détermine s’ils peuvent être enregistrés pour l’entrée dans l’UE.

(3) Les manœuvres d’entraînement de l’armée Parménion ont lieu chaque année, mais cette année elles ont eu lieu le long de la barrière que l’UE paie à la Grèce pour maintenir et défendre la frontière avec la Turquie le long de la rivière Evros (voir le début du document de soldats). Tsipras, les a conclues vêtu d’un blouson d’aviateur où il a déclaré que « les frontières de la Grèce étaient en sécurité » (www.ekathimerini.com/202354/article/ekathimerini/news/tsipras-supervises-military-exercise-says-borders-are-safe) . Plusieurs réfugiés (7 sont documentés par Human Rights Watch) ont été abattus là-bas ces derniers jours par la police des frontières.

(4) Frontex est l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (en abrégé « Frontières Extérieures »). En bref, c’est la police des frontières de l’Union européenne.


DIKTYO SPARTAKOS, le réseau des conscrits


Ce qu’il est et pour quoi il lutte

Salut aux milliers de camarades qui luttent contre le ‟le Nouvel Ordre” Kapitaliste-impérialiste. Salut à tous ceux qui luttent pour les droits des travailleurs, à tous ceux qui combattent contre les politiques des gouvernements nationaux, des organisations capitalistes internationales (UE, OTAN, ONU) et des États-Unis. Ces politiques conduisent à la détérioration de la situation des travailleurs et amènent plus d’austérité et de guerres dans le monde entier. Leur but ultime est d’imposer au monde la dictature de l’Économie du Libre Marché et d’allouer les ressources énergétiques aux capitalistes.

Qu’est-ce que le Réseau des Soldats ‟Diktyo Spartakos” ?

Tant en Grèce qu’en Turquie, la conscription existe toujours. Quelle que soit leur orientation politique (centre-gauche, centre-droite, orientée pro-islamique ou militaire), les gouvernements des deux côtés de la mer Égée utilisent les jeunes de la classe ouvrière comme soldats et – quand nécessaire – comme main-d’œuvre bon marché. Ces jeunes sont utilisés par le gouvernement au service de la compétition entre les classes bourgeoises grecque et turque pour la domination régionale.

Des vues nationalistes et racistes essayent de présenter les deux nations comme des adversaires qui se sont combattues plusieurs fois alors même que les deux pays étaient tous deux membres de L’OTAN. Dans les deux pays, les minorités sont réprimées. Dans les deux pays, la propagande de l’État, de l’armée et des médias exige des gens qu’ils respectent ‟l’unité nationale” entre travailleurs et employeurs pour s’occuper du danger venant de l’autre pays.

La Grèce et la Turquie ont prouvé qu’elles étaient les championnes du monde entier en matière de dépenses militaires. Nos peuples souffrent et sont forcés de limiter leurs besoins, pour que davantage d’armes soient achetées. En même temps, les industries militaires américaines, européennes, grecques et turques tirent d’énormes bénéfices de la vente de ces armements. De plus, des milliers de soldats grecs et turcs participent aux interventions militaires impérialistes de l’OTAN, de l’Euro-armée et de l’ONU et à l’occupation de plusieurs pays. Finalement, en raison de la crise financière mondiale et en raison de la hausse des inégalités sociales, la possibilité d’un soulèvement des travailleurs a pris de l’importance. L’OTAN, l’Euro-armée et les gouvernements projettent de réprimer de tels soulèvements par des moyens militaires.

Diktyo Spartakos, le réseau des conscrits libres est contre tout cela.

Diktyo Spartakos est actif depuis 1992. Depuis son origine, il vise à créer un mouvement à l’intérieur et à l’extérieur de l’armée. Diktyo Spartakos est l’élément moteur du mouvement qui a fait annuler les projets du gouvernement grec d’établir la conscription à 18 ans, juste après l’école. De plus, il a contraint le gouvernement à limiter la période du service militaire à 9 mois. Diktyo Spartakos défend les droits des conscrits et lutte pour le respect de la dignité humaine dans l’armée contre les dogmes militaires du militarisme qui donnent la priorité à la préparation au combat de l’armée.

Diktyo Spartakos joue le rôle principal dans le développement du Syndicalisme Libre pour les conscrits. Diktyo Spartakos est la colonne vertébrale du mouvement anti-guerre, antinationaliste et antimilitariste.

L’armée grecque participe à des missions internationales dans 15 pays étrangers. Diktyo Spartakos a joué un rôle majeur dans le mouvement qui a bloqué la participation de conscrits à de telles missions. Diktyo Spartakos exige l’abolition de l’OTAN, de l’Euro-armée et de l’UE et la fermeture de leurs bases militaires en Grèce.

Les conscrits en uniforme ont participé à des événements publics, des manifestations et des actions publiques contre les bombardements en Yougoslavie en 1999 et, plus tard, contre les interventions impérialistes en Irak, en Afghanistan et dans le Caucase.

En décembre 2008, pendant le soulèvement des jeunes et des travailleurs en Grèce qui a suivi le meurtre d’un jeune lycéen par des policiers et alors que le gouvernement projetait d’ordonner à l’armée de réprimer le soulèvement, il y a eu une énorme réaction dans l’armée. Diktyo Spartakos a réuni des centaines de signatures de conscrits de 52 unités militaires qui ont exprimé leur opposition à ce plan. Outre l’expression de leur opposition, ces conscrits ont effectué de petites actions d’infos à l’intérieur de leurs casernes. Toutes ces actions ont convaincu les dirigeants politiques et militaires qu’il leur était impossible de mobiliser les conscrits contre les gens qui se soulèvent. Il est apparu aussi clairement que les conscrits n’allaient pas patrouiller et arrêter des immigrants. Diktyo Spartakos n’obéit pas au Dogme des Lois d’Urgence qui utilisent l’armée comme la force de répression ultime pour défendre les intérêts de la classe bourgeoise contre les travailleurs.

Nos objectifs sont de bloquer le moteur de la guerre et d’arrêter la course aux armements. Nous voulons contribuer au développement d’un mouvement international des travailleurs dans lequel les travailleurs grecs, turcs, chypriotes et kurdes lutteront pour leurs droits et la satisfaction de leurs besoins. La seule voie qui mène à la paix dans la mer Égée, dans les Balkans et au Moyen-Orient est la voie de la lutte commune des travailleurs contre la cécité nationaliste des Etats nationaux et les interventions impérialistes.

Dans la période actuelle, nous devons développer un mouvement anticapitaliste radical des travailleurs qui lutte pour renverser les gouvernements qui imposent des conditions de travail du Moyen-Age et des situations d’oppression extrême aux populations travailleuses, et entraînent les peuples dans des conflits militaires.

Notre réponse au Totalitarisme du monde des riches est le renversement du pouvoir de la classe bourgeoise par les luttes mondialisées des travailleurs.

‟DIKTYO SPARTAKOS”, le réseau des conscrits.

6932 955437

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