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Action directe mode d’emploi

Un grain de sable à la MSA du Rhône

dimanche 15 mai 2022, par Saint-Nazaire


Voir en ligne : Collectif d’Autodéfense Face Aux Contrôles de l’Administration (le CAFCA)

Quand la Mutualité sociale agricole ne verse pas les sommes dues pendant plusieurs mois, une descente collective et l’occupation du siège débloque la situation en une heure. Action directe, un mode d’emploi.
Au delà du respect des droits, c’est la fonction de la MSA dans « l’épuration des campagnes » qui est également au centre de cette action.

Aujourd’hui, jeudi 12 mai, Anthony MICHEL MOULU, maraîcher à Claveisolles,
s’est rendu à la MSA de Lyon avec une quinzaine de personnes pour tenter d’obtenir le paiement des aides sociales que l’administration lui devait depuis le mois de février (prime d’activité, allocations familiales et RSA).

Suite à un changement de situation qu’il avait lui-même déclaré à la MSA en
décembre, tous ses droits ont été suspendus en attente du calcul de mise à jour. Un calcul qu’il attendait encore ce matin en dépit des nombreuses relances. On se demande comment la MSA peut privé un allocataire de ses ressources pendant plus de 3 mois. Une situation insupportable qui a conduit à l’occupation du siège départemental.

Pendant que ses camarades occupaient le bâtiment, Anthony a obtenu la
régularisation de sa situation, le versement immédiat de 1000 € en espèce et
l’assurance que le reste sera versé dans les 7 jours. Il aura fallu à peine plus d’une heure pour régler une situation qui pourrissait depuis des mois. C’est dire combien il avait été baladé jusqu’ici. Dans le labyrinthe administratif, un agriculteur sans défense peut être spolié de ses droits sans le moindre remord, mais quand on débarque à 15, la direction se dépêche de trouver une solution.

Après avoir distribué quelques tracts, le groupe est reparti dans le calme. Porté par l’élan collectif et un petit supplément de dignité, chacun savourait cette évidence :

Tout est une question de rapport de force.

Nous savons, malheureusement, que pour un cas résolu, des dizaines de situations inacceptables restent en suspens. Nous espérons que cette expérience servira à créer des émules, car ce que nous avons fait aujourd’hui est à la portée de tous.

Des agris révoltés

  • 12 mai 2022 -

- tract distribué lors de l’occupation avec historique de la situation d’Anthony

J’ai demandé de l’aide…
La MSA m’a supprimé tous mes droits.

Nous avons choisi le métier d’agriculteur. Nous avons choisi de vivre avec la nature. Nous savions les difficultés que cela comporte et la satisfaction que cela procure. Nous avons choisi de travailler durement parce que ce métier a du sens pour nous.

Nous n’avons pas choisi de vendre notre production à des prix dérisoires qui couvrent à peine nos charges. Nous n’avons pas choisi de dépendre des aides pour boucler le mois. Cette situation est déjà humiliante en elle même, mais elle devient insupportable quand il faut perdre de précieuses journées pour tenter de faire valoir nos droits, parfois sans succès.

En France, un quarts des agriculteurs de vivent sous le seuil de pauvreté [1]

Chaque jour, un agriculteur se suicide. Les exploitants agricoles ont la mortalité par suicide la plus élevée de toutes les catégories sociales. Et la Mutualité Sociale Agricole (MSA) n’y est pas pour rien.

Le plan de prévention du suicide mis en œuvre par la MSA est une blague de mauvais goût. Bien loin de répondre aux difficultés d’une profession malmenée, la MSA rend la vie de ses administrés invivable. Des agriculteurs en difficulté plongent régulièrement dans le désespoir faute de réussir à obtenir les aides qui leur sont dues. On ne saurait mieux illustrer l’histoire du pompier pyromane.

Nous ne connaissons pas un seul agriculteur, une seule agricultrice qui n’ait jamais eu de difficulté pour faire valoir ses droits auprès de la MSA : prime d’activité, revenu de solidarité active (RSA), allocations familiales, aide au logement, retraite… Sans parler de la reconnaissance et de la prise en charge de certaines maladies professionnelles.

Nous avons tous été confrontés, parfois régulièrement, à l’absence d’interlocuteur physique, à l’attente interminable des standards téléphoniques, aux courriers contradictoires, à l’incapacité des opérateurs téléphoniques à résoudre une situation, aux demandes répétées de pièces déjà versées au dossier, aux suspensions de paiement inexpliquées, aux délais de traitement insoutenables. Autant de situations inhumaines et révoltantes.

Nous ne sommes pas là pour blâmer les salariés de la MSA. Nous savons trop bien qu’ils souffrent, comme les usagers, du manque de moyens et de la « dématérialisation » des services. Les assistantes sociales, dernier rempart à la déshumanisation, voient leur charge de travail augmenter au gré des départs en retraite ou des burn-out. Tant et si bien qu’elle ne sont plus en mesure d’effectuer leur travail correctement. Nous savons que la maltraitance administrative dont souffre les agriculteurs, n’est que le reflet de la maltraitance managériale imposée au personnel des MSA.
Nous voulons leur dire notre soutien et nous les encourageons à nous rejoindre pour dénoncer cette situation.

Comment justifier que la MSA rogne ainsi sur les droits sociaux et la masse salariale ? A qui profite cette politique répugnante ?

On imagine, évidemment, les intérêts particuliers de quelques financiers peu scrupuleux. Mais si on replace cette maltraitance institutionnelle dans le contexte plus large des politiques agricoles des dernières décennies, la MSA apparaît comme le fer de lance de l’épuration des campagnes. En mettant sur la touche les fermes déjà fragilisées par les exigences normatives et la mise en concurrence sur les marchés mondialisés, elle fait place nette pour l’expansion de l’agriculture industrielle et capitaliste.

Aujourd’hui, nous sommes venus soutenir un camarade dont les paiements ont été suspendus depuis 3 mois sans explications valables (lire les détails au dos). L’attente a trop duré. Maintenant, il faut payer.
Mais pour un cas résolu, combien de situations inacceptables restent en suspens ?

Des agris révoltés

  • Mai 2022 -

chronologie des faits

  • Décembre 2021  : premier RDV avec l’assistante sociale MSA Laurène MONTERRAT pour déclaration de changement de situation suite à la séparation (date effective : 01/10/21). Demande de recalcul de mes droits pour RSA, APL…Nous faisons une garde alternée des enfants dans la maison que nous occupons chacun une semaine sur deux.
  • 20 Janvier 2022 : la MSA me redemande des documents déjà envoyés en décembre, l’assistante sociale me confirme pourtant leur envoi initial
  • 4 février 2022 : j’ai à nouveau RDV avec l’assistante sociale pour « actualiser » ma situation car je devrai payer le prêt intégral de la maison seul à partir d’avril.
  • 9 Mars 2022 : on me demande une nouvelle fois de remplir des documents de garde alternée…que je renvoie…
  • 1er avril 2022 : je reçois un courrier de Karine DUSSANS me sommant d’envoyer « rapidement » les documents envoyés déjà deux fois et retransmis trois semaines plus tôt par l’assistante sociale. On me demande également la nouvelle adresse de mon ex-compagne ainsi que des justificatifs de paiement du prêt de la maison, que j’envoie…via l’assistante sociale puisqu’il n’y a aucun moyen de joindre Karine DUSSANS, ni par téléphone, ni par mail.

Situation début mai  :
Je ne touche plus aucune prime d’activité, ni d’allocations familiales depuis février inclus.

Non seulement les calculs ne sont pas fait mais je subis ce que je considère comme du harcèlement alors même que j’ai fais toutes les démarches.

J’ai demandé de l’aide…la MSA m’a supprimé tous mes droits et tous les
interlocuteurs que j’ai eu n’avaient pas la possibilité de faire avancer mon
dossier.

Je ne suis pas d’une nature suicidaire, mais je comprends maintenant comment un système et une organisation déshumanisée peut nous mener à bout. J’entends que mes droits soient respectés et moi aussi je demande à ce que tout se débloque. Maintenant !

Informations complémentaires sur la rétention des aides sociales :

titre documents joints

Notes

[126 % précisément selon une publication de l’INSEE du 5 janvier 2022.

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