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Courant Alternatif 242, été 2014

Rien n’est jamais acquis aux femmes ni leur liberté ni leurs droits

Toujours, il faut se remettre à l’ouvrage et tel Sisyphe sans fin recommencer la tâche, c’est certain, tant que ce vieux monde résistera.

samedi 16 août 2014, par ocl-lyon

Devant l’actualité des atteintes aux droits des femmes acquis de haute lutte mais jamais pérennisés, il y a lieu de s’interroger sur cette domination masculine qui n’a rien de naturelle, toute domination étant motivée par les bénéfices qu’elle retire de cette situation d’exploitation. Un sentiment confus nous dicte la nécessité de ne pas lâcher la lutte, de reprendre la guerre contre la domination masculine mais en même temps l’idéologie dominante nous montre que tout serait acquis pour les femmes ici au pays des droits de l’homme. De fait, ce sont bien les droits de l’homme qui s’en sortent le mieux en regard des chiffres sur la situation sociale des femmes. Tout semble immobile, les lois qui s’empilent pour réitérer l’égalité maintes fois proclamée entre les hommes et les femmes n’empêchent en rien l’assignation des femmes aux corvées ménagères, à l’élevage des enfants et à une double exploitation de la maison au travail.


Dans la famille

La normalité est de tout bien faire, de réussir son couple et sa famille, recommencer jusqu’à ce que cela soit parfait avec obligation de résultat à chaque nouveau départ, mais la vie est plus complexe ! On veut nous amener à bien tenir notre rôle féminin et ainsi débarrasser la société du problème de l’élevage des enfants, assumer l’entretien de la maison gratuitement, s’occuper du transport des enfants et adolescents, choisir pour cela un temps partiel, un travail d’appoint et un salaire moindre. Nous parlons globalement et ce ne sont pas les rares exceptions qui changeront le sort des femmes en général. Les statistiques sont peut-être imparfaites pour rendre compte d’un vécu mais elles sont une bonne évaluation des mœurs d’une société donnée et d’année en année le statu quo demeure : 3 femmes sur 4 en couple gagnent moins que leur conjoint, la moyenne étant de moins 42% alors que pour les célibataires l’écart est de moins 9% et, remarque pertinente, cet écart apparaît dès la constitution du couple avant même l’arrivée d’un enfant où la différence s’accentue encore plus. Autre chiffre immuable depuis des années : 82% des temps partiels sont occupés par des femmes, 30% des femmes salariées sont à temps partiel contre 7% des hommes. Les femmes payent doublement le ‘privilège’ de faire les enfants, dans leur corps et leur vie et par la discrimination sociale qui anticipe cette fonction pour l’ensemble des femmes.

La domesticité

Pour compléter cet assignement ménager et familial nous observons la création d’emplois d’aide à la personne quasi exclusivement tenus par des femmes, immigrées, exploitées et mal payées pour la somme de travail et la responsabilité des actes effectués. La tendance actuelle est de déclarer que le domaine du soin (care) est reconnu, devenu professionnel et que là c’est la société qui le prend en charge après que les femmes l’ont assumé pendant des décennies gratuitement à la maison, ce qui est encore le cas pour nombre de familles qui n’ont pas les moyens malgré les aides financières de payer ces services. On en revient au temps de la domesticité, à cette forme d’esclavage à domicile quand on étudie les conditions de travail imposées par des associations gestionnaires et bénéficiaires de ce nouveau marché en pleine expansion. Dans les couples bourgeois, le choix se fait d’employer une personne pour faire le ménage, l’entretien de la maison et celui des enfants afin d’éluder la question du partage des tâches domestiques et de pacifier un conflit latent. La définition de l’ensemble de ces emplois est très floue mais on compte pas moins de deux millions ‘d’emplois domestiques’ ; 9 sur 10 de ces emplois sont tenus par des femmes dont 2 sur 5 ont plus de 50 ans et travaillent pour au moins 3 employeurs avec un salaire moyen de 433euros par mois ! Ajoutons à cela que ce secteur emploie à près de 70% des femmes immigrées et la boucle de l’exploitation est bouclée. Que ce soit l’épouse qui s’occupe de son mari malade ou que ce soit des femmes immigrées, c’est une forme d’exploitation genrée qui diffère sur la forme mais pas sur le fond. Et si dire et répéter que les femmes ont la charge de la maison, des enfants et du mari et des ascendants semble éculé, la perpétuation de ces faits prouve que le patriarcat est encore bien présent.

La mise en scène d’une certaine féminité

Que s’est-il passé depuis les années mouvement des femmes et aujourd’hui ? C’est en observant l’attitude des femmes actuelles qu’un certain recul des acquis féministes apparaît. Le capitalisme a certes intégré les aspirations des femmes à leur autonomie, il a décliné un statut de la femme plus politiquement correct mais bien entendu sans remettre en cause son fondement d’exploiteur. On a vraiment l’impression que le principe patriarcal reste en place, qu’il faut tout recommencer et que parmi les nouvelles générations de femmes leur préoccupation principale est de répondre aux injonctions qui leur sont faites afin de devenir la femme parfaite ! La mode a toujours plus ou moins propagé cette futilité de l’accoutrement féminin, une obligation à se mettre en représentation pour plaire, être agréable à regarder, se transformer en objet désirable. Déjà dans les années 80/90 les critères de sélection pour l’élection des miss, qui étaient la vertu et la beauté, étaient dénoncés ; on peut dire qu’on a mis une croix sur la vertu et encore ! Reste le physique, être sexy, la rivalité entre les filles, la mise en concurrence tout cela est en vigueur aujourd’hui et se retrouve dans les aspirations et les rêves des adolescentes sensibles aux paillettes. Ce qui est navrant c’est qu’il n’y a guère de critique sociale de ce genre d’asservissement féminin alors que l’encouragement à respecter des normes imbéciles de poids et d’allure sexy est trop présent pour qu’on puisse l’ignorer. L’industrie de la beauté ne connaît pas la crise et invente tous les jours de nouvelles techniques, produits pour faire de la femme un être parfait selon l’intérêt du commerce. Contrainte sur le corps : poids, cheveux, chirurgie plastique, régimes, crèmes, etc. pour ressembler au modèle : femme blanche blonde mince. C’est l’exploitation commerciale, l’amplification sociale et l’affichage du stéréotype qui en vient à : ‘Ce que les petites filles apprennent, ce n’est pas à désirer les autres mais à désirer être désirées’ dit Naomi Wolf. Non seulement le ridicule et l’asservissement de ces dogmes de beauté fatale sont une totale régression d’avec l’affirmation d’une identité autonome mais toutes ces techniques de formatage du corps sont dangereuses pour la vie même des femmes. L’industrie pharmaceutique vaut bien tous les OGM de la planète surtout dans le domaine de la parapharmacie qui s’adresse pour 90% aux femmes.

L’éducation

La question de l’éducation semble essentielle dans la reproduction sans fin de ces différences entre filles et garçons. Selon certaines études, il semble que l’enfant comprenne son sexe génital vers l’âge de 7 ans, démontrant bien que le sexe social précède le sexe biologique. Avant cet âge, on se tourne le plus souvent vers la mère, cette femme qui a la charge de tout faire à la maison car il est aisé de lui faire porter la responsabilité de son aptitude à se conforter aux normes sociales. Le traitement éducatif varie selon le garçon ou la fille en accord avec les normes véhiculées à l’extérieur ; de quelque côté qu’on se tourne culturel, économique, moral, politique les filles n’ont pas le même parcours que les garçons, leur destinée de femmes les assignent qu’on le veuille ou non : à moins de renoncer, de transgresser, de s’opposer et là ce n’est pas le rôle de la mère ! Pourtant une question demeure sur la facilité avec laquelle cette consigne de genre est respectée par les filles et les garçons. Une enquête récente (octobre 2013) auprès de 1284 femmes affirment que 88% d’entre elles estiment que la famille est responsable des stéréotypes de genre. En fait les mères (et les pères aussi) reproduisent les codes de genre pour se conformer à l’environnement social et pour que l’enfant ne soit pas stigmatisé par une différence affichée. Dans certains établissements, l’insulte qui vient en tête dans les cours de récréation est ‘pédé’ ! La publicité vient en second rang pour propager les stéréotypes de genre qu’on retrouve partout à la télé, dans les films, les jeux, les magazines pour la jeunesse, etc. La transgression des jouets ne fonctionne que dans un sens, ainsi les filles peuvent jouer avec les garçons ou avec des jouets catégorisés rayon garçon mais l’inverse pose problème. Les parents peuvent acheter un jeu de construction pour leur fille mais pas une poupée pour le garçon. On retrouve là une expression du patriarcat qui valorise ce qui est masculin que ce soit des jeux ou des emplois et dévalorise ce qui concerne les filles ou les femmes. La différenciation a ses codes colorés bien en vigueur aujourd’hui et le rose n’est pas une couleur pour le pantalon d’un garçon. Pourtant on nous dit qu’au Moyen-âge le rose, déclinaison du rouge, était la couleur des soldats et le bleu celui de la vierge Marie donc des femmes ! Tout s’inverse à la moitié du 19ème siècle on garde le blanc pour les petits enfants, symbole de pureté mais aussi pragmatisme face aux lavages à répétition ! Une étude a révélé que les enfants d’origine culturelle différente adoptaient en grande majorité la culture du pays d’accueil en contradiction avec les principes enseignés à l’intérieur de la cellule familiale. On pourrait alors imaginer que filles et garçons s’émanciperaient de l’éducation maternelle. Seulement voilà à quoi se référer quand la culture sociale dominante d’intégration et d’émancipation ne fait que répéter et amplifier les codes de genre ? Ainsi à l’école les ABCD, cahiers de l’égalité, issus de la Convention interministérielle pour l’égalité signée pour 2013-2018, ne figureront pas dans le plan d’action pour l’égalité des sexes à l’école que le gouvernement doit annoncer lundi 30 juin. En expérimentation dans 275 écoles depuis la rentrée 2013, ils étaient dénoncés par les milieux traditionnalistes.

Le droit de disposer de notre corps

 

La maternité est devenue une norme indépassable du destin de femme, ce n’est plus un acte exceptionnel valorisant ; on assisterait à une sorte de banalisation de l’accouchement, une normalisation de la reproduction différente des années 60 où la maternité allait de soi, aujourd’hui elle est médicalisée et renvoie à un choix du couple, choix présenté comme marque de liberté. En corollaire il y a peu d’information sur cet événement, rien n’est expliqué de comment cela se passe ; les femmes doivent rentrer chez elle après 3 jours sans aide ni assistance comme si tout allait de soi, la mode de l’accouchement à domicile est une bonne chose pour celles qui sont bien entourées et pour les autres cela signifie que toute femme doit savoir faire un bébé et s’en occuper tout naturellement sinon cela devient une pathologie et les corps médical et socio-éducatif s’en mêlent. Si le nombre d’enfants par femme a diminué, c’est le nombre de femmes par enfant qui a augmenté. La planète n’est pas en danger de dépeuplement alors qu’est-ce qui justifie cette propension à se reproduire ? La maternité est présentée comme un accomplissement de soi, comme un but ultime de la vie terrestre, comme un gage d’immortalité puisqu’il restera quelque chose de nous après la mort. Mais pourquoi laisser des gènes et pas une œuvre, un livre, un combat ? De qui se souvient la société ? De la mère de Virginia Woolf, de celle de Simone de Beauvoir ou de Louise Michel, Louise Bourgeois, Rosa Luxembourg, Olympe de Gouges, … ?
On comprend que dans cette ambiance le droit à l’IVG soit un peu laissé de côté, dénigré et perçu comme un échec de gestion de son corps par une femme. Pourtant l’IVG demeure une nécessité tout autant que dans les années 60 car le comportement des procréateurs accidentels n’a pas progressé quant à leur implication dans une grossesse non désirée, il n’y a pas de responsabilité partagée en matière de contraception. Et la société n’a guère avancé sur ce terrain : la loi de 1920 n’est toujours pas abrogée, il s’agit d’une tolérance juridique, il n’y a pas de contraception masculine en libre circulation et agréée par la Sécu, la publicité pour les moyens contraceptifs est toujours interdite, pas d’éducation ou information sexuelle à l’école digne de ce nom. Rien ne change dans ce domaine et c’est bien là un sacré recul des folles espérances des années féministes. L’information sur la sexualité est insuffisante et mal faite dans les écoles. Pendant les années du mouvement des femmes et du militantisme au sein du planning familial, des textes ou brochures, des stages et séances d’information étaient organisés avec des propos alors sans euphémisme utilisant des mots concrets comme vagin, pénis, clitoris, orgasmes, jouir, pénétration, éjaculation,… on appelait un chat un chat ! Aujourd’hui tout semble édulcoré, on doit rester à la surface du sujet et ne pas entrer dans des explications précises et concrètes, on utilise une nov-langue en quelque sorte pour revenir à la science et sortir de la vie réelle. Il est vrai que ce travail d’information était porté collectivement dans un sens de lutte et d’émancipation et que à l’école en ce moment -à part des intervenantes extérieures pertinentes-, le programme aborde le thème, puisqu’il faut bien le faire, mais sans objectif de donner à la jeunesse des outils pour maîtriser le biologique, pour s’affranchir des contraintes de nature et construire sa vie en toute conscience et liberté. Les enseignant-es étant aussi surveillé-es par les parents et lobbies de toute sorte comme cela s’est vu avec la polémique sur l’enseignement du genre. Cela témoigne une fois encore d’une régression des acquis, en tout un recul dans les pratiques éducatives.
Le droit d’avorter n’est pas encore totalement acquis, il suffit de voir en Espagne le projet de restreindre ce droit aux femmes violées ayant porté plainte ou au cas de danger important validé par 3 médecins dont deux extérieurs au centre d’IVG. En Italie, ce sont des médecins opposés à l’avortement qui déclarent leur objection de conscience : 70% d’entre eux l’ont fait en 2010. Dans ce pays, les avortements clandestins seraient passés de 20 000 en 2008 à près de 40000 en 2013 avec toutes les graves conséquences pour la vie des femmes. En France les anti-IVG se sont mis à la page internet et si on tape IVG ou avortement sur un moteur de recherche, en tout premier lien, devant le site officiel du ministère de la Santé, apparaît le site IVG.net, conçu et animé par l’association baptisée « SOS détresse ». Ce site véhicule des messages anti-avortement, souvent trompeurs et culpabilisants pour les femmes. Ce mode de recherche d’information est souvent utilisé par les jeunes femmes car il est anonyme et accessible mais en se connectant sur ces sites adroitement présentés comme aucune information n’est donnée pour pouvoir avorter dans les meilleurs délais et qu’au contraire le doute s’installe (il s’agit de dissuader), le délai court et met en risque la femme à tel point que le gouvernement pourrait instaurer un délit d’entrave à l’IVG contre ces sites.

La place des femmes dans la ville

L’espace urbain n’échappe pas à la discrimination sexiste et les femmes dès leur plus jeune âge apprennent à être invisibles pour circuler tranquillement dans les rues. Non, il ne s’agit pas là de voile intégral mais de postures stratégiques relevées lors d’études sur le comportement des femmes en milieu urbain. Marcher vite, car le stationnement peut être perçu comme une invite, pour cela mettre des talons plats mais la marche doit être ni trop rapide pour ne pas exprimer une crainte, ni trop lente pour ne pas aguicher. Des mesures ont été prises dans certains pays pour permettre aux femmes de circuler tranquillement de jour comme de nuit, ce sont des mesures protectrices qui les mettent hors de portée des risques. L’argument est que « si les filles ne sont pas encouragées à sortir, elles resteront en position de retrait. Et la rue restera la seigneurie des hommes. » « On aurait pu croire que dans la ville moderne les femmes, qui commençaient à travailler, accéderaient aux espaces publics, et bien non, ceux-ci demeuraient masculins. N’oubliez pas que très longtemps il n’y eut que des urinoirs et pas de toilettes pour femmes ! Cela commence dès l’enfance, on observe dans les aires de jeux plus de petits garçons que de petites filles. Après leurs premières règles les filles restent chez elles ou à proximité. (...)Un tel constat est navrant, d’autant que bien des femmes l’ont intégré et ne revendiquent pas une ville accueillante et accessible, à tous et à chacune et chacun ! Donc oui, la ville a un sexe, qui est masculin. Elle est dominatrice et violente pour les femmes. » (Clémence Pajot, Centre francilien de ressources pour l’égalité femmes-hommes Hubertine Auclert). Les manifestations des féministes organisées de nuit tentent de dénoncer cet état de fait. Et c’est en s’occupant de la politique de la ville, en élargissant les champs de revendications au-delà du personnel (collectives) que le féminisme doit s’atteler à combattre les budgets qui privilégient des équipements sportifs utilisés majoritairement par les garçons, souvent plus onéreux que des salles de gym, de danse ou des murs d’escalade ; des projets de circulation qui privilégient les grandes distances motorisées, rétrécissent dangereusement les trottoirs ou les suppriment carrément dans les zones périphériques, etc. ce qui pénalise celles qui font de nombreux trajets courts entre le domicile et l’école, par exemple.

Quel féminisme ?

Etre féministe aujourd’hui est considéré comme un combat soit d’arrière-garde puisque tout aurait été gagné, soit de sexisme et d’exclusion des hommes. Il ne s’agirait aujourd’hui plus que d’une affaire individuelle puisque tous les outils de libération des femmes sont accessibles : liberté de procréation, de travail, de gestion économique, de situation parentale, d’expression culturelle… Rien n’est interdit aux femmes, alors qu’est-ce qui les empêche de faire comme les hommes ? Justement peut-être de ne pas vouloir faire exactement comme les hommes ! On a perdu le droit d’être différente, d’être heureuse et épanouie sans devoir répondre aux codes « féminins » instaurés par la société patriarcale. On a perdu le soutien politique des hommes qui se sentent bien peu concernés par une lutte des femmes en pleine déliquescence. L’égalité n’est pas l’assimilation (les personnes immigrées le savent bien) on peut vouloir vivre différemment et exiger les mêmes droits. Or on fait payer aux femmes leur différence biologique et pas aux hommes la leur car ils sont le pouvoir et déterminent ce qui est le modèle, la norme, le neutre, l’universel, en l’occurrence eux ! Tout cela a bien été démontré par les recherches féministes accompagnant le mouvement des femmes, mais aucun bouleversement n’y a mis fin. Et puis défendre les droits des femmes ou lutter pour eux, n’est-ce pas excluant des autres droits ? En l’absence de mouvement social sur ce sujet et d’ailleurs en l’absence de réels mouvements sociaux actuellement, il n’est pas « politiquement correct » de ramener la couverture à soi. On a l’impression que cela devient inutile de revendiquer, qu’il suffit de parler, former, d’aider les femmes à s’en sortir. Une loi cadre pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a été adoptée en seconde lecture le 26 juin 2014 par l’Assemblée Nationale légiférant sur l’égalité professionnelle, la lutte contre la précarité spécifique des femmes, la protection des femmes contre les violences, l’image des femmes dans les médias et la parité en politique et dans les responsabilités sociales et professionnelles. Avec le temps, la transcription des victoires féministes s’est traduite par des lois qui disent et redisent ce que la constitution et la déclaration des droits de l’homme stipulent en préambule : tout être humain naît libre et égal aux autres ! Pas besoin donc d’en rajouter du côté législatif mais les textes s’empilent, pointant les atavismes qui résistent dans tous les domaines. Comme s’il n’y avait pas à poser de questions en amont, comme si ces femmes n’étaient pas nous, qui surmontons héroïquement les travers de cette société. Il y a les battantes et les perdantes, chacune pour soi et l’ordre patriarcal sera bien gardé.

Repenser nos luttes

La lutte féministe doit se politiser et s’internationaliser car les leviers de la libération ne sont pas à chercher en soi uniquement, la persistance des inégalités a une explication logique dans l’organisation globale de nos sociétés. Des pistes nombreuses se présentent pour orienter une lutte efficace et solidaire entre les exploitées. Le féminisme n’est pas réductible à une seule définition et pour nous qui voulons la destruction du capitalisme et l’anéantissement du patriarcat il s’agit d’orienter les axes de la lutte de manière à atteindre les causes de l’asservissement des femmes dans le monde.
L’internationalisme a été une composante du mouvement des femmes mais il s’est mué en soutien compassionnel pour les souffrances endurées par les ‘autres’ femmes et non en une lutte solidaire contre les mêmes causes entraînant les mêmes effets sous toute latitude. La mondialisation économique a mis en selle un nouvel ordre colonial qui exploite les richesses en jetant les populations dans la pauvreté et s’appuie si nécessaire sur les guerres pour mieux asservir des pays entiers. Et ce sont les femmes tout au bas de l’échelle qui perdent le peu qu’elles avaient pendant qu’ici on maintient une paix sociale sur le dos de l’assignation des femmes. L’égalité des droits et des revenus est une revendication valable pour toutes les femmes de la planète. A propos des violences faites aux femmes il faut aussi dépasser le cadre domestique ou celui du viol pour dénoncer la violence des instances économiques internationales : Banque Mondiale, FMI,… ; la violence des projets de développement ; celle des guerres et ingérences militaires pour instaurer un ordre économique favorable aux grandes puissances. Se mêler des affaires internationales, dites étrangères, demander des comptes sur les options armées dans la résolution des conflits, articuler la lutte des femmes autour des responsables de l’ordre du monde et sortir du constat amer de nos défaites pour envisager la lutte à la source des inégalités, cela pourrait être des axes de lutte à décliner ici contre nos dirigeants. L’internationalisme est inévitable tant la condition féminine se répète partout dans le monde, lutter contre l’exploitation des femmes du tiers-monde qui fabriquent les produits consommés ici doit être un objectif qui conjugue libération des femmes et affranchissement du prolétariat. La liste est longue de la convergence des luttes entre les exploité-es des pays industrialisés et des pays du tiers-monde ou émergents, tant est semblable la soumission des femmes au diktat de la performance, de la beauté, de la reproduction, de la consommation, des violences privées et publiques, etc. La division des femmes sert le pouvoir et entretient les mécanismes de l’exploitation féminine, il faut s’en affranchir en pensant au-delà de notre propre environnement ce qui n’empêchera pas de poursuivre les luttes mais plus collectivement et hors des frontières féministes ou physiques, en déclinant à la base la lutte de classe incontournable à toute libération.

Que de nombreuses femmes subissent dans leur corps la domination masculine doit nous interroger non sur leur faiblesse mais sur cette domination. Ce qui la maintient en place malgré tout, ce qui la perpétue, ce qui ne permet pas de s’émanciper de son genre, de rester assignée à un déterminisme biologique même et surtout (paradoxalement) quand on le transgresse.

Chantal - OCL Toulouse,
juin 2014

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