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Courant Alternatif 301 juin 2020

Courant Alternatif 301 de juin 2020 est sorti

samedi 6 juin 2020, par OCL Reims


EDITO ►PAGE 3
CORONAVIRUS
►PAGES 4/7 Corona et crise économique
►PAGES 8/9 Traçage des contacts... Fichage évidemment
HUMEUR
►PAGES 10/11 Les lendemains chanteront-ils ?
SANS FRONTIÈRE
►PAGES 12/14 En résistance
►PAGE 15 Qui sommes-nous ?
►PAGES 16/17 Programme des rencontres du Quercy
VERTEMENT ECOLO
►PAGES 18/19
MÉMOIRE SOCIALE
►PAGES 20/21 Luttes de migrantes en France
BIG BROTHER
►PAGES 22/23
DOSSIER : ÉDUCATION NATIONALE
►PAGES 24/26 Quelques éléments sur la privatisation de l’éducation nationale
►PAGES 27/29 Le risque zéro n’extiste pas !
►PAGE 30 Enseignement à distance et fracture numérique
►PAGE 31 ZAD
►PAGE 32 Autocollants et brochures

Edito
UNE CRISE PEUT EN PRÉPARER D’AUTRES…

Début juin, la crise sanitaire du Covid 19 commence à retomber : baisse continue des cas graves, fin progressive du confinement et des limitations de déplacement personnel, réouverture de la plupart des entreprises et lieux de consommation. Selon la banque de France (1), l’activité économique de l’Hexagone aurait baissé de 32 % la dernière quinzaine de mars, et de 28 % au mois d’avril (sous réserves d’une telle approximation). Ce qui démontre un maintien important de l’activité (1/4 en télétravail, 1/4 dans les services indispensables) contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, avec des rues silencieuses et des lieux publics déserts. Ce bouleversement temporaire de la pandémie a démontré par défaut une « plasticité » de la vie publique, à la fois la fragilité vitale des plus précaires et des plus faibles, mais aussi que la « normalité » inéluctable et impérieuse pouvait s’effacer à l’échelle d’une ville, d’un état, d’un continent… Donc tout peut s’arrêter !?

Pendant ce confinement, sans vie sociale, nous avons aussi fait l’expérience d’une médiatisation omniprésente et obsessionnelle, concentrée sur la pandémie, avec la répétition quotidienne du décompte des contaminés et des morts et des difficultés des soignant-e-s, « sidérant » une population impuissante face à une administration débile et toute puissante à la fois. Les médias ont participé ainsi à obtenir un consentement et une observance volontaires du confinement, en plus des contrôles policiers et militaires. Si la surveillance n’a pas atteint le niveau d’israël et de la Chine, pistant leurs citoyens electroniquement, l’état français a expérimenté grandeur nature la mise sous contrôle étroit de sa population, ce qui arriverait en cas d’un accident industriel ou nucléaire majeur par exemple. L’interdiction d’accès aux lieux naturels - forêts, rivages, montagnes - déserts dénués de virus illustre bien ce verrouillage des activités individuelles. « Entassez vous dans vos appartements devant vos écrans, et pas question de flâner ou de jouir de l’arrêt de l’économie ! »

Simultanément à la pandémie, une crise financière a balayé les bourses mondiales de février à mars, avec plusieurs krachs . Parmi d’autres, le géant des fonds de placements financiers Blackrock, censé gérer plus de 6000 milliards de dollars, a ainsi enregistré une baisse de valeur de 1000 milliards. Il s’en remettra : trop gros pour couler ! Cette crise financière attribuée au Covid 19 était pronostiquée depuis de longues années avec des pratiques bancaires peu modifiées depuis la crise des supprimes de 2008. Le shadow banking (l’activité bancaire de l’ombre) avait repris de plus belle à la City, contournant les barrières de sécurité. Les taux d’intérêt faibles ou même négatifs ont amené un endettement des entreprises et des états, dans l’euphorie de bénéfices astronomiques.

Aujourd’hui, la crise sociale se précise ; si la pandémie en est le déclencheur avec le ralentissement économique induit, ce sont plutôt les erreurs de stratégie - comme celles d’un Carlos Goshn - et d’investissement d’entreprises que certains salarié-e-s vont payer cher : Renault évoque 14000 licenciements dont 4000 en France (en page de couverture, photo de la manifestation du 30 mai à Maubeuge contre la fermeture annoncée de l’usine locale). Le chômage partiel, payé par l’Etat pour soutenir la consommation et atténuer les tensions, va cesser. Un certain nombre d’entreprises fragilisées par le ralentissement économique (surtout les petites) vont fermer ou licencier. Le nombre des chômeurs toutes catégories atteint plus de 6 millions fin avril et tout annonce une hausse importante du chômage, alors que les conditions d’indemnisation ont été dégradées avec la nouvelle loi d’indemnisation adoptée en automne au son du 49-3.

Last but not least, la situation internationale connaît une relance des contestations populaires, un temps sous l’éteignoir de la pandémie. Du Chili à Hong-Kong, du Liban à l’Inde, les remises en cause des revenus, libertés, droits du travail et conditions de vie, par des gouvernements de plus en plus autoritaires produisent des révoltes massives. L’agitation mondiale déployée courant 2019 reprend, même si certains états ont profité du confinement pour réprimer et soustraire des figures des mouvements, comme en Algérie pour le Hirak. Sur un registre différent, même les USA connaissent en cette fin mai une flambée de contestation anti raciste dans 75 villes à travers les USA, avec affrontements et pillages, arrestations, blessés et morts, suite à l’assassinat d’un afro-américain par un policier blanc dans un contexte explosif : le chômage de masse (25 millions sans droits d’indemnité) touche justement proportionnellement plus les minorités noire et latino alors que la pandémie longtemps ignorée par Trump ravage le pays.

Il ya donc crise sanitaire, financière, économique, sociale et politique. Le Capital va devoir innover : course en avant, bouleverser des hiérarchies obsolètes (la Chine devant les USA ?), forcer le passage pour repousser les contraintes par tous les moyens, la guerre si besoin. On voit déjà des vieux projets industriels réapparaître, comme par exemple ces mines d’or à ciel ouvert de la forêt guyannaise pour lesquelles le préfet local a signé au mépris total des populations locales. L’agro-industrie hexagonale a aussi joyeusement piétiné les quelques freins légaux à son activité pendant le confinement, au nom de l’impératif du ravitaillement des populations, mais aussi de l’exportation, de la compétitivité, de l’excellence…
Face à des appareils d’état recourant à une violence professionnelle croissante sur leurs populations, la tentation de l’escalade stérile grandit. La mémoire d’impasses historiques toujours non soldées devrait peut-être inciter à la créativité et l’horizontalité des pratiques de luttes plutôt qu’à un avant-gardisme même repeint au goût du jour, hors sol et volontariste.
Actuellement, les mouvements sociaux issus des deux dernières années (loi travail, gilets jaunes, retraites, hospitaliers…) cherchent à rebondir après la pandémie. Le 30 mai à Paris (cf photo p1), plus de 7000 migrants et sans papiers sont passés à l’action en auto organisation. Ils ont défié l’interdiction du préfet Lallemand au nom de la loi de sécurité sanitaire qui verrouille toujours la vie politique, pour justement pointer leurs conditions de vie inacceptables du point de vue sanitaire, administratif et humain !
Le 16 juin prochain, une « journée de mobilisation pour l’hôpital contre le retour à l’anormale » regroupera unitairement les coordinations inter-urgences, -blocs, -hôpitaux, CGT,SUD,UNSA, médecins urgentistes, psychiatrie. Là-aussi comme les migrants, la mobilisation pointera le double discours du pouvoir. Officiellement Macron annonce mielleusement une réparation contrite des excès néolibéraux dans la Santé comme par exemple le réajustement salarial des infirmières. En vérité l’Etat joue sur les mots dans les mesures annoncées et perpétue obstinément la même logique d’économie et de rentabilisation, qui vient de plonger les soignant-e-s et les malades dans trois mois infernaux, avec un bilan et des pénuries dignes d’une république bananière. Les soignantes et leurs soutiens vont-elles ouvrir une brèche dans le rapport de forces Etat-mouvements sociaux, permettant à ceux-ci de s’engouffrer ? Les repères, pratiques et réflexes collectifs n’ont-ils pas été trop bouleversés par la pandémie, pour ne pas nécessiter un temps de maturation collective avant un rebond des luttes ? Les crises superposées vont-elles accélérer les dynamiques collectives, locale et internationale. Les débuts de solutions restent à expérimenter, comme les vaccins, avec une bonne piqure de rappel.
Nantes, le 31 mai 20.

1)https://www.banque-france.fr/statis...

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