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Luttes de libération nationale

mardi 8 septembre 2009, par OCLibertaire

L’OCL est souvent décriée pour ses positions en faveur des luttes de libération nationale, en vertu d’un principe qui voudrait que révolution et nationalisme soient incompatibles... Petit retour sur cette question. Ce texte est une version développée de celui qui figure dans le 4 pages de présentation de l’OCL


Alors que le capitalisme s’internationalise toujours davantage et tend à homogénéiser les modes de vie, à transformer en marchandises toutes les activités humaines, les hommes, eux, tendent à l’inverse à s’orienter vers une redécouverte de leurs identités constitutives (fictives ou réelles, ou les deux à la fois).
Ce furent les luttes anticolonialistes et anti-impérialistes depuis la fin de la seconde guerre mondiale en Amérique latine, en Afrique ou en Asie. Ce furent ensuite les luttes identitaires ou indépendantistes au cœur des métropoles impérialistes d’Amérique et d’Europe. C’est maintenant l’apparition sur le devant de la scène de multiples peuples issus de l’ex-empire soviétique. Ce sera bientôt, n’en doutons pas, le cas en Chine et dans le sous continent indien... en attendant que les frontières africaines issues de l’ère coloniale, tirées au cordeau, n’explosent.
Les mouvements qui surgissent depuis quelques années sont le plus souvent taxés de réactionnaires. Indiquent-ils un retour de l’humanité vers une sorte de barbarie où les affrontements nationalistes damneraient le pion à tous les espoirs de paix, d’égalite, de socialisme ou au contraire sont-ils porteurs d’immenses espoirs de voir se redéfinir le monde vers des dynamiques contraires à celles du capitalisme et à l’exploitation de l’homme par l’homme ? Ni l’un ni l’autre vraisemblablement.

Nombre de mouvements des années 60 étaient souvent, à gauche, parés de toutes les vertus. Le tiersmondisme fut alors une idéologie développée par une certaine extrême gauche qui, sous l’influence des révolutions chinoise et cubaine, du fait de la stratégie de non alignement de la Yougoslavie titiste, et en raison des modifications des structures de classes en Occident durant les Trente glorieuses, furent amenées à considérer les pays du tiers monde, et plus particulièrement les mouvements populaires de libération nationale comme LE nouveau sujet révolutionnaire. Une sorte de substitut au prolétariat, unique agent de la révolution dans la vulgate marxiste. Cette analyse tiersmondiste conduisit alors nombre d’organisations à un alignement inconditionnel sur les mouvements de libération au Sud : Cuba, Algérie, Vietnam, Cambodge, Salvador, Nicaragua...
L’OCL a toujours critiqué cette tendance et, dans tous les cas, notre soutien à certaines luttes de libération nationale n’est jamais inconditionnel et prend soin de distinguer entre des directions et des mouvements, entre des Etats et des peuples ; est attentif en premier lieu au contenu de ces luttes quant à l’émancipation sociale et non pas seulement nationale ; essaye de comprendre que comme dans tout mouvement il y a des tendances plus intéressantes que d’autres et des rapports de forces entre elles.
Nous n’avons donc pas de positions tiersmondistes, mais des positions anti-impérialistes.

Le concept de Nation ne peut se réduire ni à une notion juridique, ni à un espace borné, et encore moins à un Etat. La Nation c’est tout simplement un ensemble de gens qui se reconnaissent comme y appartenant (souvent on est conscient d’une appartenance lorsque celle-ci est attaquée ou niée). Les éléments qui constituent cette auto-reconnaissance sont, au sens large, la culture. Ils sont très divers et vont de l’organisation sociale aux simples habitudes, de la langue à la religion, du mode de vie au mode de production, des références historiques à la reconnaissance d’un espace géographique... C’est une référence collective composée de la totalité ou d’une partie seulement de ces éléments. C’est une communauté d’individus présentant un certain nombre de points communs à un moment donné, mais qui se situe également et simultanément dans le temps (l’histoire, le présent, le passé et l’avenir) et l’espace.

Si nous sommes solidaires ou participons à certaines luttes de libération nationales ce n’est pas par goût particulier du nationalisme, au contraire, mais parce qu’elles participent au combat pour la réappropriation d’un pouvoir dans l’espace où vivent les gens (ce sont des luttes pour la souveraineté). Les dynamiques de Luttes de libération nationales peuvent placer les gens dans un rapport d’ouverture avec l’extérioeur, d’attente des autres, d’échange, de débat, qui ouvrent des perspectives autant internationalistes que nationalistes.

Ces luttes sont traversées de contradictions et développent un aspect beaucoup plus global, plus politique, que bien d’autres luttes enfermées dans le carcan de leurs spécificités donc plus facile à neutraliser. Le point limite des luttes de libération nationale, c’est bien sûr celui où l’affirmation de l’appartenance se retourne en une logique d’exclusion. Cette réversibilité dans la non appartenance est contenue virtuellement dans la logique de l’appartenance. C’est sur ce point limite là que la vigilance doit s’exercer, et pour cela, se nourrir d’autres valeurs comme l’égalité, la solidarité, le droit au refuge, à la libre circulation des individus, l’internationalisme.

Il y a quelques axes stratégiques à défendre dans une lutte de libération nationale comme dans l’éventuel soutien que nous pouvons lui apporter, au-delà, bien entendu de la liquidation de la domination étrangère.

• Libération nationale et sociale :

Une position de classe dans la lutte.

  • Défendre l’idée que la libération ne passe pas par l’installation d’une bourgeoisie nationale mais par une réorganisation de la vie sociale et de la production orientées vers la satisfaction des besoins exprimés par les classes exploitées et non en fonction des “impératifs” du marché et du profit.
    - Combattre les tactiques d’intégration dans les institutions et préserver l’autonomie des structures de contre-pouvoir qui se mettent en place.
  • Combattre les formes de revendications ou de luttes qui tendraient à renforcer le poids d’une future ou actuelle bourgeoisie, ou des notables.

• Libération à caractère libertaire :

  • Favoriser le poids des structures populaire de base au détriment des partis.
  • Maintenir la lutte armée, si elle existe, dans un rôle de prolongement des luttes sociales, culturelles et politiques, et veiller à ce qu’elle n’acquiert pas un rôle de direction.
  • Lutte pour que l’appartenance volontaire à la lutte remplace les liens du sang, par définition interclassistes. Favoriser dans le lien d’appartenance ce qui s’acquiert (langue, lutte...) au détriment de ce qui est donné (race, filiation...).

Organisation communiste libertaire

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3 Messages

  • Luttes de libération nationale

    28 octobre 2009 20:28, par Txakal basque

    Content de vous avoir découvert ! Il y a longtemps que je n’avais lu quelque chose d’aussi sensé !

    Merci.

    Aurrera bolie ! Avanti Populo ! Venceremos !

    Voir en ligne : http://xarlo.over-blog.com

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  • Luttes de libération nationale

    15 juin 2011 21:55

    Même si j’aurais tendance à penser aussi que les luttes de libération nationale peuvent avoir des aspects émancipateurs, je n’aborderais pas du tout le sujet sous le même angle. La nation reste un boulet, un héritage non choisi, et qui nous unit malgré nous... Et pour ce qui est des "nations non reconnues", elles ne peuvent avoir un projet libertaire si elles sont portées par le nationalisme. J’ai de la sympathie pour nos camarades basques (notamment) mais cette chose simple ne quittera jamais mon esprit : lorsqu’on construit des cases, on construit des hiérarchies.

    Et vouloir construire une nation, c’est vouloir aliéner un peuple de la même façon que lorsqu’on demande à celui-ci de s’intégrer. La libre association pour défendre une langue, une culture et un peuple réprimé, oui, mais la constitution d’un nouvel Etat avec ses lois et ses normes, non.

    C’est toute la différence entre cette france qui chantait la marseillaise à l’unisson pour jarter son roi et celle qui frappait à l’école les petits bretons qui ne parlaient pas français...

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    • Luttes de libération nationale 3 juillet 11:54, par TP

      Le problème consiste dans l’interprétation que vous faites de la nation. Soit vous abordez la nation comme une communauté ethnoculturelle ; soit vous l’abordez dans sa dimension politique. Préférant de loin la seconde version, cela signifie que vous pouvez défendre l’idée qu’il faille des communautés politiques souveraines de leurs interdépendances et qui peuvent très bien porter un projet politique de reconnaissance de la diversité et de l’enrichissement interculturel. Le problème de la mauvaise interprétation de la question nationale en France provient du fait que l’idée d’une nation politique avec libre adhésion a progressivement été remplacée par la première vision à l’aide d’un ensemble discursif faussement universaliste objectivant la domination linguistique et culturelle française.
      J’entends les camarades qui s’insurgent contre l’idée de créer de nouvelles frontières, de nouvelles structures, de nouvelles nations, etc. D’un point de vue radical, je les rejoins assez largement. Mais je leur ferais pragmatiquement remarquer que refuser la création d’une nouvelle frontière est en réalité accepter le traçage existant. Refuser l’émergence d’une nouvelle communauté politique, c’est accepter la domination nationale existante. On ne peut sérieusement évaluer les propositions de sociétés futures qu’au regard des dominations existantes. Cela suppose donc de ne pas faire l’économie de penser ces dominations, y compris celles auxquelles nous participons malgré nous, lorsque l’on regarde les prétentions à la libération des autres. Du reste, il n’y a probablement personne de mieux placé que les militantes et militants de ces luttes pour savoir ce que signifie réellement une frontière étatique.
      Pour terminer, je rajouterai que l’objectif d’obtention d’une société d’émancipation individuelle et collective, d’une société de fédération de communautés politiques souveraines de taille humaine ; fait des luttes d’émancipation nationales à la fois des fins radicales et des moyens pragmatiques, qu’il est néanmoins nécessaire de questionner constamment, car ici également, comme dans beaucoup d’autres luttes, il s’agit bien plus d’un processus graduel que d’un programme total et définitif.

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