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Courant alternatif 307 février 2021

PANDEMIE ET CAPITALISME

lundi 22 février 2021, par admi2

La pandémie a révélé et précipité une situation économique déjà contenue en germe dans la période précédente, une situation de stagnation chronique, de perte de productivité du système capitaliste.
Mais la diffusion du coronavirus joue le rôle d’accélérateur dans les restructurations et concentrations des entreprises, car celles-ci découlent avant tout de la logique capitaliste.
L’état d’urgence sanitaire donne tous les pouvoirs à Macron, qui en profite non seulement pour renforcer l’appareil répressif mais aussi pour afficher sans fard ses visées économiques et son empressement auprès des patrons et des riches...
Et puis, le contexte est utile pour renouer avec l’idée que le retour à la croissance est le seul objectif possible, - on oublie ses dégâts sur le plan social et environnemental- grâce à l’effort national de tous.tes (travailler plus et gagner moins/ Métro/boulot/dodo/ numérique /Le "culturel" ainsi que tout ce qui contribue à la convivialité et à la sociabilité passés à la trappe) pour que la France reste "compétitive" et retrouve le « niveau d’avant ».
Quant aux secteurs technologiques "innovants" et nuisibles - numérique (Encart 1), 5G, robotique, nucléaire etc.., ils ont le vent en poupe et le Covid a le "mérite" d’en accélérer le développement industriel.


PANDEMIE ET CAPITALISME

Aides aux entreprises - Les patrons se gavent

Dans son allocution du nouvel an, Macron revenait sur ce fameux « quoi qu’il en coûte » pour justifier d’une part les 100 milliards d’euros versés dans le cadre d’un hypothétique « plan de relance » - un véritable chèque en blanc sans aucune contrepartie, aucun contrôle -, et d’autre part les 20 milliards d’euros d’aides d’urgences supplémentaires annoncés dans le budget 2021. A aucun moment cependant il n’est précisé : « quoi qu’il en coûte à qui ? » et « quoi qu’il en coûte au bénéfice de qui ? » Si les milliards pleuvent, ce n’est pas partout, et pas pour tout le monde. Ce sont tout particulièrement les grandes entreprises qui sont servies, l’Etat mettant évidemment ses ressources au service des intérêts du secteur privé et de l’accumulation du capital. Sans rien exiger en retour autre que des « engagements volontaires ».
Outre les subventions déjà existantes comme le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et le crédit impôt-recherche, les grands groupes ont empoché des dizaines de milliards d’euros depuis le début de la pandémie : aides de l’État pour payer le chômage partiel, exonérations ou reports de paiements de cotisations sociales, etc.... Cela va de pair avec la poursuite de la diminution des budgets des services publics et la reprise prochaine des réformes abaissant la protection sociale (assurance chômage, sécurité sociale, retraites..)
Les centaines de milliards dépensés par l’Etat au nom du sauvetage de l’économie et de l’emploi ont surtout donné un répit à la machine à profits. Toutes les entreprises du CAC 40 (1) ont ainsi perçu une aide importante liée à la pandémie sans aucune conditionnalité, alors que leurs bénéfices ne cessent d’augmenter.
L’arrosage de subventions et de prêts garantis pour retarder la casse sociale n’empêche cependant pas fermetures d’usines et/ou licenciements. Les capitalistes et les actionnaires aux coffres-forts bien remplis pour faire face au coronavirus et aux conséquences sur leurs dividendes ont choisi la restructuration des entreprises, les licenciements massifs, les Plans de licenciements dits de "Sauvegarde de l’Emploi" (PSE) et autres Accords de Performance Collective (APC).
Ces entreprises qui ont reçu ces milliards, et qui sont par ailleurs en bonne santé financière, annoncent des milliers de licenciements et des délocalisations. Michelin supprime en France 2300 postes d’ici 2023 (plus de 10 % de ses effectifs en France), après Bridgeston, Renault, Total, Sanofi (Encart 2), Airbus, Safran, Cargill, Danone, Schneider Electric, General Electric (13 000 suppressions d’emplois dans le monde et un bonus de 38,5 millions d’euros promis au PDG), etc... Dans l’aéronautique en France, qui a bénéficié d’un premier plan de 15 milliards, 30 000 emplois ont été supprimés... mais le PDG de Safran, que le cynisme n’étouffe pas, y voit au contraire le sauvetage de 30 000 emplois, puisque, dit-il, avant les aides du gouvernement, ce sont 60 000 emplois qui étaient menacés !

Les salarié.es trinquent - Précarité et pauvreté s’accentuent

Alors que le CAC40 réalise son meilleur chiffre depuis 30 ans, la crise sanitaire du Covid19 a décomplexé les patrons de manière inédite. Avec la complicité du gouvernement, ils licencient à tour de bras et les chiffres de 2020 sont éloquents et dévastateurs. De mars à décembre 2020, 700 plans de plus de 10 licenciements ont été enregistrés visant à plus de 75 000 ruptures de contrats de travail, trois fois plus que dans la même période en 2019. A cela, il faut ajouter 5 800 procédures de licenciement collectif pour motif économique hors PSE,- et la liste n’a cessé de s’allonger depuis - (statistiques du ministère du travail - Dares). Sans compter la suppression massive de postes dans les hôpitaux et les services publics. Ces chiffres concernent les salarié.es en CDI et ne disent rien des plusieurs dizaines de milliers d’intérimaires, de travailleur.ses précaires qui ont été renvoyés dès le début. Rien non plus des innombrables jeunes à la recherche d’un premier emploi ou d’un simple job pour payer leurs études. Sans oublier les travailleur.ses indépendant.es, petits commerçants, artisans, agriculteurs qui ont déjà mis la clé sous la porte ou en sont menacés. Une nouvelle flambée du chômage semble inévitable à court terme, notamment parce que les différentes mesures de soutien vont être supprimées pour de nombreuses entreprises. Ce sont les petites qui seront les plus touchées et leurs salarié.es par centaines de milliers. Cette tendance a déjà commencé depuis le début de la pandémie, mais elle devrait s’accélérer brutalement.
La classe ouvrière paie lourdement les conséquences de la crise économique historique du capitalisme dont la violence et la vitesse sont augmentées depuis l’apparition de l’épidémie de COVID-19. Des millions de femmes, d’hommes, d’enfants, sont confrontés au chômage, à la précarité, à la pauvreté et à la faim. Jugeons-en par ces chiffres de 2020 :
Un rapport de la Confédération européenne des syndicats (CES) indique que la pauvreté au travail a augmenté dans 16 des 27 Etats membres de l’Union européenne. Les travailleur.ses pauvres y représentent aujourd’hui en moyenne 12 % des salarié.es.
En France, on estime à plus de 10 millions le nombre de ceux.celles qui sont sous le seuil de pauvreté (-1000 euros par mois). La part des travailleur.ses pauvres est passée en 2020 de 6,5 à 7,1 %. Soit une progression de 9 %.
8 millions de personnes, soit 12 % de la population, ont recours à l’aide alimentaire ;
2 millions de personnes survivent grâce au Revenu de Solidarité Active (RSA, 564 euros/mois) ; 57 % des allocataires du RSA sont des femmes ; 85 % des familles monoparentales pauvres sont des femmes qui élèvent seules leur.s enfant.s ;
300 000 personnes sont sans-abri (sans domicile fixe), soit un doublement depuis 2012 ;
1 million de nouveaux chômeur.ses ont été recensés en moins d’un an, soit 6,5 millions de chômeur.ses (ou 10% de la population active, selon les chiffres officiels) ;
Le taux de chômage des jeunes est de 21 %. Entre le troisième trimestre 2019 et la même période de 2020, le nombre de chômeur.ses de moins de 24 ans a bondi de 16 %. Quant au taux d’emploi, il a quatre fois plus reculé dans cette catégorie que pour l’ensemble de la population.
Ce n’est évidemment pas la violence du système capitaliste qui est pointée du doigt par le pouvoir et les médias ; c’est la pandémie qui est présentée comme la seule responsable. Depuis des mois, les gouvernants (2) et les médias martèlent que l’avenir sera difficile, que les jeunes souffrent et vont souffrir, que c’est inéluctable… parce que dû à la crise sanitaire. Cette incitation à accepter la situation comme dépassant le cadre du système capitaliste (celui-ci n’en est pas responsable, ou pas tellement et indirectement) est une façon de nous le faire accepter.

Des entraves à la mobilisation sociale et aux dynamiques collectives

Les fermetures d’entreprises, licenciements, etc., peuvent s’effectuer d’autant plus facilement que les gens sont enfermés à la maison, que s’imposent l’isolement et la distanciation des liens sociaux, et que les manifestations sont rendues peu évidentes à cause de la pandémie : contraintes administratives pour circuler, dispositifs sécuritaires sans fin qui entravent échanges, espaces de discussion et potentiel d’actions collectives.
Entre le confinement, le chômage partiel ou le télétravail, les salarié.es, qui ont intégré la dureté de la récession, semblent tétanisé.es, malgré la violence de la crise.
Il est dur de se mobiliser dans ce contexte. Comment mobiliser alors que beaucoup sont en télétravail ? A quoi bon cesser le travail quand on est au chômage partiel ou que l’entreprise menace d’arrêter sa production ? Quelle latitude, en période de confinement et de couvre-feu, de porter son combat sur la place publique ?
La peur, celle du risque sanitaire, des contrôles et des violences de la police, est un outil efficace de domestication. Peur aussi de se faire remarquer par trop de contestation, de déprécier son CV et, en période de chômage de masse, de ne pas retrouver de travail. Et résignation également, par conscience d’être privé toujours plus de maîtrise sur sa vie et par manque de perspective et d’alternative. Il y a un vrai risque de s’enliser dans les habitudes d’un contrôle social présenté comme étant « pour notre bien », dans une logique accentuée de recherche de protection face au risque quel qu’il soit, avec une demande adressée à l’Etat pour qu’il assure cette protection mieux qu’il ne le fait. Ceci dans un contexte où la violence du système capitaliste est comme reléguée au second plan par la pandémie, qui apparaît comme la seule ennemie commune à tous.
Et si défiance et colère vis-à-vis des autorités sont fortes au sein de la population, et s’expriment aussi chez les commerçants, artisans et petits entrepreneurs, il est important qu’elles se cristallisent sur des bases de classe et évitent la confrontation peu réjouissante peuple contre élites ou le débouché sur des thèses complotistes.

Des résistances cependant

Pour l’heure, presque tout se passe à bas bruit. Il n’y a pas de mobilisation spectaculaire et massive et rares sont les longues occupations d’usine.
Dans les boîtes qui licencient, ou qui jouent sur la diminution des salaires, la flexibilité des horaires..., la colère est sourde, pas forcément visible, mais très présente. Certes, pour le moment, la mobilisation est modeste. Des mouvements sporadiques, des foyers de contestation surgissent ici et là dans des entreprises menacées par un plan social ou dans des secteurs professionnels. Mais le plus souvent ces mobilisations restent dispersées, localisées à l’entreprise concernée.
Grèves, pour exiger des primes, comme à Ikea ; ou pour des augmentations de salaire (coursiers, agents des écoles ; travailleurs de l’entrepôt STEF de Montauban ; grèves contre des licenciements ou pour des plans sociaux plus favorables (General Electric ; usine de verre de Cognac, usine Delpierre-Bas Rhin) ; ou contre des projets de privatisation RATP, EDF ; contre la suppression de postes (raffinerie Total de Grandpuits - cf Encart 3) ; Schneider Electric, avec la grève des salariés de Lattes, au sud de Montpellier contre l’arrêt définitif du site, alors que le groupe est bénéficiaire de 2,4 milliards d’euros en 2019, et qu’il investit en Hongrie avant même d’avoir finalisé le PSE)...

Vers plus de tensions sociales ?

Des manifestations résiduelles mais tenaces ont persisté, cet automne et ce début d’hiver, sur tout le territoire. Elles ont porté plutôt sur des thèmes globaux de société, assez idéologiques : respect des libertés, climat, anti-racisme, solidarité avec les migrant.es, contre les violences policières... On y a observé le retour, dans une certaine mesure, des GJ, et la présence assez importante de jeunes. Ces occupations de la rue, qui transgressent les contraintes et interdits de l’"urgence sanitaire" peuvent apparaître, comme des actes de résistance... Mais ces mobilisations ne sont-elles pas le fait de personnes qui n’en peuvent plus de leur quotidien plutôt que d’un mouvement qui tend à s’organiser ?
Certes, les manifestations contre la loi sécurité globale constituent une relativement bonne surprise en montrant qu’il y a des personnes déterminées à manifester leur colère. Mais elles restent bien en deçà des réactions qu’on pourrait attendre face à la politique hypersécuritaire qu’installe le gouvernement en profitant de la pandémie. Au fil des samedis, les partis et syndicats gèrent et encadrent de plus en plus ces mobilisations, qui se font d’ailleurs moins massives, tandis que la police s’emploie à décourager de manifester. Entre ces deux pressions, on imagine mal que ce mouvement puisse durer…même si la coordination contre la loi Sécurité globale appelle à manifester le 30 janvier...
A partir de la mi-janvier, on assiste à de nombreux mouvements de grève et à un nombre important d’appels à manifester.
Le 19 janvier, plus d’un agent sur quatre était à nouveau en grève chez EDF contre le projet Hercule destiné à démanteler et privatiser en partie l’entreprise, et une nouvelle journée d’action est prévue le 28 janvier. Le 21 janvier, le monde de la santé et de l’action sociale s’est rassemblé pour réclamer des revalorisations salariales. La veille, des étudiant.es sont descendus dans la rue afin de dénoncer les conséquences de la crise sanitaire sur leur vie quotidienne. Le 23 janvier, une manifestation nationale contre les licenciements s’est déroulée à Paris à l’appel de la CGT du voyagiste TUI (4). Le 26 janvier, ce sont les enseignant.es et les personnels de l’éducation qui sont appelés à cesser le travail. Le 19 janvier, les assistant.es d’éducation, particulièrement précarisés, se sont à nouveau mobilisés, après une première journée de grève en décembre. Enfin, le 4 février, une journée de mobilisation interprofessionnelle est organisée par la CGT, Solidaires, la FSU et des organisations de jeunesse, contre les licenciements, pour les salaires....
Des pistes autres que purement sectorielles, ou syndicales, sont aussi à mettre en avant et à développer. Certaines, d’ailleurs, voient le jour.
D’une part, l’appel, lancé en décembre par les salariés des TUI, à se regrouper, sous forme de coordination, pour construire une riposte commune a été entendu par de nombreuses équipes syndicales et militantes (cf. Encart 5). Cette initiative est à suivre pour voir si elle permet de faire renaître à une large échelle la conscience de la nécessité d’un mouvement d’ensemble pour faire face à la politique anti-sociale du gouvernement et du patronat.
D’autre part, dans l’aéronautique de la région occitane, l’idée de fédérer des salarié.es autour d’un collectif fait son chemin, ainsi que la volonté de se regrouper avec d’autres salarié.es de différentes entreprises. Ceci pour échapper à la mollesse, voire à la collaboration des syndicats avec le patronat.
Ainsi un "collectif de travailleurs en lutte de l’aéronautique et d’ailleurs s’est constitué récemment, à l’initiative de travailleurs qui ne donnent aucun crédit aux organisations syndicales représentatives ni aux partis politiques. Il est ouvert à toute personne qui se sent concernée et qui désire agir et lutter collectivement contre les attaques patronales et les mystifications syndicales. " Voici des extraits d’un de leurs textes : 
 " Face à l’offensive du patronat, il n’y a aucune riposte, les organisations ouvrières ne proposent rien. Les syndicats, prétendument en charge de la défense de nos intérêts signent des accords honteux sans même demander leur accord aux salariés concernés (pas d’assemblée générale, pas de consultation). Pire même, ils se mobilisent comme chez Daher, le 1 octobre, dès 6 h du matin, pour annuler une grève et bloquer les tentatives de résistance et d’auto-organisation des salariés. 
La classe des exploiteurs montre encore une fois, et ce n’est pas nouveau, sa capacité à utiliser toutes les opportunités (et le Covid en est une) pour enfoncer la classe des exploités. A nous de trouver les solutions pour y mettre un terme. La création de collectifs autonomes, de comités de lutte réellement indépendants, peut être un moyen, même si on sait que la tâche sera rude et longue."
Le gouvernement s’inquiète d’un risque de tensions sociales au printemps, au moment de la fin des aides, ou plus tard quand le couvercle sanitaire sera levé. Que la colère sociale ne soit pas circonscrite à tel ou tel endroit, ou tel ou tel secteur, qu’elle ne soit pas canalisée par les syndicats, c’est de cela dont ont peur les patrons et le gouvernement. à notre souhait pour, plus que de changer ce monde, virer les capitalistes !

16/01 - CJ Sud-Ouest

Notes :
1 - Les bénéfices des grandes entreprises du CAC 40 et les dividendes explosent et les fortunes des milliardaires s’envolent. A titre indicatif, le salaire moyen des patrons du CAC 40 est de 5,5 millions d’euros environ par an. En 2020, ils ont distribué 30,3 milliards de dividendes..
2- Le ministre de l’économie Le Maire n’a pas laissé planer de doute sur le fait que la crise va durer. « Nous avons devant nous un virus qui persiste, a-t-il dit, le 7 janvier, lors d’un échange avec l’Institut Montaigne. Nous aurons plus de faillites en 2021 qu’en 2020 (…), nous avons une transition sur l’emploi qui va se solder par des destructions d’emplois pendant un certain temps et qui vont être difficiles à amortir. »
Et selon l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), de nombreuses entreprises qui ont pu éviter la faillite en 2020 grâce aux aides de l’Etat ne pourront y échapper en 2021. 180 000 emplois seraient menacés par les faillites à venir en 2021.
3- Le 17 novembre, Castex formait le vœu que « le télétravail survive à la crise. Bien sûr, on ne pourra pas télétravailler tout le temps, mais nous avons soulevé un chantier qui doit progresser ».
4- TUI est un grand voyagiste européen regroupant les marques françaises : Nouvelles Frontières, Marmara, Look Voyages, Passion des îles, Aventuria... Toutes disparues à ce jour à coups de rachats, plans sociaux et délocalisations, un total de 1800 salariés sacrifiés. Les travailleurs CGT de ce voyagiste ont constitué un collectif d’organisations qui a lancé, le 15 décembre, un appel à une manifestation nationale à Paris, le 23 janvier, contre tous les licenciements.


Primes à l’embauche de jeunes, bonnes à prendre pour les patrons

Fin juillet 2020, alors que le contingent annuel de 750 000 jeunes s’apprêtait à entrer sur le marché du travail, l’exécutif a lancé le plan « un jeune, une solution », doté de plus de 7 milliards d’euros, à destination des employeurs. Les primes à l’embauche jeunes (220 000 ont déjà été versées) et les aides pour les contrats d’alternance seront prolongés au delà du 31 janvier
Dans une tribune publiée dans le JDD au début de l’année 2021, trente cinq patrons lancent un appel enthousiaste : « Nous appelons à une mobilisation collective pour la jeunesse française ». Ils promettent l’embauche de 100 000 jeunes d’ici la fin du mois de janvier dans le cadre du dispositif « un jeune, une solution », une mesure qui peut rapporter aux employeurs 4000 € sur une année pleine pour une embauche à temps complet. Or, au même moment, certains des signataires altruistes de la tribune sont engagés dans des plans de licenciement. C’est le cas d’Accenture, une entreprise spécialisée dans le conseil et les technologies, décidée à réduire de 25 000 ses effectifs dans le monde. C’est aussi le cas de la Société Générale qui a annoncé début novembre la suppression de 700 nouveaux postes, après les 750 déjà supprimés en 2019. C’est encore le cas de Schneider Electric en prise avec la fermeture de deux de ses sites à Saumur (Maine-et-Loire) et Lattes (Hérault). Chez Carrefour, ce sont 3 000 départs dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective lancée en 2019. Pour le groupe BPCE, qui chapeaute la Caisse d’Épargne et la Banque Populaire, 11 000 suppressions d’emploi sont prévues. A cette liste de patrons altruistes, on peut ajouter Total, qui lui aussi licencie...Les entreprises publiques signataires de la tribune n’ont pas un meilleur bilan. Pour EDF : 7 000 « incitations au départ » entre 2017 et 2019. Pour la SNCF, 7 000 pertes d’emploi, selon son dernier bilan social 2019. Sensiblement la même chose à La Poste : moins 8 860 postes en 2019. Une aide de 4 000€ est toujours bonne à prendre !
Autre mesure "en faveur" des jeunes ou plutôt à destination des entreprises : il est prévu la signature de 440 000 contrats d’apprentissage (87 000 de plus qu’en 2019) entre juillet 2020 et février 2021 pour lesquels les entreprises touchent entre 5000 et 8000 € de financements publics.


« L’appel des TUI » - ( Travel Union International) a résonné dans les rues huppées de Paris.

Cela a été dit lors des réunions de préparation de la manif contre les licenciements du 23 janvier : « On en a marre de trimballer notre cul derrière des camions entre République et Bastille », « Il faut que la peur change de camp » ! Outre l’objectif d’unir un maximum de salarié·es en lutte contre les fermetures et les licenciements et le plus de soutiens possible, l’idée était aussi de porter la colère sous les fenêtres de celles et ceux qui sèment la misère : Assemblée nationale, ministère du travail, siège du Medef. Contre toute attente, le parcours de la manif a été accepté par la préfecture. Il faut dire que les résident·es de ces lieux ne risquaient pas d’être dérangé·es puisqu’ils et elles étaient probablement en train de skier à Courchevel. Quoi qu’il en soit, la Canaille a tâté le bitume des rues bourgeoises du 7ème arrondissement dans lesquelles ont résonné les slogans de lutte parfois anticapitalistes et toujours déterminés. Nous n’étions pas plus de 2000 personnes encadrées de toutes parts par les cognes sur le pied de guerre, mais notre cortège avait de la gueule : les salarié·es en lutte de TUI (600 licenciements sur 900 employé·es), Total Grandpuits, SKF Avallon (141 licenciements), General Electrics (753 suppressions de postes), Cargill (183 licenciements), Renault (4600 suppressions de postes), Monoprix, Sanofi, Transdev, de l’hôtellerie, du ministère du travail et de l’emploi, de La Poste, de la RATP, de l’enseignement… Les Gilets Jaunes étaient également de la partie ainsi que plusieurs variantes du trotskisme. LFI a fait son p’tit show médiatique et son champion a prôné « une interdiction des licenciements pendant toute la période de la pandémie […] ». La précision a son importance quand on sait que, pour plusieurs des sociétés qui licencient, les plans de réduction de personnel étaient prévus AVANT la pandémie. À part l’OCL, les Anars n’étaient pas légion, le mot d’ordre « Contre les licenciements » en rebutait peut-être plus d’un·e.

On peut dire que cette première échéance de « l’appel des TUI », qui s’est donc mué en appel contre les licenciements, est plutôt une réussite au vu du black-out quasi total des médias et surtout de l’absence de soutien de la confédération CGT. À ce titre, la liste des signataires est éloquente : plus de 40 syndicats de boîtes ou de secteurs CGT, quelques SUD, UNSA et FO ont signé alors que 7 fédérations de SUD et seulement 2 de la CGT l’ont fait. Quant aux confédérations, seule Solidaires a signé… La fédération CGT métallurgie n’a même pas relayé l’appel alors que de nombreuses boîtes de ce secteur liquident du personnel : Ford Blanquefort, Renault, Fonderies du Poitou, Jinjiang, Bosch Rodez, SKF etc… Un des éléments positifs de cet appel est justement qu’il est à l’initiative des syndicalistes « de base » qui ont passé outre les verrous bureaucratiques. C’est le syndicat CGT de TUI qui a fait le job que la Conf’ ne fait plus depuis longtemps (ou qu’elle court-circuite sciemment), à savoir contacter les sections syndicales des boîtes qui liquident le personnel pour unifier les forces. Que l’on se retrouve ou pas derrière le mot d’ordre « Interdiction des licenciements », ce qui est en train de se mettre en place, c’est l’unité des travailleurs et travailleuses contre celles et ceux qui les exploitent et les jettent tout en profitant grassement des subsides de l’Etat (chômage partiel, CICE, CIR, réduction de charges, aides des régions etc…). Des contacts se sont déjà noués entre les salarié.es en lutte qui ne se seraient jamais rencontré.es s’ils et elles n’avaient pas pris les choses en main. A la date de rédaction de cette brève, l’audio de bilan de la manif et d’organisation du suivi n’a pas encore eu lieu mais les luttes continuent.
Les salarié·es de la raffinerie de TOTAL Grandpuits sont en grève reconductible depuis le 4 janvier ! Sur ce site que la direction du groupe veut verdir, en le transformant en lieu de production de biocarburant tout en délocalisant le raffinage d’hydrocarbures en Afrique, 700 emplois vont être supprimés dont 500 dans la sous-traitance. Comme chez TUI, les militant·es de ce site n’ont attendu ni l’approbation des délégués centraux, ni celle de la fédération de la chimie pour engager la lutte. Ainsi, les raffineurs sont en grève active et la reconduction, comme toutes les actions, sont votées en assemblée sur le piquet devant la raffinerie. Nous sommes nombreux·ses à espérer que cette lutte exemplaire fasse tache d’huile et, dans ce but, les raffineurs nous invitent à assister à leurs AG et actions. La connexion a déjà été établie avec les TUI, SUD PTT, SUD rail, des enseignant·es, des Renault qui soutiennent cette lutte en étant présent·es lors des actions, comme le 26 janvier, devant le siège de Total à la Défense. Une caisse de grève est accessible sur internet. Contre le bulldozer de l’Etat et des patrons, c’est tou·tes ensemble qu’il faut lutter, c’est tou·tes ensemble qu’on va gagner !

Paris, le 26 janvier

Encart 1
Le COVID, une aubaine pour l’essor exponentiel du numérique

Le COVID aura favorisé tous les secteurs liés de prés ou de loin à la numérisation de l’ économie mondiale. La pandémie est devenue une aubaine pour les gouvernants (3) et les patrons de tester à grande échelle l’introduction du télétravail.
Ce choix de développement technologique répond à une optimisation économique, à une gestion avec moins d’emplois, plus de contrôles, mais induit aussi une transformation des rapports sociaux.
A nouveau, la crise permet d’accélérer les tendances principales. Des habitudes ont été prises durant le confinement : télétravail, cyber-enseignement, achats en ligne, téléconsultations, etc. A l’inverse, les "inutiles" et archaïques – secteurs et emplois en voie d’être détruits par la digitalisation – tendent à disparaître, remplacés par des machines (robots, logiciels, etc). Le virus en système capitaliste accélère l’élimination des plus faibles, humains fragiles et entreprises de la vieille économie.

Encart 2
Deux exemples : Total et Sanofi
Total a reçu, directement ou indirectement, au titre des différentes aides précitées la coquette somme de 6,93 milliards. Tout cela pour conduire au licenciement de 1 150 personnes en France, dont 700 emplois à la raffinerie de Grandpuits, et d’autres dans le monde. Total conserve toujours 168 filiales dans des paradis fiscaux et juridiques. Et, pour couronner le tout, l’entreprise a reversé à ses actionnaires près de 7 milliards, somme équivalente à l’aide sur fonds publics, dont Total n’avait aucun besoin.
En 10 ans, Sanofi s’est séparé de près de la moitié de ses chercheurs, et ce alors que l’Etat fait bénéficier le labo de 100 millions de crédit d’impôt recherche. Cette année l’entreprise a reçu une aide globale de 3,94 milliards. Et, avec cette somme, elle a procédé au licenciement de 1 000 personnes en France (1 700 dans le monde). La multinationale conserve 24 filiales dans les paradis fiscaux et juridiques. Elle a, elle aussi, été généreuse avec ses actionnaires qui ont reçu 4 milliards de dividendes.
Total et Sanofi sont deux exemples significatifs, mais la majorité des entreprises du CAC 40 a bénéficié des mêmes largesses.

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