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Courant Alternatif juin 2018

Luttes de l’immigration et contre les violences policières

jeudi 14 juin 2018, par OCL Reims

Des mobilisations importantes sont prévues tout au long du mois de juin


Une manifestation est prévue le 2 juin contre la loi asile-immigration en train d’être votée et dont nous vous avons déjà parlé dans les numéros précédents. A l’heure où ces lignes sont écrites, elle n’a pas encore eu lieu. A l’heure où vous les lirez, elle aura eu lieu et on pourra en tirer un premier bilan. On peut cependant déjà remarquer deux choses. La marche des solidarités animée par les mêmes collectifs avait été un succès important. Par contre, les « grandes organisations » ne sont toujours pas prêtes à se mobiliser de même que les associations. Plus de 70 collectifs, associations, syndicats et organisations soutiennent l’appel. Mais si on compare à la fameuse marée humaine du 26 mai dont on ne sait pas encore si elle sera une marée (mais vous le saurez quand vous lirez cet article), sur les 46 organisations qui l’ont lancée, seules six appellent à se mobiliser contre cette nouvelle loi (AL, DAL, Ecologie sociale, Ensemble !, NPA, Solidaires). Ceci est très grave. Citons un point de vue paru sur le blog de la marche des solidarités : « Toute la politique anti-migratoire repose sur l’idée « qu’on ne peut accueillir toute la misère du monde » là où la réalité est que son objectif est surtout de continuer à « piller toute la richesse du monde ». Ne pas combattre concrètement cette politique c’est laisser accréditer, au sein de notre classe et même au sein des secteurs en lutte, que le problème de fond auquel notre société est confrontée est qu’elle n’a pas ou plus les moyens de fournir revenus décents, logement, éducation, santé pour touTEs… » (1)

Pendant ce temps, la « marche de la Roya » est partie de Vintimille le 30 avril et devrait se terminer à Londres le 8 juillet. Une de ses particularités est que les marcheurs ne sont pas des migrants, et qu’une partie se déroule pendant le ramadan. Les sans-papiers ont néanmoins décidé de s’y joindre à partir de Paris, mais de façon autonome, et ce jusqu’à Londres. Une manifestation sera organisée à son arrivée à Paris le 17 juin, manifestation cette fois-ci avec les premier.e.s concerné.e.s. Elle devrait repartir le 21.

Ce mois de juin est aussi l’occasion d’une mobilisation pour l’anniversaire de la mort de Lamine Dieng le 16 juin. Il est mort menotté et étouffé dans un fourgon de police le 17 juin 2007 sous le poids de 4 policiers. Le 28 juin 2017, l’appareil judiciaire français a classé sans suite par un non lieu définitif de la cour de cassation, la mort de Lamine Dieng, « par asphyxie mécanique due aux compressions thoraciques et crâniennes ». Mais le combat continue contre les techniques policières d’immobilisation qui tuent. L’événement aura lieu rue des Amandiers dans le 20ème de 11h à 22h.

Enfin, il y a l’assassinat d’Ismaïl Deh. Ce qu’il a de terrible, c’est qu’il s’agit ici d’un tabassage à froid (cf. la rubrique big brother), un vendeur à la sauvette ne représentant aucun danger, a fortiori un vendeur à la sauvette de plus de 50 ans. Terrible aussi la coïncidence de date : tabassé le 30 avril, il est mort le 1er mai à 11h57. Tous les medias ont titré sur la violence des manifestant.e.s qui n’ont pourtant blessé personne. Qui a parlé de la mort d’Ismaïl Deh ? Ce ne serait pas une violence ? Sa mort est emblématique à la fois des violences policières et de la chasse aux sans-papiers. Ce qui s’en est suivi est aussi emblématique. Version policière immédiatement diffusée, pressions du Sénégal sur la famille pour un rapatriement immédiat du corps. Il faut savoir qu’une fois le corps rapatrié, plus aucune contre-expertise n’est possible, ce qui met fin aux possibilités juridiques pour la famille, qui s’est trouvée divisée. Deux rassemblements ont déjà eu lieu à l’appel des sans-papiers. Un premier le 11 mai à proximité du ministère de l’intérieur. Le 2ème le 18 mai devant le consulat du Sénégal. La mobilisation va sûrement continuer, mobilisation qui relève indissociablement de la lutte contre les violences policières et de la lutte pour la liberté de circulation et d’installation. Mobilisation qui met le doigt aussi sur la complicité des états africains dans le traitement de leurs ressortissant.e.s sans-papiers à qui ils doivent pourtant protection.

Ces luttes n’occupent pas le devant de la scène médiatique. Elles intéressent peu les grandes organisations et associations, pas tellement non plus le courant anarchiste. Sans doute parce qu’elles gênent à au moins deux titres. Elles mettent le doigt sur la violence raciste extrême de notre pays, sur la violence raciste de l’état que beaucoup préfèreraient ne pas voir pour des raisons diverses (non remise en cause de l’état pour les un.e.s, unité de classe pour les autres). Les « victimes » ne demandent pas aide et protection, elles s’organisent elles-mêmes, savent tenir leur propre discours politique et font appel à la solidarité, au vrai sens du terme de la solidarité de classe, une solidarité entre égaux.

(1) « Marée populaire » du 26 mai : Et le 2 juin, serez-vous là ? par Denis Godard, blog de la chapelle en lutte sur mediapart

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