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Courant Alternatif 288 mars 2019

G7 Pays Basque

dimanche 17 mars 2019, par OCL Reims

Cet article présente les premiers mois de l’organisation des acteurs.trices politiques et sociaux au Pays Basque (nord et sud) mobilisés contre la tenue du G7, prévue du 24 au 26 août prochain, à Biarritz. D’autres articles suivront, d’une part pour présenter le programme-foutage de gueule concocté par les Etats du sommet estival, d’autre part pour suivre l’évolution de la mobilisation anti G7 au Pays Basque et ailleurs.


Une plate-forme des anti G7

Dès juillet, les abertzale de gauche du Pays Basque nord et sud prenaient l’initiative d’appeler à une réunion ouverte à des militant.es de groupes politiques, de syndicats, d’associations, de collectifs de lutte. L’objectif : faire annuler ou, à défaut, perturber le G7, en le mettant sous pression ; promouvoir un autre monde, un projet tel qu’esquissé dans une plate-forme commune, des alternatives et l’autogestion ; mobiliser la population au Pays Basque tout en souhaitant renforcer les forces anticapitalistes pour l’avenir.
Une plate-forme s’est donc constituée, sur la base d’un manifeste politique (cf. texte en encart) résumant les raisons de s’opposer au G7, les orientations de ce sommet et leur dénonciation, ainsi que les axes prioritaires communs aux signataires. Ce manifeste est à la fois la base d’un travail commun entre plusieurs structures en Pays Basque et se veut un référent important dans l’organisation des mobilisations diverses à l’occasion du G7 pour tous les réseaux, mouvements, délégations extérieures qui feront le déplacement, ainsi que pour les médias. Le collectif a vocation à fonctionner comme un réseau où des actions sont organisées en commun mais où les participant.es ont la liberté de prendre leurs propres initiatives ("dans le respect des autres et en évitant les concurrences stériles"). Il travaillera dans un deuxième temps de concert avec les réseaux français, espagnols et européens qui voudront se mobiliser à cette occasion.
Si "la rupture avec la logique capitaliste basée sur l’exploitation" est le premier des axes de lutte cités dans la plate-forme, le manifeste inclut la dimension "Pays Basque" et le droit des peuples à l’autodétermination. Lancer du Pays Basque même la dynamique de l’opposition au G7 permettra de mettre en évidence et de faire connaître largement les problématiques, les réflexions, les luttes et les réalisations alternatives qui s’y développent. Ici les mobilisations et projets auto-organisés en vue de changer de modèle existent depuis de longues années et se sont multipliés : pour freiner le changement climatique, en faveur de la liberté de circuler, pour la défense des intérêts des travailleur.ses, contre les dominations de genre, pour la diversité culturelle et linguistique, contre la guerre et en faveur de la paix.... Mais la volonté est aussi de permettre aux forces extérieures qui le souhaitent de rejoindre la plate-forme et/ou d’apporter de leur côté leurs initiatives et leurs contributions.

Des élus et personnalités organisatrices du G7 ravis
Dès l’annonce officielle de l’organisation du sommet à Biarritz, Michel Veunac, le maire de la ville, inféodé à Macron, ne se sent pas de joie : "C’est un grand honneur qui est fait à Biarritz, et plus largement au Pays Basque. Nous ressentons à la fois fierté et reconnaissance devant la décision du président de la République". L’édile de la cité impériale se réjouit donc que Biarritz, ville des élites mondiales durant le Second-Empire, devienne à présent celle des pays affichant leur toute puissance et leur domination sur le monde. Pour lui, ce prochain sommet des pays les plus riches de la planète sera l’occasion de contribuer au rayonnement de sa ville et du Pays Basque, ajoutant à "leur notoriété et leur attractivité". Il ne considère que le prestige et les intérêts commerciaux espérés : "Le G7 est un produit consommable" … Le maire vend le G7 comme une chance pour mieux vendre le Pays-Basque...
Pour ce faire, le 14 décembre, diverses personnalités se sont réunies pour créer une "association de valorisation du territoire" (Pays Basque = valeur ajoutée ?). Cette association est composée de la Région, du Département, de la CAPB (1) , de la Ville de Biarritz, du Conseil de Développement de la Communauté d’Agglomération (baptisé récemment CODEVA) (2), des chambres consulaires et de personnes "qualifiées" issues de l’entreprise, du sport, de la culture. Au menu, diverses opérations commerciales et de communication pour faire venir un maximum de visiteurs et "promouvoir" le territoire avant les dates du sommet. En utilisant les médias, l’espoir de tous ces élus et patrons est de transformer l’image et le territoire du Pays basque en monnaie sonnante et trébuchante... "Faire abstraction de ce que représente politiquement ce sommet annuel ainsi que son coût faramineux (il a fallu dépenser entre 500 et 600 millions de dollars en 2018) pour ne retenir que les rentrées d’argent ou la promotion touristique de Biarritz relève d’une vision étroite, mesquine et égoïste" dénonçait la coalition abertzale EH Bai, le 22 juin 2018.
Le maire de Biarritz se fait fort de mener préparatifs et tenue du sommet "dans la concertation et la transparence". Et c’est benoitement qu’il affirme qu’il saura, avec les services de l’Etat, "gérer au mieux la sécurité et la liberté de circulation".

"Biarritz ne sera pas bunkérisé"...
Quelques informations ont été transmises par le sous-préfet sur le thème de la protection du sommet : il a présenté les différentes zones de sécurité ("sécurité renforcée" et "zone de protection") et les strictes conditions d’accès aux résidents et professionnels sur présentation de badges et de documents d’identité. En gros, sera dégainé l’arsenal de mesures de contrôle et de répression extraordinaires, mais habituelles en période de sommet des grands de ce monde, et durcies à cause de la proximité de la frontière. Mais le maire rassure : Biarritz ne sera pas « bunkérisée » et « jusqu’au 18 août les activités se dérouleront normalement »... Si les effectifs de la flicaille n’ont pas été officiellement dévoilés, il semble que ce sont 15.000 gendarmes et policiers qui seront mobilisés, positionnés sur des périmètres de contrôles sur "plusieurs dizaines de kilomètres, voire dans un rayon dépassant les 100 kilomètres"...
Face à ces mesures, les anti G7 ont protesté par voie de communiqué, s’opposant à cette "véritable prise en otage de la population" : "Au nom d’un forum de discussions, qui n’a aucune légitimité, qui n’est reconnu par aucune organisation internationale et qui n’a jamais amélioré le bien-être des peuples du monde, notre territoire va devoir endurer des restrictions sans précédent. Afin de protéger le spectacle de quelques personnes qui veulent diriger le monde, l’Etat va oppresser des dizaines de milliers de personnes et la population du Pays-Basque va subir un véritable régime d’occupation (…) Il sera tout simplement interdit de circuler sur l’espace public.(...) Alors que la liberté de manifester est un droit constitutionnel martelé à longueur de journée par les dirigeants, plusieurs sources évoquent une interdiction de manifester dans tout le département des Pyrénées-Atlantiques et dans le sud des Landes. Cette interdiction démesurée ne permettra pas l’organisation d’une manifestation sécurisée et, de ce fait, favorisera les conditions d’un trouble bien plus grand. Cette mesure est une attaque en règle aux principes de la démocratie. (…) La réponse sécuritaire au mouvement pacifique des gilets jaunes augure d’une répression terrible et sans limite des forces de police. Combien de mains arrachées et d’yeux crevés seront comptabilisés au soir du 26 août ? Voire pire..."
Le maire, lui, parle de "quelques désagréments" pour les habitant.es et résident.es, il minimise ces mesures de "sécurité", en osant les comparer à celles occasionnées par le passage du Tour de France "qui change aussi nos habitudes, les accès, la circulation", ou bien par les fêtes de Bayonne et de Biarritz "qui soumettent à des contraintes de sécurité et d’accès"... Même la violence policière qui s’est exprimée le 18 décembre n’a pas altéré les propos béats de Veunac. Ce jour-là, une manifestation était appelée par les membres de la plateforme contre le G7, des gilets jaunes, des altermondialistes, des syndicalistes, afin de protester contre la présence à Biarritz du ministre des affaires étrangères Y-M. Le Drian, venu, en remplacement de Macron, accueillir 150 ambassadeurs dans le cadre d’une réunion de préparation du G7. La cité balnéaire s’était alors transformée en ville occupée, d’une façon disproportionnée au vu du nombre assez faible de manifestant.es. Le dispositif d’hommes armés jusqu’au dents, en uniforme, en civil, sur les toits..., et la brutalité de leurs interventions (charges, tirs de grenades lacrymogènes et de flash-balls, occasionnant une grave blessure à la mâchoire d’une jeune manifestante) était un avant-goût de la mobilisation policière et armée qui se déploiera cet été. Un galop d’essai, en somme, avec l’intention d’intimider et de dissuader de manifester.

...mais il faut quand même rassurer les habitant.es
Tout est tenté par les autorités pour répondre aux inquiétudes des commerçant.es biarrots : ils craignent une perte de leur chiffre d’affaires en pleine saison touristique (un jour au mois d’août fait rentrer 4000 euros dans les caisses). Le maire et le sous-préfet leur promettent que les commerces resteront ouverts, que tout le gratin qui débarquera à Biarritz pour le G7 (3 à 4000 journalistes du monde entier sont attendus, et autant de représentants des délégations, soit plus de 7000 personnes) se ruera dans leurs commerces ,"dès lors que des initiatives seront prises pour qu’ils aient envie de consommer".... Mais des opposants au maire rétorquent : et s’il y a des manifestations comme lors de chaque G7, si le sommet se déroule dans une atmosphère violente comme lors de la venue de Le Drian le 18-01, si des systèmes de sécurité devaient être mis en place 10 ou 15 jours avant, si la ville se retrouvait cadenassée comme pour un état de siège ? …
Les habitant.es aussi sont inquiets. Pour les rassurer, la mairie de Biarritz a installé un Point info dans ses locaux, destiné à accueillir le public dans ses démarches et répondre aux questions des usager.es sur l’impact qu’aura le sommet sur leur quotidien ; et ça ne désemplit pas. Il faut dire que dans les deux périmètres qui seront sécurisés, il y a 15 000 logements. Entre les habitant.es à l’année, les résidences secondaires, et les touristes, il est difficile de dire combien de personnes cela représentera pour l’heure. Une ligne téléphonique a aussi été ouverte et trois personnes se relaient au bout du fil.
Imitant les accents macroniens, Veunac s’empêtre dans les antagonismes du "en même temps" : il dit avoir la "double obligation de protéger les invités du G7 et de respecter les habitants de Biarritz et ceux qui veulent s’exprimer."

Les premières actions des anti G7
Peu à peu, au fil des réunions entre tous les acteurs de la plate-forme et des coordinations avec les organisations du Pays Basque Sud, se mettent en place les différents axes de travail et tâches, et se précise un calendrier pour les animations et initiatives avant le G7 (caravanes d’infos/marches à travers le Pays-Basque, réunions publiques, expositions itinérantes, semaines thématiques, manifestations...), pendant puis après le sommet.
Quelques démarches et étapes à signaler déjà :
Aussitôt connues les mesures de "sécurité", demande a été faite d’un rendez-vous avec le maire de Biarritz, pour faire avec lui le bilan du 18 décembre et de la violence des policiers, lui faire mesurer l’aberration d’organiser un G7 à Biarritz, en plein été, dans un lieu hyper touristifié (la population double en été et atteint 50 000 personnes, qu’il s’agira de recenser et de contrôler...), transformé pour l’occasion en bunker pour les habitants. Le G7 coûtera cher à la population, tant d’un point de vue économique avec ses dépenses à même les fonds publics qu’en terme de violation de droits fondamentaux, comme celui de manifester ou de vivre sans contrainte.
Il a été tenté aussi, par un argumentaire, de dissuader les acteurs économiques, politiques, sociaux et culturels, " membres de la société civile" qui siègent au Conseil de développement du Pays basque (2) de cautionner le G7, et de les inviter à refuser leur "participation citoyenne" au « comité de valorisation » . Mais il fallait s’y attendre ; ce fut en vain : beaucoup de participant.es à ces structures sont des décideurs et des entrepreneurs, qui surfent évidemment sur le capitalisme néo-libéral....
Le 16 février, un rendez-vous a été fixé au centre-ville de Biarritz par le groupe "G7 Fan club", parodie de comité de soutien au G7, impulsé par le réseau Aman Komunak (Encart et article ci-après), pour participer à un "grand meeting" traité sur le mode de l’ironie. Des pastiches de discours à la gloire du G7 tenus par des "acteurs-imitateurs" représentant des personnalités (élus locaux et régionaux, militant macronien, riche habitante de Biarritz, président de la chambre de commerce et d’industrie...) ont réjoui et galvanisé l’assistance (3). Ce fut une belle réussite : environ 400 personnes se sont rassemblées, des gilets jaunes qui venaient de manifester dans la ville côtoyant des membres de la plate-forme anti-G7.
(à suivre)
Pays Basque, 17.02

Notes
1- CAPB = communauté d’agglomération Pays Basque, qui réunit les 233 délégués des communes du Pays Basque nord)
2 - Le CODEVA rassemble la société civile organisée avec plus de 100 structures membres qui sont elles-mêmes représentatives de leurs secteurs d’activités
3- Vidéo du "grand meeting" : https://www.youtube.com/watch?v=qHt...

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