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Plus radical que moi tu meurs

À PROPOS DES CRITIQUES DE LA VALEUR

un texte de J.-P. Garnier

dimanche 17 juin 2012, par admi2

Paru sur http://divergences.be/spip.php?arti... en janvier 2012, ce texte aborde un sujet relativement à la mode dans les milieux radicaux. Un peu de théorie ça fait pas de mal !


JEAN-PIERRE GARNIER

« Plus radical que moi, tu meurs ! »

À PROPOS DES CRITIQUES DE LA VALEUR

jeudi 19 janvier 2012

On peut faire carrière dans la critique théorique du capital, sans que cela contribue le moins du monde a embrayer sur le mécontentement croissant des classes dominées pour le transformer en force politique susceptible de mettre en branle une contre-offensive populaire. Mais il semble que le temps ne soit pas encore venu, aux yeux de l’intelligentsia « radicale », de cesser de parler (ou d’écrire) pour ne rien faire, sinon, précisément, carrière, académique ou/et médiatique. Quitte, en guise d’engagement pratique, à mettre éventuellement de temps à autre un bulletin de vote dans l’urne quand les politiciens « degôche » qu’ils fustigent par ailleurs pour leur « complicité avec le capital » ou leur « manque de volonté politique », les en pressent pour « faire barrage », selon le slogan républicain consacré, à la droite ou à l’extrême droite.

Robert Kurz, éminent théoricien critique de « la valeur » devant Marx sinon l’éternel, ne dépare pas le lot, quels que soient ses efforts pour s’en distinguer. À le lire, la « réflexion théorique sur les catégories réelles du capitalisme (forme-valeur et marchandise, survaleur, travail abstrait, etc.) » serait la seule pratique utile dans la période actuelle, en attendant que les individus, sur la base de leur expérience, en éprouve et découvre la véracité [1]. Et transforment cette expérience en critique radicale en actes. Le moins que l’on puisse en dire, cependant, c’est qu’en matière d’innovations conceptuelles susceptibles de rompre avec tout ce qui a été pensé avant, on a fait mieux.

Après un crêpage de chignon idéologique avec son compère le philosophe Anselme Jappe, autre gourou de la « critique de la valeur » d’outre-Rhin, au petit jeu de « plus radical que moi tu meurs » dans la énième relecture de Marx, toujours en vogue dans certains amphithéâtres universitaires et salles de séminaires [2], R. Kurz s’en fût fonder ailleurs sa propre revue. Pourtant, les conceptualisations fabriquées à la chaîne dans les ateliers de Krisis puis de Exit ne font qu’aligner des truismes assénés avec l’arrogance de gens qui ne doutent pas un instant qu’ils sont en train de découvrir ce d’autres ont pourtant trouvé bien longtemps avant eux.

Ainsi les anarchistes français du XIXème siècle et les communistes libertaires de par le monde qui prendront la relève n’avaient-ils pas attendu les messies apparus outre-Rhin un siècle et demi plus tard, pour savoir à quoi s’en tenir au sujet la « politique politicienne », de la délégation de pouvoir à des professionnels qui en vivent et de la démocratie représentative. Tous savaient fort bien que la « dynamique du capital » s’était constituée « en une forme de domination indirecte, abstraite et impersonnelle qui corsette l’ensemble de la vie moderne y compris sa forme de politique » [3]. Et, d’accord avec Marx au moins sur ce point, il était évident pour eux que « le seul sujet réel au fondement du monde présent, sujet automate et auto-instituant et qui fait structurellement se mouvoir le monde social qu’il constitue, n’est pas la " souveraineté du peuple " ». Sauf qu’à la différence des théoricistes allemands enfermés dans leur bulle universitaire, qu’un idéalisme effréné a rendu foncièrement allergiques à toute analyse matérialiste, prendre la « valeur » pour cible de leurs critiques, n’avait de sens, pour Marx et ceux qui sont restés fidèles à son enseignement au lieu de le falsifier, que dans le cadre du combat effectivement mené contre les agents actifs structurellement chargés de faire prévaloir son implacable loi.

« La valeur » a, en effet, bon dos. Puissance abstraite, elle ne s’incarnerait plus dans la classe exploiteuse, dominante, dirigeante, bref, la bourgeoisie, mais dans la totalité du corps social. Entité aussi omniprésente que maléfique, elle serait insaisissable sauf par les travailleurs forcenés du concept qui, à la différence des travailleurs subalternes enlisés dans le fétichisme de la « valorisation », auraient su s’extraire des déterminations réifiantes qui en découlent pour parvenir à s’élever à la conscience dont les autres sont privés. « Tous les groupes sociaux sont préformés par la valeur et donc constitués de façon capitalistes », décrète R. Kurz. « Du fait que la valorisation du capital fonctionne, ils se transforment ainsi en “sujet objectif” qui soumet sa vie au aux lois du capital et pour qui cette soumission est normal » [4]. Heureusement, il existerait une minorité capable d’échapper à cette surdétermination, des « individus qui, précisément ne veulent plus être un tel sujet » à qui reviendra la mission d’indiquer la voie au mouvement d’émancipation, et parmi lesquels on n’aura nul peine à classer, puisqu’ils sont les premiers à le faire, les valeureux pourfendeurs de « la valeur ».

Autant « la valeur » revient-elle comme une antienne dans les discours de Kurz, Jappe et leurs disciples, autant le mot « exploitation » est absent de leur propos comme de leurs préoccupations. L’extorsion de plus-value sur la base du salariat qui définit la capital comme rapport social passe à l’arrière-plan, comme si la « valorisation de la valeur » processus sans sujet à la mode althussérienne, dispensait de s’intéresser aux acteurs majeurs qui y sont impliqués, à savoir les capitalistes et les prolétaires. « Accumulez, accumulez ! C’est la loi et ses prophètes ! », ce mot d’ordre fameux que Marx prêtait ironiquement à l’économie politique bourgeoise [5], s’est converti, sous le coup de baguette magique des prophètes de la radicalité critique, en « Valorisez, valorisez ! ». Lesquels oublient, volontairement ou non, ce que Marx précisait quelques ligne plus loin. À avoir que « si le prolétaire est n’est qu’une machine à produire de la plus-value, le capitaliste n’est qu’une machine à capitaliser cette plus-value » [6].

Aussi ne s’étonnera-t-on guère que exploiteurs et exploités se retrouvent du coup mis dans le même sac : « travailleurs et capitalistes » ne seraient « que « les comparses d’un processus qui les dépasse » [7]. On savait depuis Marx que le bourgeois n’était, par-delà sont identité personnelle propre, qu’un « fonctionnaire du capital ». Mais, aux dires de Kurz et d’autres théoriciens aguerris partis en guerre contre « la valeur », cette personnification du rapport d’exploitation vaut aussi pour le prolétaire. « La lutte des classes, si elle existe bien », consent-on à admettre dans les cercles de la radicalité diplômée, ne serait qu’un phénomène secondaire qui n’exige pas que l’on s’y arrête car elle « n’est en réalité qu’une lutte d’intérêts à l’intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes ». On comprend dès lors que l’injonction qui clôt l’Internationale, « Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes ! » puisse dégager un « défunt pathos », selon R. Kurz. Seuls les producteurs professionnels de théorie critique, et encore pas n’importe laquelle, seraient en mesure de sauver, outre eux-mêmes, le reste de l’humanité opprimée et surtout aliénée. Mais si, comme ils le ressassent, le cœur du capitalisme, sa substance, c’est le travail abstrait créateur de valeur, dans quelle catégorie ranger leur travail critique ?

Pour les besoins de leur cause, Robert Kurz, Anselme Jappe et autres néo-marxistes autoproclamés, persistent à identifier le « marxisme traditionnel » à celui des bureaucraties partisanes ou syndicales et leurs idéologues, alors qu’il été démontré depuis longtemps que ce marxisme d’appareil ne constituait qu’un détournement grossier de la pensée de Marx [8]. Mais il est plus commode de ne retenir que celui-ci, et encore dans sa version la plus caricaturale, pour accuser le marxisme classique de considérer « implicitement [sic] le travail abstrait, la marchandise et l’argent comme des données évidentes, éternelles et neutres ». Forts de ce postulat démenti par tous les écrits se situant dans la lignée de la pensée marxienne, ils peuvent en conclure que la lutte des classes « entre porteurs vivants du capital et du travail » ne peut se mener qu’« autour de la distribution de la valeur » [9].
Comme si le mouvement ouvrier s’était réduit à ce qu’ont réussi partiellement à en faire les efforts apparemment opposés mais de fait conjugués des sociaux-démocrates et des staliniens : une lutte pour une augmentation des salaires et la mise en place de l’« État-providence » sans remise en cause des bases de la société capitaliste. Les considérations méprisantes de R. Kurz sur « la lutte de classe du prolétariat entrée dans sa phase terminale » rappelleront à ceux qui n’ont pas la mémoire courte les prophéties d’André Gorz suivi de la cohorte des sociologues tourainiens faisant leurs « adieux au prolétariat » au profit des « nouveaux mouvements sociaux » censés prendre le relais avec le succès que l’on sait : le « changement social » dans la continuité capitaliste. Pour Kurz et ses disciples, les occupations d’usine, les séquestrations de patrons ou de cadres dirigeants, les émeutes et attaques de bâtiments officiels, les actions d’auto-réductions dans les services publics qui se sont multipliées au cours des années récentes ne compteraient pour rien puisqu’elles laisseraient de côté « la valorisation de la valeur ».

« La valeur est une forme sociale qui envahit tout », proclament ses critiques [10]. Et d’abord, semble-t-il, l’esprit de ces marxosophes durs et purs de part et d’autre du Rhin, pour ne pas parler de ceux d’outre-Atlantique, qui ne voient plus qu’elle, délaissant comme autant de vieilleries idéologiques les « antagonismes de classes sociologiques » [11]. À l’inverse de cet « anticapitalisme tronqué », assènent-ils, « la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité ». En tenant pour quantité négligeable les forces sociales qui s’affrontent pour le maintenir ou l’ébranler.

Quand R. Kurz se gausse du retour en faveur du keynesianisme parmi les nostalgiques de l’État « social » ou d’un antiproductivisme déconnecté de la production de la « sur-valeur », il enfonce également des portes depuis longtemps ouvertes, que ce soit, outre Marx lui-même, par tous ceux qui, récemment, n’ont jamais confondu « altermondialisme » et anticapitalisme, ou par d’autres pour qui le mot d’ordre consensuel du « développement durable » n’a d’autre visée que de faire consentir à la pérennité du développement capitaliste. Et que dire de sa critique du capitalisme d’État baptisé « socialisme » ou même « communisme » par les dirigeants et les idéologues des régimes et des partis improprement pourvus de ce label, sinon qu’elle n’apparaîtra nouvelle qu’aux lecteurs qui n’ont jamais entendu parler de Anton Ciliga, Karl Korsch, Otto Rühle, Anton Pannekoek, Waklav Makhaïsky ou même, plus récemment, de la revue Socialisme ou Barbarie.

Le seul élément vraiment nouveau dans ce recueil confusionniste est le caractère véritablement obsessionnel de l’accusation portée par Robert Kurz, auquel faisait écho au même moment son alter ego Anselme Jappe [12], tous deux nourris des considérations du philosophe et historien de la pensée allemande de Moishe Postone sur l’« anticapitalisme vulgaire », contre l’« antisémitisme » qui inspirerait ou auquel conduirait toute critique portant sur la financiarisation du capital et la dynamique spéculative qui en résulte. À ce compte, il faudrait ranger les collaborateurs du Monde Diplomatique ou les militants d’Attac — ce dont R. Kurz ne se prive d’ailleurs pas en ce qui concerne cette organisation — dans le camps des antisémites virtuels sinon réels.

Peu importe. Imputer la crise du crédit à l’« avidité du capitalisme financier » reviendrait à renouer avec une « vision associée depuis deux cents ans à des stéréotypes antisémites » [13]. Ce qui expliquerait que « la critique du capitalisme menace elle-même de devenir réactionnaire » [14]. Les contempteurs des financiers, banquiers, assureurs, traders et autres brokers sont donc priés de mettre un bémol à leurs dénonciations. « En rendant la spéculation responsable d’une crise qui trouve son origine dans la logique de la valorisation », la critique du néo-libéralisme par les adeptes d’un retour à l’intervention de l’État de type keynésien n’est pas seulement illusoire et mystificatrice, du fait de ne s’en prendre qu’à un modèle de régulation et de laisser de côté la logique de la valorisation.

Outre qu’« elle n’attaque pas les bases du capitalisme », puisqu’elle ne prend pour cible que la circulation et non la production, elle contiendrait de la sorte « de manière consciente ou inconsciente, volontaire ou involontairement, un antisémitisme structurel » [sic] en ne faisant que « renforcer le préjugé populaire du “ capital accapareur ” rendu responsable de tous les maux de la société, et qui depuis deux cents ans — R. Kurz ne craint pas de se répéter — est associé aux juifs » [15]. Et celui-ci de mettre en garde contre « la sourde menace de débordements national-racistes d’une conscience de masses en quête de victimes quand le paisible citoyen lambda voit disparaître sous ses pieds les conditions d’existence capitalistes ». Une éventualité à laquelle échappe évidemment une élite intellectuelle confortablement embusquée dans l’institution universitaire, du moins tant qu’une faillite d’un État criblé à son tour de dettes, « souveraines » ou non, ne l’amène à ne plus pouvoir payer ses fonctionnaires.

Il est en tout cas logique, dans ces conditions, mais si cela peut surprendre, que l’une des annexes qui concluent l’ouvrage de Robert Kurz soit un plaidoyer inédit en faveur de… la « guerre de Gaza » menée par l’État hébreux. Inédit, du moins, de la part d’un adversaire supposé irréductible du capitalisme, mais archi-éculé puisqu’il résume l’essentiel de la propagande sioniste [16]. Ainsi Israël est-il présenté comme « une réponse des Juifs à l’idéologie éliminationniste [sic] d’exclusion de l’antisémitisme européen et surtout allemand », comme si comptait peu le fait que ladite réponse ait été mise en œuvre sur le dos du peuple palestinien qui n’avait rien à voir avec le problème qu’elle était censé résoudre.

Dès lors, la solidarité d’« une partie de la gauche mondiale », minoritaire quoiqu’en dise R. Kurz qui parle de « mainstream », ne pourrait qu’être le fruit d’une « décomposition idéologique » qui la pousserait à se constituer en « force d’appui dans la guerre islamiste menée contre les Juifs », étant entendu que l’occupation, la colonisation et les innombrables exactions commises par Tsahal ne relèveraient que de « l’autodéfense israélienne ». On retrouve ici le vieil argumentaire des défenseurs inconditionnels de la politique d’Israël traçant un trait d’équivalence entre antisionisme et antisémitisme.
Reprochant à Busch d’avoir « minimisé le programme iranien d’armement nucléaire », le pourfendeur de la « valorisation de la valeur » termine en fanfare guerrière : « Il faut affirmer que l’anéantissement du Hamas et du Hezbollah est une condition sine qua non seulement d’une précaire paix capitaliste en Palestine, mais aussi d’une amélioration des conditions sociales dans cette région du monde ».

BHL-Robert Kurz, même combat ?


[1] Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, Lignes, 2011.

[2] Robert Kurz et son clan reprochent à leurs homologues de Krisis de laisser de côté le rapport entre les sexes, de surévaluer l’importance de la crise écologique dans la crise générale du capitalisme et, crime suprême, de « valoriser » la pratique aux dépens de la théorie, celle-ci étant bien entendus considérée, comme aux beaux temps de l’althussérisme triomphant, comme une pratique à part entière et, de surcroît, comme la seule utile.

[3] Ibid.

[4] Ibid., p. 18.

[5] Karl Marx, Le Capital, livre premier : « Le développement de la production capitaliste », VIIe section : Accumulation du capital, chapitre XXIV « Transformation de la plus-value, in Karl Marx, Œuvres Économie I », La Pléiade, 1965.

[6] Ibid.

[7] « Qu’est-ce que la Wertkritik ? », http//palim-psao.over-blog.fr

[8] Lire entre autres, Karl Korsch, Marxisme et contre-révolution, Seuil, 1975 ; Maximilien Rübel, Marx critique du marxisme, Payot,1974.

[9] Anselme Jappe, « Grandeurs et limites du romantisme révolutionnaire », La revue des livres, n°2, novembre-décembre 2011.

[10] « Qu’est-ce que la Werkritik ? », op.cit.

[11] Ibid.

[12] Anselme Jappe, « Grandeurs et limites du romantisme révolutionnaire », art. cit.

[13] Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, op. cit., p. 51.

[14] Ibid., p. 50.

[15] Ibid., p. 81.

[16] Robert Kurz « La guerre contre les Juifs », Vies et mort du capitalisme, pp. 215-219.

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9 Messages

  • Merci

    19 juin 2012 04:50

    Étant étudiant universitaire mais avant tout autodidacte très intéressé par les écrits de Marx, j’avais eu maille à partir avec les sectateurs de Kurtz, de Jappe et de Postone pour les mêmes raisons que celles que vous exposez ici. Merci, je me sens tout d’un coup moins seul dans mes objections à l’encontre ce cette "critique".

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  • À PROPOS DES CRITIQUES DE LA VALEUR

    26 juin 2012 00:46, par J.V

    Mr Garnier, spécialiste de l’approximation au service de la falsification, il est cocasse de voir Kurz et ses amis accusés de rester enfermés dans leur "bulle universitaire" par un sociologue (!), thésard et prof d’université pour un temps... alors que ce bon vieux Robert Kurz a toujours été un prolétaire, employé dans divers boulots mais jamais universitaire et que la dite "critique de la valeur" est totalement absente des milieux d’intellos et universitaires.

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    • À PROPOS DES CRITIQUES DE LA VALEUR 20 octobre 2012 15:34

      Le ton utilisé par Garnier pour critiquer la théorie de Kurz est proche de celui employé naguère par Maurice Joyeux pour critiquer les situationnistes.Cela ne le grandit pas.La "critique de la valeur",critiquable comme toute théorie, présente pourtant une explication de la crise qui perdure très solide et très convaincante.J P Garnier passe à côté de cela.

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  • À PROPOS DES CRITIQUES DE LA VALEUR

    4 décembre 2012 14:04

    À propos des critiques de la valeur, tel est le titre de cet article, et non pas "À propos de LA critique de la valeur". Ainsi, on sent une critique dirigée vers les individus plutôt que vers leur théorie. L’auteur a certainement raison au sujet des quelques travers de ces critiques, tels que "de l’extrême-gauche à l’extrême-droite c’est toujours le Capital, mais quand même, l’extrême-droite c’est des méchants, comme nous le dit tellement fort le spectacle de la marchandise qu’on est obligé de le croire", ou encore le BHLisme grotesque, ou encore le fait d’écrire livre après livre, lesquels se retrouvent à la Fnac avec un code-barres dessus, avec interdiction de diffuser l’oeuvre librement, bien entendu.

    Il est vrai que ce n’est pas un nième bouquin qui changera quoi que ce soit, et que le principal a été dit il y a longtemps. Il est vrai que si le capitalisme dure encore cent ans, on verra encore, dans cent ans, des critiques des derniers faits remarquables engendrés par ce système. La critique avec comme but la critique, la philosophie avec comme but la philosophie, peut-être rien de moins qu’une catégorie capitaliste comme une autre visant à nous occuper pendant que l’on est pas en train de satisfaire nos besoins concrets de manière directe.

    Une autre critique que je ferai à leur encontre, c’est qu’ils ont tendance à être des utopistes. Pour eux, le fétichisme marchand est inacceptable (jusque là je suis d’accord), mais le fétichisme précédent est inacceptable aussi (le fétichisme religieux), et encore avant, il n’y avait pas vraiment de religion nommée avec des églises et des textes sacrés, mais il y avait des inacceptables croyances obscurantistes. Du coup, les centaines de milliers d’années d’histoire humaine seraient à foutre à la poubelle, et il faudrait construire "enfin" une humanité digne de ce nom, libérée de toute forme de fétichisme, libérée de toute forme d’aliénation, dans laquelle nous serions tous purement objectifs, dotés d’un pur libre-arbitre. C’est c’la oui. Autant pousser l’intention à son paroxysme, et redéfinir le règne animal, car c’est scandaleux que le lion n’en branle pas une pendante que la lionne ramène la bouffe, c’est scandaleux que la mante religieuse assassine son partenaire après l’accouplement, c’est scandaleux que la reine des abeilles soit choisie selon des critères génétiques, etc. Bref, la nature, l’humanité, le monde et l’univers seraient horribles, et grâce à la critique de la valeur, nous pourrions enfin construire une planète Disneyland, parfaitement rationnelle (c’est pas grave si le rationalisme nous vient du capitalisme), objective, et bien sûr sans antisémitisme et sans homophobie parce qu’il faut dire non à la haine (c’est BHL qui l’a dit à la télé). Je note tout de même que tous ne sont pas comme cela, et chez certains anticapitalistes, l’humanité était belle avant de tomber dans le fétichisme marchand, même imparfaite.

    Ceci dit, outre ces petits problèmes, j’adhère globalement à la critique de la valeur. Contrairement à ce que dit l’article, ce n’est pas enfoncer des portes ouvertes que de faire cette critique. À lire l’article, on croirait que la terre entière est au courant depuis des lustres. Pourtant, l’auteur parle lui-même au passé des divers groupes radicaux anticapitalistes ("les anarchistes français du XIXème siècle et les communistes libertaires [...] savaient fort bien que..."). Et en effet, on ne peut pas dire que ces groupes prennent de l’ampleur devant la soi-disant évidente perversité du capitalisme. C’est même le contraire, il n’existe aujourd’hui plus que des résidus de ces groupes radicaux. Les soi-disant portes ouvertes ont l’air de se refermer.

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    • À PROPOS DES CRITIQUES DE LA VALEUR 11 décembre 2012 15:44, par jf

      Je partage en gros ce point de vue (4 décembre 14:04). Il n’est jamais ni bon ni utile, ni intelligent de s’en prendre aux personnes s’il on veut critiquer leurs thèses.

      Je rajouterais qu’effectivement, on ne peut pas réduire le capitalisme à une domination de classe : la domination est bien celle de tout un ensemble d’« abstractions réelles » qui constituent ce qu’on peut appeler, faute de mieux, l’économie : l’argent (la monnaie), la division du travail, les marchandises, le salariat… Que certains l’appellent la « valeur », en reprenant des passages de Marx, pourquoi pas.

      Mais c’est vrai aussi que quelques portes avaient déjà été ouvertes en la matière, notamment par ceux qui s’étaient attaché à relever la critique marxienne du fétichisme de l’économie, par exemple un Jean-Marie Vincent, dans Fétichisme et société (1973) et bien d’autres. Mais il est également vrai que ces quelques portes ouvertes n’ont guère été empruntées et sont restées dans les voies étroites et méconnues d’un « marxisme critique de la domination ».

      L’intérêt de la critique de la valeur, est qu’elle réintroduit (dans ce qu’on pourrait appeler faute de mieux l’‟anticapitalisme”) une critique de la domination, qu’elle ne considère pas le capital sous l’angle « socialiste » de la seule appropriation privée des « moyens de production » (qu’il suffirait de se réapproprier, soit par l’étatisation léniniste, soit par l’autogestion anarchiste), mais comme un ensemble de relations sociales complexes dans lesquelles les activités humaines (comme le travail abstrait, la production des marchandises, la monnaie, les échanges dits économiques…) semblent être devenues des puissances anonymes, des phénomènes séparés et extérieurs aux hommes.

      La principale critique que je formulerais, c’est que cette « domination de la valeur », non seulement n’est exposée que comme une pure théorie, mais qu’en outre, dans les divers textes que j’ai pu lire, cette domination semble totale, absolue et implacable. Et sans issue, à part la crise finale du capitalisme dont nous nous approcherions. En lisant un peu certains textes, on en retient l’idée générale que les gens, les individus ou les groupes sociaux, sont complètement soumis, qu’ils ont intériorisé et reproduisent la soumission, l’acceptation de la domination et qu’ils en sont tous les vecteurs, les opérateurs actifs… La relation sociale capitaliste n’est plus analysée comme une tension, comme une contradiction vivante, comme un rapport antagonique (la force de travail n’est pas une marchandise comme les autres, une marchandise ne fait pas grève, ne se révolte pas, etc…) mais elle semble fonctionner à sens unique, dans une sorte de cohérence parfaite entre la domination et son acceptation, dans la fonctionnalité bien rodée d’un système et de ses « lois » inhérentes.

      Mais alors, la boucle de la « critique de l’économie politique » ne se referme-t-elle pas sur un autre niveau de la « logique », dans une sorte de nouveau « systémisme » qui ne peut que faire penser à une nouvelle version du structuralisme (Althusser not dead !) où seraient à l’œuvre des processus, des dynamiques ‟objectives” dans lesquels les hommes, quelle que soit leur place et leur fonction dans le ‟processus”, ne sont plus que les rouages d’un ‟capital automate” générant de la ‟valeur” en même temps qu’il en distribue abondamment et généreusement les fétiches mystificateurs ? Ce ‟procès sans sujet” (tiens donc) n’est-il pas le dernier refuge où vient régulièrement se loger le savoir objectif (scientifique), le dogmatisme, les discours de la maîtrise et du surplomb, les tentatives de liquider les subjectivités et les capacités d’auto-émancipation ?

      Le problème avec ce genre de positionnement, c’est qu’on ne voit pas très bien comment on peut en sortir, à part, évidemment, par la grâce d’une « prise de conscience », qu’une théorie viendrait sans doute éclairer... Persistance de l’idéalisme faisant la part belle aux savants, aux intellectuels... En attendant, comme dans les autres théories de la domination, on s’en tiendra à analyser sans fin les mécanismes de sa formation et de sa reproduction.

      Non messieurs les théoriciens. La valeur, son omniprésence/omnipotence, le fétichisme de l’économie sont des productions humaines, des résultats d’une praxis dans un moment historique. Il n’y a pas d’origine extra-sociale à ces fétiches et aux croyances déposées en eux. Je crois que Marx lui-même disait (dans un passage du Capital) que la valeur « est un rapport social déterminé des hommes entre eux qui revêt ici la forme fantastique d’un rapport des choses entre elles ». En sortir, abolir la domination de la valeur, n’est pas faire œuvre théorique (qui déjà reconduit toujours un certain rapport entre un objet et un sujet) mais suppose une résolution pratique, sociale, visant à se tenir à distance des « lois économiques », des apparences d’une « autovalorisation de la valeur », de tout un ensemble de représentations sociales dans lesquelles les relations entre les hommes se présentent comme des relations entre les choses, etc.

      Il s’agit bien d’inventer et reconstituer ici et maintenant les voies et les capacités collectives d’une libération sociale : démantèlement des anciennes relations de domination, création de nouvelle relations – sociales, politiques, interpersonnelles, écologiques… - selon des critères ne permettant pas la reconstitution de nouveaux modes de domination.

      La « résolution » des problèmes et des impasses soulevés dans le champ de la théorie ne peut venir ni d’un travail sans fin sur les concepts et les abstractions, ni d’un ailleurs social, d’un « dehors » de ce monde. Elle est affaire de politique, de luttes, de rébellions, de ruptures avec l’ordre social/politique et de création social-historique.

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  • À PROPOS DES CRITIQUES DE LA VALEUR

    10 décembre 2012 16:12, par Bolos

    Garnier Garnier Garnier...soit.ok...mais que dire quand tu fais le beau dans un film sur le puant Clouscard ?

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  • À PROPOS DES CRITIQUES DE LA VALEUR

    27 septembre 2013 14:01, par Hervé Villon

    Une petite déception de voir Jean-Pierre Garnier s’abaisser à ce niveau. Il avait eu quelques pages intéressantes sur la petite bourgeoisie intellectuelle dans un de ses livres en dépit d’un certain manque d’imagination sur les questions de l’urbanisme comme idéologie matérialisée. Dans ces pages, il était agréable de lire de longues emportées contre le monde universitaire et ses dérives "postmodernistes" assez évidentes ; ainsi que ces intermédiaires de la domination. Mais pour la théorie Garnier, ceux qui voulaient mettre "l’imagination au pouvoir" était des petits bourgeois comme on peut le lire sur le site d’Article 11. Il compte alors lui-même donner les "voies et moyens pour le retour d’une critique "radicale" de l’urbain" (déjà faite, rien de nouveau sous le soleil de la critique universitaire de l’urbanisme). Il fustige la "bulle universitaire" mais ne semble vivre que de la distance qu’il veut marquer entre elle et lui-même, alors qu’il en vit et qu’il publie grâce à elle, à l’inverse de Robert Kurz comme le rappelait un autre commentaire.

    Ce qu’il dénonce à propos de la critique de la valeur, c’est bien effectivement ce qu’il ne peut accepter car cette critique totale du système est plus proche du Capital que du Manifeste du parti communiste dans lequel il semble - malgré ce qu’il en dira - être resté bloqué. A le lire, on a parfois l’impression que la mentalité capitaliste et la société marchande auraient épargné les cerveaux des braves "classes populaires", "les seules qui méritent l’appellation de "progressistes"" comme il l’écrivait lui-même en mars 2011. Si il y avait en effet des classes pour soi, sa théorie serait plus pratique. En attendant, je me rappelle de mon grand père mineur de fond puis ouvrier dans la métallurgie (qui a toujours admiré jaures et milité violemment) qui me racontait comment des petits ouvriers souffraient sous le joug du contre-maître mais pouvaient eux-même devenir des salauds lorsqu’ils étaient eux-même promus. On ne peut tout analyser par les structures en classes sociales. Ceci ne veut bien évidemment pas dire qu’il faut devenir aveugles comme beaucoup de sociologues dits pragmatiques mais au contraire user de dialectique véritable et d’analyse systémique.
    C’est une méthodologie de pensée : être plus proche de E.P. Thompson que de Garnier.

    Ce "porte parole" auto-désigné des classes populaires ne semble pas réussir à comprendre (peut-être parce-qu’il n’a pas assez lu le vieux Marx, ou n’a-t-il pas assez marché) ce qu’est la critique de la valeur, ou peut-être qu’il ne préfère pas comprendre et fait alors de la falsification volontaire. Il dit qu’il s’agit de truismes accumulés et pourtant, lorsque R. Kurz "décrète" que « tous les groupes sociaux sont préformés par la valeur et donc constitués de façon capitalistes » ceci semble beaucoup énerver notre sociologue.
    Mais pourquoi tant de haine s’il s’agit d’une accumulation de "truismes" ? La classe ouvrière est une formation de la société capitaliste, en effet c’est une évidence systémique, on peut tout de même se demander ce que JP trouve de si choquant dans ce genre d’affirmation. Cherchons de manière très caricaturale (je m’excuse par avance de cette manière de faire mais je reste dans la veine stylistique de Mr Garnier : sans capitalisme, pas de patrons, sans patrons, pas de classe populaire exploitée, sans classe populaire exploitée ... ? Pas de prestige pour JP Garnier ?

    Pour conclure un peu plus sérieusement (même si on me dira que j’ouvre des portes ouvertes, ou fais des lieux communs, on pourrait de toute façon reprocher la même chose à tout le monde et les sociologues de l’urbanisme sont très bien placés : c’est une critique si facile) : comme ça n’est pas en tuant le roi qu’on abolit la monarchie (il y en aura toujours un autre pour prendre sa place), ça n’est pas en condamnant à mort les "capitalistes" du moment qu’on abolira le capitalisme. L’histoire nous a donné des notions qui nous viennent du judaisme, du christianisme, malheureusement pour nous le capital est lui aussi à sa manière dans toutes les têtes (la télévision est plus présente dans les foyers d’ouvriers que chez la PBI), toutes les classes intègrent à leur manière la doxa de la société marchande. La société de consommation n’a pas épargné les pauvres comme par magie, bien au contraire.
    C’est pour cela aussi, qu’Anselm Jappe pense que les plus aptes à se rebeller ne sont pas spécifiquement sa classe d’intellectuel mais les "non rentables de tous les pays". Mais ceci a aussi du échapper à notre sociologue qui voudrait tant se voir attribuer la carte du pro prolétaire le plus radical, qu’il nous épargne de ce néo maoisme, il peut faire largement mieux je pense

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  • SARCASMES PUÉRILS

    13 mai 2014 10:02, par Griffon

    Quelle puérilité. C’est bien beau de dire et de répéter que les Critiques de la Valeur ne savent rien de plus que ce que vous savez déjà... Eh bien quoi, vous êtes plus renseigné, plus cultivé, plus radical qu’eux ? Grand bien vous fasse. Mais alors, dites-nous un peu ce que c’est, "les bases de la société capitaliste", qu’on voit si vous êtes si fort ? Prenons le seul exemple concret que vous donnez, la "lutte des classes", que pour rien au monde vous ne voulez lâcher... Dites-nous où, dites-nous quand "les occupations d’usine, les séquestrations de patrons ou de cadres dirigeants, les émeutes et attaques de bâtiments officiels, les actions d’auto-réductions dans les services publics" se sont multipliées "au cours des années récentes" ? J’ai beau suivre l’actualité sociale française, je ne vois rien de tel cette dernière décennie. D’ailleurs où est la "classe ouvrière" qui servait de modèle aux marxistes et dont vous rêvez qu’elle lutte encore violemment contre l’injustice ? Où sont les prolétaires qui se réunissaient dans les usines, les cafés, les rues, les syndicats, qui votaient PCF comme un seul homme ? Vous aimeriez bien qu’on soit toujours en 1950, pas vrai ? Car au fond vous êtes un stalinien et, en bon stalinien, vous ne supportez pas que des intellectuels plus avancés que vous tirent les leçons de cette immense transformation, de cet éclatement de la classe prolétaire en chômeurs, sous-prolétaires, petits employés et salariés petits-bourgeois, tous aussi dépolitisés les uns que les autres (quand ils ne sont pas au FN). Que voulez-vous, la VALORISATION a bel et bien détruit, non pas les classes sociales comme l’auraient voulu Marx et Engels, mais bel et bien le prolétariat d’usine occidental. Et si vous croyez qu’il n’y a pas de différence entre l’ancienne ouvrière travaillant à la chaîne à l’usine et la caissière de supermarché, c’est que vous faites de n’importe quel travailleur pauvre un prolétaire, et ce quels que soient l’époque, l’outil, les rapports économiques, et tombez ainsi lourdement dans la catégorisation transhistorique que dénoncent justement les Critiques de la valeur. Non, la "lutte des classes" n’est pas le "moteur de l’humanité", et non, la bourgeoisie n’a pas face à elle une classe homogène qui n’attend plus que les bons conseils de néo-staliniens pour relever bien haut le drapeau rouge.

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  • À PROPOS DES CRITIQUES DE LA VALEUR

    4 avril 2016 16:41, par Floran Palin

    Bonjour,

    Le problème n’est pas la faiblesse pratique et stratégique de la critique de la valeur, mais le fait que les libertaires peinent à s’en emparer pour lui donner une autre orientation pratique et stratégique, et réviser et approfondir les contours de certains de leurs projets de société.

    Effectivement, la critique de la valeur ne fait que peu de cas de la critique de l’exploitation et, dans une moindre mesure, de celle de la propriété. Mais d’un autre côté, la gauche ne parle que de la première, l’extrême gauche, même libertaire, que de ces deux dimension. Or cela les conduit à produire de fausses analyses des causes des crises et a défendre des revendications comme la redistribution des richesses et du temps de travail et l’autogestion des entreprises, qui sont loin d’être des conditions suffisantes pour une société émancipée.

    Toutes ces revendications étaient valables jusqu’à la fin de l’époque post-fordiste. Depuis, la surproductivité du capital a évidé les grandes concentrations fordistes à la source de la production de valeur, dans une société ou l’accumulation reste fondée majoritairement sur l’industrie, et où les services ne relèvent pas des mêmes modalités d’accumulation et sont soumis à la même logique de surproductivité technologique. Après avoir rendu obsolète le travail qualifié intermédiaire, puis le travail non qualifié, le capital est même en passe de rendre partiellement inutile le travail hautement qualifié, une part croissante de ce travail étant substitué par les AI. Mais en même temps, et la main d’oeuvre (du fait d’un temps long de qualification/requalification), et la structure sociale, ne sont capable de suivre le rythme et de s’adapter, d’autant que les fondements du capitalisme deviennent un frein pour le capital. Nous sommes au bord de crises systémiques majeures à répétition, excluant toujours plus de personnes de l’emploi et de la valorisation, et ne leur donnant que peu de possibilités de subsistance, du fait du droit de propriété foncière capitaliste.

    Ce serait donc un tord de faire croire que le problème vienne d’une trop grande prédation des patrons, actionnaires et banquiers. Cette prédation pèse dans la crise, certes, mais n’en est pas la cause. Elle n’est qu’un effet marginal.

    Ainsi, le champ revendicatif classique de la gauche syndicale et politique (la redistribution des richesses, l’augmentation des salaires, la réduction et le partage du temps de travail, etc.) n’est que par trop limité. L’autogestion et la critique de la concurrence également. Si ces perspectives ne sont comprises que comme possibilités de faire tourner le système correctement, elles construisent une illusion dangereuse qui mènera vers des rééditions récurrentes des crises économiques. Si elles sont comprises comme sacrifice prioritaire de la classe dominante pour gagner du temps dans la préparation de la sortie radicale du système, dans ce cas seulement, elles sont intéressantes.

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