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courant alternatif novembre 2017 est sorti

edito et sommaire

mercredi 8 novembre 2017, par admi2


Nous ne sommes pas de leur monde !

Même s’il faut rester prudent en la matière – les explosions sociales ont généralement la délicatesse de ne pas nous prévenir de leur venue ! –, la sauce semble ne pas prendre pour l’instant pour que se dessine un mouvement social à la hauteur des attaques du patronat et du gouvernement contre les classes populaires.
Pourquoi ?
L’explication selon laquelle cela provient des divisions syndicales et de la « trahison » de certaines officines est un peu courte.

On sait depuis longtemps que le syndicalisme est traditionnellement faible en France (moins de 10 % de syndiqués non cadres chez les salariés), et pourtant des mouvements comme ceux de 1995 contre la réforme des retraites et de la Sécurité sociale, de 2006 contre le CPE, sans remonter à Mai 68, sont capables de faire entrer des millions de travailleurs et travailleuses en lutte, bien au-delà des confédérations.
Evidemment, une union syndicale, surtout portée par la base, est un plus à ne pas négliger, mais c’est loin d’être le sésame pour que s’ouvrent les portes d’une contestation massive et active. Même s’ils sont unis, la vocation des syndicats n’est pas d’ouvrir les portes à un autre futur ni de libérer les imaginaires !

Les salariés, les précaires, les chômeurs ne sont pas des veaux, comme le pensait le général de Gaulle des Français, ni des moutons que l’on mobilise d’un claquement de doigts. Pour qu’ils et elles se mettent en mouvement, il leur faut bien autre chose que l’« unité syndicale » sur laquelle l’extrême gauche pleurniche depuis les scissions de 1921 ou 1947.
Il faut que naissent des perspectives.
Il nous faut un moteur qui dépasse le syndical ou la simple revendication sectorielle ou corporatiste. Il nous faut ressentir l’envie de nous battre pour quelque chose, même si c’est peu de chose. Il nous faut en tout cas avoir le sentiment d’exister collectivement, d’être dans une dynamique heureuse et créatrice qui retisse du social, et pas seulement une fois de temps en temps dans la rue.
Macron n’est pas du même monde et les classes populaires le savent. La bourgeoisie semble triomphante, mais elle est malgré tout aux abois et a du mal à répondre au discrédit qui frappe une classe politique rarement aussi servile vis-à-vis du patronat.

Face à sa chute dans les sondages, Macron donne à ses troupes des consignes pour une meilleure… communication. Cela ne suffira pas à faire oublier ses formules méprisantes à l’égard des « fainéants » dont il est censé être le Président, et moins encore son programme ultralibéral. La « préoccupation » très médiatisée que montre sa secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes envers le harcèlement n’y parviendra pas davantage – quelle que soit la réalité de celui-ci : le gouvernement actuel ne peut pas plus que son prédécesseur de « gauche » nous faire oublier, par des « sujets de société » tels que le mariage homosexuel, la parité hommes-femmes ou encore l’écriture « inclusive », la misère et la précarité dans la société française en général.
Macron s’inscrit bien dans l’ère du postmodernisme : il tiendra beaucoup plus facilement un discours antiraciste ou antisexiste qu’il ne cherchera à réduire les inégalités entre les classes. On n’est pas loin avec lui, même si le style des deux bonhommes diffère, du « traitement » de ces inégalités par Sarkozy – avec comme formule magique une méritocratie largement contredite par l’absence de mobilité sociale dans la France actuelle.

Et puis, sur le terrain de la répression, loin de se démarquer des présidences précédentes, celle de Macron renforce les innombrables lois sécuritaires déjà existantes, en s’appuyant sur la « lutte contre le terrorisme » pour intégrer l’état d’urgence dans la Constitution, et rendre aussi ordinaires la présence de militaires dans les rues que les contrôles dans tous les secteurs de la société. Comme d’habitude, les procédures mises en place pour empêcher les attentats djihadistes servent à accroître et pérenniser le sécuritaire et le répressif en général. Les procès qui se multiplient contre les personnes ayant participé au mouvement contre la loi travail le montrent bien, par la lourdeur de leurs peines.
En particulier celui de la voiture de police incendiée quai de Valmy, le 18 mai 2016. Sur la base du témoignage anonyme d’un policier du renseignement, les sentences suivantes sont en effet tombées contre sept des prévenus : un an de prison avec sursis pour « participation à un groupement en vue de la préparation de violences volontaires » ; deux ans dont un avec sursis pour l’« auteur de coups de poing et de coups de pied sur le véhicule » ; quatre ans dont deux avec sursis pour « jet d’un plot métallique sur le pare-brise » ; cinq ans dont deux et demi avec sursis pour « coups à l’arrière de la voiture à l’aide d’un plot métallique » ; cinq ans dont deux et demi avec sursis pour « coups sur le policier avec une tige » ; cinq ans dont deux avec sursis sans mandat de dépôt pour « agression du policier à l’intérieur de la voiture et bris de la vitre arrière » ; sept ans ferme pour le jet du fumigène.

Face à toutes ces réalités, la solidarité est primordiale.
Parce que la solidarité, c’est avant tout ce qui permet de multiplier les fronts, même infimes, de lutte et d’apprendre à ne pas avoir peur, pour gagner – et c’est aussi vrai pour combattre le harcèlement sexuel que les politiques antisociales ou sécuritaires.

OCL Poitou

Sommaire

édito page 3
social
pages 4-8 Paysage politique postélectoral
et avenir des mouvements sociaux
pages 8-9 Retour sur la grève à l’usine Capitaine Houat
à Boulogne-sur-Mer
pages 10-11 Des lycées sous pression
santé
page s 12-13 La ministre et les onze vaccins
répression
page 14 Loi antiterroriste 2017 : vers un Etat policier
page 15 Procès à Poitiers et à Niort
big brother  pages 16 à 17
l’économie en brèves  page 18
page 19 Dernier salut à notre ami et camarade Jean Van Zaanen
vertement écolo  page 20
touchons le fond
pages 21-22 « La Fabrique du musulman » - Nedjib Sidi Moussa - débat
international
page 23 Ça bouge au Mali
pages 30-31 L’écologie, élément fédérateur
de la contestation vietnamienne ?
notre mémoire
pages 24-29 Rêveurs et utopistes, Ricardo Flores Magon
et l’anarchisme au Mexique

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