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CA 316 janvier 2022

Quand l’Occident s’inquiète de la présence des mercenaires russes en Afrique : une si longue histoire et une mémoire bien courte !

mardi 18 janvier 2022, par Courant Alternatif

Depuis le mois de septembre, la signature d’un éventuel contrat entre le gouvernement de transition malien et la société militaire privée russe Wagner fait couler pas mal d’encre. Le gouvernement français mais aussi l’Europe et les États-Unis ont dénoncé cette hypothétique présence et menacé de mesures de rétorsion si un tel accord devait être signé. Cette posture justifiée au nom des droits de l’homme par rapport à une entreprise de sinistre réputation, recèle beaucoup d’hypocrisie : en dénonçant des pratiques qui ont été mises en œuvre depuis des décennies par ces même États. Par ailleurs, cette attitude est symptomatique d’une crise structurelle des impérialismes militaires occidentaux (notamment français en Afrique) qui ont de plus en plus de mal à maintenir leur « paix impériale » du fait des contradictions qu’ils ont exacerbé par leur interventionnisme depuis des décennies.


Depuis le mois de septembre, la signature d’un éventuel contrat entre le gouvernement de transition malien et la société militaire privée russe Wagner fait couler pas mal d’encre. Le gouvernement français mais aussi l’Europe et les États-Unis ont dénoncé cette hypothétique présence et menacé de mesures de rétorsion si un tel accord devait être signé. Cette posture justifiée au nom des droits de l’homme par rapport à une entreprise de sinistre réputation, recèle beaucoup d’hypocrisie : en dénonçant des pratiques qui ont été mises en œuvre depuis des décennies par ces même États. Par ailleurs, cette attitude est symptomatique d’une crise structurelle des impérialismes militaires occidentaux (notamment français en Afrique) qui ont de plus en plus de mal à maintenir leur « paix impériale » du fait des contradictions qu’ils ont exacerbé par leur interventionnisme depuis des décennies.

Un nécessaire rappel sur le mercenariat français et occidental en Afrique

L’Afrique a été depuis des décennies la terre de prédilection des mercenaires occidentaux. Cela a débuté au Congo en 1960 lorsque le premier ministre Patrice Lumumba avait adopté une ligne politique résolument anticoloniale. Soupçonné pour cela d’être pro-soviétique, il est évincé du pouvoir et livré aux tueurs et aux tortionnaires du Katanga sécessionniste. Cet État fantoche dirigé par Moïse Tschombé qui recèle une bonne partie des ressources minières du pays a été le premier terrain d’exercice d’un certain Bob Denard et d’autres « affreux » comme on les surnommait alors. La longue carrière de ce dernier va se poursuivre en particulier aux Comores. A trois reprises en 1975, en 1978, puis en 1995, lui et son équipe sont intervenus pour faire un coup d’État, accompagné à deux reprises par l’assassinat du précédent chef d’État. Durant les années 1980, installé à Moroni, à la tête de la garde prétorienne du régime, il règne en maître sur l’archipel. En fin de carrière, il est devenu encombrant pour la France : son dernier coup de 1995 est finalement contré par l’armée française (alors que les services l’avaient initialement laissé organiser ce putsch). A la fin de sa vie, à l’occasion des deux procès qui se déroulent en 1999 et en 2006, l’un pour l’assassinat du président Abdallah puis pour le putsch de 1995, lors du premier il est acquitté et pour le second, il est condamné à une peine symbolique de prison avec sursis… Une clémence bien méritée selon la justice française en raison de son action « au service des intérêts français »...

On peut ensuite noter un autre type de mercenariat français opérant en Afrique : celui lié au « pantouflage » des anciens du GIGN à partir des années 1980, comme Paul Barril dont le forfait le plus notoire est le contrat noué avec le régime intérimaire rwandais ayant commis le génocide des Tutsis en 1994, une opération désignée sous le nom de code évocateur : « Insecticide ». L’autre figure connue des ex-GIGN en Afrique est Robert Montoya qui a d’abord établi son business sécuritaire auprès du dictateur Eyadema au Togo. Ensuite, faisant affaire dans différents pays du pré carré français en Afrique (Congo-Brazzaville, Cameroun etc.), il en est venu à louer ses services auprès du régime Gbagbo alors au pouvoir en Côte d’Ivoire. C’est ainsi qu’il s’est trouvé mêlé étroitement à l’affaire du bombardement de Bouaké en 2004. Curieusement, les services français ont laissé filer les pilotes biélorusses qui avaient mené les frappes aériennes contre le camp français et Montoya ne sera jamais inquiété par la justice. Dans le procès lié à cet épisode qui s’est tenu récemment, les parties civiles ont bien compris qu’on leur cachait une bonne part de la vérité.

Ces différents exemples montrent bien qu’à l’origine, le mercenariat français en Afrique servait une politique parallèle, ce qui ressemble en partie à l’utilisation de la société Wagner par la Russie de Poutine. Mais dès lors qu’on est sorti du contexte de la « guerre froide » qui ordonnait plus ou moins sur un mode bipolaire les conflits ouverts et les guerres secrètes menées par la France en tant que représentant du « bloc occidental », un certain « désordre » a commencé à se développer, avec des acteurs de terrain que les centres de décision impérialistes (civils et militaires) ont eu de plus en plus de mal à contrôler
Un autre modèle émergent dans les années 1990 : le mercenariat sud-africain.
Alors que l’apartheid prend fin au début des années 1990 avec la passation du pouvoir entre De Klerk et Mandela, une question se pose : que faire des forces spéciales de sécurité qui ont lutté (avec un certain succès !) contre les mouvements de libération avec toute une gamme de compétences « techniques » allant de l’espionnage à l’élimination physique ? … Ancien membre du Civil Cooperation Bureau, unité secrète contre-insurrectionnelle soupçonnée de plusieurs assassinats d’opposants à l’apartheid, Eeben Barlow a monté dès 1989, avant l’arrivée au pouvoir de l’ANC, sa propre société militaire privée, Executive Outcomes qui a ensuite, connu son heure de gloire dans les années 1990. Elle est intervenue avec succès en faveur du régime angolais contre l’UNITA… Rappelons que quelques années auparavant le régime sud-africain aidait l’UNITA de Savimbi contre le régime « marxiste » de Luanda et que donc EO a affronté des forces pro-occidentales que certains de ces membres avaient soutenu quelques années plus tôt ! Puis, c’est l’intervention en Sierra Leone, en 1995-96 contre les rebelles du Revolutionary United Front pour rétablir le président Kabbah. Dans les années suivantes, la société disparaît mais ce modèle anglo-saxon de sociétés militaires privées s’est développé avec d’autres sociétés comme Sandlines. Ce qui diffère (un peu) avec le modèle françafricain, c’est que dans un contexte de privatisation de la « sécurité » (des entreprises multinationales et des Etats), ces mercenaires jouent désormais la carte « entrepreneuriale » sans référence idéologique apparente : ils proposent un service « technique » qui s’assume ouvertement et ils s’affichent comme des « professionnels de la guerre » (corporate warriors) sur un marché international qui prend corps à partir de cette époque de la fin de la guerre froide et de la fin de l’apartheid.

encadré 1

L’idéologie coloniale, plus forte que la diplomatie La France multiplie les gaffes vis-à-vis du Mali.

Déjà, à l’époque du précédent président, pourtant adoubé par la France, Macron s’était signalé en visitant les soldats français sur place sans même faire escale à Bamako ni demander d’autorisation au gouvernement malien. Le président malien avait dû se précipiter pour faire genre « je suis là et j’existe ». Ceci avait beaucoup choqué les Maliens.

Ensuite, quand il s’est agi de négocier la suite de l’opération Barkhane et pendant que la junte avait entamé des pourparlers avec la Russie, la France s’est imaginée qu’il suffisait à l’ambassadeur de se rendre au palais présidentiel pour être reçu. Le président a fait signifier qu’il n’était pas à sa disposition, il fallait d’abord lui demander audience, qu’il accordait ou non à la date qui lui convenait.

Lors du dernier sommet France Afrique, Macron est apparu entouré de jeunes qui ont séduit beaucoup de monde. Tous ces jeunes ont été sélectionnés par la France sans consultation des autorités de leur pays. Depuis quand un sommet étatique consiste à ce que le chef de l’État qui accueille choisisse à la place de ses hôtes qui va venir et à quel niveau ? Vous imaginez Biden convoquant soit-disant le G7 mais invitant un humoriste ou un influenceur à la place de Macron ?

Dernière gaffe en date : Macron s’est auto-invité au Mali. Les autorités maliennes ont fait savoir qu’elles n’iraient pas le chercher à l’aéroport, qu’il n’y aurait pas de conversation à huis clos ni de conférence de presse. Finalement, il n’ira pas.

Ce n’est pas en se comportant ostensiblement comme le maître de la colonie que la France a la moindre chance de combattre l’influence grandissante de la Russie.

Sylvie

Les origines de la société Wagner

A la création de cette société de mercenariat, on trouve d’anciens militaires des forces spéciales qui ont combattu dans des conflits particulièrement meurtriers comme celui de la Tchetchénie ou dans d’autres républiques du Caucase, dans le contexte de la dislocation de l’URSS. En outre, celle fin de l’URSS a entraîné une réduction drastique des effectifs militaires de cette puissance qui rivalisait pendant plusieurs décennies avec les Etats Unis. C’est dans la guerre du Donbass contre l’Ukraine en 2014 que la société Wagner a commencé à faire son apparition. Ensuite, elle est intervenue en Syrie aux côtés du régime de Bachar El Assad. Sur ce terrain, elle s’est signalée par de nombreuses exactions (tortures, exécutions sommaires) qui ont fait l’objet en 2021 de plaintes déposées par plusieurs ONG à Moscou.

Cette brutalité des méthodes de Wagner qui n’était guère dénoncée dans les media jusqu’à récemment, se situe dans la continuité de la « guerre contre le terrorisme » menée par Poutine notamment en Tchetchénie où celui-ci affirmait vouloir « buter les terroristes jusque dans les chiottes ». Elle va même au-delà puisque parmi les fondateurs de ce groupe, la référence au nazisme est ouvertement assumée avec le nom de Wagner, un compositeur célébré par l’Allemagne nazie. Dans le même sens, le leader militaire du groupe, Outkine a affiché son admiration pour Hitler ou encore, plus récemment, dans la tablette d’un mercenaire de Wagner retrouvée en Libye figurait un exemplaire de Mein Kampf (BBC, 12 août 2021). Sur ce dernier point on remarquera que ce n’est pas sans rappeler le mercenariat des Français et des Sud-Africains dont le centre de gravité idéologique est aussi clairement à l’extrême-droite.
Wagner en Afrique : en Libye puis en Centrafrique
S’étant fait connaître en Syrie, Wagner va trouver de nouveaux terrains d’exercice en Afrique. Cela a donc été le cas en Libye où ces commandos ont soutenu l’armée nationale libyenne (ANL) du général Haftar, notamment dans son offensive sur la capitale Tripoli en 2019 qui a finalement échoué. Notons au passage qu’en Libye, Wagner combattait du même côté que les forces spéciales françaises, en accord avec leurs alliés régionaux (Egypte, Emirats arabes unis) qui pensaient qu’un dictateur comme Haftar serait plus efficace dans la lutte contre le terrorisme de l’Etat islamique présent en Libye. L’Etat français n’a jamais reconnu cet engagement mais la mort de trois des membres des forces spéciales en 2016 sur le terrain et la découverte de missiles français dans une base abandonnée par les forces de Haftar ne laissent guère de doutes sur la réalité malgré les démentis officiels …

Ensuite, le moment le plus décisif pour la notoriété de Wagner en Afrique a été l’intervention en Centrafrique. Ce pays a été durant des décennies la chasse gardée de l’armée française qui n’avait pas hésité à renverser l’« empereur » Bokassa, officiellement pour avoir réprimé une révolte scolaire dans le sang, mais en réalité pour s’être rapproché de Kadhafi… Durant des années, la France a quasiment gouverné directement le pays avec celui qu’on avait surnommé le « proconsul », le colonel Mantion. Par la suite, ont eu lieu des changements de pouvoir, notamment en 2003, avec l’arrivée à la suite d’un coup d’Etat du général Bozizé qui avait chassé son prédécesseur Ange Felix Patassé, alors que lui-même avait été un des piliers du régime de Patassé. Pour son accession au pouvoir en 2003, Bozizé a bénéficié du soutien décisif de l’armée tchadienne. Mais dix ans plus tard, l’allié d’hier est devenu son ennemi. Les rebelles « musulmans » de la Seleka soutenus par les Tchadiens, renversent le régime de Bozizé. Avec la création, en face, de milices pro-chrétiennes, les « anti-balakas », on est entré alors dans le scenario d’une guerre civile interconfessionnelle dans un pays où chrétiens et musulmans cohabitaient jusqu’alors en paix. La France intervient alors avec l’opération Sangaris, mais s’avère incapable d’enrayer cette descente aux enfers. Les forces françaises n’interviennent pas quand les Tchadiens se livrent à des exactions contre des civils centrafricains. En outre, les militaires français seront eux-mêmes la cible d’accusations concernant des viols sur mineurs. En 2016, la France se retire en catimini. C’est alors qu’entre en scène Wagner qui, à l’époque, n’était pas encore « diabolisée » par les Français puisque cette intervention de la société russe n’a pas fait pas l’objet de la médiatisation hostile à laquelle on assiste aujourd’hui alors qu’on connaissait déjà ses pratiques. Wagner s’implante progressivement et lie son intervention à l’accès à des ressources minières à travers une autre société parallèle Lobaye Invest, dirigée par des proches de Wagner, qui a obtenu l’autorisation d’exploiter une mine d’or. En décembre 2020 lorsque les forces de la Coalition patriotique pour le changement (CPC) dirigée par Bozizé ont failli renverser le régime de Faustin-Ange Touadera, les hommes de Wagner jouent un rôle décisif en repoussant l’offensive de la CPC parvenue jusqu’aux portes de Bangui. Alors que la Centrafrique a été pendant longtemps un des points d’appui de l’impérialisme militaire français en Afrique, désormais ce sont des conseillers militaires russes qui ont pris la place des Français.

Après la Centrafrique, le Mali ?

Contrairement à la Centrafrique arrimée dès l’indépendance au système françafricain avec la mort accidentelle de son premier président Barthélemy Boganda en 1959, le Mali a été dans les années 1960, avec Modibo Keita un Etat demeuré en dehors de ce système, adoptant alors sa propre monnaie, le franc malien et en coupant le lien avec la coopération militaire française qui a dû quitter la base militaire de Kati dès 1960. C’est ainsi que bon nombre d’officiers maliens ont été formés dans les pays de l’Est notamment dans l’ex-URSS.

Dans les années 1990, le dictateur Moussa Traoré qui est resté à la marge du système françafricain, est renversé par la mobilisation populaire. Le Mali fait alors figure de pays-modèle de la démocratisation et du multipartisme. Néanmoins, deux problèmes majeurs vont se poser et miner la stabilité de l’État malien : d’une part, la question touareg au Nord d’une part, et la corruption qui était déjà présente sous la dictature mais qui n’a fait que se développer par la suite.

Quelles que puissent être la légitimité des revendications des Touaregs par rapport à l’État malien, lorsque les indépendantistes du MNLA se sont lancés dans une offensive militaire, avec le soutien tacite de services étrangers dont la France, cela a débouché sur un contrôle du Nord du Mali par des groupes « djihadistes ». En 2013, l’armée français est intervenue à travers l’opération Serval et a été dans un premier temps accueillie en « libératrice ». Mais au fil des années, d’une part l’opération Barkhane s’est enlisée et d’autre part, les « bavures » récurrentes de la force Barkhane, même occultées la plupart du temps par les media français, ont fini par discréditer cette présence militaire. En outre, huit ans près alors qu’Hollande affirmait au départ que « la France n’a pas vocation à rester au Mali », la force Barkhane est encore présente tandis que la plupart des régions du Mali sont en proie à l’activité de groupes armés, soit des forces liées à l’État islamique au Grand Sahara, soit celles liées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), et que, par ailleurs, se sont développées des milices « ethniques » souvent soutenues par l’État et qui commettent aussi des exactions.
Ainsi, dans ce contexte, la supériorité technique sur le plan militaire des forces françaises associée à la dégradation progressive de la situation des populations au Sahel a fait naître l’idée d’une complicité secrète entre les Français et les djihadistes. Même si cela peut paraître a priori un scenario sans fondement réel, le rejet de la présence des forces françaises est désormais massif dans la population au Mali ainsi que dans les pays voisins. Sans compter le fait que les militaires français ont facilement le doigt sur la gâchette face aux manifestants : leurs « tirs de sommation » ont fait plusieurs morts au Niger à Dera parmi les manifestants qui s’opposaient pacifiquement au passage d’un convoi de Barkhane. Cela s’est passé à l’occasion d’un redéploiement de la force Barkhane vers le Niger alors qu’elle est en difficulté au Mali et également privée de son principal point d’appui au sein du G5 Sahel avec la mort controversée du dictateur tchadien Idriss Deby (tué par des « rebelles » ou par les siens ?).

A cela s’ajoute, L’arrogance incorrigible d’un Macron qui considère toujours — comme ses prédécesseurs d’ailleurs ! — que les États africains ne sont pas des États souverains comme les autres et qu’on peut s’inviter chez eux comme chez des amis… De surcroît, en invitant soi-même d’autres chefs d’État voisins (comme celui du Ghana et du Tchad) ne peut que jeter de l’huile sur le feu. Le « sentiment anti-français » — expression qui rappelle celles d’« éléments anti-français » utilisée par l’administration coloniale pour désigner les militants anticolonialistes — dans les pays africains dont on nous rebat les oreilles, est en réalité, le rejet d’un néocolonialisme usé jusqu’à la corde mais dont aucun dirigeant français (de droite comme de gauche) n’a su se débarrasser malgré différents effets d’annonce. Désormais, ces derniers mois, au Mali, au Niger et au Burkina Faso, des manifestations massives ont eu lieu contre cette présence militaire française, ce qui n’était jamais arrivé jusqu’alors. Présenter le rejet de cette présence française, comme le fruit d’une manipulation des réseaux sociaux par des « influenceurs » russes comme on l’a lu et entendu dans la presse française, est alors vraiment ridicule !

Conclusion : La dénonciation de Wagner du côté français et occidental, s’inscrit dans ce contexte d’une concurrence nouvelle sur le marché international des « opérations extérieures » : les effectifs de Wagner , seulement quelques milliers d’hommes, ne pèseraient pas grand’chose par rapport aux capacités de déploiement des armées des puissances française et américaine. Mais face aux fiascos récurrents des puissances occidentales : la France en Afrique et les Etats Unis au Moyen Orient et en Afghanistan, il s’agit en fait de barrer la route à un concurrent qui est en train de tailler des croupières aux anciens maîtres du jeu et d’éviter que ses services deviennent une option possible pour des dirigeants africains « francophones » qui ont compris que la garantie françafricaine de maintien au pouvoir ne fonctionne plus comme autrefois.

De leur côté, certains militants africains, au Mali en particulier, qui réclament cette arrivée des mercenaires russes en lesquels ils voient sans doute des descendants de l’armée soviétique sont dans l’aveuglement le plus complet : Les Russes d’aujourd’hui ne sont pas le « social-impérialisme » décrié par la Chine maoïste du temps de la guerre froide mais il est clair que ces mercenaires de Wagner ne viendront pas pour libérer les pays africains mais pour faire seulement ce qu’il ont appris à faire : tuer des gens présumés être des « ennemis » en faisant quelques « victimes collatérales »... et se faire payer (cher !) pour cela …

Pascal

Encadré 2

Qui est le terroriste de qui ?

Le Mali accuse la France d’être complice du terrorisme, accusation qui vue d’ici peut surprendre. Quels sont ses arguments ?
Tout d’abord, rappelons que la guerre actuelle au Mali est en grande partie la conséquence de l’intervention militaire en Libye, intervention décidée et réalisée par la France. Des milices touaregs ont alors quitté la Libye lourdement armées pour attaquer le Mali. Nombreux sont les Maliens qui croient qu’en fait c’était un complot contre eux.
L’accord qui présidait à Serval indiquait que la France fournirait une couverture aérienne (le Mali n’a pas de forces aériennes) en appui à l’armée malienne qui recevrait des armes. En fait, la France est intervenue au sol à la place de l’armée malienne, toujours aussi mal armée 9 ans après. Aujourd’hui, en pleine guerre, la France fait tout pour que soit respecté l’embargo sur les armes contre le Mali. A qui cela profite-t-il ? La Russie, elle, a déjà fourni 4 hélicoptères, une centaine d’ambulances, du matériel médical… Avec la lutte contre la corruption, de l’argent revient dans les caisses de l’État qui est utilisé pour l’achat d’armement.
La France a passé un accord avec les touaregs à Kidal qu’elle a interdit d’accès à l’armée malienne. C’est là que les journalistes de RFI ont été assassinés. Même le président ou le 1er ministre devaient demander l’autorisation pour s’y rendre. La rumeur publique prétend que la France y exploite des mines d’or à l’abri des regards. En tous les cas, il y a eu tentatives d’accords séparés dans une région au sous-sol très riche, et avec des forces qui ont toutes eu partie liée avec le djihadisme. Pour beaucoup de Maliens, la France a « nettoyé » le nord mais préservé Kidal pour conserver un foyer terroriste qui justifie son maintien sur place. De toutes façons, aucun peuple ne peut accepter qu’une armée d’occupation étrangère lui interdise l’accès à une partie de son territoire.

La France a accusé le Mali à mots plus ou moins couverts de ne pas être très net vis-à-vis du terrorisme.
Il faut comprendre que ce que nous appelons ici terrorisme est considéré sur place comme du banditisme. Les « djihadistes » ont autant de motivations de trafics divers que religieuses. Il y a un mélange complexe entre des forces directement liées à Al Qaïda ou Daesh, des bandits armés qui ont fait alliance avec eux, la « question touareg » et une ethnicisation du conflit. Dans des conflits locaux de pouvoir, de maîtrise de l’eau ou de la terre, etc. certains ont fait le choix de milices anti-terroristes et d’autres d’utiliser la terreur qu’inspire le djihadisme. Cette ethnicisation du conflit est beaucoup reprochée à l’ancien pouvoir.
Les militaires ont annoncé vouloir négocier avec les forces maliennes partie prenante du conflit. Pour sortir d’une guerre, il faut soit écraser l’ennemi, ce qui semble largement loupé, soit se rendre, ce qui n’est pas à l’ordre du jour, soit négocier avec lui. Le nouveau pouvoir semble estimer que les enjeux locaux sont négociables (y compris les aspects religieux), ce qui priverait les forces purement djihadistes (ou de banditisme) de leur appui local. C’est donc clairement une divergence politique avec la France (qui « ne négocie pas avec les terroristes », sauf en secret bien sûr).

Sylvie

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