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CA 317 février 2022

A Pont-Croix comme ailleurs Bretagne : La lutte pour se loger !

Dossier Bretagne en Vert et contre tous

mardi 8 février 2022, par Courant Alternatif

Suite à l’article diffusé dans le CA 316 de janvier faisant état de l’épineuse question des difficultés de logement et de la prolifération des résidences secondaires au PAYS BASQUE [1], nous abordons ce problème en Bretagne : « l’Accaparement des richesses n’est pas quelque chose de naturel, c’est un choix politique » [2]


Suite à l’article diffusé dans le CA 316 de janvier faisant état de l’épineuse question des difficultés de logement et de la prolifération des résidences secondaires au PAYS BASQUE [3], nous abordons ce problème en Bretagne : « l’Accaparement des richesses n’est pas quelque chose de naturel, c’est un choix politique » [4]

EXPLOITATION D’ÉTAT .

On peut poser comme base du problème que la France, pays progressiste porteur de valeurs humaines et universelles se targuent de respect des droits de l’Homme, n’est toujours pas capable d’assurer un droit au logement alors que celui-ci devrait la première de nos exigences et apparaît dans le préambule de notre Constitution. Pour habiter un territoire, il faut avant tout un toit ! En théorie la loi garantit un : « droit au logement opposable », il est donc possible de saisir le tribunal administratif si les pouvoirs publics ne vous trouvent pas de logement dans un délai acceptable ou si le votre est indigne.
Pas de chance celle-ci entre en contradiction depuis les années soixante avec le projet de la DATAR[Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, organisme crée en 1963 remplacé en 2014 par la CGET, Commissariat général à l’égalité des territoires] de faire de la Bretagne la principale usine agro-alimentaire de France mais également un haut-lieu touristique ! Cette spécialisation des territoires est décidée au sommet de l’État sans aucune connaissance ni surtout de respect pour les habitants . Un objectifs pour ces élites : séparer les espaces productifs des espaces récréatifs. Le but étant de consommer des paysages donc des pays comme on consommerait n’importe quel autre bien à partir du moment où l’on en a les moyens.

Vue sur les volets fermés à l’entrée du port de Poulgoazeg (commune de Plouhinec, 29) en 2022

LA BRETAGNE EST UNE MARCHANDISE ?

La notion de paysage ( dont la racine est : « pays ») introduite ici n’est pas anodine, elle fait partie intégrante du problème. La question des logements et notamment de la prolifération des résidences secondaires recoupent un tas de problématique grave : le travail, les trajets pour s’y rendre : trajets pendulaires ; la fermeture des écoles, la pollution, les transports en commun la déperdition des terres agricoles, la ségrégation sociale...D’ailleurs, l’article de Kristine [3] pour le pays basque était édifiant au niveau des chiffres et de ces conséquences, montrent que la Bretagne n’est pas une exception.
A présent, faisons un tour d’horizon en Bretagne. En 2017, malgré quelques différences entre nos départements, il n’en reste pas moins que nous en sommes à : 13,7% de résidences secondaires en Finistère, 7% pour l’Ile et Vilaine, 17% pour les Côtes d’Armor, 18% le Morbihan. Sachant que ces données ont profondément évoluées depuis le début de la pandémie de Covid-19 : les prix de l’immobilier se sont envolés de plus de 2,8% entre Mars et Juin 2020 ! Un record ! C’est dans le pays de Vannes où l’on constate les plus graves dérapages : dans certaines communes du Golfe du Morbihan les habitants à l’année sont ultra-minoritaires : à Carnac on compte 71,4% de résidences secondaires, 59% à Locmariaquer, 73,2% à l’île aux Moines, 79,7% à Arzon. En Ile et Vilaine, plus on se rapproche de l’estuaire de la Vilaine plus on tourne autour des 70% ! Dans les Côtes d’Armor : St-Quai Portrieux, Fréhel, Pléneuf-Val-André, St-Malo, Cancale, Paimpol, on flirte avec les 60%. Dans le Finistère, où le phénomène est plus récent car il démarre dans les années 2010, on atteint depuis l’été dernier des taux alarmants de résidences secondaires : Audierne 41,2%, Primelin 44,3%, Pont-Croix (1417 habitants) 27%, Douarnenez 22%, sans parler des îles : Sein (243 habitants) est à 60,7%.

ZONES DE TENSIONS .

Bref, nous pouvons clairement parler de zones de tensions [5], statut qui existe sur le plan juridique mais qui ne peut être appliqué que par le maire de la commune. C’est à dire que cette décision revient à une seule personne de manière essentiellement verticale, uniquement basé sur un bon vouloir.
Quelles solutions ? La surtaxation des résidences secondaires ? Le plafonnement des résidences secondaires ? L’application d’un statut de résident ? Par exemple, La Suisse a opté par référendum en 2012 pour un plafonnement maximum du taux de résidences secondaires par commune.
La difficulté principale sur notre territoire c’est l’âge : Le Finistère et par extension la côte Bretonne sont occupés majoritairement par des retraités bien installés pour lesquels il n’est plus question de crédit ni de problème de transport pour le travail, l’école etc.... Une catégorie difficilement mobilisable pour enrayer le phénomène. Comme beaucoup d’autres « pays » de France ou d’Europe : Pays Basque, Grèce, Espagne, Portugal, Italie... ne peut-on pas redouter la création de réserve à l’ Indienne ?

Doit-ont envisager une prochaine chasse des locaux ? Jusqu’où la bourgeoisie va-t-elle s’octroyer le droit d’acheter des territoires en toute impunité sans se soucier des conséquences sur la transformation des modes de vie, des paysages.. A Pont-Croix, le financement de la totale rénovation d’un bâtiment suite à un incendie qui l’avait entièrement ravagé, Le Petit Séminaire, bâtiment public et communal, a été financé grâce à l’argent public : donc directement sur le dos des Pontécruciens mais l’exploitation immobilière de ce lieu a été confié (sans aucune concertation municipale) à un investisseur privé, qui pratique des loyers indécents ! Le loyer moyen encaissé pour un appartement ( autour de 60m2) en ces lieux est de 700,00 euros ! Quel jeune qui gagne un smic peut-il louer et vivre dignement dans ces conditions ? Quelles perspectives pour les primo-installants qui veulent VIVRE sur le territoire ?

Zones sous tensions dans le Finistère

DES MOYENS , DES ACTIONS .

Loin d’être désespéré, c’est un sujet dont on parle ici . Il n’est pas question d’omerta, l’inquiétude et la susceptibilité locale se sont réveillées. Hasard du calendrier en octobre 2021 est sorti l’ouvrage de Jean Moallic, Gilles Simon et Fanch Le Hénaff : Plogoff une lutte au bout du monde, qui revient sur la lutte des habitants de Plogoff contre un projet d’installation d’une centrale nucléaire à la Pointe du Raz (Finistère) et qui donne une touche d’optimisme dans les moyens de la lutte [6]. D’ailleurs la campagne politique locale clairement menée et pleinement assumée par l’UDB [7] prouve que la dynamique est lancée et que la question est prégnante.
De là à soulever des torrents de manifestants plusieurs étapes de la lutte restent à franchir. Le combat n’est pourtant pas nouveau, il remonte aux années soixante qui ont fait de la Bretagne une terre d’agriculture intensive, connaissant aujourd’hui les conséquences d’une telle politique : transformation radicale des paysages, pollution systématique et profonde des terres et des cours d’eau, algues vertes en constante prolifération sur nos plages, fermeture sanitaire des plages et maintenant afflux de touristes. Sur une nature qui souffre et peine beaucoup à digérer la merde des élevages et des marées noires c’est le capitalisme qui est une marée de merde. Après la merde des cochons, la merde des touristes.

BATMAN et RIBINE

Quelques propositions de slogans et autres coquetteries en libre accès

P.-S.

L’ensemble des chiffres citées dans cet article sont tirés de l’ouvrage de Nil Caouissin, professeur d’histoire-géographie et de Breton, auteur d’une thèse : Manifeste pour un statut de résident en Bretagne, Presse Universitaire de Bretagne,St-Brieuc 2021 .

Notes

[1Pays basque nord : stratégie contre la spéculation foncière et immobilière

[2Nil Caouissin, Élu régional, autonomiste breton, porte parole de l’UDB, Union démocratique bretonne

[3Pays basque nord : stratégie contre la spéculation foncière et immobilière

[4Nil Caouissin, Élu régional, autonomiste breton, porte parole de l’UDB, Union démocratique bretonne

[5En matière de logement, la tension d’un marché immobilier local est définie par le niveau d’adéquation sur un territoire entre la demande de logements et l‘offre de logements disponibles. Une zone est dite « tendue » si l’offre de logements disponibles n’est pas suffisante pour couvrir la demande (en termes de volume et de prix). Selon la définition du Ministère de l’écologie et de la transition énergétique

[6Plogoff une lutte au bout du monde, éditions Loculus Solus, Châteaulin, 2021, 176 pages. Ouvrage à propos duquel nous vous proposerons une critique en bonne et due forme dans un prochain numéro

[7Union Démocratique Bretonne, parti indépendantiste de gauche Breton fondé en 1964

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