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CA 317 février 2022

Brennilis et son démantèlement

mercredi 2 mars 2022, par Courant Alternatif

Brennilis est une petite commune du centre Finistère au cœur des Mont d’Arrée, et ancrée au sein du parc régional naturel d’Armorique. Un peu moins de 450 brénilisiens y vivent. Si le reversoir Saint Michel (ou Lac Saint Michel pour les locaux), retenue d’eau créé en 1937 afin de réguler la rivière utilisée par l’usine hydroélectrique locale, est un lieu très fréquenté par les passionnés de pêche sportive (les brochets y sont bien portant) et les promeneurs, c’est aussi le lieu choisi dans les années 60 pour installer l’unique centrale nucléaire de Bretagne.



Brennilis est une petite commune du centre Finistère au cœur des Mont d’Arrée, et ancrée au sein du parc régional naturel d’Armorique. Un peu moins de 450 brénilisiens y vivent. Si le reversoir Saint Michel (ou Lac Saint Michel pour les locaux), retenue d’eau créé en 1937 afin de réguler la rivière utilisée par l’usine hydroélectrique locale, est un lieu très fréquenté par les passionnés de pêche sportive (les brochets y sont bien portant) et les promeneurs, c’est aussi le lieu choisi dans les années 60 pour installer l’unique centrale nucléaire de Bretagne.

La genèse d’un réacteur mort né

Le réacteur de Brennilis est mis en service en 1967. Sans rentrer dans des considérations techniques, c’est un réacteur à eau lourde refroidi au gaz carbonique qui fonctionne à l’uranium non enrichi. Cette technique alors expérimentale est rapidement mise de coté (dès 1971) pour des technologies à eau pressurisée dites plus stables et surtout plus rentables. Mais que faire alors de cette nouvelle centrale ? Même si elle emploi presque 200 personnes, la centrale n’est pas vu d’un bon œil localement. Par ailleurs, dans un contexte de lutte antinucléaire en cours à Plogoff, cette centrale subit deux attentats revendiqués par le FLB–ARB. En 1975, une bombe détruit le poste téléphonique de la centrale et en 1979 ou les deux pylônes électriques à l’entrée de la centrale sont détruits, coupant ainsi la distribution du courant.
Exploitée par EDF et le CEA, la centrale tournera néanmoins une douzaine d’années. En 1985, EDF et l’Etat décident de l’arrêter définitivement et de transformer l’installation en site de démantèlement expérimental d’un réacteur. Elle doit devenir alors la vitrine française du savoir faire d’EDF en terme de démantèlement nucléaire. Le calendrier est prévu en plusieurs phases, devant se terminer définitivement en 2040.

D’enquêtes publiques et entourloupes d’état

Une première enquêtes publique à lieu en 85 au sujet de la deuxième phase, le démantèlement partiel. Les élus locaux, actifs par ailleurs dans la gestion du parc régional d’Armorique et sous la pression des administrés, imposent une suppression totale et exigent « un retour à l’herbe ». Bref en 2040, ils veulent pouvoir courir dans la lande, en lieu et place du réacteur, et sans risquer de s’irradier.
La phase 2, qui touche au démantèlement des bâtiments hors réacteur et au confinement de ce dernier, commence alors en 1997 pour finir en 2005.
La phase 3, le démantèlement du réacteur, peut alors commencer. C’est la phase la plus critique et la moins maîtrisée, car jamais réalisée auparavant. La seule expérience connue et sur laquelle se base EDF dans son protocole, est celle de la centrale nucléaire de Niederaichbach en Allemagne, également modérée à l’eau lourde et refroidie au gaz carbonique. La différence majeure est que cette centrale n’a fonctionné que 18 jours…
Le chantier va par ailleurs générer de nombreux déchets, dont plus de 7000 tonnes de déchets radioactifs et 30 tonnes d’extrêmement radioactifs et dont EDF ne sait que faire, et compliquées à manipuler. C’est principalement le sujet des déchets nucléaires qui cristallisent les tensions aujourd’hui.
Sur ce sujet, deux positions s’affrontent. EDF et l’Etat veulent absolument rentrer dans leur calendrier de 2040 et forcer le démantèlement en utilisant des moyens mécaniques pour extraire les substances les plus radioactives. Les locaux et principalement les défenseurs de l’environnement et associations anti-nucléaires souhaiteraient elles un rallongement du calendrier afin de laisser la radioactivité décroître dans le temps et réduire d’autant les risques de contamination du chantier. Évidemment, fin de non recevoir sur le sujet de la part d’EDF et de l’Etat, qui comme seule réponse lancent une seconde enquête publique en 2009 histoire de donner l’impression de s’intéresser à l’avis des locaux.
Surprise ! Cette enquête reçoit étonnement un avis défavorable par son rapporteur, mais malgré cela un décret autorise en 2011 le début du démantèlement total par les apprentis sorciers d’EDF. Preuve de l’amateurisme dans le sujet, le projet reçoit par la suite un avis négatif de la part des technocrates de l’Autorité de sûreté nucléaire (l’ASN, administration publique) sur le dossier d’autorisation de démantèlement complet. Bref, même l’administration désavoue le projet en l’état. Il est cependant hors de question pour EDF de changer son point de vue, les considérations financières étant toujours plus importantes que le reste.

Des tentatives juridique, mais pas de réelles actions

Le sujet est aussi vieux que la centrale elle-même, et EDF utilise la lassitude pour mener à bien son projet en dépit des avis divergents. Classique en somme. L’opposition est aujourd’hui, bien malheureusement, très anecdotique, se réveillant occasionnellement lors des différentes étapes administratives du calendrier d’EDF. En effet, les quelques opposants encore debout contre ce projet se concentrent autour de l’association Bevañ e Menez Are – Vivre dans les monts d’Arrée – et se contentent d’actions juridiques et recours, néanmoins nécessaires, pour retarder le démantèlement final et la destruction de la verrue des Monts d’Arrée. Dernièrement, une énième enquête publique s’est achevée en plein milieu des vacances de Noël 2021, après qu’EDF ait pris quelques années pour préparer le chantier et faire du lobbying en son sens. Les opposants ont une fois de plus transmis leurs doléances, mais la mobilisation pour dénoncer cette énième farce a été très faible. Si l’ASN ne met pas son véto, dès la publication du décret, la partie la plus radioactive de la centrale pourra être démantelée dès 2023, et ce malgré les encore nombreuses incertitudes et zones de flou dans la gestion et les conséquences de ce chantier. En effet, n’oublions pas que parallèlement à ce chantier, l’Etat n’a toujours pas réglé la problématique du retraitement de ces fameux déchets, prévus au départ d’être enfouis sur le site de l’ANDRA à Bure… Sur qu’une signature prochaine d’une autorisation, accélérera le chantier (et espérons la lutte) à Bure !

Arturo, Janvier 2022

L’Ankou

En 1977, sort une bande dessiné de Spirou et Fantasio. Son nom « L’Ankou » (« la mort » dans la mythologie celte). Les deux héros se retrouvent mobilisés sur un vol de matières radioactives sur le site de la centrale nucléaire de Berniliz en Finistère. Si cette bande dessinée n’a rien d’exceptionnelle, l’histoire lie continuellement la mort et le nucléaire. En effet, l’Ankou considère que l’utilisation d’une nouvelle génération de produit radioactif entraînerait une surmortalité dans la population et lui donnerait ainsi une surcharge de travail. Par ailleurs, elle relate, sous couvert d’anagramme pour faciliter la fiction (Berniliz au lieu de Brennilis par exemple), de nombreux évènements ayant eu lieu autour de la centrale nucléaire finistérienne. Un chouette petit livre pour enfant, aux doux accents antinucléaires !

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