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Courant Alternatif 240, de mai 2014, est sorti

lundi 19 mai 2014, par ocl-lyon


SOMMAIRE

ÉDITO -PAGE 3

TERRITOIRES

  • PAGE 4 Limousin : plate-forme de la Montagne limousine
  • PAGE 7 Le communisme rural limousin
  • PAGE 8 Ardennes : Désenclavement et grands projets inutiles
  • PAGE 10 Notre-Dame-des-Landes : l’Etat patine !
  • PAGE 13 Somme : Que devient le projet des 1000 vaches

SOCIAL

  • PAGE 14 De la paupérisation en milieu étudiant
  • PAGE 16 Une AG des hôpitaux à Caen
  • PAGE 17 Contre les propriétaires et le capilal, guerre sans merci !

RACISME

  • PAGE 18 A quoi sert Dieudonné ?

BIG BROTHER- PAGES 20-21

ÉCONOMIE

  • PAGE 22 Euro, quelques éléments d’explication

L’ÉCONOMIE EN BREVES -PAGE 24

INTERNATIONAL

  • PAGE 25 Bus de classes à San Francisco (Fuck off google !)

L’ENFER TECHNOLOGIQUE

  • PAGES 27 Le tout numérique à l’école, ipads et iprocrisie

RENCONTRES LIBERTAIRES ÉTÉ 2014- PAGES 29

NOTRE MÉMOIRE

  • PAGES 30 La grande boucherie : les fusillés pour l’exemple

NOUVEAUTÉS ÉDITIONS ACRATIE -PAGES 32

Édito

Ce n’est pas en « sortant les sortants » qu’on sortira du système !

Même si l’action politique que nous menons ne passe pas par les urnes, il est nécessaire de s’intéresser aux résultats des élections pour mesurer l’évolution des rapports de force dans la société française. Et c’est particulièrement nécessaire lorsque se produisent des basculements comme celui des dernières municipales.
Comment comprendre l’ampleur de la défaite subie par le pouvoir dit « de gauche » quasiment monopolisé par le parti socialiste ? L’explication dominante de cette claque est celle de l’expression d’un « vote sanction » contre François Hollande et son gouvernement. Même si nous-mêmes n’attendions rien de bon des socialistes au pouvoir (ils ont été assez souvent à la manœuvre), nous pouvons comprendre que des personnes qui ont subi la politique de Chirac et Sarkozy aient mis quelques espoirs dans un PS qui leur promettait une politique plus sociale. Et nous comprenons l’ampleur de leur déception. C’est certainement un point important, mais il permet aussi de relativiser certaines pertes. Une partie des grandes villes prises aujourd’hui par la droite après deux ans de déception vis à vis du pouvoir socialiste n’avaient été conquises par le PS et ses alliés qu’en 2008 lors d’un « vote sanction » après un an de pouvoir sarkozyste. C’est le cas par exemple de Toulouse, Reims ou Roanne.

Evidemment, François Hollande a beaucoup déçu son électorat et ne dispose plus que du soutien de moins de 20 % des sondés. Ce discrédit de la gauche au pouvoir sur le plan national a fragilisé les candidats socialistes locaux. Les candidats UMP ou FN ont vivement stigmatisé les « candidats de François Hollande ». On a vu fleurir des affichettes du style « Hollande coupable – Untel complice ». Les sortants socialistes ont également été critiqués sur leur gauche et ont parfois trouvé sur leur chemin des listes dissidentes de diverses configurations (Front de gauche, divers gauche, écolos...), en rupture en tout cas avec la politique d’union avec le PS. Par contre, il est très difficile de mesurer dans quelles proportions l’électorat de gauche déçu du PS et de ses alliés s’est abstenu, s’est décalé vers ceux se présentant comme une alternative à gauche du PS, ou a carrément basculé à droite ou à l’extrême-droite . En tout cas, le nombre de basculements de villes importantes du PS vers ces autres candidats de gauche est très limité : Grenoble en est un cas très clair, mais Montpellier est plus douteux, l’élu « dissident » étant adjoint sortant. En Haute-Vienne, il y a plusieurs cas de petites villes (Ambazac, Rilhac-Rancon) prises au PS par le Front de Gauche ou de villages conquis par des « divers gauche » citoyennistes. A l’échelon national, cela reste limité, d’autant plus que cette gauche-là a également perdu certains bastions (Bobigny étant un des cas les plus représentatifs).

Cependant les électeurs ont également souvent déclaré voter avec des considérations « locales ». Des électeurs peuvent reprocher aux maires sortants de ne pas répondre aux besoins en situation de crise économique : dynamiser leur ville, créer des emplois, améliorer le quotidien de leurs concitoyens. Il peut leur être reproché aussi de s’engager dans des projets servant des intérêts particuliers plutôt que ceux du plus grand nombre. A Limoges, par exemple, la création d’un centre commercial « Family Village » dans une zone périphérique alors que le petit commerce au centre ville périclite à certainement joué dans le report d’un électorat modéré vers les centristes au premier tour et vers la liste d’union UMP-centristes au second tour. Les dépenses somptuaires engagées pour un gigantesque « centre aquatique » alors que les équipements des quartiers se dégradent ont certainement pesé sur les bulletins de vote. A Niort également, c’est le bilan et la personnalité de la sortante qui ont pu décevoir une partie de son électorat.

Nous ne pleurerons pas sur les déboires du PS et des ses élus. Nous pouvons même nous réjouir qu’ils fassent de moins en moins illusion. Par contre, le point qui peut nous inquiéter beaucoup plus, c’est la remontée du Front National. Bien sûr, on peut considérer que le nombre de listes FN et le nombre de villes gagnées est à peine supérieur à celui de 1995. On peut voir cette poussée de fièvre comme passagère et devant retomber dans trois ans lorsque la droite reviendra au pouvoir. Il n’en reste pas moins que c’est de plus en plus auprès des travailleurs précarisés (et même d’origine immigrée) que ces idées nauséabondes trouvent un écho. Si la gauche de pouvoir déçoit évidemment les populations les plus victimes des évolutions du capitalisme, la gauche au discours plus radical ne parvient plus à toucher et encadrer ces populations comme le faisait jadis le PC et ses structures satellites. Le FN profite des places vides et de l’absence de perspectives offertes à une grande partie de la population. Il manque encore souvent de militants ayant des capacités d’organisation, ce qui freine son développement local et fait qu’il profite surtout des élections ayant moins un enjeu de gouvernance qu’un enjeu d’expression de « ras-le-bol ». De ce point de vue, aux européennes qui arrivent, il risque de faire un tabac...

Après la défaite des municipales, Hollande ne pouvait rester sur sa ligne sociale-démocrate mi-chèvre - mi-chou, sans réagir. Il aurait pu infléchir sa ligne légèrement sur la gauche du PS et regagner les bonnes grâces des Verts et du Front de gauche. Il a choisi au contraire de faire un pas à droite et de continuer à s’enfoncer dans le social-libéralisme. Manuel Valls sera-t-il le Tony Blair français ? Il n’en aurait sans doute pas les moyens avec le seul soutien de la majorité du PS. Par contre, on entend aujourd’hui que le « plan d’économies de 50 milliards » pourrait passer avec le soutien d’une partie du centre, voire de la droite.

Si ce pari de Hollande et Valls réussit, il faut s’attendre à une plus grande soumission aux diktats des patrons des grandes firmes et des technocrates des instances internationales et européennes, et par conséquent à une aggravation des conditions de vie pour une grande partie de la population. L’auto-destruction de la social-démocratie par sa dissolution dans le libéralisme pourrait apparaître comme une chance pour construire des alternatives, mais cela n’a pas été le cas dans les pays voisins de la France. En effet, il se trouve toujours des forces à gauche pour tenter de reconstruire des partis se proposant de faire une politique de gauche tout en restant dans le cadre du système capitaliste et de la démocratie représentative.

C’est donc à l’extérieur de ce système seulement, lors de luttes d’entreprises, lors de luttes contre les grands projets inutiles, lors de construction d’alternatives sur des territoires, lors de luttes sur des enjeux de liberté, que nous pouvons développer de véritables alternatives. Vous trouverez de nombreux exemples de ces résistances dans ce numéro de Courant Alternatif. Ces luttes sont essentielles pour construire, débattre et redonner des perspectives face à la désespérance engendrée par le capitalisme et ses « crises » ainsi que par les manœuvres des politiciens de tous bords.

En Limousin, 26 avril 2014

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