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Courant Alternatif n° 309 avril 2021

Retours sur les mobilisations du 8 mars 2021

vendredi 16 avril 2021, par Saint-Nazaire


8 mars 2021

Dans le Mantois, la longue préparation du 8 mars

Le 8 mars à Mantes (Yvelines), la ville arborait quelques marques bien visibles de la mobilisation annuelle pour les droits des femmes : des banderoles sur un des ponts les plus passants et à la gare, des slogans à la craie sur le bitume… Tout cela avant un rassemblement réunissant 30 personnes à la gare à l’appel des FFFRAC [1], le groupe féministe local, (voir l’interview du groupe dans le numéro d’été 2020 de CA) avant de rejoindre collectivement la manif parisienne.

Localement, ce 8 mars avait été envisagé comme le point culminant d’une mobilisation construite sur la durée par les FFFRAC depuis maintenant presque 1 an, avec des rendez-vous autour du 8 de chaque mois, dans des lieux passants (mairie, gare, marché). L’idée de grève des femmes (du travail, de la consommation, des tâches domestiques) était expliquée et motivée à chaque échéance depuis la rentrée 2020, ainsi que des points d’actualité (procès, mobilisations internationales, grèves...), dans les tracts et/ou les prises de paroles, slogans, chansons…

Ainsi, entre la rentrée 2020 et février 2021, ont eu lieu lors des rassemblements par exemple : commémorations des 50 ans du MLF, de l’avocate féministe Gisèle Halimi, un relai local des acquis en Argentine et en Corée sur le droit à l’avortement, un soutien à Julie, jeune fille violée par une vingtaine de pompiers, à l’occasion du procès, et un message de solidarité exprimé avec les femmes de chambre en grève à l’Ibis Batignolles… La manif de février, très festive avec casseroles, banderoles et chants dans le marché était très réussie.
Les manifs, même relativement peu garnie (30 à 60 personnes, pour Mantes, c’est bien) étaient toujours enthousiastes et déterminées, et dans la morosité ambiante, ça soude les liens et ça fait du bien !

Limoges


Aboutissement d’une semaine d’actions diverses (tables de presse thématiques, atelier autodéfense...), la manif de ce 8 Mars a regroupé 500 personnes environ, dynamique, avec parcours original et rues rebaptisées, plusieurs interventions, discours, théâtre, flash-mob, chants. Pas mal de jeunes lycéen.nes plutôt qu’étudiant.es. Au niveau drapeaux seulement CGT, FSU et FI, mais beaucoup de panneaux et mini banderoles avec du sens. Quelques Zélues PS sont passées 10 minutes pour montrer qu’elles se sentaient concernées. On est resté polis, elles ont été ignorées...
La flicaille a accompagné sans faire chier et le gros du dispositif est rentré au poulailler un peu avant 19h quand les CGTistes sont allés remiser leur sono et leurs drapeaux. Ils n’ont laissé qu’une voiture pendant qu’on poussait encore quelque chansons devant la préfecture. Pas de contrôle du couvre-feu.

Caen

Le 8 Mars, une trentaine de sages-femmes réunies à la polyclinique du Parc à Caen, ont fait grève. Ce mouvement national demande que leur métier soit reconnu comme profession médicale « comme les pharmaciens, les médecins et les chirurgiens-dentistes », ainsi qu’une revalorisation des salaires : « Notre salaire a été revalorisé à hauteur de 183 € bruts par mois alors que les infirmières l’ont été à hauteur de 250 € bruts ». Elles ont ensuite rejoint le rassemblement prévu à midi, place Bouchard à Caen, pour la Journée Internationale des Droits des femmes. Plus de 150 personnes étaient réunies pour un rendez-vous plus particulièrement à destination des femmes en première ligne durant le confinement qui a « augmenté la charge des tâches des femmes et la charge mentale à la maison, ce qui s’est traduit par des abandons de recherches d’emploi, par des chômages et par un accroissement des violences conjugales. »

Le samedi 13 mars « VENEZ AVEC VOS VOIX DE CASSEROLES ET VOS PLUS BELLES BANDEROLES ! » Le collectif Droit des Femmes appelait à un rassemblement festif parce que le 8 Mars c’est tous les jours. Environ 400 personnes ont participé, malgré les giboulées, à une Scène ouverte avec lecture de textes ou slam, une chorale crée pour l’occasion, un concert des « Horzines Stara » groupe musical féminin de Caen.

Pays Basque

500 personnes ont défilé dans les rues de Bayonne, lundi 8 mars, à l’appel de l’Assemblée féministe du Pays basque, collectif agglomérant localement les associations et initiatives féministe.

Le départ était symboliquement fixé au Centre hospitalier de la Côte basque car comme le rappelle une syndicaliste de LAB : « A l’hôpital comme ailleurs "les premiers de corvées", depuis le début de la crise du Covid-19, sont majoritairement des "premières de corvées"... On applique au système hospitalier public les logiques de rentabilité des entreprises capitalistes. On réduit les moyens, on réduit des effectifs de plus en plus précarisés et au bout du bout, ce sont les femmes premières de corvées qui doivent compenser. La crise sanitaire est aussi une crise du système capitaliste et les femmes en font les frais. » Les applaudissements de 20 heures, à Bayonne, lors du premier confinement, lui ont fait « mal au cœur », confie une autre. « Trois semaines avant, nous manifestions avec les personnels soignants et nous étions bien seuls ».

Une étape devant le lycée Cassin a permis d’évoquer la précarité étudiante. Sur le carreau des halles de Bayonne, des voies sont montées pour rappeler le sort des « invisibles », les femmes migrantes, vulnérables parmi les vulnérables. Et demander la « régularisation inconditionnelle » des exilés, ainsi que la fermeture des centres de rétention administrative.
Une intervenante décrit le 8 mars comme un « triste anniversaire, un rappel rituel que les inégalités perdurent et que les injustices restent flagrantes ». La crise sanitaire agit comme un révélateur et un amplificateur des inégalités. Pour les violences faites aux femmes, les dispositifs d’accueil ont enregistré au Pays basque une augmentation de 60% des actes de violences conjugales en 2020, par rapport à 2019.

Poitiers

Ce 8 mars, environ 400 personnes ont défilé dans les rues piétonnes. Très grande majorité de jeunes femmes (20-25 ans), pas mal branchées écoféminisme. Deux batucadas, une ou deux chorales, un atelier « maquillage surveillance » et un atelier « panneaux ». Il semble que la mairie a fait enlever ce matin les affiches qui avaient été collées dans la nuit sur un côté de son bâtiment… et elle a mis sur sa façade des panneaux « droits des femmes » qui faisaient plus propres, sans doute. Samedi il y a eu, une "vélorution féministe" appelée par le collectif du 8 mars, avec beaucoup moins de monde pour une déambulation à pied et à vélo avec stations devant les quelques panneaux de rues portant le nom d’une femme…

Toulouse, manif de nuit interdite

Depuis des années les féministes de Toulouse organisent à l’occasion du 8 mars (ou pas !) des manifs de nuit pour reprendre la rue de manière non mixte. Malgré le couvre-feu le collectif Toutes en Grève 31 a décidé de maintenir la coutume car il est « important de nous réapproprier collectivement l’espace public après 18h, parce que le couvre-feu qui nous est imposé pèse chaque jour sur nos vies. [….] Après 18h les violences ne sont pas mises en pause. Après 18h on rentre du travail et on en commence un autre : il faut s’occuper des enfants, du repas, du ménage... »

Manif non déclarée, -mais déclarée interdite par le Préfet-, 150 à 200 femmes se retrouvent vendredi 5 mars 2021, dès 17h30 place Esquirol pas loin de la Garonne, pour y jeter Darmanin, et pour chanter, danser, crier : « Nos luttes et nos existences sont invisibilisées par le système, nous avons même complètement disparu de l’espace public après 18h. Cette situation est intenable et dessine une société patriarcale, genrée qui nous enferme dans un foyer où il ne fait pas toujours bon vivre ». A 17h30, des personnes qui s’étaient réunies à Esquirol et qui chantaient ont été immédiatement nassées par la police. Plus de 30 véhicules ont été déployés par les forces de l’ordre. Aucune issue possible. Aucun moyen de rentrer chez soi avant le début du couvre feu, la station de métro ayant été fermée. La police a attendu sciemment 18h pour commencer à contrôler les personnes présentes dans la nasse et a embarqué les personnes qui n’avaient pas de papiers d’identité, avant de gazer les dernières personnes sur place en utilisant des sprays lacrymogènes violemment à quelques centimètres de leur visage. La batucada féministe toulousaine, la frappe, s’est faite arrêter et confisquer ses instruments. Quarante trois personnes ont été embarquées au commissariat pour contrôle d’identité ; dans le camion, les militantes féministes ont été traitées de « salopes » par des policiers. Deux manifestantes seront mises en garde à vue pour notamment « rébellion » et retenues jusqu’au lendemain.

Lundi 8 mars, grande manif de jour « déclarée »
7 à 8000 personnes ont défilé de 14h à 17h30 en tout légalité et sans répression visible avec en tête de cortège, des femmes et minorités de genre. L’appel était à la grève du travail des femmes visible et invisible, mal payé et gratuit : Rebelles et pas robots ménagers ! Rebelles et pas robots industriels, consommateurs, sexuels ! Si les femmes s’arrêtent tout s’arrête ! Après 5000 ans d’hégémonie masculiniste, une solution : la révolution féministe ! Re-construisons un mouvement autonome des femmes !

Quelques slogans : « la femme ne sera pas l’avenir de l’homme : qu’il se démerde ! » ou encore «  on veut nos droits, pas ton avis ! » ou plus sérieux « On ne nait pas femme, on en meure » : en 2019, le nombre de féminicides a augmenté de 21% en France ; 146 femmes tuées par leur conjoint ou ex.

Notes

[1Fortes, Fières, Féministes, Radicales et en Colère

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