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Editorial CA 318 mars 2022

Du cirque électoral français
à un nouvel accès guerrier russe en Ukraine

dimanche 6 mars 2022, par Courant Alternatif


Macron a reculé le plus possible l’échéance de sa déclaration à une candidature, véritable secret de polichinelle, tentant de s’abstraire du débat présidentiel et du bilan calamiteux de ses cinq années de pouvoir. Mais pourquoi rendrait-il des comptes alors qu’il est aux affaires, qu’il est président de l’UE et qu’il a une crise mondiale à gérer ? Il a déclaré qu’il ne daignerait descendre dans l’arène que lorsque « deux pics » seraient « derrière nous », à savoir la « phase aiguë de la crise sanitaire » et « le pic de la crise géopolitique actuelle (...) à la frontière de l’Ukraine », passant sous silence l’échec de l’opération militaire Barkhane, lancée en 2014 au Sahel et au Sahara.

Le nationalisme et les frontières avec leurs murs et leurs préjugés racistes sont l’apanage du monde moderne et des outils bien utiles pour raviver l’union sacrée, resserrer les rangs d’une société civile divisée et révoltée parfois. En démocratie représentative, le « peuple » a le droit de choisir son chef des armées, président tout-puissant en France sans aucun contre-pouvoir    notamment en matière de politique étrangère. Aucun débat public pour étudier la présence des soldats français en Afrique, au Mali ou ailleurs. Pas de débat parlementaire ou autre sur la production et la vente d’armes de destruction massive de civils… et pas de débat sur la guerre en Ukraine, des discours, toujours des discours !

Si la "crise sanitaire" semble en voie de dépassement,    la « crise géopolitique » russo-ukrainienne, dans la résolution de laquelle le président français en charge de la présidence européenne aurait voulu faire croire qu’il avait une quelconque importance, se traduit avec bruit et fureur en invasion guerrière de l’armée russe sur l’ensemble du territoire ukrainien.

Ainsi, alors que se déroule dans l’Hexagone le spectacle pitoyable du cirque électoral, dehors, aux frontières de l’Europe, les bourgeoisies font entendre leurs engins de mort et redonnent des couleurs aux nationalismes. Le spectre de la guerre prend forme sur le terrain : Russie/ Europe via l’Ukraine, en attendant d’autres conflits ... « L’Europe n’est pas en guerre mais la guerre est en Europe » déclare un journaliste quelques heures après le bombardement de l’Ukraine par l’armée russe… Les camps impérialistes cherchent à marquer leurs territoires, fortifier et accroître leurs zones d’influences, rendant l’avenir de plus en plus incertain, menaçant. Si ces vingt dernières années on a vu des peuples en chemin vers leur émancipation se révolter contre les dictateurs partout dans le monde, par des luttes nombreuses qui dénoncent et rejettent les conditions d’exploitation et d’oppression, ces résistances restent diverses, isolées, éparses et n’ébranlent pas un capitalisme qui nous entraîne dans la barbarie.

Cette guerre annoncée par les Américains, dénoncée par les Européens, aussi hypocrites les uns que les autres, place au premier rang tout le côté obscur mais rentable des armements, des gestions des frontières avec l’incessante inflation de moyens de contrôle des migrations humaines… Les USA en guerre sur toute la planète (sauf sur leur continent) dépensent 36 % du budget mondial de l’armement, la France nucléarisée et surindustrialisée en armement se positionne 4ème devant la Russie, selon l’institut de recherche pour la paix de Stockholm, ce qui ne les empêche pas de s’offusquer de cette violation du droit international qui est patente mais qui, de leur part, est sans cesse mise en œuvre comme en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Palestine, etc.

Le jeu mondial des ingérences militaro-industrielles s’intéresse aux richesses des pays avant de les soutenir et/ou envahir. Le but des grandes puissances capitalistes, cyniques à l’Est comme hypocrites à l’Ouest, est de nous préparer à être derrière elles, à les suivre dans leurs inconséquences guerrières et, à terme, à redevenir de la chair à canon. Leurs intérêts : nous faire accepter les coupes anti-sociales à venir, mettre une sourdine aux mouvements sociaux dans la rue qui, malgré leur faiblesse et leurs tâtonnements, redonnaient espoir aux luttes contre l’exploitation capitaliste.

Quand le jeu guerrier est lancé et que des gens vont mourir sous les bombes, quelle attitude politique sensée peut bien être émise de la part de révolutionnaires opposé.es à toute forme d’oppression, de répression, d’exploitation ? Notre solidarité entière va à la population ukrainienne prise en otage entre deux ingérences flagrantes : envahie aujourd’hui par l’armée russe, courtisée hier par l’Otan. Qui saura la défendre si ce n’est elle-même ?

Dénoncer les États, leurs armées, les politiques belliqueuses et autoritaires, … tout cela ne fait pas arrêter la guerre et ne sauve pas des vies…Mais notre détermination reste entière à condamner toutes les guerres des États entre eux : « ceux qui les déclenchent se connaissent et ne meurent pas, ceux qui la font ne se connaissent pas et meurent », et à ce que s’exprime la solidarité entre tous les prolétaires au-delà des frontières. Le travail de la bourgeoisie est de gommer les contenus de classe ; notre tâche est de les réintroduire en réactivant la guerre de classe !

OCL, Sud-Ouest, 27-02-2022

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