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CA 319 avril 2022

Valence, en lutte...

mardi 12 avril 2022, par Courant Alternatif


Le 22 janvier, une manifestation “pour un autre monde” était organisée à Valence, à l’appel du collectif Valence en Lutte (VEL). Après une intense campagne d’affichage et de tractage, la manif a rassemblé une petite centaine de personnes, principalement les acteurs habituels de « la gauche de gauche »…
Nous profitons de cette occasion pour faire un point avec plusieurs militants sur la sphère militante valentinoise.

Comment l’idée de cette manifestation a-t’elle émergé ?

En fait, l’idée de cette manif est venue en deux temps. D’abord, lors du rassemblement contre les violences sexistes à Valence, le 18 novembre, un groupe de fachos est venu agresser le rassemblement avec une banderole très provocatrice (pour mémoire « nos femmes, première victimes de l’immigration »). Le rassemblement a fait bloc, le service d’ordre, principalement les antifa ont repoussé les agresseurs, mais l’échauffourée a fait des blessés.
L’idée d’une manif anti fasciste s’est imposée et lors d’une réunion du collectif Valence en Lutte , le principe en a été arrêté.

Tu cites Valence en Lutte, qu’est-ce que c’est que ce collectif ?

Valence en Lutte est né avant le deuxième confinement, de la rencontre des partis et organisations « de gauche » sur Valence. Les nombreuses manifs contre la loi sécurité globale avaient rendu nécessaire une meilleure coordination des actions. C’était donc à l’origine un collectif de collectifs, qui réunissait les partis et organisation « de gauche » ainsi que des individuels, (surtout gilets jaunes), motivés pour unir leurs forces sur Valence et la proche région.

Par la suite, les « réformistes » ont été conduits à laisser le collectif, qui s’est retrouvé plus ou moins avec seulement les Gilets Jaunes de gauche, les syndicats SUD, CGT, la CNT et Solidaires, le NPA le POI, le Laboratoire Anarchiste (qui regroupe peu ou prou toutes les tendances libertaires sur Valence, le Witch Bloc et les Antifas (ACAV), des écolos radicaux, le média libre de la Vallée de la Drôme (Ricochet).

C’est avant tout un lieu de rencontres et d’échanges entre des individus, des groupes et des tendances d’une gauche radicale qui sans cela n’auraient pas souvent l’occasion de discuter. Il y a aussi un brassage de générations, et donc des frictions (ah, l’intersectionnalité !), mais en fin de compte, on arrive à monter des actions, sur une base commune, et avec des participations mouvantes, mais des actions !

Revenons à cette manifestation, si tu veux bien. Comment est-on passé d’une manif antifa à une « manifestation pour un autre monde » ?

En fait, lors des réunions du collectif, l’idée d’une manifestation « pour » plutôt qu’une énième manifestation contre a été exprimée et a rapidement obtenu un large assentiment. Les seuls à n’adhérer que du bout des lèvres étant les Antifa, d’ailleurs, qui ont rejoint l’idée à la condition qu’une action purement anti fasciste soit organisée avant le premier tour des présidentielles.

Cette idée avait pour but de rassembler très largement, au-delà de la gauche radicale, afin de mettre du monde dans la rue, montrer que les idées nauséabondes de l’extrême droite ne prenaient pas le dessus à Valence. Nous visions, avec cette manif pour des valeurs humanistes, une réaction forte à la montée de l’extrême droite sur Valence et un durcissement de la droite dite « classique » à la mairie.

Il faut se souvenir que le maire a mis en place une politique d’exclusion des aides sociales municipales des familles dont les enfants auraient maille à partir avec la police, il a pris un arrêté anti-mendicité, renforcé la police municipale ; il continue, bien entendu, la gentrification des quartiers du centre…

Cette manifestation avait donc un objectif politique, qui était de rassembler la gauche, même réformiste, les associations et les individuels derrière un slogan volontairement inter classiste et généraliste, afin de se redonner de la force.
C’était aussi un moyen de réaffirmer que nous ne sommes pas que contre, mais aussi pour ! Un moyen de dire ce pour quoi nous manifestons, des valeurs et des idées.

Alors, que s’est-il passé, le 22 janvier dans la rue ?

Eh bien, disons que malgré des collages et une communication assez intense avec les organisations membres du collectif, quelques tractages aussi, nous nous sommes retrouvés à environ quatre-vingt-dix dans la rue, pour la manifestation. Seule la « gauche radicale » et les anars s’étaient déplacés, et malgré une courte échauffourée avec les fafs locaux, venus provoquer et vite rassurés sur nos capacités gazeuses, la manif s’est bien passée.

En guise de bilan, nous mesurons l’écart qui s’est creusé avec les partis de gauche « réformistes », ou ce qu’il en reste. Nous voyons bien aussi que pendant une campagne électorale, les partis qui sont dans la course ne se mobilisent pas pour ce qui n’est pas leur intérêt immédiat – ce qui n’est pas une nouveauté en soi ! Mais il faut tout de même voir que dans ce contexte, nous avons pu mettre un petite centaine de personnes dans la rue et tenir une manifestation propre.
Outre le contexte politique général de la ville, il est important de rappeler que, l’été dernier, lors des manifestations anti-pass, nous avions eu du mal à mobiliser sur nos mots d’ordre et nous nous étions plusieurs fois mis en danger face aux groupes fafs locaux violents (des camarades agressés et assez gravement blessés en août). Compte-tenu de cela, réunir la gauche radicale non électorale, à Valence, en janvier, sur un mot d’ordre finalement peu radical, ce n’était pas gagné ! Même si les associations humanistes et partis de gauche traditionnelle aurait pu participer, nous tenons compte de la période électorale, pour ne pas voir que le verre à moitié vide.

Il faut aussi dire que rassembler un milieu militant aussi éparpillé et peu enclin à faire des concessions n’était pas chose aisée.

Enfin, pour conclure, je veux faire deux remarques :

  • - la manifestation antifa aura lieu, avant le premier tour, dans une perspective offensive, car les groupes d’extrême droite à Valence sont de plus en plus agressifs et nous ne voulons pas leur laisser la rue.
  • - lorsqu’on me demande ce que moi, communiste libertaire, je fais au sein du collectif VEL et ce que j’en attends, je réponds qu’il y a encore quelques années, la sphère libertaire à Valence, c’était trois pelés et deux tondus qui se faisaient bousculer par les flics et par les fafs…

A l’origine, ce collectif de communication et de coordination me semblait être un « lieu » intéressant pour échanger et monter ensemble des actions. J’ai participé à ce qu’on a appelé la commission de stratégie politique, qui a déterminé que VEL devrait se doter d’une instance de veille sur les luttes qui s’engagent dans la région, afin d’apporter du soutien, si nécessaire et possible, et s’était donné comme axe principal d’être présent dans les luttes et dans la rue (Occuper l’espace public !).

C’est ainsi que nous avons suivi et accompagné une grève avec blocage de l’entrepôt « Leroy-Merlin », que nous sommes allés sur le piquet pour apporter tout le soutien possible. C’est dans la même optique que nous avons organisé la manif du 22 janvier. Le collectif a pour principale vertu de permettre à des gens de se rencontrer, ce qui par les temps qui courent, n’est pas rien ! Le collectif est de fait en sommeil, pendant la campagne, et les Gilets Jaunes les plus politisés ont majoritairement rejoint la campagne LFI.

Notons d’ailleurs que le faible niveau de politisation des Gilets Jaunes, leur interclassisme quasi incantatoire et l’inertie sociale et politique de la région, sont les principaux points de blocage du collectif. La CNT et les autres anars ont empêché le travail de sabordage entrepris par certain parti anticapitaliste. Donc, oui, des tensions existent, comme partout !

Si le collectif existe encore dans 6 mois, il redeviendra ce lieu de rencontre qui a le mérite d’exister et de permettre, sur une ville majoritairement de droite, de se parler.

De mon point de vue de communiste libertaire, participer avec la gauche radicale à ce collectif, tout comme participer à la création d’un « pôle radical » sur Valence, c’est résister à une ambiance délétère et rassembler des militants révolutionnaires autour d’un projet politique local.

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