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CA 320 mai 2022

édito : Et c’est reparti pour un tour…

dimanche 1er mai 2022, par Courant Alternatif


Après une campagne présidentielle où, comme d’habitude, pour arriver au second tour (dont les protagonistes nous étaient annoncé·e·s depuis quasiment le début du quinquennat) il n’a pas été question des vrais problèmes politiques, nous savons que c’est Jupiter qui enquille de nouveau pour cinq ans… Notamment, grands absents, le réchauffement climatique, la pollution et l’avenir de la planète ont visiblement cessé d’être une urgence, malgré un rapport du GIEC tombé en pleine campagne, nous promettant l’apocalypse si rien n’est fait d’ici trois ans. Niveau salarial, l’apocalypse est certaine : vouloir faire bosser 15 à 20 heures par semaine les allocataires du RSA, au moins le discours est clair, c’est en dessous du SMIC. Du point de vue de l’électeur macroniste start-upeur, patron ou cadre, confortablement installé, c’est un peu comme si quand le soleil brille, ça l’emmerdait que les pauvres aussi profitent du soleil, si faible soit-il.

Le « front républicain » a de nouveau tenu, malgré un président, une droite et des medias qui labourent assidûment un boulevard aux idées d’extrême droite pour nous faire ensuite le coup de l’héroïque castor qui fait barrage, seule façon d’assurer une réélection en ces temps d’électorat volatile et abstentionniste, jusqu’au jour où… Enfin, ce « front républicain » n’a pas si bien marché que ça si on observe le niveau d’abstention, le plus élevé pour une présidentielle depuis 1969. C’est quand même la troisième fois qu’on nous fait le coup. Et nous savons que de toutes façons, en ces temps de crise et de dictature financière, nous nous acheminons vers une gestion de la société capitaliste de plus en plus autoritaire, quel(le) que soit l’heureux(se) élu(e).

À noter un résultat électoral assez clair au premier tour : moins il y a d’immigré·e·s, plus il y a de votes pour l’extrême-droite raciste, contrairement aux idées préconçues. Les quartiers urbains populaires ont clairement voté France Insoumise. Le fameux vote ouvrier pour le Front National a un peu de plomb dans l’aile, même s’il est important, derrière l’abstention… Une nouvelle tout de même satisfaisante : un nouvel AVC de la sociale démocratie historique (PS, EELV, PCF), qui semble en bonne voie de l’amener aux soins palliatifs. L’espoir ressurgit toutefois dans Mélenchon, son nouvel avatar, y compris chez nombre d’abstentionnistes historiques.

Pourtant, des candidats issus des mouvements sociaux, arrivés au pouvoir dans la dernière décennie, ont bien montré toute l’étendue de leur volonté d’un « autre monde », comme celui que nous vend Mélenchon et sa clique « insoumise » : au Chili, après l’élection du président Gabriel Boric, issu de la gauche radicale, de nombreux dirigeants ont été reconduits alors qu’ils appartiennent clairement à la classe qui a mené la politique bourgeoise et réprimé le soulèvement de 2019. Le président s’est illustré par des accords avec les néolibéraux dès son élection, et par la répression très violente d’une manifestation pour réclamer un réajustement des bourses alimentaires lycéennes et étudiantes fin mars. Au Pérou, l’enseignant et syndicaliste Pedro Castillo, élu pour créer « un gouvernement de rupture avec l’ordre néolibéral », a eu à faire face à une grande révolte de travailleurs des transports et d’ouvriers agricoles contre le coût de la vie et les privilèges accordés aux grosses entreprises, et n’a trouvé comme réponse que de décréter l’état d’urgence début avril. En Espagne, le gouvernement PSOE-Podemos envoie les chars contre la grève des 30 000 métallurgistes de Cadix en novembre dernier… Sans compter la Grèce de Syriza… Bref, les sociaux-démocrates sont des charlatans vendeurs de faux lendemains qui chantent, les fossoyeurs des révoltes prolétariennes, et les ennemis de la révolution sociale, hier, aujourd’hui, demain !

Pas plus enthousiasmant, la guerre en Ukraine. Une guerre horrible comme le sont toutes les guerres, de l’Irak au Yémen en passant par la Yougoslavie. Une guerre qui est placée sous le double signe de la menace nucléaire : militaire et civil. Vont-ils finir par se laisser tenter ? On sait parfois comment une guerre commence, on ne peut jamais prévoir jusqu’où elle ira. Menace de l’usage de la bombe donc, mais menace aussi du fait des centrales nucléaires du pays. Ce sont des objectifs militaires, et un dégât collatéral est si vite arrivé. Les centrales nucléaires sont particulièrement vulnérables : une rupture prolongée de l’approvisionnement électrique et c’est l’accident majeur. Et les conditions de travail des technicien·ne·s enfermé·e·s sur place peuvent laisser craindre des incidents graves.

Cette guerre a des relents très malsains chez nous. Les va-t-en-guerre habituels prêts à envoyer mourir tout le monde pour leur cause, les medias prêts à condamner toute manifestation culturelle russe pendant que les industriels continuent à faire leurs affaires là-bas sans que ça ne choque personne. Tout Russe qui hésite à affronter la prison pour dénoncer la guerre est un suppôt de Poutine, mais par contre il est normal que nos industriels financent l’armement russe pourvu qu’ils poursuivent leurs bénéfices. Relents très malsains aussi dans la différence de traitement des réfugiés : les Syriens, les Éthiopiens, les Soudanais, ils ne fuient pas la guerre, eux ? Le sordide est à son comble lorsqu’on tente de dégager le peu de réfugiés logés pour mettre des Ukrainiens à leur place.

Il y a cependant une issue et une seule : organiser la riposte sociale contre les mesures que notre président nous a promises, se battre pour nos positions internationalistes et notamment le droit à la libre installation et l’égalité français·e·s-immigré·e·s. Nous avons souvent dit que le capitalisme c’est la misère, on nous rappelle aujourd’hui (si jamais on l’avait oublié) que le capitalisme, c’est aussi la guerre.

Comme le disait le drapeau de l’armée insurrectionnelle makhnoviste lors de la révolution russe : « Mort à tous ceux qui s’opposent à la liberté des travailleurs ! »

Groupe OCL Île-de-France, 24 avril 2022, 20h10

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