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CA 321 juin 2022

Sans Frontières juin 2022

jeudi 9 juin 2022, par Courant Alternatif


Voir en ligne : Le site de la campagne antiracisme et solidarité

L’État veut rationaliser « les flux » de réfugiés ukrainiens   

À la mi-mai, 30 000 Ukrainien-es – ce sont surtout des femmes et des enfants – sont arrivés en France avec un statut automatique de réfugié grâce à la protection temporaire décidée par l’UE. Derrière les effets d’annonce, il y a pas mal de couacs dans l’accueil de ces personnes. Dans les gares notamment celles de l’Est et Montparnasse, des signalétiques en ukrainien et des espaces d’accueil dirigés par la Croix rouge dans des bars-restaurants sont installés, mais des réseaux mafieux sont à l’affût notamment vis-à-vis des femmes pour alimenter la traite humaine. Pareil pour le logement : dans l’appel au bénévolat, il y a eu plusieurs cas d’exploitation, d’insalubrité voire pire. Les services de l’État ont bricolé un centre d’accueil d’abord dans le XVIIIe arrondissement de Paris puis dans le XVe à la porte de Versailles. Il est géré par l’association France Terre d’asile, mais il y a un grave retard à l’allumage pour prendre en charge les personnes avec des problèmes de santé. En effet, la protection temporaire n’est pas immédiate et l’obtention des papiers pour la sécurité sociale ou pôle emploi est longue.

Visiblement, l’urgence pour l’État est avant tout de dispatcher en province les Ukrainiens. Un peu partout sur le territoire, des centres d’accueil sont ouverts, mais au détriment des autres migrants. Calais en est une triste illustration. Natacha Bouchart, la maire de droite, communique sur cet accueil chaleureux où les réfugiés ukrainiens peuvent avoir accès à tous les services et toutes les informations notamment pour partir au Royaume-Uni. À côté, les autres migrants continuent d’être chassés toutes les 48 heures de leur campement de fortune. Ce « deux poids, deux mesures » se retrouve un peu partout et il a même été dicté au plus haut pour l’État. Ainsi, un mail de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) dit clairement qu’il faut privilégier l’accueil des Ukrainien-nes, quitte « si nécessaire de dégrader temporairement les autres activités pour faire face à la demande. » Un des aspects de cette gestion des flux est la délocalisation exceptionnelle des GUDA (guichet unique pour les demandeurs d’asile) qui normalement se trouvent en préfecture, mais là, des « guichets forains » ont été installés dans les différents centres d’accueil. Même restructuration dans les associations d’aide aux migrants où on leur demande de bouleverser leur organisation, par exemple pour les cours de français, la distribution alimentaire, etc. Au lieu d’embaucher, on restructure, une vraie gestion capitaliste ! Reste l’appel aux bonnes volontés et au bénévolat, pour pallier aux insuffisances étatiques notamment dans des services dits publics qui sont déjà saturés. C’est le cas de l’école, où beaucoup d’enfants ne sont pas encore scolarisés faute de place et de moyens dans les structures UPE2A (apprentissage du français pour les élèves allophones). Finalement, l’État n’espère qu’une chose, que ça tienne malgré tout sans faire de vagues. Mais après 3 mois de conflit et sachant que la guerre risque de durer, il est temps de rassembler les colères et d’empêcher la machine de tourner en rond. Déjà des collectifs de sans-papiers réagissent et essaient de fédérer les volontés pour arracher un accueil inconditionnel pour tous les migrants.

Source :    Mediapart

L’Ambassade des immigrés

C’est le nom donné à un nouveau lieu occupé à Paris. Le 18 avril dernier, entre les deux tours de l’élection présidentielle, des exilés et des soutiens appartenant au collectif « la chapelle debout » ont officialisé l’ouverture. C’est un bâtiment vide dans les beaux quartiers du 9e arrondissement de Paris, appartenant à une filiale de la Société Générale et pour rappel, il y a plus de 117 000 logements vides à Paris. Depuis un mois, les occupants et les soutiens s’organisent pour tenir. Ils ont participé à la manifestation du 1er mai, des soirées de soutien sont organisées et une lettre ouverte a été écrite le 20 mai. Les immigrés dénoncent leur exclusion du jeu politique qui est de plus en plus nauséabond avec des discours racistes et xénophobes qui infusent dans la société. D’ailleurs, le lieu s’est fait attaquer par des fachos le 22 mai. Aussi, les occupants surtout originaires d’Afrique de l’Est dénoncent le « deux poids, deux mesures » : « Nous voulons les mêmes droits et la même considération que les Ukrainiens, que les migrants qui sont blancs. » Une procédure d’expulsion est en cours et une assignation à comparaître en justice est prévue pour le 9 juin. Les relais politiques notamment la France Insoumise font du tapage sur cette lutte. Des actions sont prévues et une cagnotte de soutien a été créée .

Voir le Facebook du collectif « la Chapelle Debout »

Rwanda, nouvelle terre de déportation ?

C’est ce qui semble ressortir des dernières déclarations de Boris Johnson à la mi-avril, Londres et Kigali se sont mis d’accord pour transférer au Rwanda des migrant-es de toutes origines arrivés illégalement sur le territoire britannique. Des demandeurs d’asile seraient aussi déplacés de force. Cela fait plusieurs mois que l’État britannique cherchait un pays tiers pour y renvoyer les sans-papiers, le Ghana était un premier candidat, mais c’est le Rwanda qui a finalement été choisi ;    Johnson le présentant comme le pays « le plus sûr du monde ». Côté Rwanda, les autorités se disent ravies de ces arrivées et promettent la possibilité d’une installation permanente aux personnes qui le souhaitent. Derrière les communications officielles, il faut voir une nouvelle géopolitique des migrations où des pays émergents africains sont en recherche active de main d’œuvre. Il y a un siècle, l’Europe de l’Ouest allait chercher de la main d’œuvre dans ses colonies, aujourd’hui c’est un mouvement inverse même si la vision coloniale persiste dans la politique britannique qui fait du Rwanda un exutoire migratoire. Des deux côtés, ce sont les intérêts d’une bourgeoisie politico-économique qui sont servis. Le Royaume-Uni est prêt à mettre 144 millions d’euros sur le projet tandis que les industries rwandaises feront travailler pour pas cher les nouvelles recrues. Bien entendu, ces annonces ont suscité des oppositions en premier lieu desquelles celle du HCR (Haut Commissariat des Réfugiés) qui dépend de l’ONU. Aussi, ces annonces spectaculaires font partie d’une tactique électoraliste de la part de Boris Johnson qui essaie de se dépêtrer du scandale « Party gate » – les soirées festives organisées en plein confinement – et aussi dans un contexte d’élections locales. Bluff ou pas, les actes semblent suivre. Plusieurs migrants arrivés récemment sur l’île sont placés en centre de rétention en vue d’être envoyés au Rwanda. Nous n’avons pas de chiffres exacts, car le Home Office (ministère de l’Intérieur) et sa ministre Priti Patel refusent de communiquer. Le Rwanda pensait accueillir les premiers « demandeurs d’asile » forcés à la fin mai. Un tribunal anglais temporise à la mi-juin… Pour l’instant, une centaine de personnes déportées est prévue par an. L’affaire est portée en justice. À suivre.

Sources : Le midi libre, infomigrants

Le préfet de Calais condamné pour le démantèlement d’un camp

Elle datait du 29 septembre 2020, au niveau de la zone du Virval où vivait plus de 800 migrant-es. C’était la plus grosse évacuation depuis le démantèlement de la grande jungle en 2016. 8 associations et 11 exilés avaient porté plainte. La préfecture est définitivement condamnée pour « voie de fait » par la Cour d’appel de Douai, car elle s’est affranchie de l’autorité judiciaire lors du démantèlement. C’est toute la tactique juridique des autorités qui est mise à mal, car    elles s’appuient sur l’état de flagrance qui permet d’évacuer une occupation illégale si le délit est constaté depuis moins de 48h. C’est la même loi pour les squats. Or, pour cette évacuation de 2020, toutes les preuves convergent pour dire que l’occupation était constatée depuis longtemps et que l’affaire a été rondement préparée jusqu’au niveau du ministère de l’Intérieur. Dans ce cas, la préfecture était obligée de saisir le juge administratif, chose qu’elle n’a pas faite. Cet arrêté daté du 24 mars pourrait constituer une jurisprudence, mais la difficulté reste à prouver que l’État connaissait la situation bien avant les 48h requises. Les requérants ont demandé 5 000 euros de dommages pour chacun des exilés et 1 000 euros par association.

Source : Libération

Frontex pratique des renvois illégaux en Mer Égée

L’agence européenne de surveillance des frontières les appelle « prévention de départ », en réalité ce sont des refoulements manu militari de migrant-es aux frontières de la Grèce et de la Turquie. Les preuves ont été compilées par une enquête de plusieurs médias européens sur la durée de mars 2020 à septembre 2021. À au moins 22 reprises, 957 migrants ont été repoussés à la mer. Ils se sont retrouvés à dériver en pleine mer, sans moteur, dans des canots de survie gonflables de couleur orange. Or, ce sont des modèles achetés par le ministère de la marine grec, via un financement de la Commission européenne. Pas très malin ! Ainsi, les personnes ont bien accosté en Grèce, mais ont été renvoyées sans ménagement ni étude de leur situation. Le nombre de renvoyés est sûrement beaucoup plus important si on se réfère au fichier JORA de Frontex qui, sur la période d’enquête, recense 8 000 « préventions de départ ». Les autorités grecques et européennes se renvoient la balle, mais des témoignages viennent appuyer la révélation. Des récits et des vidéos montrent des garde-côtes en train de brandir leur arme en direction des migrant-es, dégonfler les canots pneumatiques,    faire des vagues avec leur frégate rapide pour repousser les embarcations, jeter à la mer les affaires personnelles, etc.    L’affaire est portée en justice par l’OLAF (Office européen de Lutte Anti-Fraude). À suivre là aussi.

Source : Infomigrants

Campagne Solidarité antiraciste

Nous en avions déjà parlé dans ces colonnes. C’est un collectif réunissant de nombreux comités de sans-papiers et de soutiens (485 organisations) qui a déjà organisé le 16 avril dernier, entre les deux tours, des manifestations un peu partout sur le territoire. Un nouvel appel à manifester est lancé pour le 11 juin pour l’égalité des droits, contre le racisme et contre l’extrême droite. Aussi, des rencontres nationales à Paris sont prévues les 2 et 3 juillet pour s’organiser pour la suite.   
Source : le site du collectif

Attention aux chiffres d’Eurostat

C’est le service de la Commission européenne chargé des statistiques et il vient de publier son rapport sur l’immigration. Ainsi : « le nombre d’immigrés clandestins dans l’Union européenne a augmenté de 22% en 2021 pour atteindre 681 200 personnes ». Des politiciens divers et variés ont repris à leur compte ce chiffre pour justifier de l’invasion voire du « grand remplacement ». Mais comme souvent avec les chiffres, il faut les décortiquer pour se rendre compte de la manipulation. Cette augmentation n’est pas +22% d’entrées sur le territoire européen, car Eurostat tire ces chiffres du nombre d’arrestations de personnes sans-papiers. Or, l’arrestation ne se fait pas seulement aux frontières et concerne souvent des sans-papiers déjà installés sur les différents territoires. Cette augmentation vient aussi d’une surveillance et d’un flicage plus accrus. Si on contrôle plus, on détecte plus de sans-papiers, logique. Enfin, il y a le contexte sanitaire. Par rapport à 2020 -    année de référence du pourcentage - les frontières se sont rouvertes et il y a un certain « retour à la normale ».   

Autre résultat Eurostat :    "La plus importante communauté d’immigrés clandestins est formée par les Syriens, suivis des Algériens et des Afghans. Le nombre d’Afghans présents de manière irrégulière dans l’un des 27 membres de l’UE a bondi de 55% par rapport à 2020". Cela est dû au retour des talibans au pouvoir l’été dernier et à l’augmentation du nombre de déboutés du droit d’asile. En France, selon OFPRA, 75% des exilés afghans ont obtenu l’asile, mais ça veut dire aussi 25% de personnes restées sur le carreau. Ils deviennent alors illégaux, mais sans possibilité d’être expulsés, car les retours en avion ont été annulés avec la nouvelle situation politique sur place. Pour l’Algérie et la Syrie, c’est la crise économique, politique et sociale qui pousse les personnes à l’exil. Après deux ans de manifestations contre le pouvoir, le hirak est bien terminé. En Syrie, après 11 ans de guerre, 90% de la population vit dans la pauvreté et 112 millions de personnes souffrent de la faim (chiffres de l’ONU).

Source : Eurostat, Infomigrants

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